SECTION DEUXIEME
OBTOIRS GOMIIUNS A TOUS LES HOUUiES.
DISCOURS PREMIER
Du meurtre , de la violence , et de Vind^érefiçe
à /a î;{e des hommes^
Et Dieu dit : Qu'aS'tufaitP la 'vob: du sang de ton frère crie de la terre jusques à moi. Genèse, Chap. ^^f.io, - - A
Nous avons fixé votre attention sur les vérités fondamentales de notre, système religieux.
Ifous vous avons entretenu. de 1 existence d^un Être suprême ; de ses perfections , des devoirs "" ^généraux que nos rapports avec lui nous imposent ; des voies de sa Providence , et del'immortalité de Famé. Notre plan nous conduit maintenant à méditer avec vous sur.l^s: divers principes de morale qui doivent servir de règle à notre conduite ; et parmi ces principes, les plus essentiels formeront successivement le 6u}et de nos Discours» -
iSo I . COURS
Noas mettons y avec raison , au premier rang le respect pour la vie des hommes; et lîous n'aurions pas besoin d'un gfand développement, si nous voulions uniquement aujourd'hui vous inspirer une nouvelle horreur pour le meurtre, attentat abominable et dont notre nature frémit ; mais nous nous proposons d'étendre nos réflexions à celte indifférence criminelle avec laquelle les nations et les gouyérhèraéns sacrifient la vie des hommes , ou par un fanatisme d'opinion , ou par des vues ambitieuses et personnelles , ou par un aveugle esprit de guerre et de conquête.
Et Dieu du : Qu'as- tu /ait? la voix du sang de ton frère crie de la terre jusques à moL C'est au meurtrier d'Abel ^U€ l'Esprit divin adresse ces pai^oies; et nous <îroyons encore entendre l«ur retentissement, lorsque de malheurenses victimes succombent sous des mains homi-^ cides.
C*est le plus grand àts crimes qui signala les premiiers temps du monde : il sembloît avoir été placé là pôtir^tre en vue à toutes les génél*ktioiiS , ct pour leur inspirer une salu* taire ^pt)uvanjte ; tnais i<es liomm^es , emportes pur knris piâtss^ns , détbviï^i^iit teurs regards des exemples qui poudroient \&xc imjj^wer
DIS MORAUX RELIGIEUSE. l5l
wet le^ coa^raindrç.. Cest au ministre du Seigneur à leur parler. sans cesse; heureux 9 si.^ par leurs exhortation^^ he^r^ifx, s^,rev,é-:
tant la saipte arfpure d^ Ufeli^jgi^ ^§ p^fr venoient; k réi^lytpr ^u^c . p/:in4cf p(^ effr.<^fié^ ^^ Xkotre ê^ , et sku^ progpçsj^^ i<[J^eç fiçri?jces q«ç 4es iHpu^îye^ j «» frqrrppr àj ^pjujle la xi^ur^,, ont pr^p^géfs parmi nop^.
Naus €é4erons spuvçf^.^ i^i) sentimep.t 4'ip'digngition , çïi tf^it^* Jp; pwWfter sujei dlç/it nousayoïis fait4?hpix;^t.çoj^nijef]^t pourriousnous le dominer, au miliei^i .^;s or^mqs dont le inondje pré^^t nous offre Jp^pejC^cJ^ej )Pres* Bf^ips-ii^Qi^ donç4'^xaminer,<^y^jC.|!esprU Sjeul., mp^e ^j^es^op à laquelle on fie peujt long ^o^ps ^e déleixd^^ de méle^, et d'nni^ lottes jles affections de son âmel O^ij îl ^^|: de Te.mpii^e jsur soi pour dotQiver le jtemps ^ l'espr^ijt ,; à jtput œ tq^'U y a (de plus tempéré ^fimiwtre nature ^ «d'ei^pli^V^Jes o^otifs dç çeXt» condamnation S(ifort^p]entexpria^e.d|i,n^;lç^.parol^esxtei^^^^^ tjtfftei^iiÇ'i^ I^iieu dit : Q^^s-t^faU ? la vaiçc dfi $mi$ detçin/rèreç7;ie de la terre jusques à mçi.
