‹ Œuvres complètes de M. Necker (volume 2)Chapitre 12 sur 25 · DISCOURS IV · texte numérisé non relu

DISCOURS IV

De V immortalité de Vâme,

La poudre retourne dans la terre comme elle y avoit été , et l'esprit retourne à Dieu qui Ta donné. Ecclésiaste, Chap, %, t. 3.

JNous YenoDS vous entretenir aujourd'hui du premier, du plus grand de vos intérêts ; d'un intérêt deyant lequel lafortune, les honneurs, la gloire du monde, ne sont rien.. Toutes ces vanités périssent avec vous, et souvent leur ruine précède la vôtre; souvent elles nous délaissent au milieu de cette vie d'un moment que nous avons à parcourir; mùis V^sprit re-^ tourne à Dieu qui l'a donné f et c'est là le texte que nous avon$ choisi pour méditer avec vous sur l'immortalité de l'âme, sur cet immense avenir qui doit attirer toute notre attention et remplir toutes nos pensées. O Dieul c'est en? tremblant que vq^e serviteur regarde le sujet dont il doit parler au peuple qui l'entoure^ aux fidèles qui viennent chercher dans votre tem* pie des parx^les de consolation. Âh! faites.

xaa coums

quHIs sVn retournent avec espérance ; faites qu'ils* s'en retournent pénétrés de confiance dans les éternelles bontés de leur souverain Maître et dans sa puissance infinie. Qu'un, rayon d'en-haut les éclaire, et répande dans leur âme une douce lumière ; que la grâce du ciel leur inspire d'avance ce calme, ce repos, I^eureux avant-coureurs de tous les sentimens religieux, jd lors f entendis une voix du ciel qui me disoit , écris : Heureux sont dès à présent le fi fmrts qui meurent au Seigneur; oui y dit Vé'sprity ear'ils se reposent de leurs traçmM y et leurs- œuvres les suivent.

' C'est dans les Livres saints, écrits avant la révélation , quenous avons choisi notre te&te i L^esprit retourne à Dieu qui Va donnée Cette parole est de Salomon ; et nous venons dévcM lopper la vérité qu'elle atteste, sans recoùril? en ce jour au langage isôleiinçl du Nouveau Testament; ainsi, nous déduirons nos pi'eu.^ ves des perfection6 de FÊtr^ stipréfide et àt not^é propre nature. Ce serôit ittf^t'V^rtir l'ordre et la suc^cdssîoit dés Hé^\ que d'en ap<^ peler déprime abord*aui'4éckifài;i<>nis et sittie promesses de la religîiô<i^hf#etiêiïilie ; elU vifev^ dra, cette ^«ligi^n , >a8gméritet<; iiffètrtniri^M es^éraiicen; ^ nour lui rendions c^p^dsiM

DE MORALB ItELIGIEUSÈ. l!t3

«m iioibiDàge à l'avance, si noué ^erchoii»

dans nos sentimens Ips plus élevés le type ou la^premiète trice du plus importait de ses dogmesL El n^est^ce pas de tous les temps que Hîeu s*iè6t -réTéfé à Tho A me, puisque, dès lWigtn€ du monde, il a déployé dans YutA'^ vers le spectacle de sa puissance, |es:mira^ clés de , sa sagéœe , les signes éclatans de sa bonté ?.:...*•' « » .

Entrons dans k< sujet que nous nous pro^ posons de traiter.

' Dieu noQA ttappeUera^^t^f 1 à lui ;, - quand notte passage* sur la tetre sèr a terminé , ou nbus re* jetterart^il de sa présence après nous avoif aiinés ?'Noiis éteindra-t*il dans le néant, ap^ès nous aVoir ornés d'une portion de ses attrî-^ buts> après nous avoir permis de le çonnoitre et d« Uaddrer? Et le dernier trait de sa puis^ sance > sera^t^l la vie ou la mort ? Quel dout<$ et quellealbernative ! et il s'agit pmir nous de réteniité ! :':.'•

Suivons hotue route, et cherehons les vé« rites >oo les , traisernblasa^e^ qui doivent] fixer Dotre jugement* ; .

l'Dieu peut-îl faire que notre âme ^oit im^ mortelle; Dieu ,1e voudra- t-il? Voilà<les questions que nous sommes obligés d'exa-

miner; et la première fixera d'abord noire attention.

