‹ Œuvres complètes de M. Necker (volume 2)Chapitre 14 sur 25 · DE MORA.L£ A£UG[£US£« I · texte numérisé non relu

DE MORA.L£ A£UG[£US£« I

retrouver, cette liberté, et dans les lois, et dans le gouvernement, et dans l'esprit public, et dans le coeur de tous les François ! O Dieu ! nous formons 'des souhaits ; mais vous seul vous les exaucez, vous seul en avez le pouvoir : ô Éternel ! soyez-nous favorable ; faites que nous nous aimions les uns les autres comnie vous nous avez aimés ; et que la paix , le jour où elle viendra, nous trouve préparés à une régénération de mœurs, de principes et de sentimens. Et que de cette terre, consolée par votre clémence , il ne s'élève désormais que des cris de louange et de bénédiction i l'Auteur de la nature , à notre maître , à notre souverain bienfaiteur.

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fjS COURS

DISCOURS ir.

De ia justice.

La justice élève une nation , et l'iniquité fait Topprobre des peupleii. Proçerhes , Ck<qt. 14^ 1^. 34-

Ljâ ji^stice élève une nation y et V iniquité fait Vopprobre des peuples. Cette association de la justice aux idées de gloire et de beauté, cette association magnifique , n'est pas une vaine iroage , mais une vérité parfaite; car la justice réunit des caractères si imposans, des propriétés si utiles et si nécessaires, qu'au milieu de nos institutions politiques, elle est une représentation de l'ordre dans Tauguste assemblage des œuvres du Créateur. Oui , la justice qui laisse à l'intérêt personnel toute son action ; qui le laisse en quelque manière se plier et se replier sur lui-même, mais qui le contient dans les limites fixées par l'intérêt général; la justice alors nous rappelle cette puissance, aussi simple que régulière, qui, en laissant les globes célestes se mouvoir sur

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leur aie, les retient éii ttiêiùe ttfffipsf^ù^our d-un centre commun ^ et lès e^^ehi^dë^ contrarier, par leur marxshé étirante; le èyètfhn'é harmonieux de l'univ^ris. ' • ' "• > ' ^ Ul Les vastes réunions d^hommès' sdiimis au même pacte social^ ces téanions âfùx^ùëlIeA nous avons doiMé' le noni de peuplât ou de nations y ne seroient qu'un assemblage tumultueux d'ennemis ou de rrvaux , une scètl^îdÀù'^ tinuelle de prétentions en discorde et d^iûtéréts en hostilité , si la justice , cette b^lle idée morale et politique, n'étbit pas 'venué régler les ambitions et les convoitises, et si elle n'a voit pas élevé une barrière contre les entreprises del'égoïsme, en formant le code des droits réciproques. Elle n'a point arrêté le dévelop<« pement de l'industrie; elle n'a point mis en esclavage les facultés de l'homitie; mais elle nous a tous avertis de nos obligations envers^ les autres, et elle nous a donné le moyen de vivre en communauté, sans trouble et sans confusion* Oh! quels services elle a rendus aux hommes, cette justice aujourd'hui si insultée par ceux-là mêmes qui dévoient la défendre î Mais telle étoit sa force , que les dfébris de ses colonnes renversées s^v^nt ëncptede soutien a l'édifice social.

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, .Gepè^d^t la justice, n'est pas seulement respe^^^aj^le à n^s yeux , comme la meilleure etla*|>lus^ ancîfSËifie pratectrice de Tordre puhlic; elle réunit encore, dans ses titres de gloire,. Je singulier mérite d'avoir été le premier mobile des grandes entreprises , le pre* nuerc^nCQuragement offert am développement de l'industrie. Le jour où l'on a dit à Tbomme ^ctif et laborieux : a Cette terre , dont tu arracheras I^Tonces et. les épines ) que tu remueras, que. tu laboureras, que tu ensemenceras, que tu , défendras contre les incursions des animaux destructeurs; cette terre t'appartiendra d'une manière irrévocable. » Le jour pu l'on a pu lui tenir ce langage, tous les genres de travaux furent excités , toutes les émulations prirent naissance.

