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un ami que de simples rencontres d*esprit, de goûts et de caractère ont rendu tel ? Il est votre ami , vous êtes le sien , mais à des conditions tacites; et si vous l'avez pris à vous, s*il vous a pris à lui , par un sentiment d'estime, oserez-vpus lui confier vos foiblesses? ou si vous vous y déterminez, ne sen tirez-vous pas le besoin de les déguiser, de les montrer i demi, de les associer dans vos aveux a des qualités qui vous honorent? Jamais vous ne direz tout, et vous ferez bien; car cet ami veut trouver en vous ce qui lui est bon, comme vous cherchez en lui ce qui vous convient. Vous pouvez bien l'entretenir de l'injustice des autres à votre égard; mais vous accuser vous-même , vous rabaisser dans son esprit, ce seroit ébranler dans ses bases le traité qui vous unit.
Ah! qu'il est autrement arrangé pour notre bonheur et pour notre sécurité , ce pacte qoe la nature a préparé, et que les lois sociales, d'accdtd avec les lois religieuses , ont pris soin d'affermir. Tendre épouse ! les foiblesses , les fautes même de l'ami que le ciel vous a donné ne vous éloigneront point de lui : hélas! vous vous en réjouirez peut-être , si elles vous appellent à être sa consolatrice; si elles voos
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donnnent^ un moyen de plus d'être aimée.
Oui y yous recueillerez dans votre sein les peines de cet ami dont la destinée tous a été remise : il n'aura point de secrets qu'il craigne de TOUS confier, car vos avertissemens seront doux ; et, de moitié dans sa gloire ou dans sa considération , vous le relèverez à ses propres yeux; ses plaintes ne vous inspireront aucune irritation, et son découragement ne vous entraînera point; vous apparoîtrez comme un ange au milieu de son âme troublée , et vous y répandrez le calme et la tranquillité : ah ! vous lui ferez tant de bien, qu'il redemandera ses peines , pour jouir encore de votre assistance.
Epouses fidèles, vous avez en vos mains les consolations dont l'homme a besoin ; et nul rang, nul degré de fortune, nul éclat dans le monde, ne pourront le rendre indépendant de vos soins et de votre protection. Ne soyez-itous pas même intimidées en réfléchissant que vos connoissances , vos études , vos idées d'habitude n'ont aucun rapport avec les grands intérêts dont s'occupent à toute heure le guerrier , le prince , le ministre , ou d'autres hommes marquans dans l'état social , et auxquels votre destinée sera peut-être unie.
Ce sont de tels hommes, au contraire, qui, souvent distraits par leurs circonstances particulières des seutimens les plus naturels, y sont ramenés avec une nouvelle force qaand leur préoccupation est suspendue, et lorsqu'une passion dominante leur laisse un peu de repos. Vous paroissez alors, pour offrir un asile à leur âme inquiète. Ils déposent prés de TOUS tout ce qui étoit artificiel dans leur situation , tout ce qui étoit en eux une ambi* tion faite, ou un vœu d'habitude; ils tous permettent de toucher à leurs véritables affec* lions, et ils goûtent avec délices les vérités simples dont ils peuvent faire profession avec vous ; avec vous , qui n'attendez d^eux aacan rôle; avec vous, dont ils seront encore aimés au moment où le sort les aura dépouillés de l'éclat du pouvoir et de ses prérogatives.
Ah! qu'il devient remarquable, ce moment , aux regards d'un observateur; qu'il devient remarquable pour juger du degré de force de nos différens liens ! La scène s'ouvre ,^et c'est vous que je choisis pour exemple, vous qui naguère étiez en possession des plus sûrs moyens de plaire aux hommes, ou de les captiver. On vous croyoit au faite de raoti>» rite ; vous dispensiez toutes les grâces ; vous
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étiez Tobjet de Tempressement universel:
fout à coup la fortune renverse votre piédestal ; vous êtes jetés dans la foule des citoyens; vous n'avez plus ni rang, ni crédit, ni pouvoir. Que font alors vos amis, vos véritables amis? ils vous entourent, ils vous plaignent, ils animent peut-être l'expression de leur intérêt ; mais bientôt il y a de la réflexion dans leurs soins, de l'attention dans leurs manières, du procédé dans leur conduite : ils cacbent avec délicatesse l'idée qulls ont de leur générosité ; cependant vous la découvrez , vous la soupçonnez du moins, et vous retenez votre abandon. Vous êtes avertis qu'aux regards mêmes de l'amitié, il s'est fait un changement en vous, et que vous avez besoin d'être discrets. Triste aperçu ! Et il y a peu d'exceptions à ce résultat donné par la nature des hommes. On auroit tort de s'en irriter; mais si l'on aspire à l'unité parfaite, à l'unité indépendante des circonstances, il faut associer sa vie à cet être semblable à nous, que l'Éternel nous a fait , et dont les lois de l'hymen ont subitement confondu tous les intérêts avec les nôtres.
Ah! que je vous la montre encore, cette amie , dans les momens où vous semblez avcHC
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été rabaissés par un coup du sort Ne la Toyez- TOUS pas , unie à vous plus que jamais , étudier vos pensées , observer toutes vos impressions? Ne la voyez-vous pas , attentive aux consolations maladroites qui vous sont adressées, et plus certaine que vous des traits qui pourroient vous blesser, avancer son bouclier pour vous en garantir? Ne la voyez-vous pas encore, cette incomparable amie, qui, dans vos jours de disgrâce, montre pour la première fois un sentiment de fierté , afin que Tidée confuse d'une humiliation ne vienne jamais vous troubler ? O Dieu ! d*où nous vient donc une telle assistance? Est-ce nous, est-ce lui, qu'un pareil ami !
Nen doutons pas ,. plus nous examinerons les mystères de notre nature , et plus nous sentirons le prix de cet être semblable à nous ^ que rÉternel nous a destiné. Nos vertus com* posent Tessence de notre caractère; mais tandis qu'elles sont immobiles au fond de notre cœur, les fantômes de notre imagination, semblables à des nuages légers , paraissent et reparoissent sous diverses formes aux regards de notre esprit. De quel service n'est donc pas à l'homme , à l'homme même le plus supérieur aux autres en apparence , de quel ser-
vice ne lui est pas cet ami , cet unique ami , quHl peut admettre au spectacle iYitérieur de ses émotions heureuses ou malheureuses ; quHl peut introduire dans ces secrets où personne ne pénètre ; dans ces secrets , composés si souvent des douleurs de l'ambition , des doutes de la vanité , des inquiétudes de Famour-propre : et quel plaisir aussi de chercher , de trouver dans le cœur d'un autre soimême la première récompense d'une action honnête ou d'un sentiment généreux, la première et la plus douce , la première et celle qui peut suffire! O précieuse union que l'union conjugale , dans sa pureté , dans sa beauté parfaite ! Disparoissez devant elle, amitiés du monde , amitiés qui ne pouvez rien offrir de semblable. C'est k l'aide du bonheur que les liens contractés dans le commerce social se resserrent ou se multiplient : c'est par une satisfaction , par une sorte d'abondance d'euxmêmes , que la plupart des hommes se jettent en dehors , et se donnent aux autres ; et plus ils sont heureux , plus ils croient aimer. Mais , dans les grands revers , dans les calamités générales^ et lorsqu'on a besoin de toute son attention , de toute sa pensée , pour échapper à des dangers imminens, chacun saisit la plan-
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che qui peut le sauver du naufrage ; et c'est sur le rivage que les amitiés recommencent:
image sombre, mais fidèle, des temps que nous avons parcourus ; de ces temps d*épouvante , où chacun suffisoit à peine à sa vie et à son péril 1 Alors pourtant , à cette époque de séparation générale et d'isolement universel , d^ux époux qui s'aimoient s*unissoient davain* tage : le même hasard doit les sauver, ou le même coup les frapper ; car il n'y a plus de vous , il n'y a plus de moi dans ces liaisons d'élite, qui n'ont de ressemblance avec aucune autre.
