‹ Œuvres complètes de M. Necker (volume 3)Chapitre 10 sur 18 · GO€RS · texte numérisé non relu

GO€RS

VOUS, qui faites un reproche à l'intelligeacé infinie, vous si petits devant TÊtre éternel, savez-vous seulement si la liberté n'est pa^ un des éiémens indispensables à notre amélioration progressive ; si elle n'est pas le moyen , Tunique moyen de communiquer des droits, de donner un mérite à Fétre créé, et si elle n'est pas inhérente dans tous les points au plan général de notre destinée. O abîmes de la pensée! esprit , instinct , liberté, volonté, comment vous sonderions-nous? O abîmes de la pensée! nous nous arrêterons sur vos bords; et cherchant la lumière qui vient d'en haut, nous croirons, nous dirons que Dieu seul est parfait , et que seul il doit l'être ; que Dieu seul est affranchi, par son essence, des lois de gradation et de progression; et que seul encore il peut être libre , avec une volonté constamment la même, avec une existence immuable. Étendons nos mains vers le ciel, et reconnoissons les ignorances de notre âme.

Réfugîons-nons en ce moment vers les en* seignemens simples autant que sublimes de la religion; et nous rapprochant plus immédiatement de notre sujet , bénissons TÊtre des êtres, qui , dans ses vues mystérieuses en fa-

veur de rhornme, sa créature, n'a pas fait dépendre notre destinée d'une erreur ou d'une foiblesse; qui nous admet au contraire à nous racheter, à nous renouveler, pour ainsi dire, par nos regrets et notre repentir. Et ce n'e!>t pas au loin que l'homme doit aller chercher cette purification; c'est en lui, c'est au fond de sa conscience qu'il peut retrouver l'espérance après le découragement, et le calme après les alarmes.

Qu'elle est belle, la religion, dans ses expressions sur la repentance! Ilya^ nous dit-elle, il y a de la joie devant les anges du cielf pour un seul pécheur qui s'amende. Grand avertissement pour nous ! Quoi! c'est au séjour de la sainteté que la repentance est admise; c'est là qu'on se réjouit /70wr un seul pécheur qui s'amende; et sur cette terre , où les plus parfaits ne sont que foiblesse ^ on ne voudroit rien pardonner! Ah! c'est l'étude de notre nature et le sentiment de nos propres besoins qui nous appellent à l'indulgence, qui nous en imposent les devoirs; et l'homme s'oublie luimême, quand il s'arme d'une rigueur inflexible contre les erreurs et les fautes dont il se constitue le juge, dont il se déclare le vengeur. C'est assez, dans notre communauté sociale,

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de la sévérité des lois; et les particuliers n*ont pas le droit d^usurper ou d*imiter cette sévérité : elle fiitinventéeafindecontenir«pardes exemples éclatans, les entreprises contraires à latranquillité publique; mais dans les relations d'homme à homme, il n'y a rien de néce^* saire ni pour l'exemple, ni pour Teffet extérieur, ni pour Tinstruction générale; et nous rentrons alors sous la législation de la charité, sous Tempire des vertus qu'un Dieu de honte nous commande.

Aussi rinddlgence n'est pas, comme on le présume souvent, une exception à la sévérité; c'est au contraire la sévérité, qui est une exception à l'indulgence.

En effet, l'indulgence est un sentiment de tous les jours et de tous les momens ; elle ne se rapporte pas à des conventions , mais à notre nature ; et c'est par tous les hommes indistinctement qu'elle peut être exercée. Il n'en est pas de même de la sévérité ; celle-ci n'est un devoir que pour les représenlans de l'intérêt social; et les punitions sont tellement consacrées à l'utilité , à la nécessité de Texempie , qu'au moment où elles ne remplissent pas ce but , elles deviennent condamnables.

Le magistrat cesse de paroi tre l'homme de U

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loi , quaod il inflige des châtimens obscurs ; et il ne nous montre plus alors que son indifférence à la douleur d'autrui. Ah ! c est assez pour un être accessible à la pitié , d'avoir prononcé une sentence ou de mort ou de proscription ; c'est assez pour lui qu'une obligation si terrible ; on ne doit pas y joindre des duretés inutiles, et c'est le nom qu'il faut donner à toutes les vengeances dont on n'est pas absous par l'intérêt social. Gardez-vous d'ordonner un seul degré de malheur que la loi n'autorise pas ; et pour vous en abstenir , 8ongez qu'au moment où vos décisions arbitraires accroissent et prolongent , dans les ténèbres d'une prison, le tourment d'un coupable , c'est le moment peut-être où ce même coupable , où cet infortuné , par ses larmes et sa contrition , attire sur lui la commisération de son Dieu ; c'est le moment peut-être où il y a de la joie devant les anges du ciel pour sa re peu tance.

