DISCOURS II
Union de la morale aux perfections divines.
Car ses yeux sont trop purs pour Toîr le mal. Haiacuc, Çh. i,
Li' HOMME qui s'est convaincu de l'existenGe d'un Ltre suprême; l'homme qui s'est pénétré de cette vérité^ et qui en à, pour ainsi dire , abreuvé son cœur et nourri sa pensée ; rhomme qui vit au miliei^ des consolations et des espérances attachées à une si douce croyance, est appelé sans doute à réfléchir sur l'usage qu'il doit faire des dons de son maître , et des largesses de son bienfaiteur. Nous ne vivons pas sous Tempire absolu d'un instinct qui nous marque à chaque instant notre routes Un examen précède nos vœux ; un doute , nos résolutions : nous avons reçu le glorieux pouvoir de juger, de comparer, de choisir, et l'esprit qui multiplie nos idées , l'attention qui les fixe, la prévoyance qui étend au loin nos calculs et nos combinaisons,
DE MORALE ItELiGIElJSE. 73
cette union majestueuse de propriétés morales, tout nous avertit que sur la scène du monde nous avons un rôle à jouer, et des devoirs à remplir. Nous sommes liés à un but hors de nous, et notre intérêt propre doit être en traité continuel avec Fintérét des au« très : telle est la condition , tel est Tef^jt nécessaire du libre essor de nos actions et de nos pensées.
Que devons-nous donc faire pour nous con* duire avec sûreté dans ces routes croisées , et dans une carrière qui nous est inconnue , au sortir du néant? Nous devons examiner s'il n'existe point de principe régulier destiné par la nature à nous servir de guide : nous en trouverons un à l'origine de nos idées et au commencement , pour ainsi dire , de tous nos intérêts ; c'est le désir, c est l'ambition de correspondre aux vires de celui qui nous a donné le jour , qui nous a placés sur la terre ; car nous le savons bien , nous existons , nous allons de la vie à la mort, sans aucun pouvoir dérivant de nous-mêmes. Mais connoitronspousles vues de notre souverain maître, si nous nous plaçons, comme nous le faisons àpré- Mnt, avant les lumières delà révélation? Oui, nous pouvons les connoître, les préjuger du
moins , en nous étudiant nous-mêmes , en éle* vaut nos regards vers les cieux , en les promenant sur la terre , en réfléchissant sur Tesprit et le but d'une si vaste et si merveilleuse ordonnance.
Nous apercevons alors deux grandes vérités : Tune y que la formation de Tunivers appartient k un sentiment de bonté; Tautre, que Tamour de Tordre éclate éminemment dans les œuvres de rÉternel. Développons davantage ces deux vérités , avant de tirer les conséquences qui doivent servir de fondement à notre système de morale.
Que l'Auteur divin des mondes et de la na-* ture soit un être bon, généreusement bon; pouvons-nous en douter? N'est-ce pas à sa volonté , comme à sa puissance , que doit être rapporté ce système ingénieux des sensations diverses, source constante et féconde de tant de plaisirs? Et quelle part abondante n'avons^ nous pas obtenue dans les riches dispensations de notre père et de notre Dieu ! Hélas ! il nous seroit permis de croire que tout a été fait pour l'homme, pour cet être de choix aux regards ^e la souveraine intelligence. Il n'est aucune des merveilles prodiguées autour de lui qui n'ait une relation avec sa faculté de jouir, avec
ses besoins ou avec ses vœux ; et depuis les hauteurs des cieux, d^où Fastre du jour jette en torrens sur notre demeure ses magnifiques rayons, jusqu'aux retraites cachées où germent en silence les plantes salutaires et les fleurs destinées à embellir la terre, partout nous pouvons distinguer Tempreinte d'une intention bienfaisante. C'est par les délices du goût, c'est par l'attrait d'une saveur mystérieuse, que le Roi de la nature nous appelle à profiter des sucs nutritifs devenirs nécessaires 1^ notre subsistance; et c'est par d'autres enchantemens qu'il nous appelle à l'accomplissèment de ses vues. Toujours des formes douces et séduisantes pour nous fixer à notre intérêt; il semble nous dire : Mes amis, mes enfans, je vous demande ^ je vous prie de vivre et d'être heureux. Mais la mort , la douleur ! Attendez. Nous examinerons les
objections des uns, les reproches des autres; laissez-nous parler encore des signes éclatans de la bonté suprême.
Wôus tenons de notre Maître le don , le précieux don dé l'intelligence; mais, en nous attribuant cette glorieuse prérogative, il a limité notre gouvernement , et ne s'est reposé sur nous du sbin de notre conservation qu'a-