XIII
3o6 COURS
un peu de mensonge, un peu de tromperie; ici des paroles ambiguës; ici des demi- vérités; ici de la franchise , mais pour une occasion , et pour en faire bruit. Mais de quoi sert aux chefs de Fétat cette pénible conduite? Espéreroientils échapper aux regards pénétrans dont ils sont environnés? Ils ne voient donc pas, ils n'ont pas encore appris que le distributeur des grâces, un prince, un ministre même n'est jamais perdu de vue. Ils ignorent également, et Ton doit s'en étonner davantage, ils ignorent que l'homme en pouvoir de faire du bien ou du mal à tout un peuple, vit au milieu d'observateurs intéressés, d'observateurs vigilans, et qu'il essaieroit vainement de se composer un caractère de théâtre , une réputation factice.
Qu'ils laissent donc là toutes les dissimula* tions, tous les artifices; et que, perfection* nant leurmoralité, éclairant leur esprit, affermissant leur jugement, ils se mettent en état de paroitre au grand jour, et de montrer sans crainte leurs sentimens et leurs intentions.
Que dans l'administration des finances on croie à leur parole, on croie i leurs promesses, et qu'ils rapprochent ainsi l'avenir, en le rendant présent par la confiance. Que dans leors
DE MORALE RELIGIEUSE. So^
traités d'alliance , dans leurs traités de paix » ils s'élèvent à ce degré de franchise qui rend inutiles les subtilités, les astuces, et toutes les finesses trompeuses auxquelles se prépa-^ rent et s'exercent les différens disciples de la politique. Que dans tons leurs rapports avec la nation dont ils sont les magistrats supré* mes , ils regardent leur premier mouvement d'hypocrisie comme un avertissement pour eux de se rendre meilleurs; et qu'alors, au lieu de saisir lâchement un masque, afin d'en imposer par un taux dehors, ils trayaillent courageusement sur eux-mêmes , afin d'être en effet ce qu'ils veulent paroitre.
O nobles jouissances de la sincérité! T^e voudriez -vous pas les connoitre, vous qui avez tant de moyens de vous faire pardonner une foiblesse? £t supporteriez- vous que tout un peuple remerciât le ciel des vertus de son prince , si vous n'aviez de ces vertus que les dehors et le simulacre? Quels regards dans ce moment ne jetteroit pas sur vous le Dieu de vérité! Verroit-il avec indifférence que les fictions d'un impqfteur, les jeux d'un hypocrite, lui valussent des actions de grâces? Il vous montrera tel que vous êtes; il vous fera connoitre quand il le voudra à ces hommes
3o8 COITRS
dont vous avez gagné Topinion par adresse, dont vous avez usurpé les hommages parda tromperies. Personne n^ sait encore Theorc où les ténèbres du mensonge se dissiperont; mais la clarté viendra, elle viendra comme les rayons du jour qui tombent du ciel sur la terre. Est-ce là, dira-t-on tout à coup, ces chf^s qui nous entrainoient sur leurs pas?
est-ce là ces chefs qui se présentoienlànous comme les premiers amis de la patrie ? est-ce là ces chefs qui couvroient la terre de leurs paroles de vertu, ces che& qui dérouloient devant nous une suite de maximes dont nous étions les adorateurs? Nous ne retrouvons plus aujourd'hui notre enthousiasme, nous ne retrouvons plus notre respect. Est-ce d'eux ou de nous que vient le changement dont nous éprouvons Timpression ? Non , ce n'est pas d'eux; ils sont encore les mêmes. Ce n'est pas de vous non plus , toujours prêts à être crédules; mais Tautorité de Thypocrisie a si fin naturelle , parce qu'elle n'a point de base , et n'en peut acquérir aucune dont la force soit stable; elle a sa fin su||out, parce que le Dieu de vérité est éternel , et que les lots gé* nérales de notre instinct moral , modifiées un moment par nos erreurs et par nos passions,
DE MORAIK BKLIGIEUSB. 3og
remettent en accord avec les perfections da
O que cet accord doit noos plaire! qn*il doit noas émouToir, an moment où la yérité reprend son empire ; an moment où , après une longne attente, nons espérons la revoir eo honneur parmi les hommes! Heureuse époque et jour si désiré ! vous en jouirez plus qae d'autres , tous dont le cœur est triste et l'esprit abattu à l'aspect des triomphes de l'hypocrisie ; TOUS qui n'avez pu supporter les succès du mensonge en crédit , en autorité et en insolence ; vous qui avez quitté nos villes pour aller respirer la vérité du simple appareil de la nature, et an milieu des onivres magnifiques que les vices des hommes ne sauroient altérer. Jeunes gens , c'est à vous surtout que la vé« rite sert d'ornement. L'union de la jeunesse à la candeur et à l'innocence ressemble à la se* rénité d'un beau jour, et notre monde moral n'a rien à mettre en parallèle. Jeunes gens, qu'auriez- vous afEaire d'hypocrisie? Ce vice est en contraste avec votre âge, avec vos inclinations généreuses. Soyez-donc les premiers défenseurs de la vérité, de la vertu la plus hardie et la plus digne d'un noble courage.
Et vous, pères et mères , inspirez de bonne
3ia COURS
heure à vos en fans un saint respect pour cette vertu ; arrêtez-les au premier essai qu'ils feroient d*une dissimulation ou d'un artifice ; et s*il leur échappoit un mensonge formel , que ce soit un événement au sein de votre famille ; que Falarme y règne , et que tout annonce au coupable la gravité de sa faute. Mais gardezvous de cette sévérité qui feroit craindre à vos enfans d'avouer une foiblesse. Prévenez aussi ces affectations dont un amour hâtif de la louange leur donne si promptement l'idée; n'applaudissez qu'aux mouvemens simples de leur nature , et ne les encouragez pas à de faux dehors par une aveugle crédulité. Enfin , consacrez vos enfans, ces enfans, Vhéritage de V Étemel^ consacrez-les au Dieu de vérité, en attendant qu'ils puissent connoitre et servir le Dieu de justice , le Dieu de bonté , le Dieu de la vie et de la mort, le Dieu de tous les temps et de tous les âges.
DE MORALE RELIGIEUSE. 3ll