Mais ici, quelle pensée vient me frapper, et quel effroi me saisit ! L'arbitraire est permis ; il est toléré du moins pour les châtimens y pour la vengeance; et parmi nous, cet arbitraire est interdit pour la grâce et pour la miséricorde. Quelle opposition ! quel contraste !

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La loi de mort a parlé ; el dès ce moment-là aucune exception n^est reçue, aucune dislinclion nVst soufTerle. La loi de mort a parlé : celle loi a été faite par des hommes ; elle n*a donc pu signaler les crimes que d*une ma* nière incomplète, et à la manière des hommes ; enfin , ce sont des hommes encore qui rinterprètent : et parmi nous, cependant , cest en vain que, dans une circonstance unique et singulière, on sollicite un adoucisseroeut , au nom des considérations les plus puissantes , au nom des motifs les plus dignes d*égards.

La loi de mort a parlé ; et c'est en vain que de toutes parts on appelle la grâce et le pardon , en faveur d'un malheureux une seule fois coupable , une seule fois peut-être , au milieu d'une vie féconde en belles actions. La loi de mort a parlé ; et c'est en vain qu*oa oppose à son application rigoureuse , ou des services rendus à la patrie , ou l'influence d'un nom rendu mémorable par les exploits , ou par les vertus publiques d'une longue suite d'ancêtres ; c'est en vain même qu'on y oppose la prévention des jurés, l'inimitié des juges , et quelquefois l'aveuglement passager de l'opinion, ou l'ascendant d'une faction populaire. La loi de mort, la loi de sang a

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parlé; et c'est à ce moment-là que rautorité suprême est tout à coup sans pouvoir; c'est à ce moment-là que ses yeux sont voilés, ses oreilles fermées; c'est à ce moment-là que l'arbitraire est défendu. Ah ! s'il exista, cet arbitraire , s'il exista si long-temps pour l'oppression et pour la douleur, ne revivra-t-il jamais pour la compassion et pour la pitié ?

Qu'il nous soit permis de faire observer un autre contraste , et qui appartient également au sujet de ce discours. Le droit de grâce est aboli dans un temps où la philosophie nouvelle, dédaignant les enseignemens de la religion , considère les hommes comme des êtres régis par la nécessité. Pourquoi donc , sous le règne de cette philosophie , les traiter avec un accroissement de rigueur? pourquoi rejeter l'indulgence et le pardon ? Leurs fautes ne seroient plus une violation libre et malicieuse de l'ordre public, puisque chacun d'eux obéiroit à une force irrésistible ; et les punir , sans pitié , sans miséricorde, c'est imiter ce roi de Perse qui faisoit battre de verges les eaux de la mer , lorsque la direction des vagues s'opposoit à la marche de se& vaisseaux.

C'est ainsi qu'une philosophie présomptueuse , au lieu de tout aplanir devant elle,

comme ses disciples l'annoncent , multiplie au contraire les difficultés de notre esprit. Ses principes , qu'elle appelle simples, deviennent une force destructive qui va porter le ravage au milieu d'un système ingénieux où tout est dessiné par nuances et par gradations; et, 9ans sortir de notre sujet , nous voyons que l'intelligence de l'homme est en accord avec sa liberté , et que sa liberté l'est de même avec la nécessité de l'indulgence, avec l'efficacité du repentir. Tout s'unit par des liens admirables dans la magnifique ordonnance dont nous sommes le principal objet ; et quand nous étudions les diverses parties d'une si vaste conception , quand nous rassemblons notre attention sur un résultat environné pour nous de tant de mystères, nous errons long-temps dans nos propres spéculations ; mais en prêtant l'oreille aux enseignemens de la religion, et devenus sensibles à leur onction sublime, nos incertitudes se fixent , et notre âme s*élève à la vérité. Oui , ces enseignemens peuvent seuls nous pénétrer d'une vive lumière; et seuls, par une inspiration céleste, seuls ils sont en harmonie avec l'esprit de la création, et avec les secrets de l'Éternel.

