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un intérêt immuable ; ils doivent céder à un premier motif : le besoin que nous avons de plaire à TÊtre suprême , en nous conformant aux lois d'ordre , à ces augustes lois donl Tesprit est empreint dans toute la nature. O Dieu de vérité! nous ne vous présenterons pas de vils menteurs dans vos créatures ; nous ne ferons pas cet usage de la liberté dont vous nous avez doués : nous nous élèveroi^^ au contraire, par une méditation religieuse; et nous songerons (faites attention à cette réflexion), nous songerons qu'entre toutes les perfections célestes, il en est une seule dont rimitation complète est daus notre pouvoir; cette perfection, c'est la vérité. Est'-il pour rbomme un plus grand motif d'émulation ?
La sagesse , la pénétration , la préscience , sont loin de nos forces; mais l'expression sincère de nos sentimens et de nos pensées, la vérité; voilà le caractère qu'il dépend de nou» de revêtir.
C'est à cause de la beauté de ce caractère, que l'imagination même s'est attachée à le relever. Les.héros que l'histoire ou la fable nous peignent, sont tous vrais et fidèles; et telle étoit, dans les temps chevaleresques, la qualité distinctive des hommes , qui , par leur rang
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OU par leurs faits d'armes, attiroient sur eux Fattention publique. La vaillance et la vériré, c'étoient là leurs vertus d'éclat autant que leurs vertus réelles. Et il resta de ces temps anciens, bien anciens aujourd'hui , un sentiment général d'honneur qui faisoit regarder un reproche de mensonge comme le moins pardon-r nable de tous.
Enfin , dans les rapports habituels de la société, la simplicité, qui plait à tout le monde, est une dépendance de la vérité. On aime à -vivre avec les hommes qui ne donnent rien à deviner, rien à rabattre de leurs apparences. La connoissance universelle des foiblesses humaines ne permet pas de croire à la perfection ; ainsi , ceux qui veulent imposer par l'affectation , manifestent le dessein d'obtenir des hommages sans titre; et il y a révolte dans le monde contre cette entreprise. On se défend d'abord de l'admiration , mais on attaque ensuite; et souvent alors on dépouille l'hypocrite du degré même de réputation que des qualités réelles lui auroient acquis. Elle est donc sage et politique, la vérité; elle l'est dans ces différentes acceptions.
Et remarquons encore qu'elle fut destinée à l'ornement du monde moral ; car ce monde
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deviendroit d'une monotonie complète, »i chacun quittoit sou naturel pour se dessiner extérieurement sur un modèle conventionnel.
Le Créateur a semé de la variété dans tous ses ouvrages; il en a mis dans les esprits , dans les caractères, et dans les modifications in» nombrables qui résultent de la liberté : n*aU térons pas ce brillant tableau , en nous efforçant de paroitre sous une forme mensongère, la même que chacun essaieroit d'imiter.
Enfin j ou Ton ne trompe point, ou Ton ne trompe que peu de temps. Une première fausseté réussit; une seconde peut-être; une troisième encore : mais le menteur ne tarde pas à être reconnu, et dès lors on renonce k le croire. Bientôt même, en butte à toutes les défiances, l'usage de la vérité, cet usage si nécessaire, semble lui être interdit, ou lui devient inutile; et il se voit mis, pour ainsi dire , au ban de la société.
Le mensonge désigné sous le nom de ca* lomnie est le plus difficile à découvrir ; et cette considération le rend plus honteux et plus criminel.
Nous savons trop que la calomnie est écoutée de la malignité, et que souvent on lui laisse le temps de produire tout son effet
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avant de s'élever contre elle : nous savons de méoie qu'elle trouve un fatal accès auprès des hommes envieux et jaloux. Et combien elle est perfide dans son art! elle accuse, et ne montre point l'accusateur; mais elle l'accré* dite; elle le rend imposant, en le montrant sous la forme vague du public. On dit ^ on dit; voilà les mots c^usage , les mots de choix pour le calomniateur avisé : ils lui servent à double fin ; à rendre la blessure plus profonde, et à cacher la main qui dirige le poignard.
