‹ Œuvres complètes de M. Necker (volume 3)Chapitre 3 sur 18 · SECTION PREMIERE · texte numérisé non relu

SECTION PREMIERE

BASES DE LA EEUGIOV VATUEEI.I.E ET DE LA MOEALE.

DISCOURS PREMIER

De l'existence d'un Être suprême.

Et l'Étemel dit 4 Mo!«e : Je suis eeùti qui suis. Il dît : Tu ainsi aux enfans d* Israël , celui qui s'appelle Je sais m*a envoyé '»er$nnHu. Exode , Chap. 3, f^. i4-

LoESQUE nous entreprenons de traiter le grand, le majestueux sujet empreint si fortement dans les belles paroles de notre texte, une première réflexion se présente à notre esprit, et nous nous étonnons un moment de voir les hommes, cette race dispersée sur Fun des globes innombrables qui remplissent les voûtes célestes , de voir cette peuplade que notre terre entraine dans sofl cours , de voir enfin des créatures sans force et sans durée , des créa* tures qui s'ignorent elles • mêmes , discuter

44 COUBS

cependant Texistence d'un Dieu suprême , et quelquefois la mettre en doute avec hardiesse. On est effrayé de voir de foibles mortels interroger l'esprit qui les régit ; et , du milieu de leur vie d'un moment, appeler en cause et en jugement les temps et l'éternité. Mais cette raison , dont nous faisons usage dans nos recherches et dans nos méditations , cette raison superbe est un don du ciel, et il nous est per* mis de la laisser aller où elle peut atteindre. Ah ! n'en doutons point , elle nous rendra respectueux envers la religion ; elle nous retiendra près des autels d'un Dieu unique et suprême ; d'un Dieu l'ordonnateur souverain de tout ce qui vit , de tout ce qui existe , de tout ce qui se passe et sur cette terre, et dans les régions célestes, et dans l'immensité de l'univers. Développons cette vérité , en rapportant nos réflexions aux paroles de notre texte:

jilors Dieu dit à Moïse : Je suis celui qui suis. Il dit : Tu diras ainsi aux en/ans d* Israël^ celui qui s^ appelle Je suis m* a envoyé vers vous.

Je suis celui qui suis. Qu'elle est grande , qu'elle est imposante, cette expression , pour nous donner une idée de l'essence du Créateur et du Maître du monde ! C'est comme s'il eût été dit aux enfans d'Israël , et par eux à toute

DE MORALÏ BELIGIEUSE. '^

la terre : Aucune définition , aucune image , ne peuvent expliquer à votre esprit, ne peuvent représenter à vos sens un Être éternel , un Être infini, qui a mis une distance immense entre lui et le plus haut période de vos facultés morales ; entre lui et le dernier terme des recherches et des conquêtes du génie.

Oui , les cieux des cieux sont entre Dieu et rhomme; quipourralesfranchir? Hélas! notre propre intelligence , nous ne pouvons Tenten*dre ; notre volonté est un secret dont nous ne pouvons pénétrer l'organisation ; et l'essence de notre liberté est de même hors de notre atteinte. Nos propriétés naturelles, nos qualités les plus magnifiques, sont déposées eh nous sous le sceau de TÉternel ; nous ne pouvons le rompre. Oui, Thomme médite, l'homme réfléchit ; mais la spiritualité qui forme sa pensée lui est inconnue : il choisit, il délibère, il hésite , il compare , il se résout ; mais il ignore, et comment ses pouvoirs sont guidés , et par quels moyens ils se succèdent : enfin l'homme aune volonté , et ses forces vitales y obéissent; mais le principe et le développement de ce phénomène sont des secrets pour lui. Et sUl essaie de pénétrer le mystère de son intelligence , s'il essaie de monter , pour ainsi dire^

Page 1