Enfin, sans aucun événement extraordinaire , mais par l'unique effet des lois de la nature , nous vieillissons , nous atteignons cet âge où tout s'éteint, où rien ne recommence ; cet âge qui ne promet plus de retour, qui s'offre à tous les regards dépouillé d'espérances , et qui nous met nous-mêmes en défiance de nos moyens et de nos droits. C'est l'heure alors où chacun rentre danssa vie domestique, dans cette enceinte où l'on est retenu par le sentiment de sa foiblesse et de son infériorité, et où quelquefois on devient personnel , en se dé> fendant contre les maux et les infirmités d'un âge avancé. Ah ! combien nous mettons alors
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de prix à cette amie ou à cet ami qui, lié à notre sort par la foi conjugale y a fait avec nous la route de la vie ! c'est à lui seul que, dans notre affoiblissement , nous osons nous confier, et c'est à nous seuls qu'il se confie.
Deux époux qui ont été jeunes ensemble, et qui ont formé de nouveaux nœuds pendant la durée de l'âge mûr, deux époux qui ont tout mis en communauté dans le temps de leur éclat , dans le temps de leurs riches moissons , ne craignent point de se présenter l'un à l'autre au milieu des débris de leur fortune passée; ils parent ces débris de leurs souvenirs: et s'ils s'aiment encore, tout reste beau pour eux.
Oui , le soir de la vie , en nous avertissant du terme prochain de notre voyage , nous dispose* à un sentiment d'émotion qui s'adresse alors tout entier à l'ami qui ne nous a point quitté , à l'ami qui contemple avec nous cet avenir où les âmes tendres trouvent un pointderéunion, et où elles découvrent l'horizon de leurs nouvelles espérances.
Célébrons donc avec solennité la plus belle institution du monde social; célébrons au milieu de nos temples ce pacte entre deux êtres intelligens et sensibles qui viennent se promettre une fidèle assistance , qui viennent se
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promettre d*étre unis crintërét, dlionnear et de gloire; unis dans le temps du bonheur, et plus inséparables encore dans les jours de Tadversité. O religion! venez rendre sacré cet engagement; venez nous apprendre qu*îl est grand par lui-même ; qu'il est grand encore en nous appelant au rang et à la dignité de pères. Venez nous apprendre à adnoirer les seutimens mystérieux et sublimes dont l'Éternel a composé notre nature morale. Amour conjugal, amour paternel , amour filial, preiHiers élémens de notre félicité sur la terre, vous nous ramènerez sans cesse à Tamour de notre Dieu , de qui nous tenons nos biens!
Après vous avoir présenté une vérité consolantCiSous les rapports qui pouvoient captiver votre intérêt , nous devons maintenant arrêter notre attention sur une objection commune, et que plusieurs personnes dans cette assemblée nous adressent peut-être en secret.
Le mariage n'est point un état digne d*envie, il n*est pas tel du moins que nous Tavons dépeint : voilà ce que vous dites , ou ce que vous pensez. Un esprit de discorde, un esprit de querelle , succèdent souvent à des commencemens heureux ; et vous en cites des exemples, enfin , vous ajoutez qu^on aperçoit partout des
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nœuds mal assortis; effet naturel du hasard qui les a formés ; effet naturel encore de la déférence des enfans aux choix déterminés par Tautorité paternelle.
Ah! sans doute , rien n'est parfait dans notre situation , et rien nepeutTétre sur cette terre, puisque le Créateur, en nous accordant la liberté , nous a introduits comme agens au milieu de son système du monde ; et c^est à la faveur d'un si beau don que le but de nos propriétés intellectuelles a été rempli , et que nous sommes devenus susceptibles de louanges et de récompenses.
C'est néanmoins par notre action sur Tordre moral que cet ordre est incomplet à nos yeux. Toutseressentautourdenous de l'imperfection de nos facultés, et de l'imperfection de notre gouvernement Delà, tant de mobilité dans nos plans de bonheur; delà, tant d'exceptions aux effets des institutions sociales les mieux conçues ; et comme ces exceptions paroissent une à une, et sont jugées de même, elles font souvent plus d'impression sur notre imagination que le résultat uniforme des lois constantes et des habitudes générales.
Ces réflexions s'appliquent immédiatement au sujet que nous traitons ; car, en le discu-
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tantyc'esttoujoursderexceptionqueronsesert pour détruire ou pour discréditer le principe.
Comment raison nez- vous, en effet, vous qui condamnez Tinstitutiou du mariage , ou qui voudriez la réduire à des engagemens éphémères et soumis à l'autorité du plus léger caprice? Vous recueillez des exemples ; tous les prenez la plupart chez la classe oisive de la société, et vous montrez que souvent la division règne dans Tintérieur des familles « et que deux époux y supportent impatiemment le joug qu'ils se sont imposé.
Voilà les exemples sur lesquels vous fixez votre attention ; et dans le même temps vous détournez vos regards de cette immense partie d'une nation dont le mariage forme l'état et la destinée. Se fait-on une idée du spectacle que présenteroit une grande société composée en entier d'hommes libres, si les individus des deux sexes , laissés à leur rudesse par le défaut d'éducation , n'étoient pas divisés en familles; s'ils n'étoient pas contenus dans leurs vœux, et devenoient indépendans des lois et des habitudes du mariage? Ils se livreroient à tous les excès d'une aveugle brutalité ; ils déserteroient leurs occupations journalières, pour se livrer à leurs passions du mo-
ment; et les enfans, malheureuses Tictimes d*an libertinage universel, seroient exposés au hasard , ou abandonnés à la tutelle distraite et superficielle de Tautorité publique. Ils entreroient, ces enfans , dans la carrière du monde et du travail sans aucun appui ; et ce qui seroit plus dangereux , sans avoir été jamais témoins d'aucun sentiment d^affection: ce seroient des sauvages allaités au milieu des vices d'une société corrompue.
