‹ Œuvres complètes de M. Necker (volume 2)Chapitre 16 sur 25 · DISCOURS V · texte numérisé non relu

DISCOURS V

SuK rOrgueil et l'Ingratitude.

Et que ta n^ dit»» pai en ton c«iir ? Ma pmsBance et la Ibrcf de ma main m'out acquis tous ces biens. Deuiéronomc^ Chqf. 8, 7Î^. 17.

jEt que tu ne dises pas fin ton ccsur: Ma puissance et la force de ma main m'pnt acquis tous ces biens. Ces paroles renferment une double leçon ; elles invitent les hommes à s'abstenir de Torgueil , et à se défendre de l'ingratitude. On a des succès, on obtient des triomphes; e.t on les rapporte uniquement à son intelligence et à son mérite : voilà Torgueil. On a des succès, on obtient des triomphes; et Ton refuse de reconnoitre l'assistance qu'on a reçue des autres : voilà l'ingratitude. On est donc au centre, et comme au point de réunion de ces deux vices , lorsqu'on aime à dire en son coeur : Ma puissance et la force de ma main ni ont acquis tous ces biens.

Un tel sentiment est impolitique, même dans le cercle étroit de nos connexions so--^ XIII. 17

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ciales; il est extravagant, il est impie, dans les rapports de l'homme avec la Divinité; et l'examen de c^^ d«qx vérit4^ fqrmera le sujet et la division de notre discours.

C'est un asservissement, dites-votts> que la réconnoissance; et un asservissement d'autant plus pénible qu'il est vague, indéterminé, et qu'on ne pent fixer «vec précision ni ses bornes , ni sa durée : mais ce calcul , cet aride calcul , si vous vouliez ladmettre , il falloit y songejr avant de recevoir des services. Vous s(ye« promis tacitement un sentiment de re« connoi^s^nce à w\ sentiment généreux; il i^'est f\i\H temps de vous en affranchir. Maiai pourquoi t'f^sayeriez-vous ? Et ne voyez-vous p^s que la société entière est par sa nature un système de réciprocité , une alternative continuelle de bienf^itsist d'obligations , d^avances e( de ?etoura ? Tout est échange dans nos re* latîons; mais la inajeure partie de ooscon** yentions, de nos contrats plus ou moins for** mels, ne se termine pas* immédiatement*.

Nous recevons, et pendant un long temps, avant d'avoir rien k rendre; car en naiâsant, nous* réel amqns. des secours; nous en avons besoin pour affermir nos premiers pas dans la cari^^èir^ de la vie ; v^o^ en avpqs besoia

DE MORAiE Religieuse* ^$9

pour constituer nos forces physiques; nous en avons besoin pour acquérir Téducation de notre esprit. Nous sommes dotic endettés, nous sommes couverts de bienfaits, avant d'avoir aucun moyen de nous acquitter; et notre reconnoissance est le seul gage que nous puissions offrir. Enfin , jetés dans le modde à rage où les différentes anvbitions se dévelop* peut, nous resterions à distance de tous les buis , si nous ne trouvions pas, en commençant, des guides et des protecteurs. Quel est donc le moment où nous aurions lé droit de dire: Ma puisscuice et la force de mu main m 'ont acquis tous ces biens ?

. Nous avons une dette aussi envers les hommes publics qui servent la patrie, envers les magistrats qui la gouvernent avec justice, envers les soldats qui la défendent avec courage , envers le% ministres de la religion qui prêchent un esprit de paix. Ah ! sans cesse nous sommes environnés de bienfaiteurs, et partout «nous en apercevons. Malheur à l'homme ingrat qui détourne ses regards d'un pareil spectacle!

malheur à Torgueilleux qui s'en afflige ! Eh quoi donc , auriea-vous peur de votre reconnoissance? Auriez-vous peur d'être entraînés par elie^ à penser, ai agir pour d'autres que

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pour vous-mêmes ? Mais vous auriez peine à di.strihMer votre temps et votre vie d'une manière conforme à un sentiment si méprisable. Le Créateur vous a doués de plus de facultés qu'il n'en faut pour votre usage particulier; ,et du superflu , vous êtes comme forcés de nuire à vos semblables , ou de les servir. Vous jie pourriez pas, en le voulant, vous renfermer dans le cercle étroit de votre intérêt personnel. Livrez-vous donc sans répugnance à l'esprit social, à Cjet esprit, un des résultats de notre nature, et qui nous avertit de songer 4UX autres, de nous mêler aux autres, et d'être tour à tour généreux et reconnoissans , créanciers et redevables.

