‹ Œuvres complètes de M. Necker (volume 3)Chapitre 4 sur 18 · COUR · texte numérisé non relu

COUR

à la cime de son esprit pour observer Vorigine et Taction première de la pensée i il éprouve k Finstanl sa foiblesse et Tinutilité de ses tentatives. On diroit qu'il y a là, sur les hauteurs de noire empire intellectuel , des gardes qui en défendent Tapproche et qui semblent nous dire : Ici sont les premiers symboles de Tes* sence mystérieuse de la Divinité; Tabord en est interdit aux foibles mortels ; attendes le jour solennel des grandes révélations , Tépoque et le temps où vous serez promus à des con« noissances nouvelles.

Cependant, si telle est la consigne im« muable qui, au dedans de nous-mêmes, arrête nos recherches et borne nos conquêtes, com« ment nous formerions-nous une idée de TÊtre suprême ?

Nous ne pouvons le concevoir, ce grand Être , le Dieu unique , le Maître de la nature; nous ne pouvons le concevoir , nous ne pouvons en parler qu'en empruntant des expressions dont le sens vague dépasse notre pensée. Et en est-il aucune, entre ces expressions, en est-il aucune où la majesté paisible de TÉter» nité soit plus fortement empreinte que dans les paroles de notre texte? « Alors Dieu dit k « Moise : Je suis celui qui suis. »

« DE MOBALE RELIGIEUSE. 4?

Les siècles se sont écoulés, depuis Fépoque sacrée où Moïse insf ruisoit les Hébreux au nom de l'Éternel, et dans riotenralle qui sépare cette époque de l'âge présent , les connois* sances se sont étendues, les découTertes se sont multipliées , et avec un tel progrès , que le résultat a donné de l'oi^eil aux en£sins des hommes. Ils ont cru , ils croient encore témérairement , qu'aucune vérité ne peut échapper à leurs recherches ; et cependant les paroles de notre texte renferment toute leur science sur l'Être suprême , ils ne peuvent rien dire au-delà.

Nous venons toutefois vous entretenir aujourd'hui de cet Être infini , notre Dieu , notre Maître , l'objet de notre culte et de notre premier respect ; nous venons vous retracer les preuves de son existence , et raffermir votre confiance dans une vérité qui est le commencement de toutes les idées religieuses , le principe de nos devoirs , la source de nos espé^ rances.

Hélas! fut'il jamais une époque où cette méditation ait paru plus nécessaire , où elle ait été plus appelée par les circonstances et par l'esprit du temps? Exista-t-il jamais une époque où l'on ait éprouvé davantage le besoin de

retremper les armes de la foi , et de donner au courage de la piété de nouveaux moyens de défense contre les attaques des ennemis de la religion , contre la philosophie destructive des uns, et l'indifférence licencieuse des autres ?

Oui , il existe, ce Dieu que l'univers atteste; il existe, il se montre avec magnificence , et dans la splendeur des cieux et dans les richesses de la terre. Partout on voit l'empreinte d'une intelligence suprême , l'utilité dans le but, l'ordre dans l'exécution , l'harmonie dans l'ensemble.

Racontez«nous les plus grandes merveilles, vous qui avez su découvrir la marche régulière des globes célestes , vous qui les suivez dans leur cours , vous qui voyez , qui contemplez avec admiration la ponctuelle obéissance de leurs mouvemens à une loi simple et majestueuse. Annoncez - nous les plus grandes merveilles , vous qui vous êtes placés , par votre génie , au milieu des astres lumineux dont le firmament étincelle; au milieu de ces soleils innombrables qui servent à éclairer des sphères planétaires , à diriger leur rotation et à les rendre habitables ; à éclairer partout des êtres animés , des êtres sensibles, et plus sages, peut-être, plus reconnoissans que nous. An<-

DE KOBALE HELIGIEUSE. 49

noncez encore les plus grandes merveilles , TOUS qui , par des calculs astronomiques , les uns positifs, les autres conjecturais, nous présentez comme vraisemblable Texistence de cinq cent millions de masses terrestres parcourant dans une orbite elliptique la vaste étendue de notre système solaire (*) , et qui nous montrez ainsi le rapport de cet immense espace avec la multiplication des êtres , avec ce but si superbe et si généreux. Annoncez enfin les plus grandes merveilles , vous qui , secourus par de nouveaux instrumens, avez déjà reconnu d'une manière certaine et dans une petite portion du firmament, cent seize mille étoiles fixes ; dites qtte si les autres parties de lasphèrecélesteétoient également peuplées, on pourroit croire à Texistence de près de quatre milliards huit cent millions d'étoiles fixes, visibles de notre globe, et visibles à Taide seulement du meilleur des télescopes connus ; et que si ces quatre milliards huit cent millions d'étoiles fixes, ces quatre milliards

(*) Voir le Système du monde , ouvrage de Lambert , puMié par Mërian. C'est à la partie de ce Système , relative aux comètes , qu'on applique ici le mot de co/i/Vctural.

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huit cent millions d'astres de feu avoient , comme notre soleil, cinq cent millions de masses terrestres à mouvoir et à éclairer , le calcul et son résultat seroient presque effrayans. Et néanmoins tout marche , tout procède avec ordre et sans confusion, dans Tespace assigné à. ces globes innombrables. Enfin une lueur s'aperçoit au-delà des limites ou Tart des astronomes a pu s^ëtendre , et cette lueur nous annonce des soleils encore inconnus ; elle nous annonce des mondes nouveaux et la prolongation de Funivers.

Nous ne sommes donc , avec tous nos pas en avant , qu'aux premières barrières de Timmensité, et sur le seuil de ses portes. C'est uniquement à notre imagination qu'il appartient de s'en former une idée. Et que dis-je encore? cette imagination elle-même n'est qu'un organe moral dont l'action est de beaucoup dépassée par l'imagination des élres mieux doués que nous. Et les tableaux que se forment tous les mortels disséminés dans l'univers ne sont rien peut - être auprès des perspectives qui appartiennent aux esprits célestes; et celles-ci rien encore auprès des réalités dont un seul Être a la science. O grandeurs incommensurables ! nous manquons de

BE MORALE BEUGIEtFSB.' 5l

signes poor les tracer et d'expressions pour marquer notre étonnemeat. Abîmes que nous ne pouvons sonder! hauteurs que nous ne pouvons atteindre! Espaces, nombres, temps, que l'infini déyore, tous êtes pourtant, dès les commencemens, par-delà nos regards, par-delà notre pensée; mais notre ignorance , comme notre savoir , nos vaines recherches comme nos premiers succès, tout nous appelle également à baisser un front respectueux devant les ouvrages de TÉternel. « Alors Dieu dit à Moïse : c Je suis celui qui suis. Il dit aussi, tu diras aux c enfans d'Israël celui qui s'appelle Je suis m'a m envoyé vers vous. »

Nous avions à pénétrer vos cœurs, nous avions à remplir votre pensée d'une puissance infinie ; et nous avons d'abord élevé vos regards vers ces hauteurs où les grandes masses de l'univers, où des terres et des soleik sans nombre annoncent par leur ordonnance et par leurs mouvemens réguliers une volonté souveraine , une intelligence parfaite. Cependant nous n'avions pas besoin de ces majestueux phénomènes pour éveiller votre attention et pour vous unir par un saint respect à l'idée d'un Être suprême ; car des miracles de science et des secrets magnifiques sont autour

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de nous ; et le moindre de toas suffit pour accabler notre entendement

Il y a des systèmes de vie , des systèmes de végétation plus admirables encore que les systèmes solaires ; et Tinfini se découvre dans la diminution successive des grandeurs, comme dans leur extension continuelle.

Nous marchons en maîtres sur cette terre abondante en richesses, et nous ne saurions répondre aux brins d*herbe que nous foulons de nos pieds, s'ils nous interrogeoient sur le principe de leur organisation et sur le genre d'action ou de mouvement qui les (ait sortir d'un germe inanimé, qui détermine leur croissance , vivifie leur tissu, anime leurs veines, diversifie leur coloris, et les abandonne ensuite à une puissance destructive , à une puissance également inconnue, qui les flétrit et qui les dessèche. Ah ! tout est obscurité pour rhomme, quand il entreprend d'expliquer les premiers secrets de la nature; mais le but a été mis en dehors , et les causes finales ne nous sont point cachées.

Ce but est le bonheur des êtres animés, et nul autre terme ne s'offre à nos regards, au milieu du monde que nous habitons. Nous ignorons le principe des forces concurrentes

qui meavent avec harmonie la multitude in« nombrable des sphères célestes ; mais nous voyons que la distance établie entre notre terre et son brûlant soleil assure avec préci-* cision le degré de température nécessaire au maintien de notre existence. Nous ignorons les propriétés élémentaires des rayons- de lumière qui viennent éclairer notre demeure ; mais nous savons que leur ténuité est exactement proportionnée à la délicatesse de notre vue , et nous pouvons nous étonner que les émanations d'nne masse de feu , dont la circonférence est d'un million de lieues, se trouvent en rapport parfait avec ce champ de quelques lignes dont la prunelle de notre œil est formée , qu'elles y soient encore avec ce point imperceptible , le foyer visuel des insectes découverts par nos microscopes; avec le foyer visuel de L'animalcule vingt*sept millions de fois plus petit que le ciron.

O prodiges ! prodiges l et qui passent notre entendement. Mais tout se fait dans l'univers^ tout s'explique par deux, principes éternels ; la toute puissance du Maître, et son immense bonté.