, ^«^tQUS Tcppepdant riftstruçtjlon du ^ai- ^pmnenMUijt , et ^tHfuaudpns-jious d'abord ce x^^t da ^{ijf il99« us^ étr^e tel que J'homme,, et sHl(9$f^p^9Îâ4e^'eia jouer?
est donc votre audace , et quel est aussi votre raisonnement ? L'homme , s'il vous paroissoit le produit laborieux d'un être subalterne, attireroit votre ménagement; et comme Voeu-vre d'un Dieu tout^^puissailt, votre respect n^est plus le même. Tremblez qne cette insolence ne soit punie d'une manière éclatante; tremblez que ce Dieu ,t(iânl vous avez mesuré la puissance réparatrice, dowt voôs avez* fait le compte avec tant de.familiatîté^ De vpùs réduise en poussière, 'Ci ne dédaÀgiuermémls de vous -dire V comme au meurtrier d'Abei* :
Quas-^u fait ?i^u as-tu fait? OsercK-vxMis paroi tre en sa présence et couvert de-cis sao|; qui crie de la terre jusquesu lut Oserie j^htmas direà^il'Ëlernel : Le voici, celui .que tu avMS -dxMsé, dans ton amour ,^ef acuités mxraculeua«l : nous Tavons tué^ parce qu'irl snonia itteomaaior-
doit dans les voies. dei noire ambfttionv p^ancfe •qu'il avait blesié iMlfio; amomr-pFopre-i^h ^o^ Vanité: Nous ra^TKvnstu£,^o«ir açcroitne notre dépeosie ^e^^ee dépoviUes ^ letb pQvr:«DUs ^spenser^iecottisacrei^ au^traivail une poiAîon 'de ^otre temp$% Qa^st^oe xpl^nu^JiQaatiniiie^^ide ihoivis (sur la €em^U|iu^t^aBi^e.l6siaQQm«EBS rettïinchés à sii'Vie?i]u-est-*oeénfiiib)ààntt'iie
DE MOBALE BELTGIEUSE. ï55
COUTS des siècles ? Arrêtez , arrêtez ; et
ne joignez pas à un premier forfait des excusek encore plus criminelles.
Jusqu'ici cependant nous n'avons présenté rhomme à ses meurtriers que aous le premier ide ses titres. Nous avons dit qu'il étoit Tœuvre de l'Éternel , et la plus belle entre toutes , dans le cercle de nos connoissances. Yoyez-le main^ tenant sous un autre rapport également sacré* Vous semblez l'ignorer! Cet homme que ;vo us allez frapper, qui va périr sous vos coups, est un être sensible ; il aime, il est aimé; il connoît le bonheur; il parcourt, ainsi que vous, les traces du passé et le champ vague de l'avenir; il a des Souvenirs* et des espérances. 11 est ainsi que vous en relation avec toute la tia*ture; il est peut-être un père, un enfant, un époux , un ami nécessaire. Il a des liens enâïi qui l'attachent aux autres, et deë compagnons qui lui sont unis; et la vie que vous voulez lui ravir se présente encore à ses regards comme un temps de délices. Ah! si le vide moral que fait* souvent un sê>ûl être pa^r sjt mort précipitée, pou voit être sigi^alé d'une manière extérieure ; «'il pouvoit Têtre pat un bruit, par un retentissement doAt Tédat fiât proportionné k soh effet réel , au briseUt^Wt
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que cette mort occasionne, vous «- mêmes , hommes de sang , vous reculeriez d'horreur ; mais les regrets de la victime, ses regards sur un monde qui s'enfuit; ses peines, ses angoisses, sont des douleurs silencieuses; et les pleurs d'une épouse , d'un enfant, d'une mère, ces gémissemens éloignés ne frappent point vos oreilles. Hélas ! la pierre qui se détache d'un rocher insensible , produit plusde fracas que ce déchirement intérieur dont la mort est le résultat.
Cependant vous tremblez encore, meurtriers de tout rang et de tout état, et vous ne pouvez vous en défendre ; vous tremblez , quand votre bras ou votre parole va terminer une innocente vie; vou^ tremblez, et cet instinct vous avertit qu'un.Dieu vous regarde, que le Créateur die^hommesja l'œil sur vous,
.et que bientôt il vous dira, comme à l'assassin d'Abel : Qu as'-tu fait ? Foici : la voix du sang d^.ton frère eriede la terre jusques à moi.