Quelquefois les auteurs d'un bruit calomnieux en discutent, en contestent eux-mêmes la vérité ; c'est de leur part un nouvel artifice: ils veulent acquérir un air d'impartialité, mais c'est pour en faire un perfide usage; c'est pour frapper plus sûrement la victime.
Les libelles anonymes sont une calomnie plus méditée ; ainsi plus condamnable encore* Les mensonges que ces écrits renferment tomberoient le plus souvent dans le mépris si l'auteur se montroit, si l'on eonnoissoit son obscurité , sa bassesse , sa mauvaise réputation; mais il se tient dans l'ombre, et l'imagination le pare, et l'imagination l'agrandit; il est seul, et l'on croit qu'ils sont plusieurs , tant le vague étend les soupçons et
trompe les jugemens. Lâches! vous faites bien du mal, et pourtant votre infâme conduite ne vous rend rien en bonheur. Un sentiment secret vous poursuit; c'est de la honte, c'est du remords; c'est la crainte d'être découverts. Menteurs de toute espèce; menteurs par calomnie, par tr<ihison , par méchanceté; menteurs encore par ambition, par vanité, par avarice; menteilVs enfin par vile babî* tude; menteurs de toute espèce : que vous prenez de peine pour être méprisés ! Il faut que votre esprit se consomme en calculs; il faut que vos souvenirs soient toujours là, pour servir vos artificieuses combinaisons , et afin que vos paroles du soir s'accordent avec vos paroles du matin, et les discours d'aujourd'hui avec le langage de la veille. Il faut encore, et c'est le plus difficile, il faut que vous accommodiez à un système de fausseté vos accens, vos regards , vos expressions d'amitié, vos témoignages d'admiration, vos accidens de surprise. Ainsi tout doit être en mouvement, tout doit être en alerte dans la personne du menteur, dans sa personne morale et. physique; et non pas seulement pour une grande circonstance, non pas seulement pour une occasion unique , mais pour suffire à la
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conduite commune delà vie, et pour traiter des intérêts qui reviennent à toute heure et à chaque instant; enfin , le menteur est dans la nécessité continuelle de se travailler, de se recomposer ; et il ressemble à ces machines organiques auxquelles la main de l'ouvrier doit toucher sans cesse.
Ce n'est pas tout néanmoins : il est un mal plus grand, plus grand sans comparaison. Le manque de vertu vous a fait recourir au mensonge, et le mensonge ensuite entretient tous Tos vices. Oui , le menteur, le menteur qui a fait tairelavoixdesaconscienceetquis'estsoustrait à Tempire des idées religieuses; le menteur qui réduit ses calculs au monde et à l'opinion des hommes, se dit bientôt à lui-même : Qu'ai- Je besoin de justice? je feindrai la bonne foi. Qu'ai-je besoin de la pitié ? j'en imiterai le langage. Qu'ai-je besoin d'altérer ma fortune pour montrer de la générosité? je ferai des offres de services , et j'inventerai , je prétexterai des obstacles , lorsqu'on me demandera de réaliser mes promesses. Qu'ai*je besoin de ménager la réputation de mes concurrens, ou de mes rivaux? je nierai tous les discours qui me seront reprochés, et je calomnierai sous le masque de l'anonyme. Enfin , l'art du men«
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songe , tel que je le varierai , tel que je le perfectionnerai, me vaudra, sans privations, tout ce que les autres obtiennent par des sacrifices.
C'est ainsi que la fausseté , soit par ses effets, soit par ses premiers motifs, devient le centre et le foyer de tous les vices* Et en personnifiant un moment le mensonge, on pourroit avec justesse lui attribuer le mot du démon dansTÉvangile: Comment t^appelles^iu?
lui dit Jésus-Christ. — Je me /iom//ie Légion, car nous sommes plusieurs.