Encore un moment de votre attention avant de quitter, sur. un si beau sujet, les témoi-

gnages de la nature. Nous ignorons par quelle impulsion notre terre tourne sur son axe , el poursuit en même temps avec rapidité son cours annuel autour du soleil ; mais ne ver* rions*nous pas avec surprise que les habitans d'une demeure en si grande agitation n'entendent aucun bruit, n'éprouvent aucune sensation pénible , et pourroient tous imaginer qu'ils sont placés dans un monde contenu par une ancre, ou reposant sur des colonnes immobiles ?

Qu'une autre combinaison singulière attire encore notre attention. La terre, par son mouvement diurne sur elle-même, laisse tour k tour sans clarté l'un de ses hémisphères , et cette alternative répond au besoin que nous avons tous d'abandonner le travail pour nous livrer an sommeil. Ainsi , non-seulement rien n'est mal , mais rien n'est perdu pour le grand but que nous supposons au régulateur des mondes , au maître de nos destinées. Majestueuse vérité f qui reparoit sans cesse dans le tableau de la création I

Regardons maintenant autour de nous , et nous apercevrons partout que l'Être suprême, en se couvrant d'un voile aux regards curieux de notre esprit ^ s'est communiqué sans ré-

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serve à nos senfimens et à notre amour. Nous ne connoissons pas les lois mystérieuses de laTégétation, mais chaque année neusToyons la terre se plaire à charmer nos sens , en renouvelant pour nous sa brillante parure; nous la voyons plus généreuse encore, et ponctuelle dans ses bienfaits, nous prodiguer aux mêmes saisons les fruits nécessaires à notre subsistance; et comme une tendre mère, se défiant de notre inconstance ou de notre satiété, elle varie ses dons et les distribue encore dans Tordre de succession le plus conforme à nos vœux et à nos besoins. Les plus douces sensations nous appellent à en jouir, mais nous sommes avertis de n'en point abuser par un instinct fidèle et toujours éclairé* £t c^est ainsi que d'autres éveils, inhérens également à notre nature, nous garantissent des dangers , nous servent de défense ou de précautions; et qu'indépendans du raisonnement, ils diminuent la tâche de nMre esprit dans le gouvernement de nous-mêmes.

Quels nombreux et riches détails ne trouverions-nous pas encore dans la belle ordonnance de la nature , qui tous nous rappelleroient à l'existence d'une souveraine intelligence ! La terre en est parsemée ; et, depuis la

source des fleuves y depuis les hauteurs des montagnes jusqu'aux profondeurs souterrai* nés où les métaux sont enfouis, on trouve à chaque pas, non-seulement des merveilles éparses , mais encore des systèmes complets de sagesse dans tous les genres de productions.

Mais tant de phénomènes, dont un seul pris au hasard seroit un sujet perpétuel d'étude et d'admiration ; tant de phénomènes et tant de prodiges, que sont-ils tous ensemble près du miracle de l'homme et de son intelligence ? II remplit , ce miracle , et bien au-deli , toute notre capacité de voir et d'observer; et il épuise àl'instant notre méditation. L'homme est nous, et nous ne pouvons l'entendre; l'homme est nous , et nous ne pouvons l'étudier qu'imparfaitement. C'est en lui toutefois, c'est dans son incompréhensible nature , que nous voyons paroitre l'image confuse d'un Être créateur, d'un Être ordonnateur, d'un Être au-dessus de ses œuvres !

Sans doute avant l'homme, ou à part de lui , il a pu exister un spectacle abondant eu merveilles; mais pour approcher de l'idée d'un Dieu, il falloit un exemple de l'intelligence, et l'homme nous l'a donné ; il falloit un exern*

pie de l'esprit d'ordre et de combinaison , et rhomme nous Fa donné; il falloit un exemple de la mémoire et de la prévoyance , et l'homme nous l'a donné; il falloit un exemple de la liberté , et l'homme nous l'a donné; il falloit un exemple de la volonté, et l'homme nous l'a donné; il falloit enfin , et par-dessus tout, un exemple de la puissance active de cette volonté, et l'homme encore nous Ta donné.

Ah ! qu'il est imposant, un pareil exemple , pour amener et pour fixer la croyance dans l'existence d'un Dieu. Et déjà nous serions étonnés et presque épouvantés, si, après avoir étendu , multiplié dans notre imagination les dons , les pouvoirs et tous les riches attributs de notre nature, nous les rassemblions dans un seul Être. Cependant , au milieu des mondes innombrables qui remplissent les voûtes célestes , et à la vue d'un temps , d'un espace sans bornes, comment oserions-nous penser que nous sommes à l'extrémité de la chaîne, en aucun genre de facultés? M'en doutons point ; si l'on s'adressoit à des êtres habitans de quelqu'une des planètes dont le firmament est parsemé ; à des êtres nos égaux ou nos supérieurs en intelligence , mais doués d'une

nature différente de la nôtre, ils regarderoient peut*étre comme fabuleux, comme încom« préhensible, tout ce qui leur seroit raconté d'étranger à leurs notions et à leur expérience. Et, sans étendre si loin la supposition , sans porter nos regards au-delà de notre globe, au-delà de notre ile aérienne, ne savons*nous pas qu'au milieu de nous l'homme de génie est un être inconnu pour le plus grand nombre de ses spectateurs ; et si nous pouvions connoitre l'opinion d'instinct ou de raisonnement qui appartient à l'abeille , noas verrions l'industrieuse ouvrière, éprise-de son talent et fière encore de son agilité , considérer sa ruche et le cercle où elle voltige comme le but de la création et les limites du monde.

Cette dernière réflexion nous donne une idée juste de l'orgueilleuse vanité des philosophes de notre siècle. Ils mesurent , ils apprécient tout avec leur raison , cet instrument imparfait dont ils ont l'usage; et là où les forces de leur intelligence s'arrêtent, ils marquent le terme des miracles de la nature , ils fixent des bornes à l'infini. L'homme a sa ruche comme l'abeille, et il la prend aussi pour l'univers dans les momens où il dénie l'existence de tout ce qu'il ne sait point

Cependant , au milieu de notre demeure , nous sommes témoins de tant de merveilles , que si nous n'en avions pas Thabitude , et si nous les avions découvertes par succession , aucun des doutes de l'incrédulité n'auroil combattu les opinions religieuses.

Tous , en effet , à qui l'observation d'un phénomène éclatant y mais isolé, n'auroitpas inspiré l'idée d'une cause première, ne l'auriez-vous pas adoptée, ne l'auriez -vous pas ùât avec transport , au moment où une harmonie universelle seroit devenue le résultat des élémens et des forces de la natnre ?

Vous à qui cette harmonie n'eut pas encore suffi, et qui auriez demandé, pour condition de votre foi , d'apercevoir un but moral près des magnificences du monde physique , n'auriez-vous pas été satisfaits; n'auriez-vous pas été pénétrés d'une religieuse admiration , en apprenant que la terre se couvroit d'êtres animés, d'êtres doués de divers sens, l'origuie on l'appel des jouissances les plus variées ? N'auriez-vous pas été satisÊiits , n'auriez-vous pas été pénétrés d'admiration, en voyant tons les miracles de la terre , tous les miracles de l'univers correspondre immédiatement avec la félicité de l'homme, et en voyant ainsi le

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système des causes finales se développer et s'étendre d'une manière universelle , et avec autant de régularité que de précision?

Et vous encore , vous qui, pour être entièrement persuadés de l'existence d'un ordonnateur suprême, auriez osé former un vœu déplus, quel eût été ce vœu ? Nous le cherchons et nous le présumons. Vous auriez demandé quelques notions sur un phénomène prodigieux sans doute ; vous auriez demandé s'il étoit concevable qu'un Être, par Tacte seul de son commandement, pût diriger, modifier, animer les élémens, les atomes, l'esprit et la matière. Et nous nous représentons votre extase, au moment ou vous auriez vu les niouvemens et les actions de l'homme obéir k l'instant ; obéir avec la rapidité de l'éclair à tin simple désir, à un simple souhait, à cette autorité mystérieuse que nous avons appelée la volonté.

Enfin , pour dernier terme à votre étonnement, et pour combler en quelque manière le vague de votre imagination , on vous auroit montré les globes innombrables qui peuplent la voûte céleste; on vous auroit appris que ces globes lumineux sont autant de soleils destinés , selon les apparences , à éclairer des

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mondes habités; habités , comme la terre , par des êtres intelligens ; et que j de nous à oes êtres , et des uns aux autres , il existe peutêtre des d^rés de facultés qui atteignent par leor succession à une connoissance distincte do Dieu de Tunivers.

iTen doutons point; si des observateurs philosophes avoient assisté au déreloppement qoe nous venons de supposer, à ce développement graduel du système du monde , ik seroient devenus les plus fervens adorateurs d^un Être suprême. Mais le miracle de la nature s'est offert à leurs regards dans son entier; leur esprit, s'y accoutumant de bonne heure , a considéré ce miracle comme un fait simple ; et jamais un mouvement de surprise n'est venu les exciter à contempler l'Étemel dans ses œuvres. Étudiez-les , ces œuvres magnifiques , et suivez-en le cours majestueux ; étudiez-les, et vous verrez que l'existence d'un Dieu nous a été annoncée dans la forme la plus solennelle , et avec l'éclat qu'exigeoit une proclamation de la première des vérités.

Et s'il est un dernier mot qui nous manque encore , il nous sera dit au temps marqué par la sagesse étemelle.