Ainsi le mariage , qui captive autour d'une idée simple et morale des hommes susceptibles de tant d'écarts , à cause de l'ignorance où le défaut de propriété les réduit , le mariage qui les cerne et qui les case , pour ainsi dire , tandis qu'ils seroient si facilement entraînés à des irruptions dangereuses ; le mariage enfin , qui ramène à de» intérêts domestiques et à des sentimens paisibles des hommes disposés à la violence par le besoin; le mariage, ne fût-il considéré que sous ce petit nombre de rapports , seroit de toutes les institutions sociales la plus importante à Tordre public. Et en nous occupant encore de cette partie nombreuse de la population dont nous venons de parler, seroit-ce en son nom qu on pourroit regretter la fixité des nœuds consacrés par la
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religion ? Hélas ! c'est à grand'peiDc que dans les rangs de la société où Ton vit de son travail , et de son travail journalier, on peut s'assurer d*un appui , d'un allié , pour toutes les époques de la vie ; pour le temps des adversités , pour le temps des maladies , pour le temps de la vieillesse ; et il ne faut pas moins qu'une longue habitude , et les idées de devoir , pour entretenir des rapports continuels entre deux êtres étrangers par leur éducation aux goûts, aux attraits de Tesprit; étrangers encore par leur rude simplicité à ces manières et à ces délicatesses qui préparent lart de plaire, le cultivent et le perpétuent. Ah ! qu'ils ont besoin , dans leur étroite situation et dans leur vie égale et monotone, qu'ils ont besoin de l'institution du mariage, institution ingé* nieuse autant que bienfaisante, et qui, au sein de la misère , leur assure encore un ami! Oui , c'est à eux particulièrement que semblent adressées l'idée et les paroles de Moïse : JEt r Étemel Dieu avoit dit : Il n'est p€U bon que Vhomme soit seul ; je lui ferai un être semblable à lui
Aucune des ressources , comme aucune des inquiétudes de l'imagination f n'appartient habituellement aux dernières classes du peu-
pie; mais , à la faveur d'une liaison intimée! scellée par la religion , les heures de travail qui remplissent leur vie, les rappellent à un même sentiment , ou au souvenir du moins d'un intérêt unique , toujours commun , toujours indivisible.
11 vous faut davantage, à vous dont les facultés morales ont été multipliées par Tédu* cation; à vous qui avez reçu d'elle tant de germes d'idées, et qui avez pu les cultiver au milieu de la fortune et de ses loisirs. Le spectacle du monde s'est agrandi, s'est varié pour vous ; et de nouvelles perspectives vous inspirant de nouveaux goûts , vos affections se sont ressenties du mouvement continuel de votre imagination. Vous avez aussi plus d'un intérêt; car votre amour-propre exalté cherche partout les jouissances qui naissent de la louange ; et comme il est hors de votre pouvoir de les fixer , vous étudiez leur cours , vous observez leur succession , et vous vous ménagez pour tous les âges des prétentions différentes. Cependant, avec cette disposition d'esprit, avec ce besoin de l'opinion des autres^ avec cette passion de faire effet , ou dans le monde ou dans la société , que reste-t-il de libre en soi et qu'on puisse donner aux devoirs
paisibles de la vie domestique ? Rien , presque rien. On s'effraie au contraire de ruaiformitë d'une même alliance; on se sent blessé par tous les liens : et comme vous ne pouvez trouver 9 vous un époux, vous une compagne qui soit en rapport continuel avec la mobilité de vos goûts , avec la diversité de vos intérêts , et quelquefois avec la transition subite des passions les plus opposées, vous dirigez votre impatience contre le mariage et contre ses in* stitutions. Vous vous en prenez à l'ami que la destinée vous a donné , des caprices de votre humeur , des torts de votre caractère , de rinperfection des choses humaines ; et vous attribuez toutes ces contrariétés à la fixité des nœuds que vous avez contractés : voilà le lableau de vos inquiétudes.
Eh bien ! emportés par votre imagination , vous les brisez , ces nœuds qui vous impor* tunent , et vous en formez de nouveaux. Époux inconstansy êtes -vous plus heureux? Vous vous taisez; car votre situation présente est votre ouvrage, et vous ne voulez pas vous accuser vous-mêmes; mais nous l'apprenons, l'union que vous avez rompue se présente i votre souvenir, et vous éprouvez qu'il est un dévouement dont un premier choix, un pre*
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mier lîen , sont seuls les garans. Oui , le doute a suivi votre aveugle espérance p et déjà vous craignez d'avoir mal fait; vous, en quittant répouzà qui vous aviez promis d*étre fidèle; vous^ en délaissant une compagne que vous aviez juré de défendre et de protéger, et qui ne trouvera peut-être aucun autre appui. Et si des enfans ne voy oient plus ensemble les auteurs de leurs jours ; s'ils perdoient de bonne heure l'exemple , de tous le plus instructif, l'amitié cimentée par la vertu ; et si , pour s'expliquer à eux-mêmes une séparation qu'ils ne voient point ailleurs, ils étoient entraînés à s'ériger en juges des fautes de leur mère ou des torts de leur père ; si , de crainte encore de blesser l'un ou l'autre de leurs protecteurs , ces tendres enfans se croyoient obligés de calculer, de mesurer leurs caresses ; enfin , s'ils avoient les combats at les incertitudes de l'esprit, dans l'âge où il ne faut obéir qu'à la nature, un tel spectacle offriroit à des parens , à deux êtres sensibles, la plus déchirante leçon , et un su* jet continuel de regrets ou d'anxiété.
Ah ! qu'il leur seroit difficile , avec ces regrets, ces combats, ces regards en arrière; qu'il leur seroit difficile de trouver dans un nouvel bymea une parfaite paix ! Cette in-
quiète imagination , que vous n'avez pu régler , et qui TOUS a montré le bonheur hors du cercle de vos devoirs , qui vous l'a garanti peut-être au moment de son délire, sera-t-elle pour vous seul fidèle à ses engagemens? Vous recherchez un accord , une sympathie , qui remplissent Tobjet de vos vœux; mais après avoir renoncé librement aux droits que tous teniez de la reconnoissance, de l'habitude, et de la religion; après avoir perdu, peut-être , l'appui de la faveur publique et la considération qu'elle donne, aurez- vous plus de moyens pour atteindre à la chance heureuse, à la chance parfaite dont vous avez l'idée et que vous voudriez obtenir ?
Vous dites cependant, vous dites avec Térite : Lorsque nous avons donné notre foi , lorsque nous nous sommes engagés sous les lois d'une longue union , et que nous j aTons consacré notre obéissance , nous étions sans expérience, sans aucune connoissance des hommes et du monde; et la volonté de nos parens, ou d'autres circonstances étrangères à notre inclination , ont fixé notre destinée.
Sans doute , vous aurez souvent le droit de tenir ce langage, vous surtout, sexe timide, sexe foible et commandé, et que les habitudes
sociales appellent de si bonne heure à contracter des engagemens : cependant vous jouiriez d'une liberté parfaite, d'une liberté même égale à Tessor de votre imagination , qu'en préparant votre sort à venir, en formant une alliance pour la vie , vous ne seriez pas à l'abri d'une erreur dangereuse. Vous feriez votre choix avec indépendance; mais vous le feriez aux premiers jours de votre jeunesse , et dans Tâge où des illusions ont souvent plus d empire que la sagesse. Vous vous examineriez vous-mêmes; mais ce seroit sans défiance et surtout sans rigueur ; et le juge, disposé à se tromper , prendroit aisément pour un goût réfléchi la surprise de l'innocence ou la séduction d'un premier penchant.