, . Si, nous n'avions pas été les témoins ; du déclin de nos forces- physiques el de Feo«^ gourdissement de 4bs sens , jamais Thomme en pleine" vie n'auroit eu la prévoyance .ou le soupçon de sa mort , tant la prolongatiooi de l'existence est une idée plus simple que sa discontinuité. Pourquoi donc regardèrion84 nous comme une disposiiton surnaturelle, comme un résultat impossible, la' conservation de notre âme., la perpétuité de cette autorité spiritifelle dont le.terme^ijs'ii en.esf un^ échappe k nos observation^ ? Diiart-ûn que notre âme .est matérielle , et^qu^^etledoit suivre, la destinée de l'être . corporel dont elle est la souveraine; qu'elle >doit avec lui s'évanodir ou se disisémiaer^'ëei changer: em poussière? Mais où est Thomnie mortel, qui l'a vue^ cette 4me; où est l'homme de génie qui Ta connue autrement que par les: facultés miraculeuses dotDt elle est douée? ^ >

Kbus appelons Tâme un esprit, et nousiiie l'honorons pas encore assez. Plusxrlaitxroyans ; peut-être nous * Jui lr<^u9^ribâs un napper t avec Tessence. divine. Ah! que n)e pouvons^ nous un montrent nous séparer denousrmémeft^

DE MORAlE RCLIGiEUSE. 125

pour contempler en simples observateurs ce fojêr detant de pensées, ce principe moteur de tant de volontés efficaces! nous nous pros* terneribns alors devant une existence mysté* rieuse, dont les attributs sont si merveilleux. Mais, occupés à dirfger vers un but nos facultés spirituelles, nousfie donnoiïs pas un moment à l'admiration du majestueux pouvoir dont nous avons reçu f in vestiture du Roi de la terre et des cieux. Nous sommes le plus étonnant des phénomènes , et nous n'y pensons jamais ; ou si nous le faisons, c est avec distraction ^ souvent avec dédain, (Quelquefois même avec injure. Oui, vous vous insultez vous-mêmes, vous qui , sur la foi périlleuse de prétendus philosophes, assimilez votre âme à une matière organique, et qui mettez en doute jusqu'à votre liberté dont vous avez cependant un sentiment si réel. Ah ! cessez de vous montrer les disciples ou les imitateurs de ces hommes tellement égarés par uiie fausse vanité, qu'ils sacrifient la gloire de leur plus belle prérogative au mérite de la singularité, et au petit honneur d'un petit système.

OËuvre magnifique du Dieu fort! âmesublimî? ! ils ne parviendront point à vous avilir; vous portez l'empreinte de votre Auteur, les

f2f> CpUAS

signes de sa puissance ; et parce qu'il est éternel, TOUS seres immortelle. Sans doute Tin*** strument qui vous a été confié sur. la t^rre est périssable, mais vous êtes distincte de lui; et comme l'Être suprême reste le même au mi<lieîi des modifications diverses de ses mondes et de ses créatures, vous qu'il a formée à son image, âme in-telligente et.àpirifuelle, vous subsisterez ^près la séparation des élémens matériels qui ont été soumis à votre empire»

Yx déjà ne voyons-nous pas que, si notre ped-sée s'obscurcit ou devient pénible, lorsque notre corps s'affoiblit, le sentiment du moi demeure en son entier. Ce sentiment singulier n'est suspendu que pendant le sommeil , et suspendu même imparfaitement;; mais il rë« naît ensuite , et il règne en observateur et eu maître au milieu des combats de notre esprit contre nos sens. Nous: éprouvons même qu.'il pourroit subsister abâtrattemeiit , et sanb laut cune de nos facultés physiques. ,\ a

Il y a donc tout à là fois liaison et.sépàra? tion entre notre être matériel. et cette (puis-** sance spirituelle qui combine, pvévoili,:raé* dite et réfléchit; de m4me qu il y a Itaison* et

séparation entre notre faculté- pensante et no^tre volottté; de même enfijti qu'il y a Uaisoa

DE MORALE RIEUGIEUSB. ^ï^fj

et séparatipaieotre notre système iateUtctuel tout exitier. ^t le sentioient iiiûnsie de nous* mêmes ; entre tput^s h^ parties, de notre org9^< nisatîon, ^t cenou^,ce moi, f lacé au centre, eile chef , pour ainsi dire, de notre république individuelle*

Encore un momeni; de votre attention ^avant de terminer une méditation métaphysique que nous n'aurions pu écarter sans .négliger une partie essentielle de notre sujet

