‹ Œuvres complètes de M. Necker (volume 3)Chapitre 9 sur 18 · CODES · texte numérisé non relu

CODES

nous croirons que la justice est le premier des intérêts au milieu des sociétés publiques; le premier en utilité, le premier en force; et de plus encore, le premier en honneur et en réputation.

Oui, le premier en utilité, le premier en force; car la justice appelle la confiance, et la confiance met entre les mains du gouvernement toutes Jes fortunes; elle les lui donne même à l'avance , car elle ajoute au présent les ressources de l'avenir. Tout l'argent sort, tout l'argent circule à l'abri de la justice; et la plus simple promesse est égale aux métaux qu'on pèse à la balance , et dont on a vérifié le titre par des experts.

Vous vanterez , sans doute, ce que valeot aussi la fraude et l'injustice; vous montrerez que , par elles , on reçoit et l'on ne rend point; on promet, et l'on n'exécute point; que par elles, on fait mieux encore , on retient les dépôts, et l'on injurie ses créanciers; on s'empare des propriétés, et l'on accuse les propriétaires ; qu'enfin, et de toute manière 00 remplit son trésor de butin, et l'on s'enrichit de dépouilles. Telle est la marche financière du crime; mais alors aussi l'épouvante devient générale; l'argent fuit , l'argent se resserre;

et, comme on fait rentrer les troupeaux à rapproche des loups ravisseurs, chacun retire ses richesses du milieu de la circulation ; on les cache , on les dissimule, on a peur de sa forfane comme d'un sujet de persécution ; et les otoyens en alarme ne songent plus qu'à se garantir de l'autorité suprême, de cette autorité qu'eux-mêmes avoient élevée pour défendre leurs droits et pour assurer leur tranquillité. Hommes puissans dans l'état, princes ou chefs populaires , régnez avec justice, et gouvernez de même. Vous le devez , par respect pour les lois religieuses ; vous le devez pour le hien général , et vous le devez encore pour votre intérêt particulier. Vous vous méprenez quand vous faites un autre compte ; car le temps est toujours pour la morale. Les moyens de violence vous séduisent par la rapidité de leur effet , et vous croyez , de plus , qu'ils affranchissent des soins nécessaires pour captiver la confiance; mais si vous éprouviez le besoin de colorer vos actions, et si vous appeliez à votre aide l'hypocrisie, ne seriez-vous pas avertis , ne reconnoitriez-vous pas vousmêmes que l'estime a son usage polir les hommes en autorité? Eh bien! cherchez-là, cette estime, non par ime feinte ^ non par

JC)8 COURS

aucune surprise , mais par les grandes voies qui mènent à elle. De quoi sert Thypocrisie , dans les rangs élevés de la société ? Elle ne peut en imposer k personne ; on est là trop en vue pour échapper aux regards vigilans des observateurs. Âhl pourriez-vous longtemps rignorer! La franchise et la vérité sont le plus bel ornement du 'pouvoir suprême ; elles sont sa tiare, ainsi que la jus* tice et la bonne foi.

Le sage roi dont les paroles ont servi de texte à notre Discours, se formoit une idée vraie de Tinjustice des gouvernemens, lorsqu'il la dévouoit, non pas seulement à Findignation des hommes, mais encore à leur mépris. Et en effet, l'injustice des princes est plus honteuse que l'injustice des particuliers; puisque, dépositaires de l'autorité suprême et tenant en main la force publique, ils ne craignent point la vengeance des lois , et peuvent , sans péril , manquer à leur parole. Vin- Justice /ait l'opprobre des peuples; voilà l'expression de l'écrivain sacré.

Oui , autant il est beau, autant il est honorable aux souverains, aux guides des nations, de contenir par la justice des passions en combat, et des intérêts en rivalité; autant,

peut-éire > il y a d'abjection et de lâcheté à se servir de la toute-puissance pour violer à son gré les droits dont on est le gardien , les droits universels dont on a Tauguste tutelle.

Que faites- vous donc , vous qui , au milieu des ressources immenses et multipliées d'un riche pays, choisissez dans vos embarras un moyen dont Findigence absolue cherche en«core à se défendre, l'expédient honteux et facile de retenir ce qu'on doit, de prendre aux créanciers de l'état leur fortune. Que faites- vous, et que faut-il vous dire ? La justice élève une nation , et V iniquité Jait Vopprobre des peuples.

Que faites-vous , vous qui , pour dissimuler votre esprit de fraude, ou pour en éloigner la publicité, vous acquittez d'abord avec ujne monnoie de fiction, et qui l'annuliez après en avoir épuisé l'usage? Que faites-vous, et que faut-il vous dire ? La justice élève une na* tion y et V iniquité fait l opprobre des peuples.

Que faites-vous encore, et vous qui punissez les enfans des fautes de leurs pères, ou les pères des fautes de leurs enfans; et vous, qui poursuivez comme une violation de la loi les actions commises avant l'existence de cette loi , les actions jusque-là reconnues pour

lOO COURS

bonnes ou pour innocentes; et vous qaî admettez en preuves les dénonciations de la haine ou de la politique, et qui condamnez un accusé sans lui permettre de se justifier, sans l'appeler ni Tentendre ? Que faites-vous, et que faut -il vous dire? La justice élève une nation , et V iniquité fait V opprobre des peuples.

Que faites-vous surtout, vous qui mettez les hommes entre l'éternelle loi de la con<* science et la loi nouvellement écrite, et qai punissez par Texil ou la mort la préférence que Ton donne à la première , cette préférence qu'un Dieu commande; et ce Dieu c'est le vôtre ? Ah ! n'est-ce pas à vous qu*il faut dire : La justice élève une nation , et V iniquité fait l'opprobre €les peuples ? ^

Ah ! soyez moins terribles, soyez moins redoutables, et soyez justes. Vous célébrez les nombreuses victoires qtie vous remportez sur des ennemis; mais que font-ils, les ennemis?

Ils sont injustes; ils confisquent, ils distri* huent les biens selon leur caprice; ils empri* sonnent, ils bannissent, ils proscrivent pour des fautes légères, ou par esprit de vei geance; ils substituent aux règles leurs volontés arbi* traires , et aux lois de douceur et de confiance

DE MORALE REUGTErSE. 30I

des lois de rigueur et d'alarme. Yoîlà ce que font les ennemis , même les plus hardis et les plus tyranniques , les ennemis tels qu'il y en a peu* Oui , la marque distinctive de Thostilité, de Fabas de la force , c'est l'injustice , et toujours Tinjustice.

£t , ne pourroit-on pas le dire? tous les maîtres sont égaux pour élre injustes ; tous ont une sôence suffisante pour mal faire. Bien plus j les hommes n'auroient besoin d'aucun chef, s'ils n'aimoient pas la justice ; car s'ils étoient obligés de faire un choix entre les divers genres d'aggression , autant leur iraudroit d^étre exposés à leurs rivalités réciproques que d'encourir les dangers d'une oppression tyrannique.