Devancez ce temps par votre pensée , et en

VOUS aidant de tous les moyens d'instruction qui vous ont été donnés. Votre esprit , votre sentiment, votre conscience, seront pour vous des sources de lumières ; écoutez ces inspirations secrètes qui vous annoncent l'existence d'un Dieu protecteur; écoutez cet instinct qui vous fait chercher un ami dans le ciel, lorsque les hommes vous oppriment; et ne disputez jamais dans votre cœur contre les impressions qui vous ramènent, de tant de manières , à Tidée d*un Être suprême.

C'est ici, toutefois, que nous croyons en* tendre les athées nous adresser un reproche , et nous dire : Nous craignez-vous , que vous n'osiez faire entendre notre principale objection contre l'existence d'un Être suprême , et contre toute espèce de système religieux?

Nous leur répondons : Sans doute, on doit vous craindre, puisque vos argumens, vos paroles blessent notre sentiment, et s'attaquent à tout ce que nous avons de plus cher; mais nous ne voulons pas dissimuler votre raisonnement aux fidèles qui nous écontent.

Appelés qu'ils sont à vous entendre, à vivre près de vous et au milieu d'une société que vos leçons, que vos doutes corrompent, ils ont besoin peut-être d'un soutien ; et leur

ami, leur pasteur, doit leur prêter assistance. Plus heureux pourtant les hommes qui , soumis sans réserve aux principes de la piété, ne se mêlent jamais aux conversations des philosophes du siècle , n'entrent jamais en lutte avec eux , et suivent avec sécurité les inspirations d*un cœur sensible , et les avertissemens d'une conscience éclairée par une lumière céleste.

Ils disent , les che& d'une secte infortunée, ils disent que la beauté du monde ne leur échappe point; qu'ils j découvrent aussi un rapport entre le but et les moyens , un ordre admirable dans la succession des effets et des causes, une harmonie générale dans l'ensemble ; mais ils ajoutent qu'ils ne rejettent pas moins l'idée d'un Dieu créateur, puisqu'aucune matière, aucun corps, aucune chose ne peut sortir du néant ; qu'ainsi tout ce qui existe doit exister de tout temps , et sans la médiation d'un Être éternel : quelquesuns seulement se bornent à admettre l'éternité d'une matière divisible à l'infini , et attribuent ensuite au hasard , secondé par des chances innombrables, la formation de l'univers.

Observons d'abord que les deux supposi-

lions se rapportent à un même système , à Téternité du monde. Car une matière organique propre à servir d'élément à toutes les forces productrices de la nature , propre encore à composer des êtres animés, à créer des penseurs et des pensées ; une telle matière , existant de tout temps, seroit un phénomène peu différent de l'éternité du monde. Et où placeriez-vous en imagination l'époque de cette conversion d'atomes en mondes réguliers ?

Choisissez un moment; il sera toujours tardif d'une éternité ; car tous les momens ont une éternité qui les précède y comme une éternité qui les suit.

C'est donc uniquement l'éternelle existence de l'univers qu'il faut mettre en parallèle avec l'éternelle existence d'un Dieu créateur.

Vous ne comprenez pas, dites-vous, comment aucune puissance auroit eu la faculté de faire sortir la matière du néant; mais quand vous la rendez éternelle, cette matière, vous accablez aussi notre entendement. Le néant, il est vrai , n'est plus alors à la vue de notre imagination , mais il demeure en abstraction le cercle idéal d'une existence éternelle. Noire esprit va toujours le chercher, ce néant primitif, tant l'absence d'un commencement dans

les objets successifs et variables , dans les objets de notre nature , est une proposition que nous ne pouvons saisir. Nous reculons le passé pour y parvenir; et en arrière des temps que nous connoissons , nous rattachons des jours à des jours ; mais nous n'allons pas loin dans cette marche rétrograde de notre esprit, et nous apercevons bientôt le dernier terme de nos efforts.

Cependant les athées se placent avec avantage, lorsqu'ils attirent le combat sur les bords de l'infini ; car là toutes les pensées des hommes deviennent égales, tant elles sont en disproportion avec l'objet de leur méditation !

Qu'il nous soit donc permis , en descendant d'un degré de la plus haute métaphysique, de rendre ainsi notre discussion moins vague et moins abstraite.

C'est l'apparition hors du néant des premiers élémens de ]a matière que les ennemis de la foi , que les athées rejettent comme inconcevable. Nous supposerons donc, pour un mo* ment, l'existence éternelle de ces premiers élémens; et nous dirons , que cette hypothèse ne seroit point en opposition avec l'existence d'un Être suprême. Oui , nous aurions égale- XIII. 5

ment notre Dieu , lorsquHl seroit seulement le régulateur des cieux et de la terre, Tordonnateur des mondes et de Tunivers, Tàme et le mouvement de tout ce qui respire, le maître souverain de nos destinées. Oui^ nous aurions également notre Dieu , lorsque les premiers matériaux de ses oeuvres seroient en coinci-* dence avec son existence éternelle.

De quel argument alors se serviroit-on pour défendre le dogme de l'athéisme ? £ssaieroit-oa de nous persuader qu'un ordre parfait , existant de lui-même, fût une supposition plus vraisemblable qu'un ordre parfait allié à une puissance morale, à une puissance éclairée, et fixé, soutenu par elle ? Essaieroit-on de nous le persuader, et refuserions-nous d'assigner à l'univers entier un guide et un maître, lorsque nous avons la connoissance d'une magistrature individuelle, destinée à régler et à gouverner le système de nos actions? Ce que nous voyous en petit, ne le soupçonnerions-nous pas en grand? Ah ! n'en doutons point , le majestueux univers a son moteur, a son maître, comme notre organisation a le sien ; et les perfections de cet Être suprême , sa puissance et la force de sa volonté, sont, avec nos facultés agissantés, dans la proportion qui doit exister

entre Fatome et la grandeur infinie , entre notre moment et rétemité.

O Dieu ! TOUS nous avez assez donné, puisque TOUS nous avez mis en état de connoitre votre existence , de la préjuger du moins avec une confiance éclairée* Vous nous avez assez donné, puisque vous avez joint aux lumières de notre esprit un avertissement intérieur qui nous appelle à vous par la crainte et par Tespérance. Vous nous avez assez donné, puisque vous nous avez permis de vous aimer, de vous adorer , de recourir sans cesse à votre protection paternelle.

Hélas ! pour Thomme capable de réflexions , Fimage d'une collection immense d'êtres sensibles , jetés ça et là dans l'univers , sans au* cun patron , sans aucun défenseur, seroit tellement effrayante, qu'en s'y arrêtant, ne fut-ce qu'on moment , on éprouve un saisissement dont aucune de nos émotions ne peut donner ridée. £h quoi ! nos sentimens , nos pensées , ne répondroient à rien ; nos larmes ne seraient point aperçues ; nos gémissemens ne seroient point entendus ; et une abstraction silencieuse serviroit d'abime à nos vœux et à nos espérances ! Nous serions sous l'empire d'une fatalité aveugle ; et dans l'immensité des combi-

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naisons appartenant à un tel règne , dans cette immensité placée au milieu de réternelle durée, le malheur continuel et la douleur sans terme seroient une chance aussi probable qu'une autre! car l'épreuve d'un jour que nous faisons sur la terre ne pourroit être reçue en garantie dans les calculs de l'infini.

Oui , l'univers existant sans cause , sans ordonnateur ; l'univers sans relation avec une sagesse suprême , avec une volonté éclairée ; l'univers , sans aucun assujettissement à une puissance morale, ne seroit plus pour nous qu'une nature insensible , une nature étrangère à la distinction du bonheur et du mal* heur ; et les bases constitutives de notre repos ne flubsisteroient plus.

Quel abri nous resteroit-il, en effet, dans le vague de l'avenir ? La mort , diriez-vous ; mais nous ne nous sommes point encore trouvés après elle : et dans la marche inconnue d'une nature sans guide, serions-nous certains de n'être pas rappelés à des souvenirs et à des peines ? Et en supposant que le nous d'aujourd'hui fût éteint, serions-nous sans intérêt au sort de tous les êtres qui , dans la succession infinie des siècles, pourroient être le jouet et les victimes souffrantes d'une impassible fata-

BE MORALE RELTGIEUSE. 69

lité? Ces êtres ne sont pas nous ^ mais ils ne sont pas eux encore; et si, par une force aveugle , ils dévoient être précipités dans un abîme de ténèbres, ou dans un gouffre de feu ; si, par une force aveugle, ils dévoient y conserver le sentiment, serions-nous étrangers à ces horribles chances , par la seule raison qu'il n'y a point d'identité sans souvenir? Et nous croirions-nous suffisamment rassurés par une idée métaphysique , même la plus juste en apparence ?