.-HélasI vôusle«ave^:jamaisenaujcun temps, jamais en aiucun âge, les ministres du Seignetir h'ont eu des moti£s si* puis^ans pour élever leur voix en faveur de. l'humanité , pour eiçhprter le$ hoinmes à respecter le sang de leujTs frères; pour. leur demander,, pour les
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supplier de renoncer enfin à se jouer avec tant d'indifférence de Id vie de leurs semblables. Attentats ambitieux au dedans ; guerre et guerre partout au dehors ; la terre est couverte d'un crêpe qui annonce sa désolation. Grand Dieu ! c'est à des opinions factices, c'est à des idoles faites de mains d'hommes qu'on a dressé des autels , et les vôtres ont été désertés. Un despotisme inouï, s'aidant d'une aveugle obéissance et d'un fanatisme imbécille, a*^orté le ravage dans les maisons et la destruction dans les-familles. Aucune vertu , même la plus paisible et la mieux reconnue, n'a pu servir de défense. On a fait du mérite un sujet de proscription ; des lois, un instrument de haine ; de l'égalité, Yin préparatif à la tyrannie ; du mot de liberté^ un signal d'esclavage; des maximes de morale, un langage d'hypocrisie; de la religion, une insulte à l'Être suprême ; et du sang le plus pur, une exécrable orgie. Monumens de l'histoire! vous prêterez assistance aux principes qu'on a délaissés, si vous transmettez aux races futures le récit de nos malheurs ; si vous leur apprenez comment on s'est familiarisé avec tous les crimes ; coAiment on s'y est aguerri, du moment où l'on a versé le sang d'une victime innocente, du mor
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ment où l'on a youIu son sacrifice , du mo^ ment où on Ta coromandé sans remords et sans pitié. Douloureux souvenir, triste et lugubre pensée ! Hélas ! il «est partout ce sang de notre frère ^ ce sang de notre Abel ; il est par* tout pour nous : sa voix crie de la terre jusqu*à Dieu ; mais ce n'est pas vengeance , c'est oubli, c'est pardon , et pour ses meurtriers et pour ses frojids amis, et pour tous ses concitojrens.
Passions politiques, que.vousétes terribles!
èar rien ne vous arrête, rien ne met fin frein à votre emportement ; et vous arriver à considérer la vie des hommes comme un léger sacrifice, comparativement au but où vous souhaitez d'atteindre. Écoutez ces orateurs qui , les mains teintes tie sang , voudroient associer tout un peuple à leurs fureurs destructives.
Celui-là dit qu'on ne peut immoler trop de victimes à la liberté; cet autre, à l'égalité; cet autre, au principe des droits de Thomme; cet autre, au dogme mystique de ia souverain neié du peuple ; cet autre enfin , professant d'une bouche écumante de rage Tamour dont il se sent enflammé pour les races futures, voudroit sacrifier à ce faux amour, à ce sea'^ tinient hypocrite, tous les hommes du temps présent. Insensés! ils se vouent au culte fa-
DE MORALE RELIGIEUSE. iSg
nA tique de quelques idées vagues , de quelques idées abstraites , et ils délaissent les saintes lois de lliumanité , ces lois claires , évidentes, et qu'un Dieu bienfaisant avoit gravées au fond de nos cœurs.
Un philosophe de notre siècle, doué d'un grand génie et d'une âme sensible, necroyoit pas que la liberté même dût être acquise par la mort d'un seul homme; cette opinion qu'il eut seulement le mérite d'exprimer fortement, il Tavoit puisée dans la doctrine parfaite^ dans la morale du christianisme. Ah! qu'eût^ldit, si , de nos jours ^ il avoit vu des millions de victimes , et toutes immolées, non pas à une liberté réelle, mais à une liberté de spécula** tion ; non pas au bonheur des hommes du temps présent, mais aux intérêts prétendus des races futures? Hélas 1 qu'auront-elles de vous, ces générations à venir ; qu'auront-elles de vous pour prix de notre sang ou de nôtr^ désolation? Le crim« esf; une mauvaise semence; il n'a jamais produit que des fruits vénéneux.
Cependant, qu'aliez-vous faire, vous qui, justement irrités, mais aveuglés par un esprit de vengeance et en proie à toutes ses fureurs, voulez être assassins envers les assassins, et
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bourreaux envers les bourreaux ? Arrêtez ; et n'effacez pas la ligne qui vous sépare d'une bande farouche et d'une secte impie. Ne dis point : Comme il ma fait, ainsi lui ferai- je ;je rendrai à cet homme selon ce qu'il m'a fait : voilà les^ paroles du sage Salonàon. La société deviendroit un théâtre de guerre, une scène où tous les crimes se succéderoient^ si les hommes , refusant de recourir à la protection des lois , se faisoient justice à eux-mêmes. Une première vengeance deviendroit l'appel d'une revanche; celle-ci d'une violence nouvelle; et dans ce cercle sans fin, bientôt on ne pourroit plus distinguer les premiers mobiles de tant de désordres.