Enfin rinjustice, de la part des princes ou des magistrats revêtus d'une autorité suprême, a pour suite funeste de pervertir et de corrompre la société entière : on obéit , on cède aux grands exemples ; et lorsque les hommes, placés sur le piédestal du gouvernement , ces hommes vus de partout , montrent une parfaite indifférence pour les idées de justice , chacun se dégage des principes auxquels il s'étoit asservi ; et d'imitations en imitations, la licence devient générale. Alors la vertu n'est

âo4 COURS

rivalité salutaire^ sont tous en mouvement pour aller échanger nos biens superflus conlre les denrées précieuses dont nous sommes privés ; ils animent l'argent , ils donnent de la vie à tous les capitaux ; et leur fortune , qui par* court le monde, reviendra grossir la fortune de Tétat pour retourner encore dans les mêmes chemins^ y chercher, y trouver de nouvelles richesses. Voyez toutes les classes industrieuses de la société qui , chaque jour, servent de leur intérêt personnel Tintérêt public. Et d*où vient tant d'abandon, d'où vient tant d'activité ? De la sûreté que donnent à tous les échanges le règne et la stabilité des lois.

Où sont les peuples , où sont les gouvernemens en réputation de justice et de bonne foi? Ils vous diroient que le crédit est une ressource inépuisable dans les besoins de l'état ; et qu*aucune exaction , aucune rapine du despotisme ne peuvent être mises en parallèle avec le crédit Ils vous diroient encore: Voyez cette multitude innombrable de contrats civils, d*engagemeiis écrits, de promesses sur parole , dont le mouvement social se compose; ils ne produisent au milieu de nous ni désordre ni heurteraent: un seul principe tient tout en harmonie, et

DB HORALE REUGIEU8E. QoS

Topposition des intérêts ne détruit pas Tunité de leur direction vers le bien de Fétat.

£nfin , où sont les peuples , où sont les gou-

vernemens en réputation de justice et de bonne

foi ? Ils vous diroient : Voyez la paix dont nous

jouissons , et sa longue durée ; nous n'avons

pas besoin de lever d'immenses tributs pour

nous tenir en état de guerre : tous nos voisins

sont devenus nos amis, et se plaisent dans

notre alliance ; ils croient à notre vérité , et

d*un mot nous les rassurons ; ils croient à

notre modération , et notre prospérité ne leur

fait point ombrage.

O Dieu , que ce soit à nous , que ce soit à notre nation de tenir un jour à l'univers un langage pareil ! Ah ! si tant d'éclat ne fécondoit aucune vertu ; si tant de puissance étoit stérile pour le bonheur , ce seroit au vain bruit de l'histoire que nous aurions fait nos divers sacrifices , et il n'y auroit rien pour la saine raison ; rien pour les choses réelles ; et rien , c'est ' à nous de le dire , et de le dire avec courage , rien pour notre Dieu , rien pour l'Éternité.

Ah ! qu'une lumière céleste vienne éclairer nos foibles conceptions; qu'elle nous serve à connoître les vrais biens de la vie , et à les placer

ao6 COURS

en leur rang. Nous aimerons alors la morale ; nous l'honorerons , nous la respecterons, nous verrons qu'elle est dans ce monde notre meilleur guide , et qu'unie à la religion , elle est le commencement de nos plus belles espérances.

DE MORALE BEUGIEUSE. 207

*^>^ ^'^'^t^t^^^^t*'*>9>»09^tm^> m i m ^mMMmmmmtmmtm0»0mt^mmM0»M*mtmm0tm0^%mMt^^*t^m»09i^^m^^^

DISCOURS III

De la Chanté.

Cdoi ffûi. a pitié dn panTre prête k l'Étemely cl Q loi icndim moa Inenfût. Eude, Chap, 19 , 1^. 17.

C^d'elles sont dignes d'attention et dignes de respect, les paroles de notre texte! Étoit-il possible dHnviter les hommes à la charité d'une manière plus simple, et en même temps si pressante ? Celui qui a pitié du pauvre prête à V Étemel ^ et il lui rendra son bien^ fait. Esaie, qui annonça distinctement la Tenae du Sauveur du monde , semble avoir 'voulu prophétiser aussi la beauté de la morale chrétienne, et marquer à Tavance son principal caractère.

Riches du monde ! Celui qui a pitié dupau^ vre prête à VÉtemeL Dédaignerez*vous cet emploi? Quelle spéculation, quelle usure pourroit vous offrir un plus grand profit, ou un meilleur intérêt? Le Maître du monde a des trésors inépuisables ; et, en multipliant

ao8 COURS

votre avance , il ne s'appauvrira pas. Faites affaire avec lui; c'est à votre avarice , c'est à votre cupidité que je m'adresse. Qu'obtiendrez-vous pour cet argent, dont vous suivez avec un regard inquiet l'accumulation journalière? Vous aurez quelques jouissances de mollesse ou de caprice, et bientôt vous y serez accoutumés. Vous rassemblerez dans votre maison de nouveaux objets de luxe; et en étalant votre faste, en disant aux autres tacitement, voyez ce que jai^ vous ne Vavti pas y vous vous environnerez d^envieux, de jaloux, de censeurs; vous aurez beaucoup d'ennemis, et pourtant peu d*admirateur$.

Certainement V homme se promène parmi ce qui n'est que de l'apparence ; certainement iis tempêtent pour néant. On amasse des biens f et Von ne sait qui les recueillera. Voilà le langage du Psalmiste , et nulle vérité n'a été plus attestée par l'expérience. Prêtez donc , prêtez à TÉlernel ce superflu qui vous est d'un si petit service, qui accroît si foiblement votre bonbeur; prétez-le sur un gage d'une valeur inappré* ciable.

Hélas ! y pensons-nous assez ! L'Être suprême reconnoitra ce que nous faisons pour le pauvre. O quel signe d'amour envers les

]>£ HOBALE BELIGIEUSE. a09

liommes ! Ils doivent tous s^en réjouir, ils doi- Arent tous en bénir le Seigneur. Vous , indigens, TOUS savez que le Maître des cieux veut s engager pour vous; vous, riches, vous savez <]u'il veut être votre rémunérateur, qu'il veut entrer en compte avec vous. Je vous donne un premier commandement : Vous aimerez Dieu de tout votre cœur^ de toute votre âme et de toute votre pensée ; et voici le second quiluiest semblable : Vous aimerez votre prochain comme 'vous-même. Le second, qui lui est semblable: ineffables pensées! Eh quoi, c'est toujours par des vertus sociales, c'est toujours par la Bienfaisance que nous pouvons plaire à notre Créateur ! O charité sublime ! vous n'êtes pas seulement l'esprit médiateur entre les hommes, entre leurs différentes situations, entre les besoins des uns et l'abondance des autres; vous êtes encore le sceau d'alliance entre le ciel et la terre, et la chaîne qui nous unit au souverain Auteur de la nature.

C'est ainsi que s'agrandit à nos yeux le sujet dont nous voulons vous occuper aujourd'hui;, il appartient à la morale politique, et à la morale privée; méditons-le de concert, et demandons ensemble que la lumière divine xjir. i4

aïo COURS

nous guide et nous éclaire dans cette re1i« gieuse entreprise.

Le sort des indigens est confié , dans Tétat social , à deux patronages différens. I^ pauvre réclame l'assistance des particuliers, an nom de la religion; et quand il s'adresse aux dépositaires de l'autorité suprême, aux représentans de la communauté nationale, c'est la justice, la simple justice qu'il auroit le droit d'in- Toquer; mais alors nous circonscririons le mot de pauvre dans le cercle des infortunés privés du nécessaire absolu , et hors d'état de l'obtenir par leur travail.

Ne le perdons pas de vue : ce fut pour l'ulilité sociale que le privilège des propriétés fut institué ; et c'est encore dans le même esprit que les lois ont garanti la sûreté des héritages.

