LIVRE XII
déployer leur» voiles et sortir du port » le péckeur expérimenté secoue la tête au fond de sa barque ^ et appuyant sur la rame une main robuste, il se hâte de quitter la haute mer, afin de se mettre à Tabri derrière un rocher. Gepen<dant un véritable amour s'est gliâSèpour la première fois dans le sein d'Eudore. Le fi:ls de Lasthénès s étonne de la timidité de ses sentiments , de la gravité de ses projets, si différentes de cette hardiesse de désirs , de cette légè^reté de pensées quil portoit jadis dans ses attachements. Ah! s'il pouvoit convertir à Jésu&-Ghrist cette femme idolâtre ; si , la prenant pour soA épouse , il lui ouvroit à la fois les partes du ciel et les portes de la chambre nuptiale 1 Quel bonheur pour un Chrétien!
Le soleil se plongeoit daos k mer des Atlantides, et doroit de ses derniers rayons. le» îles Fortunées , lorsque Démodocus voulut quitter la famille chrétienne; m»is Lasthénès lui repré-s^enta que la niiit est pleine d'embûches et de périls. Le prêtre d'Homère consentit à attendre chez son hôte le retour de l'aurore. Retirée à s6n appartement , Cymodocée repa^soit dans son esprit ce qu elle savoit de Thbtoire d'Eudore ; ses joues étoient colorées, ses yeux brilloient d'un feu inconnu. La brûlante insomnie chasse entin de sa couche la prêtresse des Muses. Elle se lève :
elle veut respirer la * fraîcheur de la nuit, et descend dans les jardins ^ ^ur la pente de la mantagne. '
Suspendue au milieu du ciel de VArcadie, la lune étoit presque , comme le soleil, un astre solitaire : Téclat de ses rayons avoit fait disparoître les constellations autour d'elle ; quelquesunes se montroient çà et là dans rimmensité : le firmament, d'un bleu tendre, ainsi parsemé de. quelques étoiles, ressembloit à uù lis d'azur chargé des perles de la rosée. Les hauts sommets du Cyllène , les croupes du Pholoé et du Thélphusse , les forêts d'Anémose et de Phalànte formoient de toutes parts un horizon confus et vaporeux. On entendoit le concert lointain des torrents et des sources qui descendent des monts de l'Arcadie. Dans le vallon où l'on voyoit briller ses eaux, Alphée sembloit suivre encore les pas d' Aréthuse , Zéphyre soupiroit dans les roseaux de Syrinx, et Philomèle chantoit dans les lauriers de DapKné au bord du Ladon.
' Cette belle nuit rappelle à lamémoire de Cymodocée cette autre nuit qui la conduisit auprès du jeune homme ^semblable au chasseur Endymiou. A ce souvenir , le cœur de la fîÛe d'Ho^ mère palpite avec plus de vitesse. Elle se retrace vivement la beauté^ le'couriage, la noblesse du fils de Lasthénès ; elle se souvient que Démo-