La trame du sentiment intuitif qui compose notre identité, qui constitué en quelque manière la possession denous-mémes, cette trame est farnlée par le souvenir; et, en l'admettant, nous serions nous encore dans un autre corps; nous serions nous encore avec de nouvelles facultés spirituelles. La continuation de ce souvenir stiftiroit donc pour consacrer notre immortalité. Diroit*on cependant de cette continuation, qu'elle est au-<lessus des pouvoirs du souverain Auteur de la nature? Quelle dé^ mence! Et si nous osions appliquer les mots de plus ou moins aisés, plus bu moins difficiles, à des miracles qui passent notre enten* dément, nous dirions que la perpétuité de souvenir nécessaire pour maintenir notre être individuel, est un phénomène supérieur en

I a8 Gou&s

apparence à la création de notre esprit, à la formation première de tout ce qu'il y a d'admirable dans notre existence.

Prenons-y garde ; le doute sur l'immortalité de rârae n'est introduit, n'est favorisé, que par le doute sur l'existence d'un Etre suprême; car si l'on étoit pleinement convaincu qu'un Dieu créateur a fait sortir l'univers du néant, qu'il en est l'ordonnateur et le soutien , corn» ment disputeroit-on sur aucun des degrés de sa toute puissance ? Il a dit , et la chose a eu son être ; il a parlé , et la chose a comparu. Ah ! si vous croyez , à ces paroles , si vous recevez l'idée sans bornes qu'elles présentent, pourquoi rejetteriez-vous la vérité ançoncée dans notre texte : La poudre retourne dans la terre comme elle y avoit été y et V esprit retourne à Dieu qui Va donné? •

Nous venons d'examiner notre sujet dans ses rapports avec la puissance divine : étu* dions-le maintenant d'une autre manière, et en cherchant à nous former une idée juste des intentions de l'Être suprême , une idée juste, s'il est permis de s'exprimer ainsi, de ses vues et de ses projets sur nous.

Nous nous proposons encore , en remplis* sant cette tâche ^ dé prendre uniquement notre

DE MORALE RELIGIEUSE. l^Q

raison pour guide; et de nous tenir ainsi, comme nous Tavons annoncé , hors du cercle lumineux tracé par la religion révélée.

Quels sont les premiers élément de nos recherches sur les desseins de TÊtre suprême; quels sont les premiers secours offerts à rhomme , de tous les temps et de tous les pays, pour asseoir sa croyance ou ses conjectures dans une question si vaste et si profonde?

C'est , il nous semble , l'aspect des œuvres de la Divinité ; l'étude de nous-mêmes; de nous, êtres les plus distingués entre les êtres; et par-dessus tout, une méditation attentive sur, les perfections du Maître du monde.

Nous jugeons, nous croyons Dieu d'une puissance sans bornes, en contemplant les phénomènes innombrables dont l'univers est le glorieux assemblage. Nous sommes remplis de confiance dans sa bonté, en observant que toutes ses oeuvres ont un rapport avec la félicité des êtres animés. Enfin , nous croyons à la grandeur de ses conceptions , à la hauteur de ses pensées, en voyant le sjrstème entier de la nature empreint d'uiie majesté qui saisit notre admiration et nous remplit d'étonnément.

C'est en nous rappelant ainsi les perfections .

XUL 9

1 3o COURS

de rÊtre suprême , c*esl en nous les représentant de tous nos moyens v^I^e nous pourrons juger avec vraisemblance de ses projets sur la racé humaine, et de la part qu'il nous a faite dans Tordre universel dont il est Tauteur.

Remarquons d'abord une vérité importante, et qui exige de votre part un peu d'attention. Tout semble annoncer que dans le plan du Créateur il y a deux systèmes (ffitincts : Fun a pour but le maintien uniforme des espèces; l'autre la perfection progressive des individus; et rhommeseul, dans sa nature, appartient à ce dernier système. Il est bien classé dans une espèce , comme les plantes et les animaux , mais son mérite distinctif est individuel ; car il n'e^t pas soumis aux lois toujours égales de Finstinct ou de la végétation. Il est doué d'intelligence; il jouit de la liberté; et^ selon Fusage qu'il fait de ces nobles facultés, il devient plus ou moins moral , plus ou moins parfait; enfin , il y a d'homme à homme de telles différences , que, sous le rapport de l'esprit et du sentiment , chacun d'eux paroît un être particulier. Peut-être même que la plus grande beauté de l'homme tient a des qualités personnelles ; car ce n'est point en commun avec son e^spece qu'il s'améliore, qu'il se perfectionne.