On prévit bien que leur division , leur subdivision et la succession des partages , introduiroient au milieu des hommes des différences de fortune; mais on ne pouvoit l'éviter; et ces inégalités ne représentant pas dans la même proportion des différences de bonheur, on dut politiquement s'y soumettre; on dut réfléchir que c'étoit là le résultat d'une dispo»

JDE HOfiALE RELIGIEUSE. ail

sition essentielle au repos de Tétat, essentielle il rencouragemeut du travail et aux progrès de rindustrie.

IVous avons développé ces vérités dans notre discours précédent, et lorsque nous avons montré Timportance de la justice, son origine politique, et ses nombreuses dépendances; nous devons donc éviter aujourd'hui de rentrer dans la même discussion.

Il seroit insensé , nous Tavons vu , de sacrifier aux aveugles ressentiroens de la jalousie rinstitution des propriétés, cette pierre angulaire de l'édifice social ; et l'on ne peut l'ébranler, on ne peut y porter atteinte, sans déranger une de^ plus savantes et des plus admirables conceptions.

Cependant, appelés à parler de la charité, après vous avoir entretenus de la justice, nous ne pouvons dissimuler qu'on se seroit trouvé dans l'obligation d'apporter une limite à la libre disposition des biens, si, en l'admettant, en l'autorisant, il n'y avoit eu aucun moyen d'empêcher qu'une portion des citoyens, qu'un seul homme fût exposé i manquer du nécessaire. La justice alors , telle que nous l'entendons , telle qu'elle est déterminée par ses lois, n'eût plus été la justice.

a I a COURS

Et c*esl ici qu^on découvre, qu*on voit dans tout son jour rimportance et la nécessité de la charité politique; et je donne ce nom à la bienfaisance que les gouverneroens doivent exercer. Une telle charité ne seroit qu*une justice ^étroite, si elle avoit été, comme je viens de l'indiquer, une condition tacite de Tinslitution des propriétés. Cest là une grande vérité , et qui élève à son rang la tutelle du pauvre. Oui, cette tutelle, cette surveillance inquiète et continuelle ne doit pas se présenter aux regards des chefs de Fétat sous Taspect d'une action généreuse , mais comme une obligation imposée à leur autorité reprë* sentative , comme une obligation sociale parallèle aux devoirs des dépositaires des lois civiles, parallèle aux devoirs des juges et des magistrats.

Nous dirons donc à la puissance qui , dans chaque pays , est appelée à régler, k distribuer les subsides,^ nous lui dirons qu'elle doit mettre au rang des dettes de la plus ancienne date les secours nécessaires à l'indigence. Ces secours, sagement combinés, se rapportent à deux grands établissemens publics généralement connus : Fun assure un moyen de subsistance, en échange d'un travail, dans les

DE MOBALE RELIGIEUSK. 31 3

momens où le mouvement natarel des échan* ges ne foumiroit pas une occupation aux hommes de peine, aux hommes dont toute la fortune, toutes les ressources consistent en salaires ; l'autre assure des secours gratuits au:x bommes réduits par leur âge, on par leurs infirmités, à l'impossibilité de gagner une rétribution journalière en se dévouant, selon leur usage , selon Tassujettissement de toute leur vie , au service des propriétaires.

£t qu'on ne leur dise pas : Pourquoi n'avez- Tous pas fait des épargnes au temps de vos forces ? L'auroient-ils pu sans une rigoureuse économie? Et le défaut de prévoyance est-il un motif de réprobation ? Hélas ! ce défaut n'appartient que trop à notre nature. Ce ne sont pas des hommes graduellement perfectionnés par les secours de l'enseignement, qui ont recours aux aumônes de l'autorité publi* que , ce ne sont pas eux qui viennent solliciter une place dans les hôpitaux ; mais des hommes dénués, la plupart, des bienfaits de l'éducation : et la société ne peut , dans aucune circonstance , regarder en arrière pour contester l'étroit nécessaire à l'un des membres dont elle est composée, au plus obscur de ses citoyens. JHe perdez jamais de vue ces vérités élémen-«

taires, vous qui fixez les contributions des peuples et qui en déterminez Femploi. Ce qu*on vous demande ici n'est pas une charité , mais une justice.

Vous voulez qu'on multiplie les gendarmes, les maréchaussées, les surveillans de police; vous voulez qu'on accélère l'exercice de la justice; vous voulez qu'on rende les peines contre les malfaiteurs plus sévères. Négligeriez-vous , dans le même temps, de calmer le désespoir des indigens, cette source inévitable de tous les crimes?

Vous faites le compte des subsides nécessaires pour une nouvelle campagne de guerre, et vous montrez que le succès procureroit au souverain cent mille sujets de plus; mais si un plus grand nombre d'hommes, sous la domination du prince, ont besoin d'être aidés par le trésor public , n'est-ce pas là le meilleur emploi que vous puissiez faire des revenus de Tétat ; le meilleur en morale, le meilleur en politique?

Aux temps les plus renommés de la Grèce et de Rome, plus de la moitié de la population étoit composée d'esclaves ; et les patrons auxquels ils étoient soumis, dévoient sans interruption pourvoir à leur subsistance. Cette

DE MORALE BBLIGIEUSE. ftl5

servitude n'existe plus dans notre Europe , où les travaux mécaniques sont exercés aujourd'hui par des mains libres. Glorifions le triomphe des premiers droits de l'homme; vnais remarquons en même temps que, depuis oette grande révolution , la charité est devenue plus nécessaire et d'une application infiniment étendue.

En efFet , la subsistance de la plus grande partie d'une nation dépend actuellement d'une exacte rencontre entre les besoins des propriétaires et les besoins des hommes salariés; mais dans la multitude innombrable de rapports et d'échanges que ces besoins mutuels occasionnent, comment n'y auroit-il pas des lacunes, c'est-à-dire des momens où le propriétaire n'appelleroit pas à lui les services des hommes qui ont leur force pour tout bien, et leur travail pour toute ressource ?

Que les chefs des états examinent avec attention ce grand résultat de la liberté , et ils reconnoitront que les dispositions, les soins vigilans de la charité publique sont devenus une des branches les plus essentielles de l'ad* ministration.

Et c'est ici que nous sommes appelés à fixer toute votre attention sur une des plus belles

â 1 6 COURS

vues morales et philosophiques de la religion chrétienne, de cette religion qui, en coiicoihrant de toute sa puissance à Fabolition de Tesclavage, a recommandé dans le même temps lâchante; Ta recotnmandée sans cesse, etena fait la base de ses lois et son premier précepte. Quelle sagesse, et aussi quel génie, quelle marche superbe! Y atteignez-vous seulement de vos regards , vous qui voulez tout changer; vous qui imposez des lois de votre invention aux peuples de la. terre; vous qui donnez eo* core, et avec tant d^orgueil, des rudimens nouveaux à Topinion des hommes?