'Ne le savons-nous pas; il est un moment de la vie où les qualités les plus essentielles au bonheur domestique échappent à notre attention ; où la solidité des principes , la pureté des mœurs, l'excellence du caractère, paroissent des qualités abstraites et presque sans rapport avec les premiers intérêts dont nous sommes animés; où la vraie sensibilité même est méconnue, et où l'on donne ce nom, ce beau nom , aux légères émotions qui naissent du désir de plaire.
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Les jeunes gens , les jeunes gens de IHin et l'autre sexe, se tromperoient donc, si\s croyoient que les regards, les conseils d*nn père et d'une mère leur fussent inutiles dans la plus importante détermination de leur vie. Livrés entièrement à eux-mêmes , ils seroient beaucoup plus exposés à des repentirs ou â des regrets. Ils secoueroient même aveuglément toute espèce d'autorité, toute espèce de tutelle, que leurs vœux seroient encore soumis à des contrariétés , à des gênes inévitables.
Une seule observation, mais générale , rendra cette vérité sensible. Il y a égalité de nombre entre les individus des deux seres : tel est l'ordre de la nature; et, par ane consé* quence immédiate, tous ces individus, dans leurs choix mutuels , ne peuvent exercer qu'une liberté limitée. Leur état, leur fortune, et d'autres circonstances, resserrent leurs vues dans un espace fixe ; et cet espace , plus ou moins étendu, selon la nature des avantages dont on jouit, est, pour les plus heureux, infiniment circonscrit.
C'est ainsi que, dans aucune position de la vie, rien ne satis&it pleinement nos vagues espérances ; et l'on se tromperoit encore , si l'on imaginoit que l'harmonie du mariage fiît
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le résultat nécessaire d'une première détermination. Dieu n'a pas voulu qu'un seul jour fît notre destinée; il n'a pas voulu que notre j-aison, nos vertus, nos £acultés, continuellement perfectibles, fussent un instant inutiles à notre bonheur sur la terre.
Yous donc que le <nel appelle k contracter le plus sérieux des engagemens; vous qui, sous le sceau des lois et de la religion , allez former des nœuds d'où votre sort peut dépendre , ayez présens à Fesprit et vos nouveaux devoirs et vos nouveaux intérêts. Vous ne croirez pas qu'après avoir dodhé votre foi, après avoir reçu la promesse, d'un dévouement absolu , vous soyiez dispensés de songer mutuellement à vous plaire. L'amour a son autorité et son autorité souveraine; mais il ne peut la conserver s'il oublie ses obligations, et se fie uniquement à sa puissance.
Yous cultiverez donc le sentiment qui doit £iire votre bonheur, vous le cultiverez , vous , époux généreux , en ne négligeant aucun des ^;ards propres à tempérer l'autorité que la loi vous donne ; vous, époux généreux, en vous souvenant que l'amie unie à votre sort quitta, pour votre protection, la protection paternelle; qu'elle sortit de la maison tu té-
laire où Ton ne songeoit qu*àraimer; qnVIIe en sortit pour se donner à vous; qu*uii père« fier peut-être d'un nom qu'il avoit honoré, lui permit d'y renoncer pour se glorifier du vôtre; et qu'une mère en larmes vous remit, vous remit pour toujours le dépôt le plus cher à son cœur. Vous le cultiverez aussi , ce sentiment qui doit faire votre bonheur, tous, épouse fidèle, en répandant le calme dans l'ftme de votre ami, de votre défenseur^ et en lui assurant un doux a8ile au sein de ses foyers, lorsqu'il y revient, l'esprit encore inquiet des débats du monde auxquels il est forcé de se livrer. Vous étudierez réciproquement vos goûts, votre caractère, et vous vous accoutumerez, en aimant, à trouver du plaisir dans vos sacrifices, et si l'un de vous découvre à Tautre quelque foiblesse, loin de s'en promettre aucun triomphe, il y accourra comme à une occasion d'être en aide k son allié fidèle , au compagnon de sa vie.
Ah ! combien les senti mens d'une âme tendre s'animent et se fortifient par une succession continuelle de besoins et de services! Les prévenances mutuelles, les attentions réciproques, forment seules ces liaisons durables qu'aucune habitude , aucun âge , n'alfciblis-
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sent; et vous ne cannoissez pas les plus douces jouissances , vous qui , tout entiers encore à Yous-mémes , n'appréciez dans Tamour que le despotisme de la jeunesse et les rapides effets de votre impérieux ascendant II faut un autre bonheur à deux êtres également sen* cibles, à deux êtres qui se sont unis et pour le temps dont ils ont Tidée, et pour cet avenir qu'une ardente espérance semble leur rendre présent. Venez à eux, religion sainte, afin de soutenir leurs pas dans la carrière où ils marchent ensemble, et où, selon vos lois, ils ne se quitteront point. Ils ne demandent rien au monde , rien à ses vanités ou à ses pompes ; leur amitié , leur tendre amitié suffit à leurs vœux ; elle remplit leur âme et en défend Fabord aux vaines inquiétudes. Une seule pensée les épouvante, une seule les glace d'effroi : la puissance qui règle nos destinées , cette puissance irrésistible, a marqué le moment de leur séparation; l'un d'eux s'en ira , et laissera l'autre isolé sur la terre ; l'un d'eux disparoitra, et l'autre n'aura plus la conscience de sa [H*opre vie , ou il ne l'aura que par ses larmes et par ses douleurs. Hélàs ! ils le savent ; la mort , du fond des tombeaux , appelle au hasard ses victimes; la mort, la
terrible mort* • • • • O Dieu! seroit-ce noas qui pourrions leur donner du courage; seroitce nous qui pourrions les consoler; seroit-ce nous qui le pourrions, de notre voix tremblante et de notre puissance abattue? Ah!
nous invoquerons pour eux votre compassion, ô mon Dieul nous vous demanderons d'entretenir dans leur cœur la religieuse espérance qui paroit le sceau de toutes les autres; nous vous demanderons de vous laisser toit à eux par la foi, et de prêter une nouvelle force à leur piété, au seul sentiment qui abonde en consolations ^ au seul qui se projette dans l'éternel avenir; et je leur dirai de plus, je leur dirai : aimez, aimez encore Tami que vous avez perdu; entrez en communication avec lui et par vos souvenirs et par tos regrets; suivez-le de vos regards dans ces demeures célestes dont la mort n'approche plus; vous êtes sous la protection du Maître des temps, de celui qui a dit : Je ne veux pas que V homme soit seul. Ah ! ce n'est pas pour un moment, pour des jours passagers, que cette grande pensée a été conçue. Laissons, laissons faire à notre Dieu; il nous rendra ce qu'il nous a donné, ce qu'il nous a repris, ee qu'il veut nous donner encore. £t vous, ange
du ciel, qui n'êtes plus sur la terre; vous, de qui j'ai appris toutes ces choses, c'est à votre intervention que je dois d'avoir pu les retracer sans fléchir sous le poids de mes souvenirs. Vous avez aimé le troupeau à qui je m'adresse ; et sa reconnoissance me laisse croire que je puis rappeler ici vos vertus comme au sein de votre famille. ODieu! vous pardonnez ce langage ; vous pardonnez les larmes -qu'excitent de tendres regrets; elles attestent le bonheur que vous nous avez fait connoitre , et deviennent, sous ce rapport, un symbole de reconnoissance. Ah! n'en doutons point : les épanchemens d'une âme sensible sont un hommage à l'Être suprême. L'amour et la vertu , voilà nos liens avec lui. L'amour et la vertu, voilà nos liens sur la terre. Unissez donc, fidèles, unissez constamment vos devoirs à vos sentimens; et si l'Éternel avoit retiré vers lui l'objet de vos affections, s'il tenoit ainsi dans ses mains le gage visible de votre bonheur , redoublez d'efforts pour lui plaire ; redoublez d'efforts pour mériter sa bonté , et pour être en état de lui offrir un jour, avec espérance , le compte de vos voies et le tribut de votre vie.
