LIVRE XII
Les proconsuls , les préfets > les gouveiE^neurs des provinces quittent la cour pour exécuter les ôr^^ dres de Dio<^létien* Hiéroclès baise humblement le bas de la toge de Galétius , et faisant un ef-^ fort, comme un homme qui va s'immoler à la vertu , il osé lever un regard humilié vers César :
« Fils de Jupiter , lui dit-il , prince sublimé , amateur de la sagesse , je pars pour FAchaïe. Je vais commencer à punir ces factieux qui blasphè^ ment ton Éternité. Mais , César , toi qui es ma fortune et mes dîeust y permets que je m'explique avec franchise. Un sage , même au péril de ses jours, doit la vérité toute entière à son prince. Le divin Empereur né montre point encore assez de fermeté contre iies hommes odieux. Oserai-je le dire sahs attirer sur moi ta colère ? Si des mains affoiblies par Tâge laissent échapper les réues de l*État, Galérius,. vainqueur dés Parthés, n est-il pas digne de monter sur le trône de l'univers ? Mais, 6 mon héros! gardè-tdi des ennemis qui t'environnent! Dorothé, èhef du palais, est chrétien. Depuis qu'un Arcadien rebelle fut introduit à la coui' , Tlmpératricé même fkvorise les impies. Le jeune prince Con-^ stantin, ô honte! ô douleur!.,.. »
Hiéroclès s'interrompit brusquement, versa des pleurs, et parut profondément alarmé des périls de César. Il rallume ain^ dans le coeur
du tyran. ses deux passions dominantes^ lambi^ tion et la cruauté. Il jette en même temps les fondements de sa grandeur future : car Hiéroclés nétoit point aimé de l'Empereur, ennemi des sophistes 9 et il savoit^qu'il n'obtiendroit jamais sous Dioclétien les honneurs qu'il espéroit de Galérius.
Il vole à Tarente^ et monte sur la flotte qui le doit porter en Messénie. Il brûle de revoir lé rivage de la Grèce t c'est là que respire la. fille d'Homère; c'est là qu'il pourra satisfaire à la fois et son aniour pour Gymodocée, et sa haine contre les Chrétiens. Cependant il caèhe ses sentijments au fond dé son cœur; et, couvrant ses vices du masque des vertus , les mots de sagesse et d'humanité sortent incessamment de sa bouche : telle une eau profonde, qui recèle dans son sein, des écueils et des abîmer, embellit souvent sa surface de l'image et de la lumière des cieux.
Cependant les Bémons qui veulent hâter la ruine de l'Eglise , envoient au proconsul d'Achaïe un vent favorable. Il franchit rapidement cette mer qui vit passer Alcibiade , lorsque l'Italie charmjée accourut pour contempler le plus beau des Grecs. Déjà Hiéroclès a vu fuir les jardin^ d'Alcinojjis et les hauteurs de Buthrolum : lieux voisins inimortalisés par les deux maHres de la lyre. Leucate où respirent encore, les feux de la