Vous avez encore une grande vérité à con* noUre et à respecter au nom de la charité, au nom de la bienfaisance publique, vous qui exercez dans un état Tautorité souveraine ou la toute-puissance. Vous croiriez, en bouleversant les fortunes au gré de vos spéculations, que si vous u'ôttez rien aux dernières classes du peuple, coupables peut-être d'injustice, vous ne le seriez pas de dureté. Mais vous êtes hommes, et vous savez de reste que notre nature à tous est modifiée, et par l'éducation , et par nos différentes habitudes. Ainsi, lorsque vous frappez de la foudre les particuliers riches , ou les citoyens dans laisance; lorsque

DE MORALE fiSLIGIEUSE. 317

VOUS les précipitez du faite de la fortune dans un état d^angoisse et de privation; lorsque vous condamnez les hommes accoutumés aux délassemens -de lesprit, à travailler de leurs mains pour atteindre au nécessaire absolu; et lorsque ni l'âge ni le sexe n'obtiennent de vous une exception; ne dites pas alors que vous connoissez la bonté, que vous connois^ sez la compassion , que vous connoissez même la douce et religieuse humanité. Venez au bas de cette montagne dont vous n'occupez que le sommet, au bas de cette montagne effrayante d'où l'on voit rouler les misérables jouets de votre autorité et les victimes innombrables de vos proscriptions. Placez-vous là ; et , à l'aspect de tant de malheureux , fracassés dans leur chute , vous apprendrez que le bouleversement des fortunes , si terrible pour les victimes, devient encore par ses suites un désastre universel.

Le pauvre au moins, comme on l'a dit, trouvera-t-il son avantage à la déroute des riches ? Gardez- vous de le croire. Le pauvre vit de salaires, et de salaires dont il a besoin chaque jour; ainsi, toute espèce d'interruption dans ses ressources est un mal réel pour lui, un mal que le raisonnement ne peut ré-

a 1 8 COURS

parer. Son étroite situation ne lut permet pas d'attendre leffet éloigné des principes abstraits, et on lui diroit en vain, dans sa détresse, que les propriétés survivent aux propriétaires, et que tout revient au même dans un temps donné. Cette consolation, que Tesprit métaphysique a su trouver, ne peut être reçue par des hommes inquiets , avec raison » du lendemain.

Enfin , les mœurs publiques sont une des meilleures garanties de la charité; et ces mœurs s^altèrent sensiblement au milieu des bouleversemens d*états , au milieu d*une subversion générale. Bientôt des propriétaires nouveaux succèdent aux anciens ; et, comme ils n^ont fait aucun apprentissage de la for* tune , ils la dirigent, ils s'en servent à contresens. Us ont acquis tout à coup une supériorité qui les étonne , et ils en demandent Tusage aux vils adulateurs dont ils s'environnent. Ih brisent aveuglément le frein de TopinioD et la barrière des mœurs. Us croient, sur la réputation de l'argent, que toutes les jouissances, que tous les 'plaisirs lui appartiennent; et ils font avec scandale les plus ridicules essais, les plus honteuses expériences, atant de revenir de leur erreur, avant d'élre abso-

DE MORALE RELIGIEUSE. llig

lument détrompés. Enfin , enivrés par leur prospérité et se faisant des goûts, se créant des passions, pour se mettre en accord avec leurs moyens de dépense, souvent ils ont dissipé leurs trésors avant d'avoir appris qu'il existoit des malheureux. Vous donc qui disposez du pouvoir suprême, craignez les bouleversemeiis de tout genre, si vous attachez quelque prix au règne de la morale ; car il faut du temps aux vertus pour germer, pour sVIever, pour se fortifier ; et comme elles ont rhabitudede certains rapports et de certaines proportions avec les institutions sociales , on ne dérange pas impunément, autour d'elles, les idées et les opinions qui leur servoient de soutien.

Nous terminons ici les avertissemens que ce discours sur la charité nous a mis dans la nécessité d'adresser aux hommes publics. Ah!

sans doute, lorsque nous prêchons la plus douce et la plus touchante des vertus , c'est vers les hommes privés que nous devons être impatiens de diriger nos regards; car eux ne peuvent être distraits de la pitié, ni par aucune abstration, ni par aucun système spéculatif; et ils sont trop foiblesd^ns leur iÀolement pour oublier, pour ignorer le prix des

généreux offices, des soins consolateurs, et de tous les sentimens d'affection , de tous les sentimens secourables. Eux seuls aussi sont appelés à prêtera V Étemel^ car ils ne pea— vent faire du bien sans quelque sacrifice personnel; au lieu que lesgouverneroens, dans leurs dispositions bienfaisantes , sont de simples distributeurs de la fortune de Tétat.

Les occasions offertes à la charité particulière se renouvellent continuellement, car les malheureux sont partout ; et la vigilance souveraine n'agissant que du centre, et presque toujours par des réglemens généraux , il lui seroit impossible, même avec des soins en* tendus, d'embrasser dans sa tutelle tous les pauvres et tous les infortunés. Il faut donc que les particuliers suppléent à l'action de l'autorité souveraine ; et ils doivent remplir cette œuvre religieuse selon l'étendue de leurs facultés. Ils ne rejetteront point la prière de l'affligé , et ils seront à la recherche du malheureux qui cache ses pleurs et qui rougit de ses besoins. Ils s'associeront aussi aux secours que distribuent les administrations des hôpitaux, les administrations des communes, s'ils ont confiance à la direction et au méoagemeut économique de ces autorités ; et sans

BE MORALE RELIGTEDSE. 2^1

doute qu'eux-mêmes s'appliqueront à faire le bien avec discernement et avec prudence; car ce n'est pas la paresse qu*il faut encourager, mais la pauvreté qu'on doit secourir.

Ne dites pas cependant comme plusieurs d'entre vous : Je fais travailler, je paye des sa^ laires; j'assure ainsi la subsistance de beaucoup de gens, tous laborieux, la meilleure espèce de citoyens; et cet usage de ma fortune me dispense de rien donner en aumônes publiques et particulières. Quel abus du raisonnement! Et votre erreur est-elle artifi^ cieuse ou véritable ?

Sans doute; c'est une action bonne, dans Tordre social , que l'échange habituel du re«venu des uns contre le travail des autres , mais aucun mérite n'y est attaché , car la richesse ne serviroit de rien aux propriétaires s'ils ne pouvoient pas la convertir dans les diverses productions de l'industrie. Ce n'est donc pas à ce prix quonpréte àVÉtemeL

L'homme qui peut aspirer à une transac-* tion si magnifique ne reçoit rien en échange de son argent II donne aux indigens hors d'état de s'acquitter par aucun service , à cause de leur âge ou de leurs infirmités ; et il répand gratuitement des secours sur une famille où

sa a COURS

le nombre des enfans épuise les ressources du père.

L'homme encore, qui peut aspirer à une pareille transaction, examine, apprécie les besoins particuliers à de certaines positions , et il se montre libéral avec délicatesse envers les personnes déchues tout à coup de leur ancien état. Il ne dit point , avec ces oppresseurs endurcis, aux personnes élevées dans Taisance, et dont les goûts, les sensations, les organes se sont adaptés quarante ou cinquante ans à une même situation ; il ne leur dit point, au moment de leur ruine : Contentez-vous maintenant desalimens, des vétemens les plus grossiers. Il ne se dégage pas de toute compassion , en comptant le nombre des individus réduits à un pareil lot dès leur naissance. 11 ne détourne pas sa pensée des effets de Thabitude; et loin de diriger sa pitié par des règles générales , il étudie de plus près le bonheur et le malheur; il cherche a adoucir Tamertume d'une dégradation précipitée, et il rend de celte manière un culte k l'Éternel. Ahl fut-il jamais une époque où cette espèce de bienfaisance ait été plus nécessaire? On ne voit partout que des hommes jetés hors de leurs anciennes places, et trans-

portés tout à coup des songes heureux de la fortune au milieu des réelles et pénibles angoisses dune indigence à laquelle ils n'ont point été préparés. Ils ne tiennent à leurs jours passés que par des regrets , et leur courage ne peut suffire à la grandeur de leurs sacrifices. Ah ! secourez-les, vous qui le pouvez; et environnons tous leur disgrâce d'un intérêt qui leur plaise et qui les console.