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DISCOURS IL
Devoirs envers Venfance.
Voici, lei enfant tont un hériuge de rÉcerneL Fiamm i»6« #.5.
(^r/sLLE eat belle, qu'elle est consolante, celte religion sainte qui unit continuellement les plus doux sentimens de nos cœurs à ridée d'un Être suprême; idée conservatrice el tu* télaire; idée précieuse surtout il l'homme qui a placé par l'amour son existence hors de luimême ! Ah 1 sans doute , nous avons le besoin de croire à une protection , de chercher un gardien , au moment où nous éprouvons les délices de l'affection paternelle; au moment où nous élevons à la vie et au bonheur les enfans qui doivent nous perpétuer sur la terre. Hélas! ils ne nous comprennent pas encore « lorsque nous prononçons avec émotion ces religieuses paroles : Voici ^ les enfans sonium héritage de l'Étemel. Êtres chéris, étrangers encore à vous-mêmes , et les gages précieux d'un amour pur et fidèle, vous nous avertissez
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par T08 tendres regards et par vos innocentes caresses, que nous sommes tout pour vous; et cependant nous ne pouvons rien en votre faveur, rien à l'égal du moins de nos vœux, sans le secours immédiat d^une Providence supérieure.
Nous sommes ardens à aimer , mais foibles pour défendre les objets de notre prédileclion ; et en éprouvant le besoin d'une assistance , nous adressons des prières à TÊtre su" préme, et nous le reconnoissons au fond de notre cœur comme le seul garant des biens qui nous attachent à la vie.
Nous élevons nos regards vers le ciel , nous y cherchons l'aveu de nos sentimens, nous y cherchons la confiance que les choses de la terre nous offrent imparfaitement , et nous aspirons à trouver un accord entre nos affections et la foi sublime qui peut seule écarter de notre pensée l'effrayante image de la destruction.
Ah ! sans doute , elles doivent être précieuses à un cœur paternel , elles doivent y retentir , ces paroles de notre texte : f^oidf les enfans sont un héritage de VÉtemeL Et vous qui acquérez , au prix des plus vives douleurs , le bonheur et la gloire d'être mères ; vous aussi ,
vous surtout , jouissez de ces mémorables pa* rôles. Oui , dites-vous , répétez-vous avec larmes , et pourtant avec ostentation : Voici ^ les en/ans sont un héritage de l'Étemel.
Nous examinerons » en méditant les paroles de notre texte, l'obligation qu'elles nous im* posent, les espérances qu'elles nous offrent
Le^n/ans sont un héritage de l' Éternel. Vous devez donc, pères et mères, les rendre dignes par vos soins de leur grande distinction.
Les enfans sont un héritage de l* Éternel. Vous devez songer avec attendrissement qu'ils acquièrent en naissant un gardien et un prolecteur ; qu'ils sont inscrits , dès leur bas âge , sur ce livre de vie dont nous parcourons les premiers feuillets durant notre séjour sur la terre.
Nous le savons tous : il y a plusieurs degrés de fortune dans l'ordre social; et, par une conséquence naturelle, divers genres d'édncation. On n'a pas besoin d'exciter les hommes riches à multiplier pour leurs enfans les leçons favorables au développement de leur esprit, de leurs grâces et de leurs talens. Placés par leur fortune sur cette partie du théâtre da monde où l'on est en spectacle , où Ton jouit des plaisirs de la vanité, ils aiment à joindre à toutes leurs somptuosités l'éclat des héritiers
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de leur scmi. Goidéi par ccl esprit 9 ils pré-' parent lenrs en£ins i joner un rôle ; ils les modèlent snr les opinions régaantes; et le^ semences de morale sont jetées dans lenr eamr arec indifférence* On loue ces petits êtres ^ encore accessibles à tontes les impresnons ; on les lone à la première apparition d'nn pea d'esprit^ à la première Inenr d'nn talent pré-^ coce; et on les forme ainsi de bonne benre à YsaBoar-firoçre et an désir de paroitre.
Hélas l il est trop Trai que les parens sont songent complices des prétentions ardentes de lenrs en£ins et des passions dangereuses qni en sont la suite* Cest à des instituteurs qu'on abandonne le soin de placer dans un cours dlnstmction quelques préceptes de morale et de religion ; et ce sont des hommes engagés pour un temps passager ^ qui ont^ dans une famille^ le département de Téternité*
Aussi quand on considère ce genre dVdu-' catimi 9 on seroit fondé à mettre en doute ^ si ^ aux regards de la plupart des pères, il est un autre but désirable , une autre ambition de prix , que la gloire du monde; que cette gloire même ^ divisée et subdivisée dans ses plus pe» tites ramifications , et réduite alors aux légen applaudissemens qu'on obtient dans un cercle
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ou dans une coterie. Ne nous étonnons pas si les belles paroles du Psalmiste : Voici^ les enfans soni un hériiage de V Étemel j si ces belles paroles n'ont aucun rapport avec nos opinions et avec nos mœurs.
Vous serez punis les premiers de votre faux calcul , pères orgueilleux , mères aveugles ; car les convoitises que vous aurez inspirées à vos enfans, et que vous n'aurez tempérées par aucune instruction de morale et de religion , ne tarderont pas à les éloigner de vous. Il y a tant d'intérêts opposés entre les divers âges de la vie ; les goûts du jeune homme et du vieillard ont si peu de rapports; leurs per* spectives sont si différentes, que les idées de devoir deviennent abi^oluroent nécessaires pour captiver le respect filial , et pour ramener les enfans à un sentiment dont toutes leurs passions les éloignent.
Et avez-vous soin du bonheur même de vos enfans y lorsque , les armant uniquement pour la lutte des vanités « vous ne leur donnez aucune égide contre eux-mêmes ? lorsque votis ne les élevez à aucune de ces pensées qui leur seront nécessaires dans la solitude , et qui leur apprendront à supporter avec résignation , et peut-être avec dignité, les disgrâces de la vie ?
Vous voudriez que vos représentans et vos successeurs obtinssent tout par la conquête et par la domination ; mais de tels succès n'appartiennent à personne; et, dans le tumulte des sociétés , nul esprit ne peut vaincre indifféremment tous les obstacles , nulle fortune ne peut braver le cours incertain des événexnens; et nous connoissons tous ces revers que Fart des plus habiles, la main des plus heureux, essaient en vain d'écarter. Ah! de quelle utilité ne seroient pas à vos enfaits cette morale et cette piété dont vous négligez de jeter dans leur cœur les fécondes semences ! La morale est pour les yeux clairvoyans la sagesse éprouvée , la prudence d'élite ; la piété , le meilleur des refuges dans les temps d'iu"fortune et dans les jours de défaite.