Entre les diverses formes que prend le mensonge , l'hypocrisie est une des plus révoltantes. L'hypocrite , en simulant lamour de la morale et le respect de la religion , a eu )e temps d'étudier, de connoitre les principes éternels auxquels toutétre capable de réflexion consacre son premier hommage; et si les plus belles idées sociales , si les vérités auxquelles toute notre destinée s'attache, ne l'ont point frappé ; s'il n'y a pris garde que pour devenir l'habile imitateur des traits extérieurs propres à imposer aux autres, il faut que son Ame soit abjecte, sa nature absolument dépravée.
Malheureux, ô malheureux! qu'aucun sentiment réel ne peut entraîner, et qui prenez le
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dessin , qui copiez les formes de toutes les v^ertus, sans pouvoir jamais en aimer une. Et , nous le savons, ce n'est ni la légèreté, ni I *eni portement d'une passion ; ce n'est aucune des excuses offertes par tant de coupables , qtie lliypocrite peut réclamer; il a fixé son c a.ractère , en y pensant ; et c'est dans le calme q u^il a préparé ses artifices.
On a 'dit de l'hypocrisie , qu'elle éloit un hommage rendu par le vice à la vertu; idée ingénieuse , mais qui nous paroit manquer de j ustesse ; car ce n'est point à la vertu que Tbypocrite rend hommage par ses imitations men* songères ; il recherche les bénéfices de l'opinion ; et pour y parvenir, il prend le masque le plus convenable à ses vues : il n'honore point la vertu, mais il donne une valeur à Testime, et il fraude pour l'obtenir. Aussi , et par une conséquence naturelle, lorsque l'estime est discréditée, ou lorsque ayant perdu sa lumière, elle semble errer à l'aventure, l'hypocrite change de but et marche i la suite des opinions triomphantes ; il les étudie , et modèle sur leur apparence ses discours , ses passions, ses extases. C'est lui qui décrie tous les pouvoirs , en témoignage de son amour pour la liberté ; c'est lui qui insulte les pro-
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priétaires, afin que }'on croie à sa pitié pour les iudigeiis ; el c^est lui qui y par un langa|:e grossier, par un costume cynique , s*attaclie j faire parade d'un goût naturel pour rêgaUtê.
Heureux qu'il se trouve; de n^avoir plus besoin de feindre la morale , dont tous les caiactères sont nuancés avec sagesse; la morale, si difficile à bien imiter , et sur laquelle Thjpocrite lui-même aperçoit un sceau divin dont il ne se joue qu'en tremblant. Combien il i plus beau jeu , lorsque Tintérét du temps, Tintéret du monde » invitent seulement a se montrer respectueux envers les principes qu'une révolution met en règne. Ces principes sont l'œuvre des hommes; et comme nous ne voyons pas encore qu'une main prudente eo ait fixé les limites , l'hypocrite est dispensé de toute mesure; et l'exagération, ce mouvement si facile, suffit à sa politique.
Nous le pressentons; vous désirez de détourner un moment vos regards du menaonge et de l'hypocrisie ; vous désirez de détourner un moment vos regards de ces vices bas et honteux que nous avons été forcés de décrire et de signaler , afin de produire au milieu de vous une indignation salutaire.
Que votre cœur se repose : il est , n*en dou-
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^ons point, d'honorables amis de la vérité, d€f 3a franchise, de la simplicité; et ils ornent 'plus que jamais le monde où nous vivons, lueurs sentimens, leurs principes, n'ont besoin d'aucun déguisement; et l'art de l'homme pur et sans tache, son art, s'il en a voit un, seroit de se montrer aux yeux des autres ce qu'il est en réalité. Il suit, sans y réfléchir, cet instinct d'une belle nature qu'aucun in-> térêt n'a pu corrompre. Un secret sentiment l'encourage ; et après avoir rendu ses comptes au tribunal de sa conscience, il abandonne au hasard le jugement des hommes, ou du moins il n'en fait pas le sujet continuel de son inquiétude. Surtout , il ne veut pas obtenir leur suffrage par des illusions ; et pour aucun motif il ne courra le risque d'être surpris dans une dissimulation qui seroit l'œuvre de son amourpropre. Il sera heureux d'être aimé , d'être estimé , d'être respecté peut - être ; mais le charme de ces précieux sentimens seroit perdu pour lui, s'il les devoit à son industrie. Oui, son âme se refuseroit à en jouir ; car l'auteur de la nature , Dieu , a voulu qu'il n'y eût point de nobles plaisirs sans la vérité.