Ah! fuyons, fuyons ces épouvantables pensées. Qu'elles avertissent, qu'elles effraient les athées, des conséquences de leur système; mais que jamais elles n'altèrent notre paix et notre repos. N'en doutons point , la nature a spn maître : et l'univers , l'harmonieux univers, vous l'atteste ; la nature a son Dieu , et ce Dieu, c'est le nôtre ; c'est lui qui règle tout, aux cieux et sur la terre ; c'est lui qui est notre défenseur, notre ami secourable ; c'est lui qui entend nos prières et qui veille sur notre sort. O Dieu ! vous existez , vous régnez sur les mondes , et c'est un des rayons innombrables de votre bonté qui tombe sur nous ; c'est un de ces rayons innombrables qui a gravé dans nos coeurs votre image et qui nous a donné

Tespérance. Nous ne pouvons parler dignemen t du Roi des rois , du Seigneur des seigneurs , et nous ne pouvons atteindre , ni par la pensée^ ni en imagination même , à un Être éternel, à un Être infini ; mais nous répéterons ces paroles sacrées , nous les répéterons avec respect et avec tremblement : « Et Dieu dit à Moise : J^ « suis celui qui suis. Et il dit aussi : Tu diras « ainsi aux enfans d'Israël : celui qui s'appelle m je suis m'a envoyé vers vous. » O qu'il est grand , notre Dieu ! nous l'adorerons en présence des anges qui environnent son trône, et nous le célébrerons avec tous les peuples de la terre. Il nous a dit ce qu'il étoit , et un jour peut-être nous apprendrons de lui ce que nous sommes, ce que nous sommes dans l'ordre général de ses conceptions et de ses vues; un jour nous connoi trous le secret de notre des* tinée; un jour peut-être nous serons appelée à considérer les merveilles que Vœil na point vues, que V oreille n a point entendues ; un jour enfin nous approcherons de ces sources fécondes de félicité qui annoncent la demeure de l'Eternel. Mais pour mériter tant d'honneur et pour devenir les élus de notre tendre père , il faut que nous puissions lui offrir le tribut de notre vie, car ses x^ux sont trop purs pour

DE XOmALS mELIGlEUSE. 7I

'voirlemal; belle parole des Livres saints , qui sera le sujet de notre premier Discours. Puissent nos forces s'accroître, en continuant notre roote ! Puisse notre amonr suffire à votre instruction , et notre zèle répondre à la tâche qae nous avons entreprise ! O Dieu ! soutenez rinterprète timide de vos grandes pensées ; élevez son esprit, animez son langage, et que la piété des fidèles appelés à Fentendre soit de jour en jour excitée et rendue plus fervente, par les inspirations de votre grâce et de votre soaveraine puissance.

7a COURS

DISCOURS IL

Union de la morale aux perfections divines.

Car ses yeux sont trop pars pour voir le mal. Uabaeuc, Ch, i, f. i3.

L' HOMME qui s'est convaincu de l'existence d'un Être suprême; l'homme qui s'est pénétré de cette vérité , et qui en a , pour ainsi dire , abreuvé son cœur et nourri sa pensée ; riiorome qui vit au milieu des consolations et des espérances attachées à une si douce croyance, est appelé sans doute à réfléchir sur l'usage qu'il doit faire des dons de son maître, et des largesses de son bienfaiteur.

Nous ne vivons pas sous l'empire absolu d*un instinct qui nous marque à chaque instant notre route. Un examen précède nos vœux ; un doute , nos résolutions : nous avons reçu le glorieux pouvoir de juger, de comparer, de choisir, et l'esprit qui multiplie nos idées, l'attention qui les fixe, la prévoyance qui étend au loin nos calculs et nos combinaisons.

DE MORALE BELIGIEUSE. ']3

cette union majestueuse de propriétés mora* les, tout nous avertit que sur la scène du monde nous avons un rôle à jouer, et des devoirs à remplir. Nous sommes liés à un but hors de nous, et notre intérêt propre doit être en traité continuel avec l'intérêt des autres : telle est la condition , tel est Teffet nécessaire du libre essor de nos actions et de nos pensées.

Que devons-nous donc faire pour nous conduire avec sûreté dans ces routes croisées, et dans une carrière qui nous est inconnue , au sortir du néant? Nous devons examiner s'il n'existe point de principe régulier destiné par la nature à nous servir de guide : nous en trouverons un à l'origine de nos idées et au commencement, pour ainsi dire, de tous nos intérêts ; c'est le désir, c'est l'ambition de correspondre aux vues de celui qui nous a donné le jour, qui nous a placés sur la terre; car nous le savons bien^, nous existons, nous allons de la vie à la mort, sans aucun pouvoir dérivant de nous-mêmes. Mais connoitronsnous les vues de notre souverain maître, si nous nous plaçons, comme nous le faisons à présent , avant les lumières de la révélation ? Oui, nous pouvons les connoître ^ les préjuger du

moiDS , en nous étudiant nous-mêmes , en élevant nos regards vers les cieux , en les promenant sur la terre, en réfléchissant sur Tesprit et le but d'une si vaste et si merveilleuse ordonnance«

Nous apercevons alors deux grandes vérités : Tune y que la formation de Tunivers appartient à un sentiment de bonté; Tautre, que Tamour de Tordre éclate éminemment dans les œuvres de TÉternel. Développons davantage ces deux vérités, avant de tirer les conséquences qui doivent servir de fondement à notre système de morale.

Que l'Auteur divin des mondes et de la nature soit un être bon, généreusement bon; pouvons-nous en douter? N'est-ce pas i sa volonté , comme à sa puissance, que doit être rapporté ce système ingénieux des sensations diverses, source constante et féconde d^ tant de plaisirs? Et quelle part abondante n^avonsnous pas obtenue dans les riches dispensatiom de notre père et de notre Dieu ! Hélas! ilnoos seroit permis de croire que tout a été fait pour l'homme, pour cet être de choix aux regards .de la souveraine intelligence. Il n'est aucune des merveilles prodiguées autour de lui qui n'ait une relation avec sa faculté de jouir, avec

DE HOBALE RELIGIEUSE. 7 5

ses besoins ou avec ses vœux ; et depuis les hauteurs des cieux, d'où l'astre du jour jette en torrens sur notre demeure ses magnifiques rayons, jusqu'aux retraites cachées où ger»

ment en silence les plantes salutaires et les fleurs destinées à embellir la terre, partout nous pouvons distinguer l'empreinte d'une intention bienfaisante. C'est par les délices du goût , c'est par l'attrait d'une saveur mystérieuse, que le Roi de la nature nous appelle à profiter des sucs nutritifs devenus nécessaires à notre subsistance; et c'est par d'autres enchantemens qu'il nous appelle à l'accomplissement de ses vues. Toujours des formes douces et séduisantes pour nous fixer à notre in« térét ; il semble nous dire : Mes amis , mes enfans, je vous demande, je vous prie de vivre et d'être heureux. Mais la mort , la douleur ! Attendez. Nous examinerons les

objections des uns, les reproches des autres; laissez-nous parler encore des signes éclatans de la bonté suprême.

Nous tenons de notre Maître le don , le précieux don de Tintelligence; mais, en nous attribuant cette glorieuse prérogative, il a limité notre gouvernement, et ne s'est reposé sur nous du soin de notre conservation qu'a-

vec une mesure véritablement paternelle. II a tracé le cercle extérieur où notre liberté pouvoit agir; mais il s'est réservé l'entretien tutélaire du mécanisme admirable , le ressort de DOS sens et de nos plaisirs. C'est lui qui, par sa seule puissance , met en état de vie ces fibres délicates et ces muscles nerveux assujettis à l'empire de notre volonté; c'est lui qui, par •a seule puissance, anime notre sang et le fait circuler à travers les vaisseaux innombrables dont notre organisation se compose.

Toute cette partie de nous-mêmes subsiste et se perpétue sans nous , sans nos conseils et sans notre génie ; ou , du moins , nous ne concourons à ce but que par des soins faciles et dans les limites de notre instinct. Notre esprit reste donc libre pour la tâche morale qui lui est confiée , et nous pouvons le consacrer tout entier au sage emploi de la vie, au progrès de nos connoissances, au culte d'amour et de gratitude que nous devons à TÊtre suprême. Nous pouvons, par lui, jeter un regard sur l'avenir, et jouir k tout moment des délices de l'espérance. Ah ! qu'il y a de bonté dans cette division de notre être en deux administrations, et que l'idée en est magnifique! Le libre essor de notre inlelli-

BE KOAALB aELIClEOSC 77

gence , ce libre essor qui nous semble propre^ nous auroit faitoublier la dépendance où nous sommes d^une autorité divine; mais notre organisation matérielle nous ramène sans cesse à cette idée , en nous donnant le senti* ment intime d^un assemblage harmonieux de moyens et de forces que nous n^avons point formé, et dont nous ne pouvons pas même pénétrer le mystère.

Étudions le système de nos (acuités physi* qu€» et de nos facultés morales; étudions les rues de notre divin Maiire et leurs rapports aTcc notre bonheur; regardons en nous et autour de nous , chacun selon le degré d attention dont nous sommes susceptibles; et nous découvrirons chaque jour de nouveaux sujets de reconnoissance.

Quelle bonté encore dans Tidée sublime de Tespérance ; dans cette association du présent aux jouissances de l'avenir; dans ce vague indéfinissable qui, terminant d^une manière douce et insensible notre horizon moral, achève et complète le système admirable du monde spirituel , et le rend parallèle au système du monde physique !

Elles sont attrayantes, sans doute, les perspectives dessinées par notre imagination ,

78 COUBS

puisque nous quittons pour elles les plus beaux spectacles de la nature 1

Ah! qu'elles paroissent grandes et variées, les grâces que TÉternel nous a faites! Mais nous nous y accoutumons , nous naissons , nous vivons avec elles, et l'habitude nous t rend insensibles. Combien nos idées seroieni changées, si nous obtenions par degré les divers dons du ciel! Et pour faire mieux sentir cette vérité, servons-nous encore de la supposition dont nous avons fait usage dans notre Discours précédent, mais en l'appliquant d'une manière différente.

Admettons un moment que l'homme fut un être riche seulement de trois ou quatre sens : un cinquième , un nouveau dont il ne pouvoit se former aucune image, lui est tout à coup accordé; il en éprouve les délices, et des cris de bénédictions s'élèvent de la terre, pour célébrer les bontés du Dieu tout*puissant. Oui, l'on remplit les temples, on y court , on s'y presse , on verse des larmes de joie, et l'on ne sait de quelles expressions se servir pour manifester les divers sentimens dont on est pénétré.