Ces dernières paroles ramènent mon atten* tion , d'une manière générale , vers une sorte de malheur commun à tous les hommes, et auquel cependant nous dédaignons, nous négligeons sans cesse de porter assistance. Oui, il est des services plus essentiels, plus efficaces que les dons et les largesses, et qui sont de même une offrande agréable au Dieu de bonté. £t pour mieux connoitre cette vérité, rappelons -nous d'abord l'essence de notre naure. L'homme soumis aux lois de son organisation physique, est encore avec plus de continuité dans la dépendance de ses sensations morales. Nous sommes habituellement heureux ou malheureux, et par nos souvenirs et par notre prévoyance ; heureux ou malheureux , et par l'action de notre esprit , et par les égaremens de notre imagina-

a!l4 COURS

tion. Remarquons ensuite que cette partie morale de nous-mêmes a dû prendre un accrois* sèment de consistance à mesure que Tesprit de société s^est animé, s*est aiguisé davantage. Nos prétentions alors se sont multipliées ; et par elles nous avons été exposés aux humiliations, aux disgrâces , aux contrariétés de tout genre. Des paroles, des formes , des manières, en nous présentant Topinion des autres, sont devenues pour Tétre social une source constante de peines ou de plaisirs. Tout ce qu*tl y a de plus subtil a pris de la substance, et s*e$t changé en force, pour nous encourager ou pour nous abattre; et souvent notre esprit essaie en vain d^analyser ces impressions fines et nuancées qui composent le tableau de la vie. O mystères de notre nature morale! qui pourra vous pénétrer et vous définir?

Sommes«-nous au centre de tant de mer* veilles, oji faisons-nous route autour d'elles? Nos recherches se perdent, nos facultés s'épuisent dans cette méditation. Heureusement, et c'est un phénomène de plus, heureusemei^t qu'un rayon de lumière éclaire les vérités et les principes dont nous avons un usage habituel. Ainsi , quand nous éprouvons une satisfaction si douce et si pénétrante, en entendant

DE MORALE BELIGIEUSE. 325

des paroles qui nous flattent ou qui nous consolent , ne sommes^nous pas avertis des moyens de bienfaisance dont nons avons été rendus dépositaires? Et puisque les autres nous font tant de bien en relevant notre courage, en nous rafTermissant contre nousmêmes, en nous montrant un meilleur avenir, refuserions-nous de les assister à notre tour dans leurs soucis , dans leurs angoisses , et jusque dans les combats de leurs sentimens , ou dans les tourmens trop réels d'une imagination alarmée ?

Cependant, nous le voyons sans cesse, les mêmes hommes qui ont retrouvé la paix de rame auprès d'une personne généreuse et sensible qui a su les entendre , qui a su parler le langage de leur douleur; ces mêmes hommes , loin de songer à rendre aucun service pareil, en évitent l'occasion, ou savent habilement s'y soustraire. Ils ont joui de la douceur avec laquelle on a traité leur foiblesse, et ils intimident ou repoussent avec dureté les mouvemens expansifs qui s'adressent à eux, et qui semblent chercher une assistance. Ils se souviennent peut-être encore des consolations dont ils ont eu besoin ; mais en les recevant, ils les ont considérées comme xui. 1 5

un simple jour répandu sur leur situation ; cr, privés de tout Fesprit que donne le sentiment, Tart bienfaisant qui a rendu les consolalioos salutaires n'a point fixé leur attention, et nulle trace de reconnoissance ne sert à guider leur conduite , et à marquer leurs obligations. Cependant, nous le savons tous, quelques momens donnés à un malheureux, deveDu la victime de ses agitations, auroient suffi peutêtre pour le rendre au repos; et si vous disiez que vous ne pouvez pas disperser ainsi votre temps; si vous disiez que vous irous bornez à exercer au sein de votre famille tous les genres de bienfaisance , il nousseroit alors permis de vous suivre de nos r^ards dans le cercle où vous voulez vous renfermer. Que verrions- nous alors, et le plus souvent? un ton de commandement envers vos infié* rieurs , une dure raison envers vos égaux , ^ rarement cette bonté qui s'associe aux foiblesses de la nature humaine. Vous ne consentez à aucun sacrifice de vos droits, etirous ne voulez soumettre votre caractère à aucune géue ; ainsi votre autorité , votre humeur, voilà vos seuls guides. On vous étudie , on vous ménage, on a peur de vous blesser ; et janKsis il n'entre dans votre esprit que vous ajiez à

remplir les mêmes devoirs. Vous êtes , il est ^rai, vous êtes quelquefois généreux de votre fortune ; mais la religion nous Tapprend : les dons, les libéralités, les aumônes, ne sont pas Tunique expression de la charité ; et c*est de plusieurs manières que Von prête au Dieu de bouté. N'en rejetez aucune; et, dès ce inonde , vous goûterez les prémices des récompenses célestes que la religion vous promet.

Essayez de cet emploi de la vie, et vous y re* cueillerez des satisfactions qui purifieront votre âme , et qui la rendront accessible aux plus douces émotions et aux plus sublimes espérances. Ah! qu'elle charmera votre cœur , qu'elle vous paroitra belle, cette journée où, en la terminant, vous pourrez vous dire k vous-mêmes : J'ai guéri telle peine , j'ai adouci telle infortune, et j'ai tari les larmes d'un malheuKUx en lui adressant des consolations auxquelles il aspiroit inutilement. £t surtout, qu'il est imposant , qu'il est magnifique, ce moment , le dernier de tous , où l'homme de bien , jetant sts regards en arrière , et parcourant sa vie , peut emprunter le langage de Job^ et dire avec vérité: Je jiélivrois t affligé quierroit , V orphelin qui n avoit personne pour le secourir. La bénédicUon de celui qui àUoil

sa8 COURS

périr venait sur moi , et je faisois que le cœur de la veuve sautoit de joie.

O délices de la bienfaisance et de la charité, de quel prix n'êtes- vous pas à nos yeux! Vous nous attestez Texistence d*un Dieu qui aime et qui veut le bonheur. O Dieu! nous aimerons, puisque vous aimez; nous ferons des heureux, puisque c'est là votre plaisir; et, en présence du gardien généreux de la race humaine, nous défendrons le foible et nous le protégerons. N'est-ce pas là rengagement que vous voulez prendre ? Voici , le registre de ceux qui peuvent prêter à TÉternel est ou* vert, refuserez-vous de vous y faire inscrire? Ne demanderez-vous pas d'être admis à celte convention solennelle ? Notre Dieu parle de nous rendre ce que nous aurons fait pour les pauvres et pour les infortunés; et tous nos moyens de bienfaisance, nous les tenons de lui! Ah I profitons de son immense gratuité; faisons-le, tandis qu'il en est temps encore, tandis que Tange de la mort n'est pas là pour nous dire : // est trop lard , Vheure du jugement a sonné.