Eh quoi ! voilà mon père , mon frère , mon enfant, inhumainement massacrés; les tribunaux sont sans force et sans activité ; et vous voulez que, des mêmes armes dont on a fait périr les miens , je ne poursuive pas les brigands, les barbares qui m'ont ôté plus que la vie ! Je veux, je veux que vous soyez chrétiens; je veux que vous soyez les adorateurs du Dieu de paix et de miséricorde; car vous aussi, vous aurez besoin de sa clémence et de sa bouté; non pas en ce moment peut-être où vous êtes épris d'un mouvement généreux , mais quand
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VOUS aurez à dérouler devant lui le tableau de. vos actions et de vos pensées. Pardonnez, pardpnpez, puisque vous djé^irez qu'il vous.
pardo.ipçe,.]Vl9i3.ie v^is les^j^yerde vous retenir par uue considération prise dans le sentiment même dont yoijs êtes ai^i^és. C'est la mort ^e vos païens, que vous voulez venger; et leur ss^ng ,,^ites-»yous, attend ui^^(ç i:ép^r:9tipii,éçla* tante dii seul ami, pe\it-être., qui leqr soit resté sqr^ la terre. Ah! que leur fait cette terre e^t le$ injures qu'on y reçoit? ils. sont Ipin de nos intérêts, loin de aosxalculs , dans la nouyelle patrjie qu'ils habitent ; et dslk , peut-être , ils contemplent avec mépris toutes nos pens^eis n^o^^^iipe^ 9 toutes les passions qui nous agitent.,Clçp)epdaqt ils vous aillent ef^core, vous cjeyez Tespérer, vous pouvez le çi:pire ; et ce sentiment 9 le seul liem qui leS| rattache au monde, .leur fait désirer ayeqgrdeur que, vous pilis;^i^z mériter l'affection, du dispensateur éternel dç toutes les destinées, afin qu'iljvous appelle un jour auprès des amis de votre cœur; auprès du père que vpus pleurez, auprès de la mère adorable dont les regards sont encore fiz^s sur vous ;. auprès de.; qes en£^ns, les objets premiers de votre espérance; auprès d'une chaste épouse qui , loin de vous , ce
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promène avec mélancolie au milieu des voûtes enchantées du paradis céleste. Ah! n^en doutez point, ces parens chéris, Tobjet de vos regrets , et auxquels vous destinez un funeste sacrifice;, ces parens chéris en observent les apprêts avec épouvante , et il voudrôient pouvoir arracher de vos mains le fér vengeur dont^vous êtes armés. Ah! ce qu'ils désirent, ce qui les touche , ce qin forme peut-être Tunique objet de leur inquiétude , c*est que votre moralité se perfectionne; c'fest que vous fassiez un pas de plus dans*la route de la vertu; c'est qn*une victoire remportée sur votre pîission la ptus ardente, soit inscrite sur le livre de vie , et rende vôtre compte meïïleur auprès du grand arbitre des actions humaines. Éteignez dôrtC lès flambeaux que vous aviez allumés surVaufd de la vengeance , et renversez* Fautel ttiême , si vous en avez le pouvoir :
àîlez adorer le Dieu qui tient daiVS sa main tous les t^mps,'quî a des époques marijuées pour sa justice, et qui n'a pas besoin de vous pour Pe^ëcutiôn de ses décrets r i'/ 'à ^e^é les montagnes ïiti crochet et les vallons à la balance ; il saura' bien 'preudré la tnésiire^3ès méchâns, et apprécier leurs œuvres; et il leur dira, le jourr qu'il lé "^xx^tk r Maintenant f ai
affaire à voué..,.. Oui , la fin vient y la fin vient; elle se réveillera contre eux.
Ce n'est donc point à nous que la vengeance appartient; et devant le tribunal de la reli* gion , une injure reçue ne peut servir d'excuse à un acte de violence* Ne dites donc point t Comme U m'a fiait y ainsi luiferairje ;je rendrai à cet homme selon qu'il m'a fiait. Non ^ non , ainsi qa il vous a fiait vous ne lui ferez point; à^noinsque vous n'en ayez reçu des services, à moins que vous n'ayezà lui rendre du bien pour du bien; et jamais suriont la voix du sang de votre firère ne s'élèvera de la terre contre vous*
O France ,> que deviendrois-tu à la suite de tant de haines et de tant de crimes! Que de^ viendrois - tu y si personne ne vouloit riea' oublier, ne vouloit jamais ptirdonnery et si les ressentimens imprimés au fond du cœur des hommes vivans se transmèltoient encore en héritage] ce seroit là le feii qui ne s'éteint point , les flammes éternelles.