La même reconnoissance, le même enthousiasme ,éclateroit en tous lieux et d'un mou-

DE MORALE RELIGIEUSE. 'J€j

▼emenl unanime , si nous acquérions pour la première fois Tune des facultés morales dont notre puissaTice spirituelle est composée* Ah! quels seroieut nos élans vers le ciel, notre ferveur religieuse, et Tabancion, le délire de nos actions de grâces, si, jusqu'à nos jours, simples êtres pensans et méditatifs, le mira* culeux empire de la volonté sur l'action et le mouvement nous éloit enseigné ; si, peu de temps après, il s'associoit à nos autres prérogatives, et formoit ainsi, comme à notre vue, un des accroissemens de notre apanage!

C*est donc pour avoir reçu toutes ensemble les magnifiques largesses de notre souverain bienfaiteur, que nous ne fixons plus nos regards sur sa bonté ; et ce sont nos longues jouissances qui nous ont faits des ingrats.

Je viens à vous maintenant , téméraires censeurs des intentions généreuses du Dieu de Tunivers; oui, je viens à vous et avec tristesse, car je vous plains de contester ou de mettre en doute l'idée la plus nécessaire à l'homme. La vie, dites-vous, est un mélange de peines et de plaisirs; souvent même elle est importune, et la mort que se donnent plusieurs individus atteste cette vérité. Comment doue concilier un tel ordre de choses, ou avec

8o COURS

la toute-puissance ou avec la bonté parfaite? Nous pourrions d'abord répondre : Ce n>st pas à nous ^ ce n'est pas à des créatures bornées dans leur esprit, bornées dans toutes leurs facultés, que Ton doit demander de mettre en accord parfait deux idées infinies, deux grandeurs incommensurables. Nous ne connoissons de la puissance de Dieu que ses immenses ouvrages; et c'est assez pour notre respect, assez pour accabler notre entendement. Cette puissance pourroit avoir des limites, que nous ne le saurions pas. Nous voyons d'ailleurs que l'objection dont nous venons de parler doit avoir un défaut, puis-» qu'elle subsisteroit dans toute espèce d'bypothèse figurée par notre imagination; dans toute espèce de supposition, même la plus libre et la plus fantastique. En effet, si tous les êtres connus de nous étoient complètement heureux, on pourroit encore, en opposant la puissance infinie à la bonté infinie , demander pourquoi le nombre de ces êtres n'est pas plus considérable; on pourroit demander pourquoi la matière inanimée, les rochers, les métaux, les sables de la mer; pourquoi les feux du soleil , les rayons de lumière occupent dans l'univers un si grand

DE HOBALE BKUGIECS£« 8l

espace? Lr^tre tout-puissant, sollicité par sa bonté , ne devoit-il pas réserver cette place à des êtres susceptibles de bonheur? Enfin, après avoir admis toutes les multiplications d'êtres que l'imagination peut concevoir, l'objection ne seroit pas détruite ; car on pourroit encore demander pourquoi d*un être animé on n'en a pas fait plusieurs ; et à l'aide de la subdivision k l'infini, ce principe de l'école, qu'on ne peut ni admettre ni contester, l'argument n'auroit point de fin. Ah! fuyons les embarras que nous donne notre petite science , en faisant l'aveu de notre foiblesse. 'Sous ne pouvons définir ni connoitre l'esprit moteur qui r^t l'univers ; et nous ne pouvons nous placer, même par la pensée, au milieu des perfections divines. Le poids que nos bras lèveront est fixé par des lois immuables ; et de même le période auquel nos facultés morales atteindront, est irrévocablement déter* miné. Tu iras jusque-là, nous a dit l'Éternel , et tu ne passeras point cette borne. Qu'il nous suffise donc de concevoir la suprême puissance, en regardant les miracles sans nombre dont nous sommes environnés. Qu'il nous suffise de concevoir la suprême bonté, en considérant les rapports établis entre le système XIII. 6

8a couis

général de la nature et notre bonheur habituel.

Ce sont les grandes masses qui doivent nous frapper, et non les exceptions en petit nombre dont nous ne pénétrons pas le secret. Vous exagérez les peines semées sur notre route ; et en citant quelques suicides, l'expression peutêtre d'un sentiment instantané, vous ne tenez aucun compte de cet amour de la vie si généralement senti; vous dissimulez les soins continuels <le l'homme pour conserver ses jours, non pas seulement dans la jeunesse, mais encore à cet âge où déjà le taibleau du monde commence à pâ!ir,et où Tespérance redemande ses couleurs et son pinceau.

Enfin, vous vous rappelez toujours la puissance de l'Auteur de la nature , quand vous voulez accuser sa bonté; mais avez-vous songé que non pas cette grande puissance dont nous ignorons la limite, mais une puissance de quelques degrés seulement supérieure à la nôtre, eût suffi pour faire de la demeure des hommes une vallée de larmes et de gémisse* mens ? Nous le savons , et quelques tyrans nous Tont appris; les oeuvres de persécution sont faciles : et si le maître souverain de Tunivers n'eût pas été bon, ce n'est pas lui qui auroit

manqué de cavernes ténébreuses pour nous y renfermer , et d^appréts infernaux pour varier nos tourmens et perpétuer nos douleurs.

Ainsi» lorsque le plus commun de tous les degrés de puissance auroit suffi pour condamner les êtres animés à un malheur sans interruption , ne croirons-nous pas à la bonté divine, en voyant la terre et les cieux s unir et s'accorder ensemble pour composer nus plaisirs ! Oui , nous y croirons, à cette bonté, nous y croirons avec émotion, avec reconnoissance, avec tous les sentimens qui peuvent être offerts en hommage au souverain arbitre de nos destinées. Hélas ! nous en avons besoin, de cette bonté , lorsque nous offensons si souven t notre protecteur par des plaintes injustes ou' par nos murmures.

O Dieu ! vous nous pardonnerez. Nous sommes, envers vous , notre souverain maître, ce que sont les enfans à notre égard ; nous les environnons de notre surveillance , nous leur prodiguons nos soins ; et à la moindre privation, au plus léger refus, ils murmurent ou ^ dépitent. Nous les aimons toujours; vous en ferez de même , généreux bienfaiteur, être des êtres, qui n'avez aucun besoin de nos louanges et de nos hommages. La bonté est en

vous le complément de vos perfections; elle est essentiellement unie et à votre suprême sagesse et à votre puissance infinie. Oui , la bonté a marqué le but de vos œuvres; elle est ainsi de part dans leur magnificence : car selon nos idées, l'utilité est une des conditions da beau, du vrai beau, du beau pour le temps et les siècles : ainsi la conception de Tunivers, ces mondes sur des mondes, ces astres rayou« nans de lumière, cette pompe des cieux et les richesses particulières de la terre, celles que nous parcourons de nos regards , que notre esprit admire; tant de merveilles enfin ajoutées à tant de merveilles, que seroient-elles encore sans le but que nous voyons par tout, le bonheur des êtres animés?

Oserions-nous le dire? la bonté est Tintérêt personnel d'un être sans rival, d'un être audessus de tous les autres. Notre imagination du moins ne peut lui en attribuer aucun autre.

Oui, nous devons chercher notre Dieu dans tous les symboles qui annoncent la bonté. Il est, il vit essentiellement pour nous dans les plus doux mouvemens, dans les plus touchantes impressions de la nature; il est, il vit à perpétuité dans le bonheur de ses créatures,

me MORAix ftixicfcrsE. 85

dans ses Tues présentes el dans ses projets paternels; il ▼it, et dans le moment dont nous sommes témoins, et dans cet avenir qu'il a ptépafé pour ses élus. 11 veille sur notre sort, il éocNite nos plaintes, et il nous dit à tous, ^pÊtBe affaire aS'iUj Élie?

3(ons Tenons de retracer les principaux moûb de noire confiance à la bonté du Dieu de la nature; cette confiance est la vôtre sans doute; TOUS seriez trop malheureux, slï en étoit autrement. Aussi , dans ce moment , nous avons moins songé à vous rassurer qu*à montrer dans son éclat la première perfection de h Divinité, celle qui doit servir de fondement à notre système de morale , et qui nous garantit Il vérité des paroles de notre texte : Car ses yeux sont trop purs pour voir le mal.

Oui , ses yeux sont trop purs pour voir le mal; donnons à ce grand principe de nosac* tions un nouvel appuL îfous le trouvons encore dans le cercle de la religion naturelle , le seul que nous parcourons en ce moment.

Dieu aime Tordre, nous n*en pouvons douter, n y a un but et une marche r^ulîère dans tons ses ouvrages ; une pensée bienCiissuite, un sentiment moral, sont en rapport continuel avec les lois qui régissent toutes les

puissances physiques de l'univers. L'Auteur de la nature veut répandre le bonheur; voilà h:

terme qu'il se propose ; et, guidé par cette généreuse intention , il donne des sens aux êtres animés : et les rayons de lumière , la température de Tair, le cours des saisons, la variété, la saveur des plantes, tout, aux cieux et sur la terre , est mis en relation avec ces mêmes sens, les premières sources de nos plaisirs. Un pareil enchaînement, une égale sympathie, se font remarquer dans cette admirable union des deux élémens qui forment notre essence.