Et vous qui nous êtes confiés par le .souve<rain Arbitre des destinées; vous dont Pindigeiice et les besoins nous présentent l'occasiou

DE MORALE BELIGIEUSE. aSQ

ûe prêter à V Éternel j venez, approchez-vous de nous , afin que nous puissions recourir à votre médiation. Ah ! si vous êtes appelés à recevoir de nos mains le gage de notre alliance avec le ciel , vous êtes plus que nous , et beaucoup plus que nous. Vous devez attester le prêt que nous voulons faire à TEtre suprême; vous devez lui en porter la parole. C'est votre t-émoignage que nous invoquerons pour réclamer les bontés du Dieu de l'univers. Quel titre d'honneur et de gloire peut égaler le votre , au jugement des hommes et dans le cercle de leur premier intérêt! Allez, et marchez devant nous vers les demeures saintes : vos vêtemens déchirés, ces lambeaux qui vous couvrent, sont plus respectables à nos yeux que les robes de pourpre et les manteaux consulaires. Allez, et marchez devant nous, afin de nous rendre propice le souverain Maître du monde. Oubliez l'homme hautain qui vous a long-temps dédaigné ; il reconnoit aujourd'hui le rang que la religion vous assigne. Oubliez l'homme avare qui vous écartoit de sa maison , pour vivre seul avec son trésor, pour contempler son argent et calculer ses épargnes ; il pense à vous, il vous rappelle, il connoit aujourd'hui le meilleur emploi qu'il pou voit Caire d^

â3o COURS

son superflu. Oubliez rhomme du monde, qui se plaignoit de vos importunités : un revers, une maladie, lui ont appris , pour la pre* mière fois , ce que c'est que le malheur, et il va vous écouter; il est prêt à vous tendre une main secourable. Pardonnez tant d'oublis , tant d'injures que nous voulons réparer.

Et vous, chrétiens , garantissez rengagement que nous prenons en votre nom ; et de retour dans vos maisons , allez séparer de vos goûts frivoles, de vos somptuosités , de votre luxe , ce que vous voulez prêter à tÉtemel. Il est la source des richesses; il est le dispensateur unique des biens de ce monde et des récom* penses éternelles; il tient tout dans sa main. Pourrions-nous négliger d'obtenir un titre à ses bontés ? Ah! qu*il est doux d'avoir affaire à lui quand il aime. Que trouverez-vous ailleui^s à mettre en comparaison avec les favears dont notre Dieu dispowse? Rien qui ne soit vain comme le bruit, et passager comme l'onde. Saisissez donc , avec respect et avec reconnoissance , l'occasion qui vous est offerte pour donner à votre fortune une valeur impérissable ; pour la placer dans ces hauts lieux où les voleurs n'atteignent point; pour la transporter dans ces domaines célestes où tout

DE MORALE RELIGfEUSE. 33 1

se mnlliplîe par des Doinbres incalculables ; où tout est sans bornes , où tout est infini comme le maître des mondes et de la nature.

Ah ! s*il n'y avcMt qu'un jour pour prêter à rjÈiemelj s'il n'y avoit qu'un seul lieu pour consommer cette négociation, pour signer, pour sceller cet auguste traité, nous sortirions en foule de nos maisons pour arrivera temps.

Le riche se feroit suivre de ses trésors , et ses valets , ses chariots rempliroient les chemins , obfttmeroient les routes ; il voudroit à tout prix que ses sacrifices fussent les premiers aperçus. Eh bien ! c'est à toute heure et à tout moment que nous pouvons consacrer notre offrande , et nous le pouvons tous , n'importe le Aegré de notre fortune; car la pite de la veuve est reçue dans ce prêt auquel la religion nous appelle ; la pUe de la veuve y est comptée, et les anges semblent sourire à ce don que la bénédiction du ciel va faire fructifier. Elle est grande, elle est magnifique, l'idée religieuse qui admet tous les hommes aux jouissances de l'esprit de charité ; qui les admet également, maisd'une manière différente, k ce commerce de bien£iisance et de gratitude si propre à nous rappeler les relations de l'homme avec l'Être suprême! Toutes nos

a3a coims

Ter t lis sont un reflet de perfections dÎTines ; mais celles qui ont un caractère d*inspiration « celles dont notre cœur est le premier foyer , semblent une étincelle de la nature céleste.

Aimons donc , et soyons charitables ; aimons , et adoucissons par nos soins la destinée d élres sensibles; nous seconderons ainsi 1 vues du Dieu de bonté , et nous traTaillerons à son œuvre.

C'est peu de chose que nous sans les autres; sans les vastes rapports que la vertu nous présente. Quand je parlerais le langage des hommes et des anges , si Je n* ai point de chdM^ rite , je ne suis que comme F airain qui résonna , ou comme la cjrmbale qui retentit.

Oh ! vous qui le pouvez , réparez les mal*

heurs produits par Tinjustice et par la dureté

de cœur. Jetez quelques bons grains, et semez

quelques fleurs sur cette terre désolée» sur

cette terre que d^autres remplissent de ronces

et d'épines; et laissez au Maître des temps »

laissez à FÉternel , le soin de rendre à chacun

selon son mérite. Ah! ce n*est pas lui, ce

n'est pas notre Dieu qui est changé ; ce n*est

pas sa bonté qui est finie. Voyez le printemps

qui revient encore ; voyez Tastre du jour qui

reparoit à son heure marquée ; voyez partout

DE MORAIE BELIGIEUSE. a33

les signes de la protection céleste. Ne cessez. donc pas d'aimer et de faire du bien ; et vous rappelant ces paroles : Celui qui a pitié du pauvre prête à V Étemel i vous rappelant ces paroles , enseignez*Ies de bonne heure à vos enfans , afin que leurs premiers pas dans le

inonde soient de la charité ; les seconds , de

la charité; et les derniers encore delà charité;

et afin qu'ils soient avec vous à la grande jour*

née des récompenses.

a34 COURS

DISCOURS IV

De VlndulgBRce.

Qae le plni j«ste de tous lai jette k premîère pÎAR«« Jetm, Ckap, 8, t. 7.

(^UB le plus juste de vous bti jette impremièn pierre. Y oïlk ce que Jésus- Christ disoit aux Jui£s irrités contre la pécheresse, et prêts k lui faire subir un traitement rigoureux : Que le plus Juste de vous lui jette la première pierre. Ah! que ces paroles, consacrées par la reli* gion , ont un caractère émiuent de douceur et de bonté , et qu'elles deviennent pénélrantei par leur rapport intime avec notre nature!

Nous marchons dans la vie, environnés de pièges , et d'un pas chancelant ; nos sens se laissent séduire par des amorces «trompeuses; notre imagination nous égare par de fausse»

lueurs; et notre raison, dle-méme, reçoit chaque jour de Texpérieuce le degré de lu* mière qui lui manquoit et la confiance dont elle a besoin. Tant de dangers unis à une si grande foiblesse; tant d'intérêts divers , avec

DE XORALS BCLIGIEUSE. 335

une préroyaoce limitée, une capacité si re»

treinte; enfin tant de choses inconnues, et une si courte vie : toutes ces circonstances , toates ces conditions de notre nature , ne sontelles pas pour nous un avertissement du haut rang que nous devons accorder à Tindulgence, dans Tordre des vertus sociales ? £lle est aussi nécessaire que la charité; elle se lie à des principes semblables; et, comme la charité encore, elle se classe également et parmi les devoirs de lliomme privé et parmi les devoirs de Tautorité souveraine; mais sons cette der* nière relation , elle prend un nom différent, et Ton emploie alors pour la désigner les mots augustes de clémence, de grâce, et de misé^ ricorde. L*indulgenoe en effet, dont les nuances sont délicates , dont les limites ne sont pas fixées, ne peut être exercée arbitrairement que par les particuliers; mais il importe a la société entière que Tindulgence des princes et des magistrats soit soumise à une marche réglée, ou à des principes réfléchis; et c*est après le triomphe de la justice qu elle peut apparoitre et consoler les hommes.

