LIVRE XIII
Comme un chasseur des Alpes qui poursuit, avec de grands cris , une troupe de chamois bondissants parmi les rochers et les cascade3 ; si tout à coup un sanglier vient à s'élever au milieu des faons fugitifs, le chasseur effrayé recule, et reste les yeux fixés sur le terrible animal qui hérisse son poil et découvre ses défenses meurtrières : ainsi Iliéroclès reste interdit à l'aspect d'Eudore qu'il reconnoît au milieu de sa famille. Toute son ancienne inimitié se réveille; il ne voit point, il est vrai, Cymodocée, mais la beauté du fils de Lasthénès, son air mâle et guerrier, ladmira^ tion qu'il inspire, augmentent ses alarmes. Plu-^ sieurs ^soldats de la garde du proconsul, qui a voient fait la guerre sous Eudore, environnent leur ancien général, et le comblent de bénédic-r tions; les uns vantent sa douceur, d'autres sa générosité, tous sa valeur et sa gloire. Ceux-ci rappellent la bataille des Francs, où il remporta la couronne civique ; ceux-là parlent de ses victoires sur les Bretons. On répète de toutes parts : a C'est ce jeune guerrier couvert de blessures, qui triompha de Carrausius; c'est le maître de la cavalerie ; c'est le préfet des Gaules ; c'est le favori de Constance et l'ami du prince Constantin.)) Ces discours font pâlir, sur son trône, le proconsul indigné : il congédie brusquement rassemblée, et se renferme dans son palais,
Hiéroclès ne doute plus que son rival ne soit aimé de Cymodocée : il juge que Tamour a suivi la gloire. Mille projets sinistres se présentent à son esprit : il veut enlever de force la fille de Démodocus, il veut jeter Eudore au fond des eacbots; mais bientôt il craint la faveur dont le fils de Lasthénès jouit à la cour. Il n'ose attaquer ouvertement un triomphateur qui fut décoré des dignités de l'Empire; il connoît la modération de Etîoclétien y toujours ennemi de la violence. Il prend donc un moyen plus lent, mais plus sûr de satisfaire la haine qu'il noun*it depuis si long-temps contre Eudore : il écrit & Rome que les Chrétiens de TAchaïe sont prêts à se soulever, qu'ils s'opposent au dénombrement, et qu'ils ont à leur tête cet Arcadien exilé par l'Empereur à l'armée de Constance.
Hià*oclès espère ainsi faire bannir Eudore de la Grèce , et pouvoir poursuivre , sans obstacle , ses coupables projets sur Cymodocée. Cependant , il environne son rival d'espions et de délateurs , et chCTdie à pénétrer un secret qui doit causer le malheur de sa vie. Le fils de Lasthénès ne s-étoit point endormi sur les dangers de ses frères. Ce n'étoit plus ce jeune homme incertain dans ses désirs , chimérique dans ses projet» , noùf ri de songes et d'illusions : c'étoit un homme éprouvé par le malheur , capable des actions les