L'esprit et la matière, l'action et la volonté, les réalités et les espérances ; toutest combiné avec une harmonie parfaite; et la méthode semble placée au milieu même des mystères dont nous n'apercevons que les effets. Enfin, notre force a sa mesure; notre intelligence son étendue; notre imagination son cours; notre liberté sa consigne, et notre système moral, considéré dans son ensemble, «n'est pas moins un prodige en régularité qu'un miracle perpétuel de pouvoir et de science.

O Dieu! quel ordre magnifique est déploya devant nous! Nos regards en sont étonnés, et notre esprit s'élève aux plus hautes pensées; mais pour suivre notre sujet , c'est à nos obli-

gâtions et à nos devoirs que nous voulons en ce moment ramener votre attention.

L'homme, enrichi de tous les dons qui peuvent Tenorgueillir , découvre aisément, en s'examinant lui-même, que Fétat social est sa destination sur la terre. La faculté de communiquer nos pensées, la faculté de les transmettre jusqu'aux générations les plus éloignées ; les progrès que nous faisons dans la science par l'émulation; les encouragemens que la louange nous donne, et l'assurance qu'acquièrent nos idées au milieu des comparaisons et des parallèles; ces divers résultats qui s'accordent si complètement avec la perfectibilité dont nous sommes susceptibles , nous marquent distinctement notre route, et nous apprennent que nous sommes appelés par la nature à vivre avec nos semblables.

Nous la trouverons belle 9 cette vocation, si nous réfléchissons qu'elle nous associe aux vues générales de l'Être suprême , de l'Être éminent en bonté , de l'Être qui se répand sans cesse autour de lui pour semer et multiplier le bonheur ; de l'Être enfin qui exécute avec ordre et avec régularité tous les projets conçus dans son amour, tous les desseins tra-

ces par sa sagesse. Oui, les vertus sociales et le système de moralité qui en forme la base, sont une imitation des grandes pensées de notre Dieu, et en même temps le plus beau culte que nous puissions lui rendre I

La vie solitaire tient oisives et inutiles une grande partie des facultés dont le ciel nous a doués ; et ce n'est pas là ce que veut de nous notre souverain maître. Mais, pour se réunir avec ordre en communautés nombreuses, pour établir un concert entre les intérêts de chaque individu , pour apaiser le tumulte des passions rivales, il faut y élever avec respect Tautorité de la morale religieuse; aulo* rite précieuse, Timage ou la ressemblance de cette force toujours agissante choisie par TÈtre suprême, pour tenir en harmonie tous les élémens et toutes les substances de l'univers. Conformons-nous dans notre empire terrestre^ dans cet empire confié à notre pouvoir intellectuel ; conformons-nous à Tesprit des lois divines, et recherchons, étudions nos devoirs dans le plus magnifique et le plus imposant de tous les livres , dans les œuvres de rÉternel.

Ces oeuvres, nous Tavons dit, rappellent sans cesse à notre esprit Tordre dans Texécution , la bonté dans le principe. Et la morale

DE HORALE RELIGIETSE. 8g

est-elle autre chose que l'union de Tordre avec la bonté? la bonté, distinctement exprimée par la tendance de tous nos devoirs à raffermissement du bonheur commun ; et l'ordre , également nécessaire lorsque , sous le nom Ae justice j il sert de garant aux propriétés , de mobile au travail , de sauvegarde à la paix intérieure, et de soutien perpétuel au système ingénieux et bien£aisant des sociétés politiques.

La bonté de Dieu est infinie comme son amour; l'ordre qu'il fait observer est vaste comme sa pensée.

La morale des hommes s'applique à une administration circonscrite , à une administration proportionnée au petit espace dont nous avons été rendus possesseurs ; mais cette morale est de même empreinte , et empreinte uniquement, des deux caractères sublimes que nous remarquons dans la formation et le gouvernement du monde.

Ce rapprochement fixera sans doute votre attention ; il grandit , il relève nos fonctions sur la terre ; et nous devons nous plaire à retrouver partout le sceau du même maître.

Enfin , je suppose un moment les hommes devenus indifférens aux leçons que leiur donne

le grand spectacle de l'univers , aux leçons que leur donnent les oeuvres du Très-Haut, cette image vivante de ses perfections ; je les suppose encore absolument distraits, et devenus incapables de recevoir aucune instruction par la méditation de leur esprit ; n'anroient-ils pas un intérêt secret qui leurserviroit d'éveil; n'auroient-ils pas une conscience, un œil intuitif, où les principaux traits de la Divinité, où ses rayons se réfléchiroient ?

D'où vient en effet ce mouvement général de la part des hommes , ce mouvement naturel qui les porte à invoquer TÊtre suprême, au milieu de leurs inquiétudes et de leurs alarmes; d'où vient-il ce mouvement presque involontaire , si ce n'est du sentiment qu il existe au ciel un Dieu de bonté ?

D'où vient en même temps ce combat, ce remords de la part des hommes, quand ils enfreignent ouvertement les lois de la morale, quand ils s'abandonnent à des actions criminelles ; d'où vient-il , ce remords , si ce n'est de la conviction que, par une telle conduite , ils offensent un maître puissant dont les yeux sont trop purs pour voir le mal? Ils ne peuvent méconnoitre, ils ne peuvent oublier»

même dans l'étourdissement de leurs passions,

DE MORALE RELIGIETSE. gt

qu'ils ont nn usage sl faire de leur vie, un compte à rendre de leur liberté ; et ils ne sauroient sans peur dire à l*Etre suprême : Nous avons toomé contre vos vues bieoEaiisantes Fespiit que tous nous aviez donné, la force que YCfus nous aviez communiquée , les facultes dont vous nous aviez enrichis.

Ah! n'en doutons point, la tranquillité du vice et la croyance en Dieu sont incompatibles. Ce Dieu que nous adorons , ce Dieu qui a formé les cieux et la terre , réunit en son essence le beau moral dans le plus haut degré de perfection ; et nous ne saurions concevoir autrement sa nature et son être. Oui , c'est en lui que nous pouvons , que nous devons chercher le pur. Final térable modèle des vertus que nous estimons sur la terre. Heureux que nous sommes d'être placés sous la protection d'un tel maître ! heureux que nous sommes d'élever avec espérance nos regards jusqu'à lui!

Hélas! nous serions d'abord effrayés, en pensant que nous adressons nos prières à celui qui tient de la même main la trame de notre existence et les ressorts des cieux ; à celui qui , de la même force , anime notre souffle de vie, et met en mouvement les mondes innombrables dont le firmament est peuplé;

9a COURS

mais nous sommes plus que les cienx, plu5i que les mondes, auprès d'un Dieu de bonté; auprès d'un Dieu qui s'est épris du bonheur dont il pouvoit être la source. Douce consolation ! adorable pensée! et qui nous conduit naturellement à vous montrer un nouveau rapport de la morale avec les perfections divines.

Nous sommes aimés de notre Créateur; ce nom que nous donnons au Dieu de l'univers , ce nom seul , l'expression d'une relation sublime, doit nous remplir d'espérance. Nous sommes aimés de notre Créateur; nous en sommes aimés. Nous devons donc aider ses vues pour le bonheur des êtres intelligens et sensibles qu'il a faits à son image ; et pour atteindre à ce but, le seul moyen qui nous soit donné, c'est la morale, la morale et les devoirs qu'elle impose. Nulle association politique ne peu t subsister sans elle ; et, de même, nulle confiance entre les particuliers, nulle union dans les familles, nulle sûreté dans le commerce, nul repos dans la possession, nul pacte de durée entre les nations, nulle tempérance même dans les mesures du gouvernement. Jugez si la morale n'est pas bienfaisante de sa nature, et s'il est sur la terre un

DE MORALE RELIGIEUSE. gS

autre tribut digne d^étre offert en reconnoissance à l'Être des êtres, au Dieu qui nous anime, et qui, du haut des deux, nous protège par sa puissance, et s'unit à nous par sa bonté.

La morale, considérée dans nos rapports d'homme à homme, est une sympathie raisonnée; et dans nos rapports intimes, dans les relations de nous avec nous , elle sert de guide à nos déterminations et de frein salutaire à notre liberté. La morale est encore dans l'ordre social la plus douce des autorités; et dans l'administration, dans le maniement des affaires publiques , elle est la meilleure sagesse. La morale enfin , sons l'aspect de la religion, est le point de réunion des pensées de l'homme avec les pensées du Créateur ; et , rapprochée de nos intérêts à venir, elle devient le principe de nos espérances , puisqu'elle indique la route où nous pouvons obtenir un mérite auprès d'un Dieu de justice, auprès d'un Dieu de compassion et de charité.

La morale réunit ainsi les plus grands caractères; et c'est encore un de ses traits remarquables, d'être sans cesse présente à nos regards ou à notre souvenir; de l'être autant par le remords, au moment où nous nous éloignons

d'elle, que par la paix de Tâine, au moment où nous lui rendons un culte. O Dieu parfait, c'est de vous que nous tenons une législation dont l'esprit sublime se rapporte exactement et à notre nature, et à notre félicité ! Elle nous vient de vous, cette législation gravée au fond de notre conscience; elle nous vient de vous, et nous ramène à vous.

Ah ! quel hommage de reconnoissance pourrons-nous offrir chaque jour à notre généreux bienfaiteur! Nous sommes ses créatures; que ferions-nous pour lui? Nous n'avons point d'héritage à part de ses dons ; nous ne possé* dons rien qu'il ne puisse reprendre. Ah ! du moins nous nous dirons , nous nous souvien* drons que ses yeux sont trop purs pour voir le mal , et nous chercherons à rendre dignes de son approbation nos actions et nos pensées.