Vous donc qui vous fierez à elle , vous en revêtirez le caractère , et vous serez habituel-
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lement simples dans vos actions , simples dans vos disGours, siroplesdans vos man iores. Jamais vous ne vous permettrez de recourir à des pa* rôles affectées, non plus qu'à ces exagérations de notre temps, à ces exagérations dont on se sert pour exprimer des émotions qu'on ne ressent point, et des mouvemens d'enthousiasme qu'aucune pensée sérieuse ne provoque, qu'aucun intérêt n'accompagne. Jamais vous ne vous livrerez à ces exaltations méthodiques , à ces véhémences méditées que l'esprit se commande. Peut - être même qu'avec tant de modèles d'un art complet autour de vous , vous essaieriez en vain d'en imiter aucun. Oui, l'homme simple et vrai, quand il veut feindre, quand il vent seulement outrer par l'expression ses sentimens et ses pensées, éprouve en lui-même une résistance; il croit sentir une force secrète qui élève une bar^ rière entre le mensonge et la vérité , et une harrière qu'il ne peut franchir. A qui donc appartient la faculté de se montrer aux jeut des autres selon son intérêt et sa politique; à qui appartient la faculté de choisir, en quelque manière, son apparence? C'est aux hommes qu'aucun principe ne gouverne , qu'aucun sentiment ne domine, et dont le caractère
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mobile obéit à toutes les impresûons , se prête â toates les formes.
Sans doute , et Ton ne manquera pas de le dire, ces hommes-là doivent souvent un succès dans le monde aux défauts mêmes que nous leur reprochons. Maîtres de leur ton , de leur masque , de leur langage , ils ne sont en querelle avec personne , et leur adhésion prompte à Topinion du jour, à l'avis des hommes puissans , leur vaut çà et là quelques faveurs , mais Itères; tant les parts sont petites, quand elles sont à dire entre tous les complaisans, entre tous les imitateurs!
L.*homme vrai, l'homme simple, ne sera point leur concurrent dans cette poursuite; la foule y est : lui ne s'y trouve point; mais il reprend sur eux toute sa supériorité quand il £iut persuader, quand il £iut seulement être écouté , quand on veut obtenir de la considération et des égards , quand on aspire encore â guider les autres , à devenir soi-même un chef d*opinion. L'accord parfait entre les paroles et les pensées , entre les paroles et les sentimens , n'appartient qu'à l'homme simple et vrai ; et cet accord est aperçu , cet accord est saisi par une sorte d'instinct commun au plus grand nombre des hommes ; car nous
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sommes tous de la même famille, et nou^ correspondons les uns avec les autres par un sens moral, indépendant de notre éducation, indépendant de la perfection des lumières.
C*est encore à l'homme simple et mi qu'appartient exclusivement ce langage ardent, expressif, formé, pour ainsi dire, dans le moule de la nature, et qui s'en échappe avec explosion; ce langage dont les effets sont quelquefois si puissans, et que l'art, même le plus laborieux , ne sauroit imiter.
Enfin, l'on n'est vrai, l'on n'est simplequ*en osant se montrer à découvert : ainsi rhoroc^ revêtu d'un tel caractère, semble offrir une garantie de sa moralité; et comme il est ordinairement précédé de sa réputation , un sen* timent d'assurance lui devient naturel , et prête à sa personne une sorte de majesté. Cha* cune de ses paroles devient auprès des autres un témoignage irrécusable; chacune de ses paroles est admise comme un motif de persuasion , comme une loi qui commande U confiance. Quel rang on acquiert ainsi dans le monde ! O vérité l céleste vérité ! vous êtes encore pour la terre et pour les intérêts dont notre vie d'un moment se compose , vous
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^tes notre meilleur guide, et la plus sure politique!