Ah! si nous ne pouvions vous associer à

noire persuasion , la faute en seroit à nous, et nous prierions le Seigneur d'augmenter notre foroe, de multiplier nos moyens , afin de nous i-endre capables d'annoncer sa parole avec autorité. Mais auroit-elle besoin d'aucun aide, cette parole sainte , dont toutes les expressions sontsi pleines de vie ! Non ; la loi religieuse est claire dans ses préceptes : Que le plus juste de lyous lui jette la première pierre. Que le plus juste de vous! Ah! nous vous entendons, ô notre divin maître ! vous nous avertissez de notre foiblesse, et nous ne présumerons plus de nous. Yous nous invitez à pardonner, et nous pardonnerons ; à être circonspects dans nos jugemens, et nous serons bieiiveillans , indulgens, charitables. Nous voulons devenir tout ce qu'il faut être pour obtenir votre protection, votre clémence, et surtout votre amour. C'est le vœu de nos cœurs, c'est le sentiment que nous éprouvons à l'aspect de cette bonté continuelle, de cette bonté pénétrante dont vos commandemens nous présentent l'image. Daignez, 6 notre Dieu ! fixer le mouvement qui nous entraîne vers vous; daignez le rendre durable ; et que désormais aucun intérêt de ce monde ne vienne le ralentir. Ah ! c'est à l'Être parfait, au Dieu puissant, au

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Dieu de compassion et de miséricorde que nous consacrerons notre vie ; et justement abattus par le souvenir de nos fautes passées, nous aurons présente à Tesprit cette parole incomparable en consolation et en espérance»

cette parole adressée aux enfans de la terre : Et moi je vous dis qu'il y a de la joie dei'oni les anges du ciel pour un seul pécheur qui s*amende. Ah ! gloire à rÉternel ; gloire au maître des cieux , gloire , amour, et reconnoissance, dès maintenant et à jamais!

DISCOURS V

Sur l'Orgueil et l'Ingratitude.

Et que tu ne dises pas en ton ccenr : Ma puissance et la force de ma main m'ont acqnb tons ces biens. Deaiéronome, Chap. 8, f, 17.

Et que tu ne dises pas en ton cœur: Ma puissance et la force de ma main m'ont acquis tous ces biens. Ces paroles renferment une double leçon; elles invitent les hommes à s'abstenir de Torgueil , et à se défendre de l'ingratitude. On a des succès, on obtient des triomphes; et on les rapporte uniquement à son intelligence et à son mérite : voilà l'orgueil. On a des succès 9 oh obtient des triomphes; et l'on refuse de reconnoitre l'assistance qu'on a reçue des autres : voilà l'ingratitude. On est donc au centre, et comme au point de réunion de ces deux vices , lorsqu'on aime à dire en son cœur : Ma puissance et la force de ma . main ni ont acquis tous ces biens.

Un tel sentiment est impolitique, même dans le cercle étroit de nos connexions sô- XIII. 17

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ciales; il est extnTagmnl, il est impie» dans les rapports de rhomme avec la DÎTinité; et rexamen de ces deux Térités formera le sujet et la division de notre discours.

C'est un assenrissement , dites-Tous» que la reconnoissance; et un asservissement d*autant plus pénible quil est vague, indéterminé, et qu*on ne peut fixer avec précision ni ses bornes , ni sa durée : mais ce calcul , cet aride calcul , si vous vouliez l'admettre , il falloit y songer avant de recevoir des services. Vous avez promis tacitement un sentiment de reconnoissance à un sentiment généreux; il n*est plus temps de vous en affranchir. Mais pourquoi Tessayeriez-vous ? Et ne voyez- vous pas que la société entière est par sa nature un système de réciprocité , une alternative continuelle de bienfaits et d'obligations , d*avances et de retours ? Tout est échange dans nos relations ; mais la majeure partie de nos conventions, de nos contrats plus ou moins for* mels, ne se termine pas immédiatement.

Nous recevons , et pendant un long temps , avant d'avoir rien à rendre ; car en naissant, nous réclamons des secours; nous en avons besoin pour affermir nos premiers pas dans la carrière de la vie ; nous en avons besoin

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pour constituer nos forces physiques ; nous en ayons besoin pour acquérir Téducation de notre esprit. Nous sommes donc endettés, nous sommes couverts de bien£iits, avant d'avoir aucun mojen de nous acquitter; et notre reconnoissance est le seul gage que nous puissions offrir. Enfin , jetés dans le monde à rage où les différentes ambitions se développent, nous resterions à distance de tous les bats , si nous ne trouvions pas, en commençant, des guides et des protecteurs. Quel est donc le moment où nous aurions le droit de dire : Ma puissance et la force de ma main m^ont acquis tous ces biens?

Nous avons une dette aussi envers les hommes publics qui servent la patrie , envers les magistrats qui la gouvernent avec justice, envers les soldats qui la défendent avec courage , envers les ministres de la religion qui prêchent un esprit de paix. Ah ! sans cesse nous sommes environnés de bien&iteurs , et partout nous en apercevons. Malheur à Fhomme ingrat qui détourne ses re^vàs d*un pareil spectacle!

malheur à Toi^ueilleux qui s*en afflige ! £h quoi donc , auriez-vous peur de votre reconnoissance? Auriez-vous peur d'être entraînés par elle j à peAser , à agir pour d'autres que

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pour vous-mêmes ? Mais vous auriez peioe à distribuer votre temps et votre vie d*une manière conforme à un sentiment si méprisable.