BK MORALE BBLfGlEUSE. l3x

qu'il étend $e8 lumières et qail prend possession de Tayen ir parla force de son génie. Nou^ croirons donc avec Yraisemblivnce que Die», en traçant la carrière des hommes , en réglant leur durée ^n^ l^s a pas réduits à cette rolà-» tion de vies , de morts et de renaissances , qui forme dans la nature la pel'pétutté de6 espèces; mais il les a rangés sur une autre ligne ; et après les avoir appelés à cette variété d'àc-. lions et de pensées qui dérive de la liberté ^ après avoir regardé leur marche, leurs progrès vers la perfection , il fera leur sort , un à un , dans les temps éternels dont il dispose.

£t déjà , ne nous a^t'-il pas donné des arrhes de rimmortalité , en offrant l'avenir à notre prévoyance ^ en permettant à notre imagina* tion de le parcourir ; et plus que tout , en nous pénétrant d'une ardente espérance? Ces beaux attributs de notre Âme ne seroient-ils qu'une illusion; ne seroient-ils , avec ce monde, qu'une apparition théâtrale? Tant de facultés merveilleusesseroient-elles un vain ornement, tA , pour ainsi dire , un simple cothurne , que les générations se passeroient lesi^nes a^x autres ? Et cette suite de fictions , cette scèn^e mouvante, nous la réunirions à Vidée d'itn Dieu de vérité et d'un Dieu qui peut tout !

l32 COURS

. Guidés par notre respect , considérons au-* trement le maître souverain de l'univers ; ce qu'il nous laisse entrevoir, il nous le destine; ce qu'il nous a permis d'espérer, il nous le tient prêt II n'est aucune illusion , aucune fausse apparence dans les vœux de nos sens , et tous ont un t^rme effectif; pourquoi serionsnous trompés par nos désirs les plus sublimes, par les convoitises et par l'attente de notre esprit ?£nfin , tout est en communication dans la nature ; comment nos espérances , comment nos pensas intérieures n'appartiendroientelles qu'à elles-mêmes ?

Faites encore avec nous une observation importante. Nous sommes au milieu d'un système physique où tout est complet , où tout semble achevé. Les sphères célestes suivent avec une régularité parfaite la route qui leur est tracée. Les plantes et les fruits de la terre obéissent de même, et toujours uniformément , au principede végétation quilesaningie. Toutes les forces de la nature ont le degré d'action qui leur est propre ; cit les divers élémcns, par leur admiral^le harmonie , répondent exacte** ment aux vues du Créateur; enfin, les ani*maux, renfermés dans les limites de leur in*^ stinct , y font leur tâche aussi, et l'acquittent

DE MORALE HELIGTEUSE. l33

eh son entier. Tout setnble donc autour de nous avoir atteint son but, ce but fixé par le souverain Auteur des mondes et de l'univers.

L'homme seul , avec une carrière immense offerte à ses regards , n'y fait durant sa vie que des pas incertains ; il voit un Wme , il voit la perfection , et il n'y arrive jamais ; jamais , à son jugement même , et de son propre aveu. Est-ce en effet sous le rapport de la morale et de la vertu qu'il s'examine et se considère ? Il s'adresse des reproches ; il vit de regrets ; et rarement à la fin du jour est-il en pleine paix avec sa conscience. Quelquefois ses passions l'ont détourné de sa route, et plus souvent ses foiblesses ont ralenti son courage. Il se repent, il forme des projets d'amélioration ; mais il les assigne au lendemain, et ce lendemain ressemble encore à la veille. L'homme donc, sous le rapport de la morale , a toujours à gagner, a toujours des progrès à faire.

Enfin , à côté d'un monde physique où tout est complet, où les moyens sont en accord avec le but, le monde moral nous paroîc dans une sorte de confusion ; mais les caractères dé beauté dont nous le voyons empreint , suffisent pour nous apprendre qu'il est la plus

,l34 COUK» '

^ande œuvre de rÉternel, et que toutes lès autres y sont subordonnées ; ainsi , n'en doutons poiat, le temps FachèTera. Et jusque-là «oyons contens , soyons glorieux d'élre les l^éros du systènte conçu par notre Dieu , et idont il n'est permis qu'à nous sur la terre de chercher le secret et d*approfondir le

mystère-

I^e dernier but est encore pour nous à dis-tance, mais un*jour nous le conuoitrons ; et pourtant c'est avec ce but , avec ce magnifique terme, que notre âme immortelle est dè$ à présent en rapport et en harmonie : dès à présent ; vérité importante et sur laquelle Qous arrêterons un moment votre attention.