Oui , notre meilleur guide et la plus sûre politique : et vous vous associerez, vous vous unirez davantage encore à cette réflexion , vous l'adopterez plus fortement, si, après avoir examiné l'influence de la vérité dans ses rapports d'hoAime à homme, vous étendez vos regards aux relations des princes ou des magistrats suprêmes, avec les peuples soumis à leur autorité. Vous reconnoîtrez bientôt que la vérité , la pure vérité , est sur* tout nécessaire aux gouvernemens; qu'elle est pour eux le meilleur guide et la plus sûre politique. La parole grave ^ ditSalomon, ne con^ vient pas aux insensés ^ combien moins lafaus» seté aux principaux du peuple l
Qu'un homme , au milieu des rivalités sociales, prenne un faux guide et se trompe de route; qu'un homme foible et lentement instruit par l'expérience ou par la méditation n'aperçoive pas de bonne heure toute l'im* portance de la vérité, on conçoit les prétextes dont il se servira , et peut-être n'oserez-vous pas constamment vous ériger en juges sévères. Mais qui de nous sauroit excuser le mensonge des princes et des gouvernemens ? qui
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de nous pourroit se montrer indifférent à an constraste habituel entre leurs actions et leurs paroles? qui de nous surtout supporteroit leur hypocrisie? Ils ont la puissance , ils ont Tautorité, et ils s'abaisseroient à tromper comme des esclaves! Ils ont leur sort complet, leur fortune faite; et ils agiroient comme des comniençans dans la carrière de Fambition!
Les lois, ou un titre héréditaire « les auroient environnés des pompes, dés honneurs et des rayons divers du rang suprême; les tributs des peuples leur seroient apportés , les soldats obéiroient à leurs ordres; les ambassadeurs parleroienten leur nom , et ils se tiendroient vils à leurs propres yeux par Tusage secret du mensonge! Tout les avertiroit au dehors de leur grandeur , et ils se présenteroient honteux au tribunal de leur conscience! Ils prononceroient les noms , les beaux noms de vérité, de/ranchise, de confiance, de loyauté; et ce noble langage, ils le consacreroient au service d'une perfide politique ! Hypocrites qui prennent les ornemens du sanctuaire pour en revêtir leur idole. Enfin , appelés par leurs fonctions et par leur devoir à défendre les principes de la morale, ils donneroient Texempie du vice le plus méprisable; et se mettant
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eux-mêmes sous la protection de ce vice, n'osant se montrer à découvert, pourroit-oa croire à leur courage ? pourroit-on encore se fier à leur science , s'ils ignoroient qu'une des premières qualités de Thomme public, c'est un caractère de vérité?
II n'y a point de fiction dans les vastes intérêts d'un empire; tous ont des rapports ensemble, et des rapports invariables : il faut donc une même stabilité, un même enchaînement dans les vues et dans lès pensées d'un administrateur suprcme; et cette condition ne peut être remplie avec tous les brisemens, avec toutes les interruptions qui sont l'effet nécessaire d'un esprit de mensonge , ou simplement d'un penchant habituel à la dissimulation et aux petites finesses. La vérité seule a cette marcbe assurée, cette marche uniforme qui convient aux grandes choses ; et tout cède à son ascendant, quand elle est unie à la morale , son alliée naturelle.
Que fait, au contraire, un gouvernement faux et astucieux? Il se consume en doutes sur ce qu'il doit dire, ce qu'il doit avouer, ce qu'il doit promettre, ce qu'il doit tenir ; et ces vacillations, ces incertitudes, tournent au détriment des affaires publiques. Ici, dit-il,