Ah! combien de coupables j'aperçois autour de ce foyer ton jours menaçant! Vous l'êtes, «vous^qui l'entretenez «avec artifice; et vou$ rétes aussi vous qui. ne faites rien pour en tempérer Fardeur dévorante. Vous êtes coupables, . vous qui voudriez haïr^ qui Voudriez pt*oscrire
j64 cours
jusqu'à votre ami, si vous en aviez un, de»
l'instant où ses privilèges, ses avantages par* ticuliers résisteroient un moment sous le ni* veau de l'égalité; dès l'instant où vos mains, rendues si délicates par l'envie, croiroient toucher à la supériorité la plus légère. Vous êtes coupables , vous qui voudriez e&cîter des craintes, vous qui provoquez les soupçons, afin d'appeler le despotisme ou de le rendre ^excusable. Vous êtes coupables, vous qui mettez lés hommes entre vos décrets et les obligations de leur conscience , et qui faites un délit capital des mêmes résolutions dont la religion fait un devoir. Vous êtes coupables, vous qui voudriez sacrifier au triomphe d'un système le repos et le bonheur de la génération présente; et vous êtes coupables aussi, vous qui voudriez lutter avec violence contre les opinions dominantes, et qui rie laisseriez pas au temps le soin de fixer les vérités et de les placer dans leur rang. Enfin , nous rapprochant plus particulièrement du texteide ce discours, et du genre d'excès dont il retrace l'idée, je dirai que /« voix du*sàng\\de:vos frères crie aussi sur la terre contre vous , ma-gistrats et législateurs , contre vous, déposî*taires de l'autorité suprême f a tèlrtitse que ce
DE MORALE RELIGIEUSE. l6S
soit ; cotitre vous , lorsque vous dédaignez de donner aux lois l'appui des mœurs, et aux mœurs l'appui de la religion ; lorsque vous laissez errer les esprits sans leur donner d'aii^ tre centre que vos coromandemens ou vos opinions. Ah! ne l'avez- vous pas vu, ne le voyez -vous pas? l'homme peut devenir un être terrible, lorsqu'il n'est plus entrelassé par les liens delà morale religieuse. C'est bien alors qu'il diroit : comme il m,^ a fait ^ ainsi lut ferai-je; et la terre, inondée de sang, présenteroit une succession continuelle de crimes et de vengeances, de vengeances et de crimes. O Dieu qui nous l'avez donnée, cette religion sainte, n'abandonnez pas votre œuvre, et faites qu'elle triomphe de la perversité des uns, de l'indifférence des autres. Ils reviendront à vous, ô Éternel! ils y reviendront; car les plus habiles égarent les nations, quand ils se séparent de ces leçons émanées de votre esprit, et qui seront toujours la sagesse des siècles.
Et Dieu dit : Qu as-tu fait? Voici : ia voix du sang de ton frère crie de la terre jusqu'à moi. Je m'adresse à vous maintenant, et toujours sous l'autorité divine, toujours au nom des paroles sacrées que JQ vien:s de rappeler. Je
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m'adresse à vous , princes et rois , ou chefs de républiques; à vous qui voulez la guerre et qui la déclarez ; qui la poursuivez avec si peu d'inquiétudes et pour de simples combinaisons politiques. Oui, elles vous regardent aussi ces paroles ; et Dieu dit : Quas^tufait ? iH>ici : le sang de ton frère crie de la terre juS' quà moi. .
On croiroit, à la manière ardente et légère dont vous décidez d^ la destruction des hommes, qu'ils sont en vos mains les instrumens d'un jeu d'esprit , plutôt que des êtres organisés pour la vie et pour le bonheur. Ils sont l'ouvrage du Dieu suprême, et vous les dévouez j sans compter, à vos spéculations am*bitieuses. Encore une année de guerre, ditesvous , afin de reculer de quelques lieues de pays les limites de l'empire; et cette année coûtera la vie à cent mille de vos eoncito^eirs! Et si les ennemis , ces ennemis politiques , qui demain peut-'être feront vos amis, ont vingt mille morts de plus, il y aura parmi' vous sujet d'allégresse.
On s'habitue à considérer les hommes comme des quantités ; et on les chiffre aussi froide* ment que des pièces de nioiinoié.