Mon attention s'est arrêtée jusqu'à présent sur cette classe de la société accueillie par la fortune , et où les parens sont comptables de l'éducation de leurs enfans. Ils le sont , et ils doivent l'être, parce qu'ils réunissent entre leurs mains les moyens nécessaires pour assurer et prolonger cette éducation. Ils ont des propriétés , ils ont des revenus, et ils ne sont pas obligés à des travaux corporels, à ces travaux commandés par la nécessité et qui
35a COURS
détournent de toute espèce d'instruction.
Près de cette classe privilégiée de la société, il en est une autre plus nombreuse et où les en* fans ne reçoivent , ne peuvent recevoir aucune éducation de la part des auteurs de leurs jours. L'on y vit d'un salaire modique et qui ne per* met aucune épargne , et l'on épie le premier développement des forces des nouveau • nés pour recouvrer par leur travail le prix de leur subsistance.
Que ferotis-nous pour ces enfans qui sont aussi un héritage de V Étemel? Que ferons-nous au moins pour les instruire , au nom de la re* ligion , de leur précieux apanage? C'est à vous, magistrats suprêmes , et à vous tous , les dépositaires de l'autorité souveraine , qu'un si juste devoir est imposé. Les enfans des hommes dénués de fortune réclament de vous une éducation première , une éducation morale et religieuse, au même titre et avec plus de force encore que les malades et les vieillards sans ressources réclament de vous des secours.
Ce sont deux dettes des états politiques, deux dettes également respectables ; et on peut les considérer comme une condition tacite du droit d'héritage, comme unecondi* tion tacite de la transmission libre des pro*
DE MORALE BEUGIEUSE. 353
priétés ; idée particulière et qae nous aTons déTcIoppée dans on de nos Discours précé* dens j en méditant a^ec tous sur les premiers priocipes de la charité.
Ainsi , l'œil vigilant du souverain doit se fixer sur les deux extrémités de la Vie, afin d'^acquitter, au nom de la société, l'obligation iju^elle a contractée en abandonnant au hasard, ou en soumettant du moins à un seul monyement régulateur la distribution des fortunes.
Rechercherons^nous maintenant le genre d'éducation morale le plus propre et le mieux assorti à tous les en£ins indistinctement, et plus particulièrement encore aux enÊins nés de pârens sans fortune ? Nous reconnoitrons facilement, guidés par un petit nombre de réflexions , que les idées religieuses doivent former l'essence de cette éducation.
Et, en effet, si l'on ne vouloit employer que des raisonnemens abstraits au soutien de la morale et à l'appui de ses instructions , il hY auroit rien à dire à l'enCmce ; car, à cet âge on ne pourroit saisir , on ne pourroit entendre la longue suite de déductions à laquelle il faudroit re<x>urir pour montrer la liaison, directe ou indirecte, de la morale avec rintérét public, et de l'intérêt public avec
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rintérét personnel : c'est tout au plus à l'époque où l'intelligence est formée, où l'esprit de rhomme est dans sa vigueur, que l'on peut espérer de développer avec succès cette grande chaîne d'idées.
Si donc on ne vouloit agir et persuader qo a l'aide d'un moyen si compliqué, on laisseroit vides, pour l'instruction la plus essentielle, les quinze premières années de la vie; et Ton renonceroit ainsi, non-seulement à la morale de la jeunesse , mais encore aux longs et heureux effets des opinions d'habitude.
Ce seroit donc une faute essentielle que de se refuser à entrer dans le cœur des enfans avec toute l'autorité , avec tout le cortège de Timagination , que de se refuser à pénétrer ce cœur encore neuf et sensible , ce coeur de toutes parts ouvert , de se refusera le pénétrer des idées religieuses , de celles du moins qui peuvent s'unir à la grandeur et aux perfections d'un Être suprême , d'un Dieu le maître et l'ordonnateur du monde, d'un Dieu rémunérateur et vengeur, d'un Dieu qui, par sa puissance , assiste à toutes nos actions , à toutes nos pensées , et qui éclaire d'un rayon de sa resplendissante lumière les refuges obscurs et les détours secrets de notre conscience.
Et que penserons-nous encore , si , nous resserrant dans une seule classe de la société, nous appliquons ces dernières réflexions à tous les enfans nés de parens sans fortune ?
î^ous verrons que, leur éducation étant nécessairement circonscrite dans un petit espace de temps , une instruction morale séparée des idées et des images religieuses seroit pour eux absolument perdue. Et , au contraire , à l'aide de ces idées et de ces images, ils pourront se livrer de bonne heure aux travaux corporels , s'y livrer en entier, et conserver néanmoins , d'une éducation rapide et passagère^ des notions , des principes qui se convertiront en eux dans une sorte d'instinct ; et cet instinct , entretenu par le culte public, leur servira de guide. Oui , dépourvus de science , distraits par le besoin , distraits par l'infortune, ils pourront encore dire avec le psalmiste : O Étemel l ta parole est une lampe à mes pieds et une lumière dans mon sentier.
Vous donc qui pouvez les faire jouir de cette précieuse lumière ; vous qui leur devez une éducation ; vous qui la devez au nom de l'intérêt commun , au nom de la patrie , au nom des conventions tacites dont l'esprit social est formé ; vous enfin , les souverains interprètes
de tous les droits, acquittez soigneusement la plus importante de vos obligations ; et que des établissemens publics , sagement constitués , assurent à tous les enfans des instructions élémentaires de morale et de religion.
Votre indifférence vous rendrait un jour responsables des égaremens que vous seriez forcés de punir ; votre conscience au moins seroit effrayée du reproche que pourroit vous adresser un jeune homme traduit devant un tribunal criminel ; un jeune homme prêt à subir une condamnation rigoureuse. Quepourriez-vous répondre , en effet , s'il disoit : Je n*ai jamais été formé à la vertu par aucune leçon ; j'ai été dévoué à des travaux mercenaires ; j*ai été lancé dans le monde avant qu'on eût gravé dans mon cœur ou dans mon souvenir un seul principe de conduite : on m'a parlé de liberté, d'égalité; jamais de mes devoirs envers les autres ; jamais de l'autorité religieuse qui m'auroit soumis à ces devoirs : on m*a laissé l'enfant de la nature, et l'on veut me juger par des lois que le génie social a composées ; non , ce n'étoit pas avec une sentence de mort qu'il falloit m'enseigner les obligations de la vie ? Tel est le langage terrible que pourroit tenir un jetme honnne en entendant sa con-
damnation ; tel est le langage qu'il pourroit tenir dans un pays où aucune éducation publique, aucune éducation morale et religieuse ne seroit établie.
Sans doute , la vengeance publique est aussi un grand avertissement; mais elle doit former le complément de la politique sociale, et non son commencement, et non son unique ressource. C'est, pour ainsi dire, en larmes et en habits de deuil que les chefs d'un état doivent recourir aux punitions solennelles; ils doivent regretter avec amertume que leurs soins pour l'éducation publique n'aient pas été suffisans; mais si ces soins n'avoient pas existé, si l'on avoit cru pouvoir s'en passer, ou les réduire à desimpies raisonnemens dégagés des idées religieuses , quel reproche le législateur n'auroit-il pas à se faire ! L'épouvantable idée , si jamais elle étoit conçue , que de vouloir donner à une nation le glaive du bour-* reau pour unique éveil , et l'échafaud sanglant élevé sur les places publiques pour seule tribune d'enseignement , pour unique chaire de morale! Non, non, il faut instruire les enfans de bonne heure, et tandis que, par leur innocence , ils sont encore Vhéritage de rStemel.