L'^^s^^itu^^Qi^ des propriétés , lorsqu'elle fut consacrée et garantie par l'autorité publique, permit aux hommes de donner un libre essor à leurs moyens et à leurs talens; et, au nom de leur intérêt personnel , ils accrurent, sans y penser, la. prospérité générale; car il y a cela de merveilleux dans la justice conservatrice des propriétés , qu'elle ne sépare rien qu'en apparence , tantes hommes ont besoin de compagnons pour acquérir de la fortune»

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et de copartageans pour en jouir. Un particulier ne peut faire valoir son capital par Tagriculture ou par des établissemens de fabrique ou de commerce maritime v qu'en cédant la moitié du revenu aux hommes qui lui prêtent leurs secours dans ces divers genres d'entreprise; et l'autre moitié, il la divise entre desouvriers ou des serviteurs , qui lui donnent en échange le fruit de leur travail, ou qui* lut dévouent et leur temps et leur^ soins. Ainsi les hommes qui entretiennent leur oisiveté par le vol et le brigandage, nuisent essentiellement à la partie laborieuse de la société qui obtient y par son travail , une partie des revenus dont les propriétaires ont la disposition.

Le riche est un simple distributeur des subsistances rassemblées dans ses mains par l'argent ; et son lot en plaisirs n'est pas souvent le meilleur. Il ne peut augmenter le nombre de ses sens , ni forcer d'un degré leur capacité ; il est donc réduit à rechercher des commodités dont l'habitude éteint le charme, et à goûter, au milieu des inquiétudes de son imagination^ les uniformes jouissances de l'oisiveté.

Ainsi la justice, qui sert à maintenir la distinction des propriétés , n'offense point le

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bonhjQur* même dans les mameiis où le hasard des fQFti^pes offre çà et là le spectacle d'une gr^pde in<%^Ulé. U Jf^ut d>illeur5, en parcourant d'un qqiljphilgsftpbique le$ résultats de rinstUuûon des propriélé^^, considérer cette in$titP:UQn.dans son enseml^Ie et dans ses diversçisirçUpend^nçea; et Ion auroit de quoi réppndre am;:objections d'une aveugle jalou- $i^,^i l'pft avoit «ïputré que \e travail, l'émulattçn y Tindii^trie , ^t JtcTiepos ^ la paix des so* ciétés, tous ms biens inpQuiparables, ont pour base prçm ière» la ^a q vegardé de sa possession , >?t;J%ii9Wl^sîa.nçe certaine de la fortune dont £4;i, f'je^t-refvcl 11 maître, par son travail et par

des. moyens' hbnnétQs çt léâritimes,

:Les loi^ (U^^ven); san^ doute, par de sages mesures., apporter des obstacles à raccumula^ tion des richesses. da^s les mêmefr mains; mais toute disposition arbitraire, toute. atteinte au principe inviolable de Iajtistice,âeroient aussi contraires à l'intérêt dé la société qu'aux lois de la morale. , ' : r

Qu'on se figure uupeuplenombreuxchessqui la justice cesseroitd'étrç en recommandation et en honneur; bientôt ou verroit la fraude et la tromperie devenir un objet universel d'industrie; on s'y adonnerait, cofRme à une spécii-

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lation de tous Us jours et de tousries instans , et cet abaissement dans les idées amèneroit tous ]es genres d'avilissement. Il n'y auroit plus aucune élévation dans les sentimens; aucune vérité, aucune confiance , aucun ^xer^ cice noble de. l'esprit et du caractère; et ces qualités, ces vertus, après avoir fait si loog»temps l'ornement et la gloire du monde, deviendroient peut-être un sujet de dérision*

Remarquez aussi comment la religion, qui prête continuellement sou assistance aux yér rites pplitiques, recommande partout la jiisftice« Et Job, le saint homme Job, lorsqu'il cherche à obtenir la bénédiction du ciel , lorsqu'au milieu de ses peines il recueille les titres dont il peut se glorifier auprès de l'Éternel, il dit : y étais revêtu de justice , et elle me servait de vêtement; mon équité m* était comme un manteau et comme une tiare.