Ne parlons d*abord qne de Tindalgence des particuliers, de cette indulgence si iumineu* sèment indiquée dans notre texte : Que le plus

a 36 COURS

juste de vous lui jette la première pierre. Ce» paroles, remarquables par leur simplicité et par leur précision , nous disent à tous : Vous qui jugez les autres avec sévérité, vous qui les condamnez rigoureusement , vous qui les dénoncez à l'opinion publique , vous qui seriez prêts à vous constituer leurs accusateurs, voyez si vous avez acquis le droit que vous vous adjugez ; voyez si vos vertus "vous le donnent ; voyez si la perfection de votre morale et de votre conduite n'offre aux censeurs ou à la critique aucune prise sur vous. Hélas ! où est-il , Thomme qui soit exempt de foiblesses? où est-il , Thomme qui n'ait aucun reproche à se faire? où est-il , Thomme qui puisse regarder en arrière de sa vie sans éprouver un seul remords, ou sans connoitre aucun regret? Celui-là seul est étranger aux agitations d'une âme timorée , qui ne s'est jamais examiné lui-même, qui n'a jamais séjourné dans la solitude de sa conscience. L'un n*a pa dominer son caractère ; l'autre préfère obéir à ses passions, plutôt que les réprimer ou les combattre; quelques-uns ont accommodé leurs principes à leur avarice et à leur ambition; et leur vérité, leur franchise, ont été plus ou moins complètes , selon la mesure de rintérét

DE HOBALE RELIGIEUSE. a37

personnel qu'ils avoient à sacrifier; enfin , le plus grand nombre, au milieu des vanités et des honneurs du monde , ont oul^ié l'auteur de tous les biens. Et voilà les hommes qui demanderoient la mort de la pécheresse. Ah ! que le plus juste de vous lui jette la première pierre ! £t ne croyez point qu'un haut rang dans Topinion , et même une grande réputation de vertu y donnent le droit de se montrer sévères envers les autres. Vous avez beaucoup reçu , mais il vous sera beaucoup redemandé. D'ailleurs, certains que vous êtes de l'hommage des hommes, vous présenteriez-vous avec une égale confiance aux regards pénétrans de notre divin juge ? Nous vous voyons distingués entre tous par une conduite généreuse, et par des sacrifices éclatans; mais Tamour de la louange n'a-t-il pas été votre principal motif? Et quand vous auriez su faire le meilleur choix parmi les ambitions mondaines, vous ne seriez peut-être qu'un politique habile aux yeux du souverain appréciateur de toutes les actions et de toutes les pensées. C'est donc à vous, mais en secret et sous le voile imposant qui cache vos foiblesses , c'est à vous que je demanderois, si vous vous croyez étrangers à la condition des hommes; ou si, vous exa-

xniaant attentivement, vous n'appelés comme nous, TindulgeuGe et la compassion sur la terr^

O vertu r vertu parfaite ! si vous avies «m interprète parmi les mortels , et un interprète digne de vous , c'est à lui que nous devrions nous adresser pour bien connoitre le prix et le mérite de l'indulgence ; il nous apprendroit par quel motif secret cette noble et généreuse qualité nous paroit toujours un des traits distinctifs de la beauté idéale , et l'un des pre* miers caractères de la véritable grandeur.

Ce n'est pas seulement d'une manière marquante que nous sommes appelés à exercer la vertu de l'indulgence ; celle vertu devient encore nécessaire dans les détails les plus communs de la vie sociale. Étudiez un peu la nature humaine, et vous n'exigerez jamais des autres qu'une certaine mesure d'efforts et de sacrifices. L'homme , lorsque nous le jugeons abstraitement, paroit susceptible d'une per* fection graduelle, d'une perfection dont les limites ne nous sont pas connues. Mais il en est autrement de l'individu pris au halirdy de l'homme soumis aux chances de la nature , et restreint encore dans ses progrès par le genre de son éducation.

BB XOAAUI mXUGKEUSE. oig

Ce sont là des Térités dont nous serions tous également frappés , si noire organisation morale étoit aussi visible que notre organisation physique; et vous £iites simplement preuve d'ignorance, vous qui persistez opi« niâtréraent à vouloir des autres, en tribut, le degré de conception , le degré d activité , le d^ré de suite et de vigilance que leur fortune spirituelle est hors d'état de donner.

Et ici rondécouvi]|e un des caractères admirables de la loi divine. Les commandemens dont elle est composée, ces commandemens, tels qu'ils nous ont été interprétés par la doctrine chrétienne, sont tous relatif et propor* tionnés à la mesure de nos forces ; mesure ^ni sera connue de notre juge. La pite de la t^euye, ce mot de l'Évangile , ce beau mot que nous avons relevé en parlant de l'aumône , ce mot est d'une application universelle.

Ainsi , lorsque nous marchons dans la route de la vertu , lorsque nous voudrions attein-^ dre à la pedTection , Élisons des eflbrts, mais sans désespoir, car l'Étemel connoit notre puissance; et c'est devant un tribunal où rien n'est caché , que nous aurons à comparoitre.

Seroit-ce à nous à être plus rigoureux que

a4o COURS

Dieu même? L'indulgence est, de notre part, un acte de justice autant que de sagesse.

Ajoutons maintenant que nous nuisons à notre propre bonheur en nous armant d une aveugle sévérité, et en refusant de condescendre à la diversité des esprits et des aractères.

Les hpmmes d'un état supérieur se foat simplement haïr, quand ils ne s'imposent aucun ménagement envers leurs semblables.

Mais qu'arrive-t-il entre des égaux ? qu'arnT^ t-il dans l'intérieur de la vie domestique?

qu'arrive-t-il , si l'on s'abandonne sans contrariété aux exigences même les plus raisonnables en apparence; aux exigences qu'on peut toutes motiver une à une? On se heurte contre une nature d'esprit dont la modification est souvent impossible; on se heurte contre un caractère fixé , dominé peut-être par une force secrète ; et , en s'occupant sans cesse de la même correction , on voit sans cesse le même défaut. Il n'y a plus alors qu'un échange d'humeur et de bouderies entre deux êtres, dont l'un revient à toute heure à ses avertissemens , et l'autre, à tout momenti à sa nature.

Vous le désirez peut-être; agrandissons

notre spectacle, et voyez avec nous commeni; rindulgence mutuelle est une idée mère dans le système de notre organisation.

Les hommes n'a'uroient pu vivre en société, si le Créateur avoit établi des inégalités trop grapdes entre leurs facultés; car toutes leurs perspectives eussent été dissemblables; et placés dans le même cercle, jamais néanmoins ils ne se seroient entendus.

Que si les hommes,' au contraire, avoient été modelés sur un plan trop uniforme, il y auroit eu dans leurs intérêts et dans leurs rapports ^une monotonie incompatible avec une vie de. mouvement et de liberté.

Admirons maintenant la mesure parfaite adoptée par la sagesse suprême.