Examinez l'homme avec nous dans son essence morale , dans les développeraens de son esprit II observe, il étudie, il rassemble des connoîssances ; et malgré ses travaux , malgré tons ses efforts, sa vie entière ne pâroît qu'un commencement, ne semble qu'un apprentissage; et en regl^rdant oesingulier tableau , on est toujours entraîné à chercher dans un avenir inconnu la suite du présent et son interprétation. Ah ! si j'avais su , si je pouvois savoir ! voilà le langage secret de tous Les hommes , soit qu'ils s'opqupenl de kurs intérêts persoii-

nelâ, soit qu'ils se livrent à des méditations plus générales. Us sont eamouvemenl; conti^ nuel, ils sont toujours en marche; et le point de repos , le point d'arrivée, qui n'est pas sur la terre , doit existei* ailleiirs. Oui 9 il y a dans nofii facultés morales quelque chose qui passe ce monde. Et déjà ne voyons- nous pas que tout a été fait pour l'avenir dans notre organisation spirituelle ; ne voyons*nous pas que nos sens seulement ont le présent pour consigne, mais que tou^ les pUisirs , toutes les jouissances de notre esprit, tiennent ou au moment qui va suivre , ou au moment que notre imagination a placé dans un plus grand éloignement? Ainsi, lorsque nous travaillons avec courage , c'est qqe notre attention se livre alternativement ou à l'espoir de vaincre une difficulté prochaine, ou. à l'attente d'un sa^ Jaire , ou simplenptent à la perspective du repos don^ nous jouirons, au terme de notre entréeprise , à la fin de notce tâche.

Ainsi, c'est toujours l'avenir qui occupe notre pensée; ç^est lui qui devient , pour ainsi dire , le siège de notre existence morale ; notre esprit n'est au présent qu'en apparence. Il en est de même des triomphes de noire amourpropre ; car la louange ne nous rend heureux

i 36 couKs

qixen ré veillant en nous l'idée de notre snpé^ riorité , idée à laquelle des avantages vagues ou lointains sont attachés dans notre opinion. Il en est de même encore de la conquête et de raccuroulation de liargent. Il en est de même des promotions aux honneurs et aux dignités; enfin , de tout ce qui est plaisir d'imagination et de perspective : ainsi cet esprit dont nous somrnes investis, cet esprit qui compose notre essence et notre aiitorité, cet esprit qui doit retourner à Dieu qui l'a donné , est , dès cette terre , une image , un signal de l'avenir ; et il appartient évidemment à un autre règne que notre organisation matérielle.

O Éternel ! vous n'avez pas voulu que nous eussions sur notre propre nature des notions plus éclairées ; mais l'ignorance où nous sommes tenus, cette ignorance, rapprochée de la vaste étendue de nos découvertes , a quelque chose de mystique ; et, en nous préparant à la foi religieuse , elle doit élever notre pensée à ce Dieu tout-puissant, seul ordonnateur^ seul dépositaire des miraculeux secrets au milieu desquels nous sommes pUcés, et dont nous faisons nous-mêmes partie.

Nous avons osé fixer un moment nos observations sur tout ce qu'il y a dé plus fin dans la

B£ MORALB RELIGIEUSE. l37

métaphysique de notre constitution morale. Nous voulions y chercher un renseignement , | un indice de plus , sur notre destinée future^ Nous allons maintenant vous montrer un signe plus visible de la réalité de nos espérances ; et c'est encore dans notre propre nature que nous croyons le trouver. Ne nous refusez pas votre attention, lorsque nous vous entretenons d'un si haut intérêt. ^

Qui de nous ne connoît pas ce sentiment intérieur présent à toutes nos actions, à toutes nos pensées, et auquel nous avons donné le nom de conscience; tribunal redoutable où nous comparoissons nous-mêmes devant nousmêmes; magistrature suprême plttcée en nous et au-dessus de nous , et peut-être le plus merveilleux phénomène de notre nature spirituelle? Je le demanderai maintenant: cette çpnscience , notre juge sévère , auroit-elle une fausse mission , un pouvoir usurpé ? Non sans doute ; et pourtant sa voix imposante , son auguste langage , seroient évidemment en disproportion avec les questions que nous aurions à résoudre , si nos spéculations et nos pensées avoient pour tout espace le cercle étroit de la vie. Certes le juge seroit trop grand, le tribunal trop majestueux pour un si petit district.

l38 001TR8

Qu'alors même il seroit aisé de refuser son hommage et son obéissance à cette autorité intérieure , et de disputer son titre l on en* treroit du moins en controverse avec elle ; on opposeroit à ses préceptes le triomphe :des méchans , les revers des justes , et Ton se joueroit de ses condamnations.