Âh ! qui de nous pourroit, avec une confiance entière , adresser les mêmes paroles à. l'Être suprême , à^cet Être qui suit nos actions dans les ténèbres, et qui lit dans nos pensées; à cet Être qui sait tout, qui voit tout , qui est présent partout I Vous vous croyez juste», vous qui vous souvenez d'avoir été des dépositaires fidèles ; vous qui n'avez jamais ravi le

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bien d'an trni , ni par force «ni par adre^e. Tous ignorez donc toutes les dépendances de l'esprit de justice, de cet esprit simple dans sa conception^ mais dont les applications sont si diverses. Le menteur est un homme injuste, l'hypocrite de même, le calomniateur de iméme; Tingrat encore est injuste. Les autres vous disent la vérité; vous l'attendez, vous l'exigez d'eux ; et si , en échange , tous leur dispensez des mensonges, vous êtes évideminent injustes. Les autres se montrent à vous tels qu^'ils sont ; et si vous vous parez à leurs yeux de coufeurs empruntées , vous êtes injustes ; vous ressemblez à ces faussaires qui mettent l'effigie du prince , ou la marque da titre fin, sur des monnoies de bas aloi. Les autres parlent de vous selon leur sentiment , selon leur pensée; et vous trahissez votre conscience pour attaquer leur Tentation , et pour leur imputer des torts qu'ils n'ont pas. Quelle injustice plus grande pourriez-vous jamais commettre? Enfin , les autres vous ont Tendu des services , et vous voue tenez à l'écart quand ils ont besoin de vous ; vous êtes encore injustes, et souverainement injustes.

Mais, sans sortir du cercle précis d^ la jus* tice et de son interprétation commune , êtes*

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VOUS justes, VOUS qui empruntez sans erre sûrs de rendre, ou qui risquez impudemment le gage de vos créanciers ? Etes-vous justes , vous qui abusez du malheur, pour imposer dans vos contrats des conditions tyranpiques , ou qui vous prévalez d'une situation favorable à votre avariCe, pour mettre en concurrence les hommes de travail, et réduire leur gage au plus étroit nécessaire? Etes-vbûs justes, vous qui abandonnez vos domestiques au moment où Tâge et les infirmités ne leur permettent plus de vous rendre les mêmes services ? Etes-vous justes encore , vou^ qui refusez de rendre à César ce qui est à Césfzr, et qui chorchez à vous affranchir d^s tributs que vos concitoyens acquittent avec scrupule et avec candeur ? Enfin , sans aucune distinction de- personnes ou de circonstances^ etesvous justes, vous lOMS qui fmtés à autriii ce que vous ne voudriez pcis qu'on vous fit?

Scrutezi-vous , exaâiinez-vous , rentrez dams Tintérieur de votre conscieiQCe; mais songez que Toeil du juge suprême y pénètre avec vous, et qu'il n'est pas là à distance de vos tromperies, comme les hommes, mais à Toriginé même de vos feintes et de vos dissimulations. Eh quoi ! c'est vous , foibles humains y c'est

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vous , dénués de toute espèce de titres auprès du souverain Maître du monde, et qui pourr tant lui adressez habituellement des vœux et des prières; c'est vous , qui, dans le méaie temps, vous montreriez injustes envers vos semblables ! Vous demanderiez des grâces en élevai|t vos regards vers le ciel, et vous vous refuseriez, sur la terre, à une. réciprocité légitime , à une réciprocité commandée au nom de la morale et au nom des lois ?

Mais je v^i^ suivre un moment vos petits calculs , et n^e resserrer avec vous dans les intérêts du monde. Que vous promettez«vous de telle ou telle injustice? un profit péeuj:iiaire ? mais évaly ez le bonhour que pourra mpus procurer ce profit, avant dy sacrifier Festime et la, confiance des autres; faites ce compte exactement, et vous verrez que Ja morale stipule mieux pour vous que votre avarice. Vous vous croyez-, peut-être, affranchis de toute espèce de lieps, en dédaignant Topiu ion publique; et vous ne voyez pas.qu'autdelà du nécessaire, le prix de l'argent,, l'attrait dcts déf>enses, tiennent à Tespoir d'uûe sorte de considéra^* tion relative , et qu'ainsi Je plus petit hixe d'état est un commencement de servage envers cette opinion que vous feignez de mépriser.

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Toyez-Ie donc, il est deux opinions: Tune noble et respectable à cause de ses rapports avec les idées dj'ordre , et celle-là récompense la justice et la boùne foi; l'autre petite ^t. ridi«cule dans son autorité, et celle-U récompense le luxe et la fortune.

