LIVRE XIV
qui dftos ee masoent de bonheur redoubloit de veilles et d'austérités. Dès le soir même , Cyrille commença les instructions de la jeune Infidèle. Elle écoutoit avec candeur et ingénuité ; la morale et la charité évangélique charmoient son cœur. Elle pleuroit abondamment sur le mys^ 1ère de la Croix , et sur les douleurs du Fils de THomme;. le culte de la Mère du Sauveur la remplissoit d^attendrissement et de délices; elle se faisoit conter sans cesse y par le vieux martyr, l'hiatoire de la Crèche, des Bergers , des Anges , des Mages; elle trouvoit des choses divines dans les mystères confondus de la Vierge , de la Mère et de rÉpouse. Elle répétoit tout bas ces paroles qu'elle a voit apprises: «Je vous salue, Marie, )> pleine de grâce. » La grandeur du Dieu des Chrétiens efFrayoit un peu Cymodocée; elle se réfugioit auprès de Marie, qu'elle paroissoit prendre pour sa mère. Elle expliquoit souvent à Démodocus quelques-unes des leçons qu'elle avoit reçues ; elle s'asseyoit sur ses genoux, et lui disoit dans un langage charmant l'heureuse vie des Patriarches, la tendresse de Nachor pour Sara sa fille , l'amour du jeune Tobie pour son épouse étrangère ; elle lui parloit d'une femme qu^un Apôtre fit sortir du tombeau et rendit à ses parents désolés.
<i Crois-tu , ajoutoit-elle , que le Dieu des Chré-
tiens , qui me commande d'aimer man père afin de vivre longuement , ne vaut pas bien ces dieux qui ne me parloient jamais de toi ? »
Rien n'étoit plus touchant que de voir ainsi ce missionnaire d'une espèce nouvelle, tour à tour disciple d'un vieillard et maître d'un autre vieil-p lard, placé comme la grâce et la persuasion entre ces hommes vénérables, pour faire goûter au prè<tre d'Homère les sérieuses instructions du prêtre d'Israël.
L'ennemi du genre humain voyoit en frémis-* sant de rage cette vierge innocente échapper à son pouvoir. Il en accuse Astarté.
« Foible démon , s'écrie-t-il , que fais-tu donc » dans l'abîme? Tu nas quitté le ciel qu'en gé- » missant , et maiuteuant encore te voilà vaincu » par l'Ange des saintes amqurs! »
Astarté répondit :
« Satan l calme ta colère. Si je n'ai pu l'em** » porter sur l'Ange qui m'a remplacé au séjour du y> bonheur, ma défaite même va servir au succès » de tes desseins. J'ai un iils aux Enfers ; mais je » n'ose l'approcher, car ses fureurs m'intimident, M Tu le connois : descends à sa prison ; ramène- » le sur la terre j je vais l'attendre auprès d'Hié- » roclès , et quand ce mortel sera brûlé de mes