La confiance auxsentimens de reconnoissancesera toujours le principe de toute espèce d'émulation; c'est elle qui excite les talens, qui fait naître les héros , les grands ministres, et les hommes dont les éclatant services en divers genres concourent à la gloire et à la prospérité de l'état. »

On ne doit rab^issej* un sentiment moral par aucune comparaison; mais si nous en ado|)tion.s une pour rendre un moment plus évidente l'utilité sociale de la reconnoissance, nous dirions que cette utilité représente oa

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rappelle Timportance du crédit. En effet, le crédit, si nécessaire aux transactions de commerce , si nécessaire encore à Tadministratioa publique; le crédit doit son maintien au respect des engageroens. Et de même , les services que les hommes se rendent mutuellement, services dont l'application renaît à chaque instant, ont la reconnoissance pour condition tacite, pour condition absolue; et il n'est point de trait d'ingratitude qui ne serve à ralentir oeite circulation d'offices, dont le mouvement actif et régulier de la société ne sauroit se passer.

Seroit-ce un raffinement de faire observer encore, que la confiance aux sentioiens de reconnoissance a d'autant pliis d'efficacité sur les actions des hommes, que son but et son attente sont vagues. Ella ressemble, sous ce rapport, à la possession de la monnoie métallique; d'une monnoie qui, en représentarit aussi d'une manière vague tous les biens dont elle est le gage , excite avec tant d'ardeur* les vœux et la recherche des homuies.

Examinons de plus 'près encore la reconnoissance , afin de l'aimer et de l'honorer davantage. Elle semble composée des <^ualités les plus estimables ;, et l'on^ aperçoit dans ses

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élémens la fidélité , la justice , et cette modestie qui nous éloigne d'une confiance exagérée dans nos droits ou dans notre indépendance.

Tout est pur dansi le sentiment de la recon* noissance; et comme il a du naître avec hos besoins , il est , dans l'ordre de nos obliga« tionsy le premier en date» La générosité a plus de renommée parmi les Sommes que la t*econ« noissance; mais cette supériorité d'éclat, qm assure à la générosité une récompense prochaine ) laisse en partage k la reconnoissance 1^ mérite de l'obscurité , mérite d'une si grande valeur en morale. Honneur soit aux vertus qui n'attendent rien de la louange, et dont i'ap^ préciateur des actions sécrètes , le Dieu des coeurs, tient le compte.

La. reconnoissance est encore la pins fou-»

chante expression d'une âme sensible*; et tan*dis que l'orgueil nous isole, la reconnoissance multiplie nos liens avec les autres hpmines ; et ces liens , formés par le souvteiiir^ ne pi^uvent se rompre sans notre volonté. Ah I ki nous avions la fausse idéei ei la pdnsée orgueilleuse que nous pouvons nous suffire à nous-mêmes, que nous pouvons marcher seuls ds^ns lacar^ rière de- la vie , bientôt notre oœii* se dessécheroit, bientôt nquispublierioos^'aimf^tt *^

Dt MORALE lïÊLrGIEtrSE. â6S

Boxts péterions âin^i la jouksatiée du p\u$ beau doti qtie nous ay^m reçii dô ta bontë divine.^

Faites ligage amfii de voti'é ptévoftktice; et, au nom "de ^otre intérêt , téfléèhîd^ez que ^ jeunes encore , sHi voué étoil possible de tivre, uniquidnseiit^e vous, et en Vbus ^ il âttiVé uiî êtge^ toutes J^s facul^s s'affoibli»sèiit , ûh nos'^sictiàii^ipasfiéefif^ <)t \t éôurveikir qu'on en gard^V (ptmèi^t notre tifiiqu^ fortufte ; ttn âge enfin, oà^Fâlreni]^ nWt pl6s hotte allié, H OÙ Ton se ttOuVeMtiiiisètlsiblerbent abandonné, si la t^eofiilioIsSaMe étôit b^hàte dé la tefte. Ne la metleiÉ dond p^ en dtsgha<*^ pâl* vôtre exemple, et ne dîtes p^s, ait tehips de votre fotcô f qoé Votls Ile déve£ riéti à personne ; ^ue vof#'^ puùséméê et lafoHè ^ vott-e main lH)it3

K 'en ^Otons^ {>oîiyti il tioOs condm<^oi( tirât patft nof#e botihèu# , èét orgueil qui transfert metoit en jotig , et en jOug pénible, le senti-' ment de \a #eeoiHioi^sante 7 et qni nous offrixkiit pour «n^ue di)fibii40ii èl'poAi sujet de gloire, une indépendanëe flii^fàitè, Uh ^Hff^iXi^ Gbissémthft absolu. Bêlas! le plus niiivéfsel des sentimens^ r»<HDùf pàlttrnrf ,. ne dérivé^ tMl pas éli$0htieltéiri«àf|'dèU fràblessedes en-

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