C'est pourtant cette dernière que vous voilée servir, et servir uniquement; il n'y a pas là de quoi vous glorifier, de quoi vous dire i^idé*pendans , de quoi vous destiner à vos pi^opres yeux com^me des gens de force et libres de préjugés. .

Ah ! quittez ces erreurs , quittez ces ti;om«peries de votr^ imagination ; et pour votre ior térêt, même le plus prochain, honorez la justice et suivez ses leçons. Et vous, qui vout$ sentez foibles contre les exemples corrupteurs du temps présent , appelez à votre aide la rer ligion , et laissez^vous guider pat sa. vive lumière.,Groyez-là , quapd vous hésitez f et quand vous commencez à perdre route ati milieu du labyrii^tbe de l'intérêt personne]. Que le calme de l'homme juste , que la sérénité4^ sot) âme vous attireht vers lui et vous etigagent à le choisir pour modèle. Ne le voyez-vous pas, c'est l'expression de Job j ne le voyez- vous pas , au milieu des méchans , couvert de son man-^

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îeau et paré de sa tiare? Les vanités , les convoitises du monde errent autour de lui sans Tëmouvoir ; il résiste à leurs séductions , et il oppose à l'insolence des vices du siècle toute ia majesté de la vertu. Ah! qui oseroit mal juger des forces de l'homme juste ? Il est en harmonie avec l'ordre ; il l'est avec la nature ; il l'est avec les pensées du Créateur: il faudroit, pour l'abattre , altérer son essence.

O Dieu ! s'il en est parmi nous , de ces justes que vous aimez, soutenez leur courage, afin qu'ils nous servent à tous d'encouragement, et afin qu'ils nous présentent le beau spectacle de l'hotnîne en alliatice avec le ciel , et en combat victorieux avec les passions qui nous font la guerre.

T^oxxs n'oublions point que nous sommes appelés* à vous entretenir de la justice des princes , de la justice des gouvernemens, de ta justice des dépositaires de l'autorité suprême ; n'importé le titre ou la nature de leur puissance. La justice élès^e une nation , et Viniquité fait V opprobre des peuples ; voilà les paroles sacrées que nous avons choisies pour texte:

mais nous ne nous sommes pas écartés dé notre sujet en considérant d'abord , dans les rapports d'homme à homme, les devoirs imposés

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par cçtte éminente vertu. L'intérêt des parti*culîers et rintérêt des nations offrent aux regards de robsçrvaleur plusieurs caractères distincts; mais ils ont une origine commune, et leur union est indestructible.

Grand Dieu ! c'est aux puissans de la terre que nous avons à parler; mais que sont-ils devant vous? Faites que nous remplissions notre, ministère avec sagesse et avec courage. Inspirez -nous la confiance que nous avons besoin, et prêtez à notre langage Tautorité qui lui est nécessaire. C'est de la justice des nations, de la justice des peuples dont nous voudrions rappeler le devoir et retracer la nécessité. Quel sujet,.et dans tous les^pays et dans tous les êiges ! Quel sujet en ce temps ! Dites à Jérusalem de nous entendre , et à Sion de nous écouter. Ah! si nous pouvions espérer de ramener aux sentiers de la justice et de la vérité les hommes qui s'en sont écartés; si nous pouvions jeter en terre-quelques germes d'un fruit salutaire; si nous pouvions , animés d'un saint

zèle Mais Paul plante , A polios arrose , et

Dieu seul donne V accroissement Oui, l'homme essaie, l'homme poursuit, et Dieu seul bénit ses travaux. ^

C'est au nom de la justice , c'est pour la pro-

igo COURS

téger, pour la défendre , que les gouveroetneoft ont été institués; et cette première vérité, cette vérité simple , devroit être sans cesse présente à l'esprit et au souvenir de tous les dépositaires de l'autorité.