C'est au nom de Favenir que notre con* science nous intimide, et c'est à notre âme impérissable qu'elle s'adresse : sa patente lui vient d'en •* haut; c'est du Dieu des temps quelle l'a reçue , et c'est de lui qu'elle tient le courage et la ior^e dont elle à besoin pour être respectée.

La conscience de l'homme est encore, sous Un nouveau rapport, le signe et le présage d'une seconde vie. C'est elle , c'est notre conscience qui nous avertit de bonne heure du mérite de la morale, et qui nous entraine au culte de la vertu dans tous les momens où nos passions inous laissent à nos sentimens •naturels. £nfin , c'est elle qui nous porte à réunir l'idée d'un Dieu et Pespoir de lui plaire, à notre respect pour les droits des autres hommes , et à notre bienfaisance envers nos semblables.

L'impression rapide, involontaire, que fait

DE MORALE religiëhsz:. iBi)

sur notre âme le rëcit d'une action généreuse n'est inconnue de personne , pas même des méchans ; car ils ne sont devenus tels que par degrés , et souvent ils ont commencé par rendre hommage aux lois morales et religieuses : ils étoient jeunes alors ; et nouvellement engagés dans la carrière de la vie, ils conser* -voient encore l'empreinte de la nature ; mais c'est au fond' des cœurs restés fidèles à leurs premiers penchans que la vertu se peint avec des caractères célestes , et qu'elle nous paroit un gage de Timmortalilé. Âh ! vous , que le hasard on votre destinée auroit appelés à connoître parmi les hommes, un être de choix dont les perfections auroient frappé vos re* gardSy une personne remarquable par la pureté de ses mœurs et l'innocence de ses pensées ; une personne animée de la plus douce et pourtant de la plus sérieuse piété ; en adoration devant son Dieu , et n'aimant pas moins sur la terre tout ce qu'elle devoit aimc^r; pleine de reconnoissance pour l'Au^ leur de ses jours,* et cherchant à l'exprimer par des œuvres de compassion envers l'infortune; sage et modeste dans les succès; patiente et résignée dans, les revers ; indulgente envers les autres^ et sévère pour elle seule;

l40 COURS

enfin 9^ toujours ëmue, toujours craintiire en réfléchissant aux foiblesses inséparables de la nature humaine, et ne reprenant un heureux courage qu'après avoir saisi par la foi les espérances religieuses, après s'être fait une image vivante des inépuisables bontés, du Maître du monde : ah ! si le hasard ou votre destinée vous avoit appelés à connoître, à contempler un être si parfait , si préparé pour un céleste séjour et par ses espérances et par 6e$ vertus angéliques , comment pourriez-* vous croire à la fausseté d'un si beau signe de l'immortalité de l'âme, et comment pourriez vous adopter l'épouvantable système d'une destruction sans retour ? Non, non, vous direz, vous répéterez avec le Sage : La poudre retourne dans la terre d'oiï elle est sortie ; nuds V esprit retourne à Dieu qui Va donné.

Et que seroit-ce encore, si un homme dont les qualités morales attiroient votre hommage, n'a voit connu de la vie que ses traverses; s'il étoit accusé, poursuivi par la haine; s'il succomboit sous les atteintes de la calomnie; si, toujpurs bon , toujours juste, il étoit entraîné dans les réduits obscurs destinés à.la vengeance des lois; s'il y restoit sans amis et sans défenseurs ; s'il périssoit enfin , la vie-

DE MOBALE RELIGIEUSE. X^t

time des méchans, et la proie sanglante du crime? Ah ! croiriez-vous que nulle réparation ne lui fût destinée? croiriez-vous qu'une sentence exterminatrice, rendue au nom de la tyrannie, fût son dernier jugement? croiriez-vous que le monde., ce chef-d'œuvre d'harmonie, eût été formé pour devenir le théâtre du désordre moral? Et en est-il de plus- grand que l'injustice? Croiriez-vous enfin 'que l'avenir fût sans correspondance avec le passé? Non, l'Éternel est toujours l'Éternel et le Tout-Puissant ; le Dieu de l'univers ne reculera point devant des pygmées qui insultent à ses lois, et qui veulent être inhumains, quand il est pitoyable; haineux , quand il pardonne; despotes absolus, quand il a daigné nous donner la liberté pour guide; et destructeurs de tout, quand il a tout créé. Laissez , laissez venir le jour des éclaircissemens, et vous saurez avec certitude qu'il n'est rien d'incomplet dans les œuvres du Seigneur. Laissez venir le jour où l'Éternel , ami de la justice et de la bonté, interrogera cet esprit, cette âme immortelle qui doit retourner à lui;' et sa parole alors, qui fera trembler les uns, qui consolera les autres, sera pour. tous les êtres intelligent une in-