Ne dites point que les idées religieuses sont trop hautes, trop sublimes pour être d*aucun Uvsage dans nos premières années. Sans doute, si Ton vouloit donner aux enfans des leçons de métaphysique transcendante , on se placeroit hors de l'atteinte de leur esprit ; mais les vérités religieuses propres à pénétrer leur âme d'un saint respect pour l'Être suprême , sont les plus simples de toutes; et c'est là une des merveilles du monde. La chaîne qui lie le ciel à la terre, la créature au Créateur, et l'existence connue à l'existence infinie , cette chaîne immense semble commenceppour nous par des anneaux dont la foible main des enfans peut se saisir; et Ton doit admirer à chaque instant comment tout est vaste et compliqué pour la science orgueilleuse, comment tout est simple pour le bonheur.
Le rapport de notre nature avec la foi religieuse se manifeste dès l'enfance, et peut-être avec des traits plus distincts que dans tout autre âge. Le besoin d'apptii , le sentiment de notre insuffisance, l'empressement à recevoir les idées de protection inconnue et de sauvegarde suprême; toutes ces dispositions dont notre premier instinct se compose, sont autant d'hommages secrets rendus à la Provi-
BE MORALE RELIGIEUSE. SSg
ence. Aacan effort n'est donc nécessaire
poiir attacher les enfans à la religion ; Far^
Imste qui par une loi primitive se tourne vers
le soleil, est un symbole de leur organisation
xnoirale.
Parlons-leur de bonne heure et avec respect 4l*on Dieu qui gouverne le monde; et que nos premiers enseignemens les aident à en recueillir de nouveaux , à chaque pas qu'ils feront dans la carrière de la vie : ils retrouveront partout la représentation des premières vérités dont nous aurons frappé leur entendement L'apparition de l'astre du jour leur annoncera la grandeur et la bienfaisance d'un Être suprême ; et Taspect de la terre , au moment où un voile ténébreux vient la couvrir , leur donnera l'idée de l'abandon où ils seroient réduits , si un Dieu plein de bonté ne renou- Teloit pas sans cesse les miracles de sa puis* sauce. Enfin, le cours des saisons , et toutes les beautés éclatantes de la nature , entretiendront en eux un sentiment de reconnoissance et d'adoration, pourvu que nous ayions pré* paré leur cœur aux impressions douces , dans l'âge où les plus légères semences prennent racine. Ah ! combien est aisée une éducation religieuse, près de nos besoins et de notre
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foiblesse, et au milieu des majestueux phénomènes dont nous sommes environnés !
Sans doute , il faut que cette auguste tâche soit confiée à des hommes dignes de la remplir, à des hommes pénétrés de Fimporlance de leur mission ; et il s'en présentera , lorsque le prix d'une éducation morale et religieuse sera généralement senti, et lorsque les ministres de cette éducation seront honorés. Il est indispensable surtout que les magistrats et les chefs de Fétat se montrent persuadés des rapports de la religion avec la morale , de la morale avec la politique; de leur étroite union, et du soutien que ces colonnes sociales se prêtent mutuellement.
Il est, je crois, des personnes d'une âme assez élevée , d'une conscience assez fière et assez indépendante pour se livrer aux devoirs de l'éducation publique , sans demander aa« cune récompense à l'opinion : mais de teb êtres sont rares, et comme il faut au milieu d'une grande population un nombre considérable d'instituteurs, si les che& de Tétat laissent tomber la monnoie de l'estime et de la considération , il n'y aura plus d'éducation publique, ou elle existera sans émulation et sans vie.
C'est donc le connneocement de tout, que de croire à riuiportance de la morale religieuse ; car jamais on ne peut mettre en action , et en action Tigonreuse , ce qu'on n'a pas dans le cœur et dans la pensée. Ah ! tous qui seriez encore en doute , en étudiant un si grave sujet, hâtez-vous d'embrasser une opinion nécessaire , et n'attendez pas que la gé' nération nouvelle vous présente le spectacle d'une jeunesse sans frein , sans retenue , et livrée également à la licence des principes et an libertinage des mœurs. Vous aurez jeté les rênes sur les coursiers , et vous ne pourrez les reprendre quand vous le voudrez. Vous multiplierez les lois, les punitions; vous serrerez de toutes parts les nœuds du despotisme ; et des essaims d'indépendans , des recrues successives d'écoliers affranchis et de petits philosophes personnels échapperont à vos efforts répressifs.
Vous donc qui avez la chaige du gouvernement , facilitez votre œuvre en veillant avec intérêt à la culture de l'esprit et du caractère des enfans. Faites qu'ils reçoivent une bonne éducation avant l'époque où les inclinations se fixent; faites que des principes de morale et de religion , gravés ou empreints dans leur
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cœur, les mettent dans le sens des lois, les préparent aux vertus sociales.
N'en doutons point, c'est une éducation de ce genre , qui , en adoucissant les mœurs , en nous imposant une règle dès nos premiers pas dans la vie, établit ainsi une proporlion entre la force limitée des gouvernemens et la puissance des individus soumis en si grand nombre à une seule autorité. Oui, la morale religieuse mène les enfans au-devant des idées d'ordre et de subordination ; au-devant des idées qui permettent aux gardiens delà sûreté publique d'exercer leurs fonctions suprêmes sans effort, sans violence et sans tyrannie.
Que tous les hommes cependant , tous les pères de famille riches ou pauvres, distingués ou non dans l'ordre social par des rangs ou des primautés, que tous se souviennent de l'influence d'un long exemple sur la conduite et le caractère des enfans. C'est une leçon de morale imposante que le spectacle des vertus d'un père, des vertus d'une mère , et de l'amitié sainte dont ces vertus ont formé le lien. Et en général, l'exemple, cet enseignement en tableau , est plus sûrement persuasif, plus efficace que les paroles.
Les enfans n'imitent pas nécessairement les
BS MORALE RELIGICTSE. 363
modèles placés devant leurs yeux ; mais lorsque ces modèles leur ont été présentés de bonne heure et sans interruption, lorsqu'une habitude de respect s'est unie à leurs premiers sentimens , lorsqu'ils ont respiré dans la maison paternelle comme une atmosphère de moralité , il est rare que ces impressions ne modi* fient pas leur âme, ne leur transmettent pas un instinct d'honnêteté , un instinct qui devient leur guide fidèle , ou qui reprend son autorité , même après les combats , même après les victoires momentanées des passions.
Heureux , heureux les pères qui , trouvant dans leurs en£ins une âme <:andîde , des affections pures et des dispositions généreuses, peuvent les guider sans effort et sans des admonitions continuelles. Laissez alors , laissez s'élever de lui-même ce beau jet d'une heureuse nature , et n'y portez la main qu'avec délicatesse.