Et qui le croiroit; ces spéculateurs polit i-
qucs , $i lx\^éT^ux , si prodigues de la vie des uns, de la fortune des autres, ue sauroient peut-être se, rendre compte à eujc-mêmçs de l'utilité du but auquel ils veulent atteindre. C'est par des id^es d'habitude qu'ils croient à riroportanced'uneaugmentation de territoire, âP l'importance d'une nouvelle colonie; mais le rapport de c^s avantages avec les sacrifices que la conquête exige , n'occupent jamais leur méditation. lU se méprennent à chaque instant sur l'intérêt .public , et les pauvres humains sqnt victim^esde toutes ces erreurs de calcul. Comment y ayec tant d'orgueil , les chefs des nations ont ils un si grand mépris pour leur espèce? Un. sentiment contraire seroit bien plus raisonnable ; car les supériorités de convention sont bien peu de chose ; et c'est notre nature première , notre nature commune , qui est superbe et l'image du Créateur. Ah ! si , pour h mort d'un seul homme > Dieu a dit au meurtrier ; Quas^tufait? voici : la voix du sang de ton frère crie de la terre jusquà moi^ quelles paroles adressera-t-il aux princes de la terre, s'il les voit sacrifier à leur ambition ou à leurs vengeances des milliers et des mil* liers de victimes?
£t n'êtes- vous pour rien dans ce forfait ,
vous, peuples imbécilles, qui regardez uire guerre comme un spectacle i et Ujne bataille comme une scène ariîmée dorlt Votre curiosité se repaît? Vous avie^ en maihs le" sceptre de Topinion , et vous n'eu avez fait aucun usage. Que dis-je ! et vous aussi vous voulez des conquêtes j sans réfléchir un morifiént , que Taccroissement des é'tatis appelle lé despotisme. Oui, que vos vœux soient rem pKs , ^et ' vous marcherez sous le joug en plus grand nombre; voilà votre profit, et voilà votre avèugletAènt t Cependant je vous rends 'justice; et VJeïi'feïi doute point , votre in'dïfféi*efice; vôtre dôciïé résignation, se chaîigeroiedt en dbûleur et en épouvante, si vous pouviez 'êf^e^tëmpins des malheurs de la guerre ; si vous aperceviez avec quelle facilité, avec quelle précipftation'Ies généraux exposent les soldats livrés a' leur 'commandement; et si vous saviez que , dans les combinaisons militaires, là gloit-fe du chef ou sa réputation pèse ^pTuis que dï± liiîlle vies; si vous voyiez ^bès'bàrîiîès giièr Hères , cette jeunesse en arrties, où \ous\Vet], vous , un fils, vous, un frèi*è , ern'portés ]!^àr îéor courage, courir à la nidrt en commétfçàift â vivre. Car telle est la guerre et ses tràVàux "pénibles , qu'on ne peut y dévouer ,^<^ti*6ii ne pè^it^ou-
DE MORALE RELIGIEUSE. l6g
melfre à son fléau destructeur les l|j>mmes qui ont eu déjà leur pleine part des délices de la vie; les hommes qui ont éprouvé les traverses du monde; les hommes que des pertes funestes ont isolés , que la fortune souvent a délaissés , et dont rame est déjà flétrie par l'injustice et ringratitude. Non , il faut pour la guerre cette brillante jeunesse , l'ornement de l'espèce humaine ^ cette brillante jeunesse qui vit encore d*espérance , qui n'a point été détrompée, et à qui le monde paroit un enchantement. On abuse de son imagination, de son ardeur , de son imprévoyance, pour lui faire aimer les périls , et pour la distraire des idées funèbres qu'une réflexion tranquille ne roanqueroit pas de lui présenter.
Ah ! si vous les voyiez, ces jeunes soldats', si vous les voyiez , vous , père tendre , vous , mère passionnée, renversés et foulés dans là poussière par les chevaux de leurs compagnons, et délaissés, malgré leurs gémissemeils , par des phalanges que rien n'arrête ; si vous les voyiez , vous, père tendre, vous, mère passionnée, emportés dans un hôpital où les secours commencent à manquer au nombre des blessés, et où des ouvriers novices viennent en hâte faire l'apprentissage de leur science, au milieu
<1es cris de douleur des malheureux patiens.