Nous nous dirons, nous nous souviendrons qu'il est le Dieu de bonté, le Dieu de l'ordre, de l'ordre universel; et nous observerons les lois de la morale , ces lois de sagesse et de charité; enfin, toujours respectueux envers l'Être suprême, nous voudrons que notre conduite soit en rapport avec ses perfections; et notre vie d'un moment , avec les temps éter* nels dont il dispose. Veuille l'Être suprême

J>E XORALS AEUGIEVSB. gS

seconder nos efforts, et nous guider par sa lumière dans le chemin difficile que nous avons à parcourir! Ce chemin mène à lui, manquerions-nous de courage? Ce chemin mène à lui, y entrerions- nous avec nonchalance , y marcherions nous d^un pas incertain ?

O notre Dieu , que vos regards paternels ne se détournent point de nous! Vos yeux sont trop purs pour voir le mal; mais voici : nous renoncerons à nos habitudes vicieuses, et nous renaîtrons à la vertu; nous renaîtrons aux sentimens que vous aimez, et nous nous réjouirons d'être aperçus de l'Éternel; nous nous réjouirons de sa toute présence. Malheur à celui qui craindroit cette pensée. Malheur à celui qui demanderoit aux ombres de la nuit de l'environner, et aux ténèbres du sépulcre de le couvrir. Hommes infortunés , qui fuiriez la justice de l'Être suprême , et qui ne connoitriez pas sa miséricorde ; que la religion , ses enseignemens , ses consolations , vous préservent d'un si triste sort , en préservent chacun de vous en particulier! Ah! puisse cette religion sainte vous purifier, vous éclairer et vous mettre en état de paroître sans frayeur aux regardsdu Maître du monde , aux regards de celui dont les yeux sont trop purs pour voir le mal l

rfi ' COURS

DISCOURS III

Sur la Providence.

Car roei peniéen ne sont pis yos peniées, et met Toict ne •ont pas yos Toies, a dit l'Éternel. Ème, Chap, SS, f, 8.

Lfs hommes doivent se défier de leurs lumières ; les hommes doivent se montrer ré* serves et circonspects , lorsqu'ils se permettent de juger les décrets de la Providence ; car mes pensées ne sont pas vos pensées , et mes voies ne sont pas vos voies , a dit r Éternel.

Les réflexions que nous offrirons sur ces belles paroles , auront un rapport immédiat avec les enseigneroens retracés dans notre pré* cèdent Discours.

Nous avons montré que la morale étoit es* senticllement fondée sur la connoissance des perfections.de Dieu, sur la connoissance des perfections d'un maître dont les jeux sont trop purs pour voir le mal.

Vous aurez remarqué peut-être qu*ea approfondissant, comme nous lavons fait, une

vérité preinière dans Tordre de» vérités religieuses, nous avons gardé le silence sur une objection importante ; mais nous nous étions proposé de la traiter séparément, et nous le devions, puisqu'elle se trouve unie à un vaste sujet , à ridée que nous pouvons nous former de la Providence divine.

On dit, on le répète : Comment croirions- BOUS à la peinture qui nous est faite des perfections de l'Être suprême , à son amour pour la vertu, à sa faaine du crime? comment y croirions-nous , lorsque nous voyons sans cesse le triomphe des mécbans et le malheur des justes ? Ou le roi des cieux n'a point de puissance , ou il détourne ses regards de la conduite des hommes , appréciant avec indifférence le bien et le mal , la sa|^sse et la déraison. Voilà le langage de l'impiété; voilà l'argument dont se saisissent les hommes sans principes, sans moeurs, et que l'idée d'un surveillant inquiète ; voilà l'argument aussi qui jette dans le doute plusieurs âmes honnêtes , mais craintives, et trop souvent en défiance de leur jugement, de leur instinct, de leurs premiers sentimens.

Méditons en commun sur une difficulté digne sans doute de notre attention. Hélas! il XIII. 7

en est plusieurs dans le système du monde moral, comme dans le système du monde physique, qui peuvent embarrasser notre esprit; car l'objet de nos études est im mense , et retendue de nos facultés est bornée. Elles disparoissent cependant , ces difficultés , elles s'affoiblissentdu moins sensiblement, lorsqu^on cherche l'instruction de bonne foi , et qu^on désire sincèrement d'affermir sa confiance aux idées religieuses , idées si fécondes en vérités simples , et la source en même temps de nos plus précieuses consolations.

L'intervention continuelle de la Providence au milieu des actions des hommes ; la prompte récompense des unes , là punition subite des autres; cette intervention , toujours agissante, seroit incompatible avec le système universel que Dieu s'est proposé dans sa haute sagesse; elle seroit une sorte d'atteinte à la beauté de notre nature morale ; elle seroit encore destructive de nos plus chers intérêts. Voilà ies grandes vérités que nous aurions à examiner, avant d'accuser la justice divine , avant de nous livrer à d'aveugles murmures. Soutenez ici votre attention.

Dieu a voulu placer au milieu de ses œuvres des êtres intelligens et libres : cette superbe

conception , ce dessein magnifique de la part du souverain auteur de la nature , a dû régler et dominer, pour ainsi dire , toutes les autres dispositions émanées de sa sagesse.

La liberté de Thomme n*eût point existé, n^eût existé du moins qu'imparfaitement, s'il eût subi une punition , s'il eût joui d'une récompense , à mesure qu'il se seroit éloigné ou rapproché des lois de la morale. Guidé alors dans toute sa conduite par des motifs instans et décisifs , sa raison, sa prévoyance , lui seroient devenues inutiles. L'avertissement de la douleur , ou l'appel à un plaisir prochain , auroient fixé toutes ses déterminations ; et son esprit eût été soumis à des lois aussi impérieuses que son être physique. Ce n'est point là le système que Dieu s'est proposé dans la formation de l'homme moral, de l'homme intelligent , de l'homme libre. Nous lui demanderions d'agir dans un sens différent de ses hautes pensées , si nous attendions sans cesse au milieu de nous l'intervention de son pouvoir suprême. Ce seroit alors un autre plan ^ une autre architecture , s'il est permis de s'exprimer ainsi , et cette combinaison n'auroit pas pu s'accorder avec la dignité que le Maître du monde vouloit donner à notre nature. On

pourroit presque le dire , ce seroit aspirer au rang d'automates , que de solliciter des récompenses et des punitions soudaines , et de ne laisser ainsi aucun champ , aucun espace à l'action de la liberté , au jeu de la raison et de la prévoyance. O Éternel l nos voies ne sont pas vos voies 9 nos pensées ne sont piis vos pensées !

Voyons maintenant comment leméme ordre de choses , que nous semblons regretter, seroit destructif de nos plus précieux intérêts.

Notre vie sur la terre n'est que d'un instant ; mais la perspective de l'avenir , une espérance vague, indéterminée, animentf embellissent notre rapide passage. Nous nous voyons environnés de l'éternité , et nous sommes doués d'un esprit qui s'étend à une distance infinie, d'un esprit qui franchit les plus grands intervalles. Nous avons ainsi, même sans le secours de la religion, une confiance plus ou moins affermie dans le retour ou la continuité de notre existence. Or cette confiance , si douce , si précieuse , seroit-elle la même si, par des punitions et des récompenses soudaines , notre sort étoit complété sur la terre ? Ah ! nous ne voudrions pas que cette vie fût notre unique apanage; nous désirons qu'elle soit un corn-

m MORAXE RELIGIEUSE. lOl

mencement dans notre destinée, et nousde-vons aimer le système qui Toffre sous cet aspect à nos regards. Kous sommes ainsi liés à Tavenir par les objections mêmes que nous trouvons à faire au présent.

Bénissons donc notre Dieu d'avoir mis le dernier but loin de nous , si c'est à ce prix seul que nous sommes libres , si c'est à ce prix seul que nous acquérons un mérite. Et ren*dons hommage aux lois de sa providence j à cette belle ordonnance morale, toujours en rapport avec la dignité de notre nature, toujours en rapport avec les espérances qui charment notre cœur et Tassocient aux jouissances de notre imagination. Suspectons le» mystères que nous ne pouvons pénétrer. Nous sommes les créatures , et non les conseillers du Très- Haut ; nous sommes l'œuvre de ses mains, et non les agens de sa force , ou les régulateurs de sa puissance.

Fixons , arrêtons no» regards sur les grandes vérités qui nous rendent certains de la bonté de notre souverain Maître , et recherchons leur abri; retirons- nous vers elles, quand. notre foible raison ne peut ni tout expliquer m tout entendre. Ce sont les hauteurs des cieux : quy

ferois-^tu ? Cest une chose plus profonde que les abîmes : gu'jr connotirois-tu ?

En développant, comme nous venons de le faire, la contradiction formelle qui exisleroit entre le beau système du monde moral et Tin* tervention immédiate de la Providence au milieu des actions des hommes , nous nous som* mes proposé un but cher à votre cœur , et digne, sous tous les rapports, de Fintérét des fidèles. Nous avons voulu repousser les objections dont se servent les hommes irréligieux pour supposer à TÊtre suprême un sentiment d'indifférence au bien et au mal.

Vous vous garderez , sans doute , de donner à nos réflexions une étendue qui en dénatureroit et Tesprit et le sens. Dieu n*a pas voulu rendre vaine la liberté , il n'a pas voulu rendre inutile Fintelligence de Thomme , en se mon* trant à chaque instant le rémunérateur ou le vengeur de nos actions et de nos pensées. Mais on s'aveugleroit volontairement , si Ton refu* soit de reconnoltre Tamour de TÊtre suprême pour la vertu , et sa haine du crime. Il appa* rott , ce sentiment, non pas dans un jugement instantané qui nous travestiroit en esclaves , mais dans le plan général auquel la race hu-

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maine est unie. Il apparoit , ce sentiment , dans les rapports habituels de la morale avec le bonheur: rapports que les exceptions seules obscurcissent à nos regards.