Pères et mères , qu'il nous est doux de ramener ainsi votre attention vers les belles paroles de notre texte : Voici, les enfans sont un héritage de VÉiemel. Ah ! qu'un beau motif, indépendant des choses humaines, un superbe encouragement tous est présenté :
Voici, les enfans soni un héritage de VÉiemeU
ÉveilIez-vous à ces paroles de consolation :
Les enfans sont un héritage de V Étemel. Oui , les enfans, vos enfans, appartiennent au Sei* gneur ; il regarde des cieux leur tendre innocence , et il 4es aime comme un ouvrage de ses mains qu'aucun vice, qu'aucune pensée impure, n'ont encore souillé.
Ils nous seroient étrangers, ces enfans, que nous devrions les chérir , puisque leur sérénité, leur douce joie, en entrant dans la vie, nous est un gage des intentions bienfaisantes du souverain Auteur de notre existence.
L'homme fait semble avoir mis la main à sa fortune, et ce qu'il est se ressent de l'imperfection de l'ouvrier : mais l'enfance nous présente ce premier trait du Créateur, auquel notre aveugle ambition n'a point encore touché. O charmes du jeune âge ! que mettronsnous en parallèle avec vous ? La nature seule, la nature dans sa beauté naissante; la nature, lorsque les brillantes fleurs du printemps viennent parer la terre , viennent former l'émail de nos prairies.
C'est pour nous consoler d'être éloignés de l'époque où notre enfance, recevant immédiatement les dons du Créateur, sembloit si près de lui , que Dieu nous accorda l'espérance re-
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lîgiease; cette première espérance qni nous montre en perspective ie temps où nous retournerons à l'Être des êtres , à notre Père c^éleste.
L'enfance, difFérerament douée, n'a pas besoin de regarder Ta venir; elle est tout entière à la félicité qui lui a été composée , et son imagination , comble, pour ainsi dire, ne pourroit accepter une jouissance de plus.
L'enfance , on le croiroit , Taimable enfance , est encore sous les ailes de l'ange qui Ta conduite sur la terre. Hélas ! cet ange protecteur la quittera comme il nous a quittés; il la quittera à l'heure où notre raison demandera d'entrer en autorité ; à l'heure où , selon les lois de notre destinée , nous devons nous essayer seuls dans le combat que nos passions nous livrent Mais au milieu de ce grand mystère , il vous suffit , pères et mères , de recon- Doître que les enfans , vos enfans , appartiennent au Seigneur. Soyez joyeux de cette pensée; soyez heureux de connoitre, heureux au moins d'espérer, que vous cultivez V héritage de V Étemel en cédant , en obéissant aux plus doux mouvemens de votre âme.
Tendres mères! vous qui êtes appelées les premières au soin de cet héritage , l'amoiur si
passionné que vous ressentez pour vos enfans est un présent du ciel ; vous ne Tacquérezpar aucune réflexion ; il ne s'empara de vous par aucun effort; et cet amour inné, cet amour qui paroit une essence de notre nature, doit être en votre cœur un germe d'espérance; car il vous avertit que toute la terre est sous la protection d'un pareil amour, de l'amour céleste , de cet amour qui a donné la vie à la race humaine ; de cet amour gratuit et généreux dont le sentiment des pères n'est au mi« lieu de nous qu'une imparfaite image.
Et je vais un moment plus loin : un attrait impérieux, une sorte d'instinct nous attache aux enfans , à ces êtres foiblcs «t craintifs qui cherchent dans nos bras leur asile. Qui sait si, malgré notre âge, nous ne sommes pas toujours des enfans aux yeux d'un être sans commencement et sans fin , et des enfans dont il prend pitié, nonobstant leurs folies et leurs égare m en s ?
Nous ne pressons point cette idée; c^est une lueur, une simple lueur, et nous la réunissons dans notre pensée aux divers rayons qui colorent notre avenir.
O Dieu ! combien , au milieu des obscurités dont nous sommes environnés , il doit nous
être doux d'entendre dire : Voici y les enfans sont un héritage de V Étemel. Hélas ! nou^ le reconnoissons ; nous n'avons plus leur innocence, nous en avons perdu le mérite et le charme; mais si, en ouvrant nos yeux à la lumière , si , dès nos premiers pas dans la carrière de la vie, nous avons été votre héritage^ ô Éternel ! qu'il nous soit encore permis de rappeler ce titre glorieux, ce titre d'un moment à votre bonté : c'étoit une charte de grâce et de miséricorde, et en y recourant, nous la déposons avec humilité aux pieds du trône de notre souverain Maître.
Et vous enfans , foibles enfans , venez contempler rabaissement de notre orgueil ; c'est votre intervention que nous réclamons, et c'est en elle que nous plaçons notre confiance; venez et marchez devant nous, lorsque nous allons à l'autel de notre Dieu , lorsque nous nous présentons à l'entrée de ses tabernacles. Venez, dans toute votre simplicité, et que la blancheur de vos vétemens , ce signe de votre innocence , devienne l'étendard de nos espérances. Oui , les voilà ces enfans qui sont Vhéritage de V Éternel. Hélas ! nous ne craindrons point leur témoignage; ils sont les seuls êtres sur la terre à qui nous n'avons
point fait de mal. Vous le direz, enfans, si Yolis quittez avant nous ce lieu de passage ; vous le direz, si vous êtes questionnés au nom de notre grand juge. Nous sommes de votre race , et nous fûmes un jour ce que vous êtes; mais le monde et ses vanités nous ont changés, et nous ne savons pas si nous sommes encore Vhéritage de V Étemel. O Dieu ! que votre bonté nous tende la main ; que votre bonté soit propice à nos timides prières!
Hélas! nous ne pouvons plus recouvrer les années que nous avons perdues ; nous ne pouvons plus les transformer en occasions de vous plaire , en voies d'espérance et de salut ; le temps en est passé , il ne reyîondra plus ; mais nous vous offrons à genoux nos regrets et nos repentirs. Puissent nos larmes amères nous tenir lieu de purification , et nous faire, à vos yeux, des hommes nouveaux , afin qu'il nous soit permis de suivre ces enfans, ces heureus enfans que vous appelez à vous ; afin qu'il nous soit permis d'entrer avec eux dans la retraite des élus , et de nous écrier tous ensemble, avec une sainte allégresse : Yoici, voici les enfans qui furent et qui sont encore thé* ritage de t Étemel ! '
DISCOURS III
Obligations des enfans envers leurs pères.
£t que leur rendras-tu en récompense , au prix de ee qu'ils
t*ont donné ? RerUxiaxte , Chap. 7, *. 28.
Sr les hommes étoient appelés à faire un choix entre les différentes vertus ; si, par une supposition qu'on nous permettra, ils étoient réduits à en garantir une seule contre une subversion universelle, à en sauver, pour ainsi dire, une seule d'un déluge moral; celle qu'ils devroient préserver, celle qu'ils devroient placer dans l'arche conservatrice, ce seroit la reconnaissance; oui, la reconnoissance : car, fortement et généralement sentie , elle nous prépareroit à tous nos devoirs , et deviendroit le principe du bonheur individuel, du bonheur domestique et du bonheur «ociaL
C'est la nature même qui a donné l'initia**
tive des vertus humaines à la reconnoissance.
Le sentiment que les bienfaits de nos parens
nous inspirent , forme en quelque manière le