Ah ! vous frémiriez sans doute à cet affreux spectacle : il a regretté , ce ûh j ce malheureux fils , de n^avoir pas péri sur le champ de bataille; il a regretté les soins dont il avoit fait répreuve pendant son enfance ; il a regretté surtout les derniers embrassemens des auteurs de ses jours : cependant il est près de mourir; lui et ses compagnons n'ont plus qu'un souffle de vie : la tombe est entr'ouverte , et l'on cherche encore à les entretenir du monde et de ses mensonges. On voit , au milieu de ces corps mutilés , et jetés ^çà et là sur des grabats, à mesure que des tombereaux les /tpportent, on voit des. hommes pleins de vie par^ courir les rangs, et dire, avec la morgue du bonheur, à ces infortunés: «Camarades', soyez a contens , c'est au champ d'honneur que votifi « avez succombé ; soyez contens , vous mourez ce pour le roi , vous mourez pour la république ! j» Les victimes affoiblies ne peuvent plus répondre; mais lorsqu'elles entendent résonner à leurs oreilles ces vaines paroles de gloire mondaine, elles n'y prennent plus d'iotérét ; et lorsqu'elles entendent dire à des hommes, ou trompeurs ou trompés, soye/s^ contens f leur sentiment intérieur résiste à cette invitation
DE MORALE RBLIGTEUSïï. I7I
de parade, à cette invitation tout artificielle. Contens! disent-ils en eux-mêmes et du reste de leur pensée, du reste de leur souvenir; contens ! et nous quittons le monde avant d'en avoir joui ; et cVst à l'entrée du banquet que nous sommes chassés. Contens ! et nous mou^ rons. Contens! et nous mourons loin de nos parens qui nous avoient aimés; leurs mains secourables ne se tendent plus vers nous , et nous ne pouvons plus être témoins d'une larme qui nous promette des regrets. Contens ! disent encore quelques-uns , avec un profon4 gémissement; contens ! et nous perdons l'union qui faisoit notre espérance , cette félicité que les regards de l'innocence et de la pudeur sembloient nous avoir garantie ; et voilà cet an* iieau , le gage de sa foi.... Qui le reprendra , qui le rapportera arrosé de mes larmes ? Ah!
cruels politiques, vous nous avez enlevés aux plus douces jouissances de la vie , à celles qu'un Dieu bienfaisant avoit disposées pour nous ; et ce sont des chimères mondaines que vous nous présentez encore à notre dernière heure. Ah! c'est d'un autre temps, c'est d'un autre séjour, c'est d'un autre maître; d'un autre surtout, que des princes de la terre > que nous voudrions entendre parler....
17a COURS
Nous n'en douterons point : si les regrets silencieux que nous avons essayé de vous peindre avoient une consistance , une forme visible, les illusions de Tambition ne tiendroient pas contre un pareil spectacle ; mais les peines d'un cœur malheureuxs'évanouissent avec lui; et au milieu de la guerre rien ne frappe que la destruction; et ce ne sont pas les douleurs des mourans qu'on examine , c'est le nombre des morts qu'on suppute et qu'on additionne. Et vous, survivanciers qui faites ces comptes^ et dont les yeux ardens courent en même temps à d'autres intérêts,. pressez-vous de sentir, de savourer vos» forces ; pressez-vous de croire i votre pleine vie, car demain peut-être sera votre dernier jour, et vous aurez aussi des successeurs qui ne songeront point à. vous* Ah! qu'ils sont insensés, et ceux qui com- .mandent la guerre et ceux qui s'en réjouissent , et ceux qui dévouent à la mort tant de victimes, et ceux qui consomment avec tant de .
bonne volonté ces sacrifices. Les uns devien**nent inhumains par spéculation , les autres par docilité. Les uns ordonnent de haïr,:sans que leur cœur soit agité; elles autres ha'isseivt à jour nommé, sansjamais apprendre le motif de leur aveugle passion.
Rapides passagers que nous sommes sur cette demeure ornée des mains du Créateur, et unis par les mêmes liens , organisés d'unet manière semblable , étions-nous appelés à tant de querelles } Faites avec nous une réflexion dont nous sommes frappés. Que deux hommes d'un même pays, et conduits par des intérêts différens, se rencontrent sur une terre étrangère et à quelque mille lieues de leur patrie, ils se rapprocheront , ils se croiront de la même famille , ils deviendront des frères Tun pour Tautre. £h bien ! les hommes de l'âge présent , voyageurs de hasard dans l'infinité des mondes , dans l'éternité des temps ^ ne de* vroient-ils pas être engagés par cet exil commun , par cette conformité de destinée ,* à s'en-i tr'aider ou à vivre en paix. Us se trouvent en effet à une distance incalculable de leur véritable patrie; à une distance au moins incalculable et du lieu de leur départ et du terme de leur voyage; ils sont tous erraus dans l'immensité. Et pourtant c'est sur cette demeure d'un instant qu'ils se font la guerre et qu'ils s'entre-détruisent. O folie des folies! ô ignorance profonde de notre petitesse et des grandeurs qui nous environnent!