Il y a des distinctions entre les facultés des hommes; et les unes sont l'œuvre de la nature, les autres le résultat de la diversité des éducations; mais ces distinctions n'apportent aucun obstacle à nos communications mu-tuelles, à toutes celles du moins qui sont véritablement nécessaires ; et le complément de ce beau système est confié à la vertu de l'indulgence ; il est confié à cette vertu , de la même manière que la charité est appelée à prévenir XIII. 16

les inconvéïiiens inséparables de rinégalilédfs fortunes.

Ainsi , Tindnlgence et la charité sont des idées mères dans le système de notre monde; et peut-être qu'un petit nombre de vertus principales doivent former son harmonie intraie , comme un petit nombre de forces suprêmes constituent son harmonie physique.

Nous refuserions-nous à le dire et à le répéter? il n'est aucun précepte fondamental de la religion où Ton ne découvre une sagesse adorable; et ce que nous appelons avec orgueil de la philosophie , se perd dans la profondeur des voies de la Providence.

Nous continuons notre méditation sur les

paroles qui forment le sujet de ce discours :

Que le plus juste de vous lui jette la premitnr

pierre; et nous trouvons que Tincertilude de

nos jugemens et les bornes de notre science

nous invitent encore à Tinduigence , nou^

en imposent le devoir. Toutes les actions sont

près de nous, elles nous atteignent, elle^

nous touchent à chaque instant; mais c*est

leurs motifs qu'il faudroit rechercher, pour

ji/^er rhomme avec clarté, pour juger Thoroinc

au milieu de ses témoins, pour le juger à se*

€l<ymicile; quon me passe cette expression ^ oar c'est an fond de sa conscience qae rhorome ^it, qne rbororoe règne, que lliorome exîMe véritablement; et c'est là aussi que l'Étemel le

Une intention qne nous ignorons, un sentiment qui échappe à notre pénétration^ ex»

cruseroient peut-être avec justice une action oondamnable en apparence; et quelquefois la même lumière feroit évanouir le mérite d'une démarche ou d'une conduite universellement applaudie. Ah! si nous ne pouvons connoitre ni les doutes, ni les combats qui agitent le cœur de l'homme; si nous ne pouvons être instruits avec certitude ni des raisonnemens qui le trompent, ni des illusions qui l'entraînent, ne devons*nous pas être réservés dans nos jugemens, et circonspects dans notre censure? Condamnerez^vous sans pitié la pécheresse ? C'est d'elle que le Seigneur a dit : Il lui a été beaucoup pardonné ^ parce quelle a beaucoup aimé. Louerez- vous l'éclatante piété des Pharisiens? C'est d'eux que l'Évangile nous parle dans ce% paroles : Et moi j je vous dis quds ont déjà reçu leur récomr pense.

O Dieu présent partout! c'est vous seul qui

pouvez être le juge des hommes, et leur juge infaillible ; puisque » seul , vous lisez dans les cœurs, et sondez la pensée; puisque, seul, vous faites sortir de Tobscurilé les témoignages redoutables au crime , ou favorables à l'innocence. Oui, il existe cet Être à qui nous ne pouvons rien cacher, cet Être qui voit tout du centre de Timmensité. Quelle effrayante pensée, si la religion ne nous rassuroit pas! O puissances du ciel! dites-nous, répéteznous sans cesse que TÉternel est bon, quil Test par son essence , qu'il le fut de tout temps et le sera toujours. Et nous, remplis de ceUc espérance, oserons-nous être durs et impitoyables? et en voyant passer cette muTtitude d'acteurs qui, sous divers déguisemens, occupent un moment la scène du monde, oseronsnous , en leur trouvant des torts, jeter à aucun d'eux la première pierre? Nous vivons trop en nous pour examiner les autres attentivement; nous sommes trop distraits pour les bien juger.

Enfin, lors même que, par une pénétration surnaturelle , nous découvririons les motifs secrets des actions des hommes , et que nous condamnerions ces motifs; tous les droits, tous les titres d'un coupable à l'indulgence ne

seroient pas perdus. L<i religion du moins nous en indique d'autres également précieux à la foiblesse humaine ; et c'est ici qu'un second sujet de réflexion va nous découvrir encore une des grandes vues, une des intentions sublimes du souverain ordonnateur de notre système moral.

Dieu a voulu que l'homme fut gouverné par lui-même , et que , dans cet empire intellectuel dont il l'a investi, il y eut divers pouvoirs soumis à une seule direction.

C'est, pour remplir cette intention primitive, que l'Être suprême, en nous donnant la raison pour guide et la félicité pour terme, nous a placés au milieu d'une grande diversité d'intérêts , qui forment , en quelque manière, Tenceinte de notre autorité.

C'est là que l'homme, dans une sorte d'équilibre inséparable de Ia]liberté, se voit attiré vers le bien par son expérience et par sa réflexion, tandis qu'il en est écarté par des passions inconsidérées ; c'est là qu'il est alternativement sage ou imprudent , docile ou rebelle aux lois d'ordre et aux conseils de la religion.

Il entre cependant, il s'avance dans la route de la vie; et un heureux instinct, éclairé, for* tifié par l'éducation , lui inspire l'amour de la

vertu et le désir de plaire à TÉtre suprême ; mais il est appelé ailleurs par des illusions; il y cède, il les suit, il quitte les voies où il commençoit à marcher d'un pas affermi ; il chancelé, il faillit; et condamné par son propre jugement, que va-t-il devenir? ÉtoufTerat-il ses remords; ou , de désespoir, renoncerat-il pour toujours au culte de la morale? Non, non , la voix bienfaisante de la religion s'apprête à le ranimer; elle lui apprend qu*au système des devoirs de Thomme, au système de sa liberté, Dieu a joint le système de la repentance et de son mérite; et notre raison, guidée par une si haute instruction, ne tarde pas à découvrir que ce dernier système , le système de la repentance , est aussi nécessairt que les deux autres à la formation et au com* plément de Tordre universel. En effet, la li* herié , dans son application à notre foible nature, n'eût été qu'une invention terrible 51 l'homme, dès ses premières fautes, eût été soumis à une condamnation irrévocable; et l'admirable législation destinée à tracer le cercle de nos devoirs envers les autres , envers nous-mêmes, et envers TÊtre suprême, cette législation où tant d'intérêts sont mis enharmonie, n'eût été qu'une vaine composition»

DE MORALE RELIGIECSE. Vt^']

si, dès nos premiers pas , nous avions été jetés dans le désespoir par le sentiment de notre imperfection. C'est donc à la faveur Au repentir^ et de son mérite que nous cessons d'être épouvantés ^ et de notre liberté , et de notre foiblesse, et de la diversité de nos devoirs. Il nous reste une crainte salutaire ; mais aucun abattement ne peut, ne doit l'accom pagner.

Disons-le , répétons-le dans cette occasion d'une manière générale , les principes qui constituent notre organisation morale et qui règlent son mouvement, attestent à des regards respectueux une suprême science ; ils sont admirables , et par leur vaste applica* lion, et par la justesse de leurs rapports, et par la sagesse de leurs limites; et c'est unicpement sous le travail d'une consumante analyse , qu'enfin dénaturés , ils ne s'offrent plus à nous dans leur sublime accord et dans leur véritable essence.

Alors on se permet de demander pourquoi l'Être suprême , au lieu de faire servir l'indulgence et la repentance au complément de sou système , ne les a pas rendues Tune et l'autre inutiles , ou en nou$ créant parfaits^ ou en nous affiranchissant de devoirs ? Mais

Page 1