]4a cofTMS

struclion solennelte, et Téclatante explication de ce magnifique univers.

La nature de notre esprit, le mystère de notre conscience, le culte involontaire que nous rendons aux idées de morale , l'oppression fréquente des, gens de bien , et , pardessus tout, la bonté, la sagesse, la puissance infinie de TÊtre suprême; voilà les principales considérations qui nous ont servi à diriger ou à soutenir votre croyance au dogme précieux de rimmortalité de l'âme.

Nous devons maintenant vous présenter un nouveau motif d'espérance. Nous le cher-^ chons, nous le trouvons encore en nous-' mêmes, dans cette nature sublime où tant de phénomènes sont réunis et où nous distin* guons l'empreinte de la Divinité mieux que dans aucune autre de ses conceptions magnifiques.

Nous aimons , nous savons , nous désiron^r aimer; et ce sentiment, inaltérable en nous; répand une grande lumière dans la route que nous suivons; c'est un guide de plus pout^ atteindre à la connoissance de notre avenir.

Et d'abord, rendons hommage au Maître du monde de ce qu'il nous a fait part du premier de ses plaisirs: oui, le premier sans doute;

D£ MORALE HiSLIGIEUSE. |43

ciHr s'il ti^avoit pa^ ainiéi, auroit-il miilltplié comme il l'a feit le» étreD animés , et les au* roil'-il doués de4:aht de sensations fortunées? Ah! soyez à jamais bém^ o notre Dieu! pour avoir daigné dire eb nous créant : Qu'ils ai-* meht et qu'ils soient aitnés ; pout avoir daigné nous appeler à cette prérogatiTe suprême de rame, dont le charme est inépuisable , et <|ni semble nous approcher de vos perfections adorables.

Une réflexion s'offriroit à nous, si nous voulions examiner, étudier avec l'esprit, ce sentiment qui nous transporte dans un objet chéri, et qui place en' lui tous nos intérêts. N'est-ce pas là l'image d'une seconde vie?

nVst-ce pas une transformation de l'amour de nous-mêmes , de cette nature imparfaite, en une plus pure et plus indépendante de nos liens personnels; n'eist-ce pas enfin ie sjmbole de la continuité du nous avec une nouvelle essence? L'idée est trop vague pÀur être soumise à l'appréciation d'un raitonnement méthodique; mais notre imagination:

ne la rejette pas; et nous avons «besoin de plus d'ufi sens moral pour pénétrer avec nos seules forces dans les mystères ^i sont devant nous» ^ »

Laissons là néamnoins, quand nons le pouvons, les aperçus métaphysiques, et considérons dans toute sa^ simplicité le sentiment qui ouvre notre âme à de nouvelles espérances. Nous aimons , nous savons , nous désirons aimer ; et le plus souvent nous y sommes contraints par une autorité inconnue, par un empire indéfinissable. Nous vivons alors en entier dans Tobjet de notre tendresse et de notre prédilection. Tout autre intérêt s'éloigne de nous, et nous devenons, ou nous croyons être étrangers à nous-mêm^.

La mort, la terrible mort, est-elle venue briser l'idole de votre cœur, elle n'a pu vous enlever ce profond souvenir qui vous retrace à chaque instant l'objet de votre culte. Il n'existe plus en notre présence, l'ami que nos regrets poursuivent ; il échappe à nos regards, mais nous communiquons avec lui par la pensée; il n'est plus sur la terre , et nous lui parlons , notre âme le cherche, notre âme le trouve encore; et s'élançant dans l'avenir, elle voit, par l'espérance, le terme de ses vœux, celieude réunion où toutes les pertes seront réparées , où toutes les larmes seront taries. O Dieu qui , en éloignant de nous , selon votre volonté , cette tendre mère, cet enfant chéri, ce mari fidèle ,