C'est par la morale, et par elle seule, que
nous sommes en rapport avec tout; avec le connu et avec l'inconnu , ai^ec les choses pas^ séés et avec les choses qui sont à venir. O vérités qu'on ne peut trop redire , fussent-elles dédaignées, fussent-elles rejetées sanscessé! Non, le Dieu de bonté , le Dieu que vous servez , ne saurôit approuver ni vos funestes ambitions , ni vos naines politîcjues, ni vos guerres sanglantes ; et il détourne ses regards des combats où les hommes, ses créatures d'élite, &e déchirent ets'entre-détruisent. Aussi , que d'autres viennent bénir les étendards de la guerre, et qu'ils lé fassent au milieu de ce temple où nous adorbns chaque jour un Dieu de charité , jious ne suspecterons point leurs intentions , nous ne querellerons point leur conscience ; mais, mïtfistre d'un Dieu de pare, nous ne parlerons que de paix , nous ne prêcherons que la paix. Notre bouche , consacrée à la louange des vétités'religieuses , ne célébrera point ces principes degloiré mondaine qui ont introduit parmi les hommes tant de passions hostiles, tant de rivalités sanguinaires , ti qui ont substitué dlHustres fictions aux maxinles simples de la morale.
Ah! qu'elle revienne sur la terre , cette filld àti ciel , cette paix, cette aimable paix ; elle
DE MORALE KËLIGIEU8E. 1^5.
s^antionce, elle ne peut tarder, d'est le Seigneur qui l'envoie pour consoler nos cœurs; c'est lui qdi prête l'oreille aux gémissemens de la terré; c'est lui qui prend pitié de nous. Et déjà , q;ûe tous les citoyens se préparent à faire s^vir un sigrànd événement au bonheur de la patrie* Votîs, les chefs de l'état, que l'abondance de vos soins paterneils répare, s'il se peut , les pertes que nous avons faites. Appelez à votre aide les bras de l'agriculteur, ri«d*i»trie du manufacturier, le génie du négociant , et cette confiance qui double toutes les forces. Vous , les gardiens des mœurs , ministres lie la religion, ranimez votre zèle , et entraînez les hommes dans les routes labo-^ rreuses de la vertu et dans les riantes voies de la foi et de l'espérance. Vous, orateurs ; vous^ écrivains distingués , et en droit par vos talèn» de guider l'opinion publique, faites sentir le prrx du repos; et donnez aux idées* d*drdrè^ auk sentimens de modération , le secours de vo^ paroles et l'appui de votre éloquence. Vous, jeunes gens , associez-vous à tout ce qui est beau ; et après îwoir quitté lés combats ^ trul-^' tîvez les arts de la patx^ aimez les divers genres de gloire; et aU milieu des assemblées p'o- Ktiquès , acquérez, ce tourage de l'esprit , plus
rare encore que la valeur militaire, et qui , dirigé par la sagesse , devient Tennemi redo|i-. tablé des oppresseurs, et des tyraos> £t vous , femmes sensibles, à qui l'Être suprême., ce Dieu d'amour et de bonté , a.remis une si bqlle part dans la distribution des autorités sçciales, adoucissez les mœurs de nos- guer;rier$, et rattachez-les par vos doux liens aux intérêts domestiques, aux sentimens de famille,, et à toutes les affections qui seroient lebut continuel de la vie, si des biens de cOEive:ntiojn , ou des idées factices, ne venoieut pcis nous détourner de nos penchans naturels. Vous enfip, braves et généreux soldats, qui reviendrez bientôt dans vos foyers, chargés des trophées de^ la victoire , puissiez-yous , après avoir çonabattu pour Tho^neur et pour la renommée, IP^frpuver/au niilieu de nous. une volonté franche^ç louer et. d'admirer; u^e rpconnoissance qui réponde à votre attente et vous dédomniaae. de vos travaux! Puissiez-vous encore, après/avoir combattu pour nos droits,. retrou*? ver parmi nous la justice. honoré^! Puiss^çz^-; vçu^ , ^près. avoir combattu.ppur l'avantage et; la prosp4rité de votre patrie.,^ y retrouver dobout la fortune publique! Puissiez^ vpus sur-, tout, après avoir combattu pour la liberté , la