Le Créateur vous a doués de plus de facultés qu'il n'en faut pour votre usage particulier; et du superflu , vous êtes comme forcés de nuire à vos semblables , ou de les servir. Vous ne pourriez pas, en le voulant, vous renfermer dans le cercle étroit de votre intérêt personnel. Livrez-vous donc sans répugnance 4 l'esprit s^ial, à cet esprit, un des résultats de notre nature , et qui nous avertit de songer aux autres, de nous mêler aux autres, et d*étre tour à tour généreux et reconnoissans , créanciers et redevables.

La confiance aux sentimens de reconnois-* sance sera toujours le principe de toute espèce d'émulation; c'est elle qui excite les talens, qui fait naître les héros , les grands ministres, et les hommes dont les éclatans services en divers genres concourent à la gloire et à la .prospérité de l'état.

On ne doit rabaisser un sentiment moral par aucune comparaison; mais si nous en adoptions une pour rendre un moment plus évidente l'utilité sociale de la reconnoissance, nous dirions que cette utilité représente ou

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rappelle Timportance du crédit. En effet, le crédit, si nécessaire aux transactions de com* merce , si nécessaire encore à Tadministration publique; le crédit doit son maintien au respect des engagemens. Et de même , fes services que les hommes se rendent mutuellement, services dont l'application renaît à chaque instant, ont la reconnoissance pour condition tacite, pour condition absolue; et il n'est point de trait d'ingratitude qui ne serve à ralentir cette circulation d'offices, dont le mouvement actif et régulier de la société ne sauroit se passer.

Seroit-ce un raffinement de faire observer encore , que la confiance aux sentimens de reconnoissance a d'autant plus d'efficacité sur les. actions des hommes , que son but et son attente sont vagues. Elle ressemble, sous ce rapport, à la possession de la monnoie métallique; d'une monnoie qui, en représentant aussi d'une manière vague tous les biens dont elle est le gage , excite avec tant d'ardeur les vœux et la recherche des hommes.

Examinons de plus près encore la reconnoissance , afin de l'aimer et de l'honorer davantage. Elle semble composée des qualités les plus estimables ; et l'on aperçoit dans ses

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élémens la fidélité , la justice , et cette modestie qui nous éloigne d^ine confiance exagérée dans nos droits ou dans notre indépendance.

Tout est pur dans le sentiment de la reconnoissancef et comme il a du naître avec nos besoins , il est , dans Tordre de nos obligations, le premier en date. La générosité a plus de renommée parmi les hommes que la reconnoissance; mais cette supériorité d'éclat , qui assure à la générosité une récompense prochaine y laisse en partage à la reconnoissance le mérite de l'obscurité, mérite d*une si grande valeur en morale. Honneur soit aux vertus qui n'attendent rien de la louange, et dont Tap* préciateur des actions secrètes, le Dieu des cœurs, tient le compte.

La reconnoissance est encore la plus touchante expression d'une âme sensible ; et tan* dis que l'orgueil nous isole, la reconnoissance multiplie nos liens avec les autres hommes; et ces liens , formés par le souvenir, ne peuvent se rompre sans notre volonté. Ah! si nous avions la fausse idée et la pensée orgueilleuse que nous pouvons nous suffire i nou»>mémes, que nous pouvons marcher seuls dans la carrière de la vie , bientôt notre cœur se dessécheroit , bientôt nous oublierions d'aimer, et

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nous perdrions ainsi la jouissance du plus l>eau don que nous ayons reçu de la bonté divine.

Faites usage aussi de votre prévoyance; et,

au nom de votre intérêt, réfléchissez que,

jeunes encore , s*il vous étoit possible de vivre

uniquement de vous, et en vous , il arrive un

âge où toutes les facultés s'affoiblissent, où

nos actions passées , et le souvenir qu*on en

garde , forment notre unique fortune ; un âge

enfin , où Tavenir n'est plus notre allié , et où

Ton se trouveroit insensiblement abandonné,

si la reconnoissance étoit bannie de la terre.

Ne la mettez donc pas en disgrâce par votre

exemple , et ne dites pas , au temps de votre

force , que vous ne devez rien à personne ; que

voire puissance et la force de votre main vous

ont acquis tous ces biens.

ITen doutons point ; il nous conduiroit mal pour notre bonheur , cet oi^eil qui transforroeroit en joug , et en joug pénible, le sentiment de la reconnoissance ; et qui nous offiriroit pour unique ambition et pour sujet de gloire , une indépendance parfaite , un affranchissement absolu. Hélas! le plus universel des sentimens , l'amour paternel , ne dérivet-il pas essentiellement de la foiblesse des en-

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