DE MORAINE RELIGIEUSE. lAS

cette épouse adorée, nous avez toutefois permis de garder dans notre cœur leur vivante image; ce n'est pas sans motif que vous l'avez fait; vous vouliez, généreux protecteur, nous laisser un gage de vos dispositions futures , de vos intentions bienfaisantes. Confiez-vous^ âmes sensibles , à cette garantie; ce n'est pas d'une illusion que l'Être suprême se seroit servi pour adouèir vos peines : il est le dispensateur, le dépositaire éternel des réalités; que pourriez- vous craindre? Et pourquoi voudroit'il associer une fiction à tout ce qu'il y a de plus beau dans notre nature morale, à l'amour et à la fidélité ? N'est-ce pas avec ces sentimens , ces émotions sublimes , que nous adorons notre Dieu, que nous sommes près de lui, nonobstant son infinité? Aimons, ai?mons toujours , et nous revivrons. Sortons de #

nous-mêmes par un mouvement de Rendre affection , et nous croirons appartenir à une autre existence ; et nous découvrirons à 1'^* van ce cet asile hospitalier qu'un Dieu d'amour et de bonté promet aux âmes sensibles. Ah !

nous vous y trouverons, vous que nous pleurons^ vous qui nous avez assigné ce rendezvous et par vos dernières paroles et par vos derniers regards. Nous n'en serons pas rejetés; XIII. 10

I [fi COUR!l

ee sont les Atiges d-iin Dieu de miséricorde qnî en défendent Tenceinte. Non, vous ne tiôuà avez pas dit un éternel adieu , lorsque vos forces abattues ont expiré sur un sein fidèle, lorsque cette vie d'un jour s'est évanouie dans nos bras. Votre âme immortelle fest retournée vers son Créateur, plus épurée qiié jamais; elle est peut-être aujourd'hui, par ses invocations et par s^s prières , notre soutien , notre meilleure assistance. O notre Dieu ! nous h'oserions vous dire, à l'aspect de tous les biens dont vous avez enrichi la terre ; nous n'oserions vous dire, donnez-nous-les encore : car un jour, un seul jour, étoit déjà trop pour nos droits; mais en hbus permettant d'exister dans un autre, vous avez en cftielque manière ennobli les vœux que nous " formotis pour une seconde vie, et nous ne

^ craignons point de vous les adresser.

Ah ! Vous avez aussi de pareils vœux à former ; vous , âmes tendres , âmes aimantes , et i^ui ti'aVez jamais pu trouver sur la terre une association digne de la délicatesse de Vos sjpntitilëns« Consolez-vous, vivez dans Tespélrance; il y aut^ pour vous un avenir où la perfection dfe votre nature trouvera son accord.

ODieu! quand arrivera-t-il, ce temps que

ki.

DE MORALE RELIGIEUSE. l^fj

VOUS avez caché dans les secrets de votre sa* gesse; ce temps de bonheur et de gloire, où les justes que vous aure? élu^ entoureront votre trône et célébreront yos louanges? Ah ! qu'il vienne, le jour du Seigneur; qu'il vienne, et que nos cœurs s'y préparent eii rejetant les pensées mondaines, ou en les soumettant aux lois de la morale. C'est alors que nous pour-* . rons dire avec hardiesse : O mort! où est ton^^ mguillon? O' sépulcre! ou e^t ta victoire? LuT poudre retourne dans la terre comme ellejavoit été ; mais V esprit retourne à Dieu qui Va donné; à Dieu qui l'a donné, à Dieu qui le rappelle , non pour l'anéantir , mais pour l'unir à de nouvelles destinées. L* homme est de race di^ ^ine; belles paroles de saint Paul. Soyons donc remplis de confiance. L'âme qui a connu son Créateur n'est point de ces œuvres qui doivent périr. L'âme qui a connu son Créateur!

ô Dieu! que tant d'honneur soit , par votre bonté, par votre miséricorde, le commencement d'une plus grande gloire; le commencement , le présage de cette immortalité bienheureuse, l'objet constant de nos vœux et de nos espérances ! Pénétrons-nous de ces douces pensées, et n'oublions jamais, que , pour en être consolés , pour l'être en tous les temps ,

l48 COURS

en toutes les circonstances, nous devons armer Dieu , rhonorer, le servir et nous rendre dignes de ses regards, dignes de le prier, dignes de ses bienfaits et de ses récompenses. C'est là les souhaits , les tendres souhaits que nous formons pour vous ; veuille le dieu dès cieux les entendre et les exaucer !

DE BIÔRAwLK RELIGIEUSE. )49

Page 1