‹ Œuvres complètes de M. le Vicomte de ChateaubriandChapitre 73 sur 182 · LIVRE XII · texte numérisé non relu

LIVRE XII

soltent à ses sacrifices , et refusent de prier pour 80^ fils les divinités champêtres. Lorsqu'un vautour, sauvage enfant de la montagne , va fondre sur une colombe qui se désaltère dans un courant d'eau; à rinstantoù il se précipite, d'autres vautours arrêtés sur un rocher poussent des cris cruels, et l'excitent à dévorer sa proie : ainsi Galérius, qui veut anéantir la religion de Jésus-' Christ , est encore animé au carnage par sa mère et par l'impie Hiéroclès. Enivré de ses victoires sur les Parthes, traînant à sa suite le luxe et la corruption de l'Asie, noui*rissant les projets les plus ambitieuse y il fatigue Dioclétien de ses plaintes et de ses menaces.

a Qu'attendez- vous , lui dit-il , pour punir une race odieuse que votre dangereuse clémence laisse uiultiplier dans l'Empire? Nos temples sont déserts, ma mère est insultée, votre épouse séduite. Osez frapper des sujets rebelles : vous trouverez dans leurs richesses des ressourcies qui vous manquent, et vous ferez un acte de justice agréable aux dieux, m ,

Dioclétien ëtoit un prince orné de modération et de sagesse ; son âge le faisoit encore pencher vers la douceur en faveur des peuples : tel un vieil arbre , en abaissant ses rameaux , rapproche ses fruits de la terre. Mais l'avarice qui resserre le cœur, et la superstition qui le trouble, gâ-

toient les grandes qualités de Dioclétien. H se laissa séduire par Vespoir de trouver des trésors che^ les Fidèles, Marcellin , évéque de Rome, reçut Tordre de livrer aux temples des idoles les richesses du nouveau culte. L'Empereur se rendit lui-même à Féglise où ces trésors dévoient avoir été rassemblés. Les portes s'ouvrent : il aperçoit une troupe innombrable de pauvres , d'infirmes, d'orphelins !

« Prince, lui dit le pasteur des hommes , voilà les trésors de l'Eglise , les joyaux , les vases précieux , les couronnes d'or de Jésus-Ghrist ! » .

Cette austère et touchante leçon fit monter la rougeur au front du prince. Un monarque est terrible quand il est vaincu en magnanimité : la puissance , par un instinct sublime , prétend à la vertu , comme une mâle jeunesse se croit faite pour la beauté : malheur à celui qui ose lui faire sentir les qualités ou les grâces qui lui manquent !

Satan profite de ce moment de foiblesse pour augmenter le ressentiment de Dioclétien de toutes les frayeurs de la superstition. Tantôt les sacrifi^ces sont tout à coup suspendus , et les pré- 'tres déclarent que la présence des Chrétiens éloigne les dieux de la patrie; tantôt le foie. des victimes immolées paroit sans tète; leurs entrailles parsemées de taches livides n'offrent que des

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