‹ Œuvres complètes de M. le Vicomte de ChateaubriandChapitre 80 sur 182 · LIVRE XII · texte numérisé non relu

LIVRE XII

plus innocent que votre pensée, et pourtant à vous entendre parler de vos dieux , qui ne vous croiroit trop habile dans les plus dangereux mystères ? Prêtre des idoles , votre père a cru faire un acte de piété en vous instruisant .du culte y des effets et des attributs des passions divinisées. Un Chrétien craindroit de blesser lamour même par des peintures trop libi^esw Gymodocée, si javois pu mériter votre tendresse , 3i je devois être l'époux dioisi de votre innocence , je youdrois aimer en vous moins une femme accomplie, que le Dieu même qui vous fit à son image. Lorsque le Tout^uissant eut formé le premier homme du limon de la terre ,■ il le plaça dans un jardin plus délicieux que les bois de TArcadie. Bientôt L'homme trouva sa solitude trop profonde, et pria le Créateur de lui donner une compagne. l'J^ternel tira du côté d'Adam une créature divine ; il l'appela là femme ; elle devint l'épouse de celui dont eUe étoit la chair et le sang. Adam étoit formé pour la puissance et la valeur , Eve pour la soumission et les grâces ; la grandeur de l'àme, la dignité du caractère , l'autorité de la raison , furent le partage du premier; la seconde ^ut la beauté, la tendresse et des séductions invincibles. Tel est, Cymodocée , le modèle de la femme chrétienne. Si vous consentiez , à l'imiter , je tàchérois de

TOUS gagner à moi , au nom de tous les attraits qui gagnent les coeurs ; je vous rendrois mon épouse par une alliance de justice , de compas*^ sion et de miséricorde ; je règnerois sur tous , Cymodocée, parce que fbmnme est fait pour Tempire , maîÀ je tous aimerois tomme une grappe de raisin que Ton trouve dans un désert brûlant. Semblables ftux Patriarches, nous se^ rions tmis dans la vue de laisser après nous une ^ famille héritière des bénédictions de Jacob : ainsi le fils d'Abraham prit dans sa tente k fille de Bathuel ; il en eut tant de joie qu'il ouUia la mort de sa mère. )>

A tes mots Cjmodocée verse dés Urmes de honte et de tendresse.

« Guerrier ] dit^eile ^ tes paroles sont douées comme du miel et perçantes comme des âèëhes.

Je vois bien que les Chrétiens saveur parier le langage du cœur. J^avois dans Vàme tout ce que tu viens de dire. Que ta religion soit la mienne , puisqu'elle enseigne à mieux aimer I »

Ëudûre n'écoutant plus que son amour et sa foi:

« Quoi, 'Gymodocée^ vous voudriez devenir Chrétienne, je donnerais un pareil ange au ciel , une pareille compagne à mes jours ! »

Gymodocée baissa la tète, et répondit :

u Je i^'ôse plus parler avant que tu n'aies

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