Les hommes, à mesure qu'ils renoncèrent à la vie sauvage et à leurs courses errantes; les hommes, à mesure qu'ils se rapprochèrent et se réunirent , eurent besoin de trouver dans un plus petit esgace les productions nécessaires à leur subsistance, et ils se livrèrent k la culture des terres. Ils reconnurent ensuite , et promptement, que l'établissement des propriétés pouvoit seul exciter le travail et l'émulation; et ce» système une fois admis , les i4ées de justice s'étendirent et se perfectionnèrent. On prescrivit des devoirs, et l'on eut besoin d'une surveillance. On eut des conventions , et l'on s'occupa de leur garantie. De là Tori*gine du pouvoir législatif et du pouvoir exécutif, peux autorités qui , l'une et l'autre*, ont pour motif et pour titre premier l'intérêt commun des hommes au maintien de l'ordre social. Un gouvernement injuste ressemble donc à un père dénaturé : celui-ci agit contre son instinct, l'autre contre sa loi primitive.

Une seconde considération doit rendre la.

DE MORALE RELIGIEUSE. igi

justice infiiiimeut*respectable aux chefs des états; c^estque sans elle ils ne pourroient jamais gouverner un grand pays. C'est la justice en effet qui tient en harmonie cette multitude infinie de relations dont Tordre social se compose, et qui réduit "ainsi la tâche des gouvernemens à un nombre de combinaisons pro-« portionnéà leurs facultés et à leurs moyens.

Ils seroient entraînés , ils seroient contraints à une action continuelle, si, dédaignant la justice et son interven tion salutaire , ils vouloient tout régir par des lois ou âes volontés arbitraires. Le despotisme le plus rigoureux, le plus actif, ne pourroit suffire à une telle entreprise.

Qu'on me permette une comparaison. Représentons-nous l'homme, déjà disproportionné par sa foiblesse à l'administration morale qui lui a été confiée; l'homme, ne réglant qu'imparfaitement son esprit et ses goûts, ne

dominant qu'avec peine son imagination, et combattant souvent à armes inégales son caractère et ses passions; représentons -nous l'homme , affaissé de cette manière sous les difficultés de son gouvernement moral , et demandant néanmoins d'être encore chargé du 8oin de régir le mouvement intérieur de son

192 couns

être physique. Il veut guider lui-même le jeu' continuel de ses fibres; il veut guider Taction des vaisseaux innombrables dont Téconomie vitale est composée; il veut en diriger les ramifications; il veut enfin devenir le moteur arbitraire de cette orgapisation secrète soumise jusqu'à présent aux seules lois de la nature. Quelle folie à rhomme! vbus écriez- vous; n'é toit-ce pas assez pour sa science de l'autorité qui lui avoit été confiée? Vous avez raison ; mais il faut porterie même jugement des chefs d'un grand état lorsque, non conteYis de leur immense tâche, ils vôudroient encore gouverner, déranger, modifier et changer à leur volonté cette vaste partie de l'oi^anisation sociale , placée de temps immémorial , sous l'empire de la justice.

Qu'on réfléchisse au rapprochement que nous venons de faire; il est exact, et àmt servir à rendre plus sensible une vérité de la pins haute importance*

Ah ! que la justice simplifie le travail^ des princes et des hommes en autorité parmi lés nations. Nous l'avons déjà dit, et nous aimons à le répéter : la justice est dans l'ordre moral une image de ces lois primitive^ de la nature , auxquelles nous attachons avec rai-

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son le TDOuvement régulier des inondes et rharmonie de Tunivers.

Telle est même Tutililé complète dé la jus^ tice; telle est sa concordance avec lesprit des sociétés politiques, qu'on ne peut y toucher d'une manière arbitraire, qu'on ne peut y toucher avec Tautorité, sans Taltérer ou la dégrader, .

C'est ici pourtant qu^une objection commune se présente naturellement. Le respect pour la justice ,.dira-t-on, ne doit-il pas céder à rintérét de Tétat ? Nous répondrons hardi* ment, que cette question est vaine; car ja^mais la justice n'est en contradiction avec l'intérêt de l'état, et jamais l'intérêt de l'état n'est en contradiction avec la justice.

Voulez-vous en effet subvenir à des besoins extraordinaires ? Une répartition d'impôts établie sur des proportions justes^ sera plus productive qu'une répartition établie d'une manière arbitraire et capricieuse ; et il restera de plus, en ressource, tous,. les moyejis qui

naissent de la confiance.

. Mais, dites-vous, les impôts sont au com^

ble ; le peuple mtkrmure ; le crédit a disparu ;

le crédit n'existe plus, et les dépenses publi*

ques se sont élevées à un si haut période, que

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