Les gens de bien , dites* votis , sont malheureux , et les méehans triomphent. Oui , quelquefois ; mais la société , Tensemble de la vie , nous présente un autre spectacle. Venez à notre aide, lorsque nous soutenons cette vérité; venez à notre aide, hommes vertueux, vous qui avez été fidèles aux lois du devoir ; vous qui avez respecté les droits des autres , et qui n'avez point enté votre intérêt sur leur dommage; vous qui avez fait du bien selon vos forces , et qui avez aimé Dieu dans votre prochain , venez à notre aide et parlezruous du bonheur dont vous avez joui, lorsque vous rentriez en paix au dedans de vous-mêmes, et lorsque vous cherchiez avec confiance les regards de l'Être suprême. Parlez-nous du bonheur dont vous avez joui, lorsque vous trouviez toujours un guide dans la morale , et que vous ignoriez ainsi les tourmens de l'incertitude et les persécutions du remords. Dites-nous si vous avez jamais regretté les avantages qu'auroit pu vous procurer une action malhonnête, et si l'estime que vous avez recueillie ne vous a pas mieux

servis^ dans vos calculs personnels, que la fraude ou*rinjustice n'auroient pu le faire ?

Mais nous n'avons pas besoin de vous in* terroger; la sérénité qui règne sur votre visage, et qui peint si bien le repos de votre âme; cette sérénité, l'apanage du juste, ré* pondroit seule à tous nos doutes. Vous avez été jeunes avec pureté ; vertueux à l'âge ihûr, et vous entrez dans la vieillesse environnés de souvenirs ;qui vous donnent de la confiance et vous prêtent de la dignité. Ah ! que cette dernière empreinte d'une belle vie a d'expression pour nous ; elle marqueroit seule la récompense attachée à l'observation rigide et soutenue des principes de la morale. L'homme vertueux a connu comme d'autres les traverses de la vie ; il a éprouvé de même ou les persécutions de la haine , ou les traits de la calomnie; mais on ne l'a point abattu, on n'a jamais troublé sa piété. Il a dit au fond de son cœur : Mon droit est auprès de V Étemel ^ et mon œuvre est auprès de mon Dieu.

Qu'elle est différente,^ la destinée des hommes d'un caractère opposé ! c'est eux-mêmes que nous appellerions en témoignage; et n'en doutons point, si , parvenus au terme de leur carrière, ils jetoient un regard sur le temps

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qui n'est plos pour eux ; s'ils le considéroient fixement , et s'ils nous racontoient leurs pensées , ils diroient presque tous , qu'en aban* donnant le culte de la religion et de la Yertu, ils n'ont fait aucun profit en bonheur. Ils ont quelquefois obtenu , par des Yoies répréhensibles, l'objet de leur ambition ; mais les jouissances qu'ils se promettoient se sont flétries , et le mécontentement d'eux-mêmes leur est resté. Qu'ils l'avouent ; ils ont considéré avec envie la marche assurée de l'homme de bien, et ils r^;rettent les sacrifices qu'ils ont faits à des illusions. Ah! si nous pouvions, disent* ils, recommencer la vie; si nous pouvions £dre usage de notre expérience, nous ne quitterions pas la sagesse : cette sagesse y cest la morale.

Tel seroit encore le langage intérieur de tous les hommes, même de ceux qui ont le moins de reproches à se faire aux regards du monde. Hélas! en est- il qui n'aient pas à joindre le souvenir d'un revers au souvenir d'une faute ? Les peines attachées à la violation de nos devoirs deviendroient une vérité commune et générale , si les hommes nerésistoient pas à l'aveu de leurs foiblesses ; s'ils ne dissimuloient pas leurs repentirs; s'ils ne ren*

fermoient pas au-dedans d'eux-mêmes , et sous le scellé de leur amour-propre, les instructions acquises par leur expérience; instructions quelquefois sévères et que nous ne dévoilons jamais en entier, même k nos plus intimes confidenSy tant nous avons le goût , le besoin , rbabitude de nous parer aux yeux des autres.

N'en doutons point ; si nous pouvions connoitre ou suivre de près les actions de ceux qui accusent la Providence , et qui la dénoncent comme indifférente au bien et au mal; si nous pouvions parcourir le registre de leur conscience et les feuillets qu'ils passent euxmêmes , nous remarquerions peut-être que les disgrâces douloureuses d'un ambitieux ou d'un ardent ami des honneurs, du pouvoir et de la fortune , se lient par un rapport immédiat, ou par un enchaînement prolongé, à une faute, à un premier pas, dont une observation plus rigide de la morale les auroit préservés.

Oh ! non , ce n'est pas le système du monde qui est en discord, ce n'est pas son auteur qui se méprend ; mais quand nous pourrions tout expliquer par nos torts et par nos foiblesses , nous échappons à la vérité , et nous sommes séduits par un négociateur rusé qui

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cherche à nous égarer ; ce négociateur , cet intermédiaire, c'est nous-mêmes; défenseur toujours prêt à nous excuser et à rejeter sur la destinée le résultat de nos erreurs et de nos passions criminelles.

Nos réflexions sur la connexion fréquente du malheur des particuliers, avec Tusage qu'ils ont fait de leur intelligence et de leur liberté, s'appliqueroient de même aux sociétés politiques. L'histoire , toujours tardive dans ses instructions , ne nous transmet qu'une partie des élémens propres à former notre jugement ; mais nous voyons en Têtu-diant, que de grandes fautes en morales, ou de la part des nations ou de la part des gouvernemens , ont été souvent Torigine première des adversités éclatantes dont les annales du monde ont conservé la mémoire.

Demanderoit-on , pour embarrasser notre foi, quel étoit le mérite des vainqueurs, et de quelles vertus ils avoient à se renommer ? Nous répondrions qu'ils pouvoient être de simples instrumens dans Tordre de la Providence ; et qu'au sein même de leurs triomphes ils songeoient aux disgrâces dont ils étoient menacés; et quelquefois, devenus oppresseurs, ilsn'apercevoient, au faite de leur pouvoir,

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que la profondeur des abîmes dont ils se trou* voient environnés.

Ne les avez-vous pas vus , ces désolateurs de la France, ces tyrans sanguinaires , ces mons* très cachés sous nos traits? Hélas! étoient-ils pour nous lejléau du Seigneur? ou devonsnous uniquement leur apparition à la corruption du siècle et au cours inconnu des passions , qui sont une dépendance de notre nature? Ils disoient avec triomphe : Le crime nous réussit , et nous seuls en avons décoavert la puissance ; nous savons employer avec habileté la violence et l'hypocrisie; nous avons asservi le peuple à des mots auxquels nous ne croyons pas nous-mêmes, et nous l'avons habitué à nous chercher des victimes; nous avons sacrifié l'innocence selon nos goûts et notre caprice; nous avons fait comparoitre devant nos tribunaux abominables les femmes et les enfans , les malades et les vieillards ; et là , nous les avons tenus attachés comme des brebis aux portes d'une boucherie.

Nous avons invoqué la justice, pour ravir lebien d'autrui ; la liberté, pour multiplier les chaînes et pour interdire les plaintes ; l'humanité, pour arroser de sang les places publiques. Ils dîsoien t encore : Nous avons mis en mépris tous les

devoirs y et nous avons offert à la dérision toutes les vertus ; le père a désavoué son fils, le fils a paru comme accusateur de son père; et, pour allumer toutes les haines, nous avons encouragé le mensonge , récompensé la calomnie, et salarié le faux témoignage. Enfin, nous jouant du ciel autant que de la terre, nous avons renversé les autels de la religion, et nous avons chassé des lieux saints les adorateurs du Maître du monde. Kous avons fait tout cela, ont dit les impies , et les foudres du ciel ne nous ont point frappés , et la lumière du jour ne s'est point obscurcie. Le Dieu des vengeances ne songe point à nous , il nous laisse vivre en triomphe au milieu de nos victimes, et il n'a point brisé le couteau destiné à nos sacrifices. Chaque jour, au contraire , notre force s'est accrue , notre autorité s'est élevée; et cette grande nation, que nous ap^ pelions nos concitoyens par moquerie, s'est agenouillée devant nous.

Ils parloient ainsi dans leur aveuglement, ces hommes devenus célèbres par tant de crimes; ils parloient ainsi, et le plus haut période de leur orgueil a été l'heure de leur défaite et le signal de leur écrasement Ils ont été renversés , maudits et foulés aux pieds;

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et leurs derniers raoroens ne leur ont présenté qu'un désert; aucun regard de pitié, aucune parole de consolation, n'ont adouci les tourmens de leur conscience, n'ont calmé leur épouvante sur l'avenir, n'ont suspendu la rage qu'excitoient en eux une humiliation si honteuse, un abaissement si précipité. Enfin ^ ils ont disparu de la terre , aux cris de joie de la nation dont ils avoient été les tyrans , aux cris de joie de tous les peuples auxquels ils avoient offert un spectacle d'horreur. Quelle fin ! quelle chute!

Ce résultat d'un règne si passager, peut-il faire dire à personne que le sort des méchans est heureux,que leur destinée estdigned'envie? Et si nous avions le courage de fixer encore un instant nos regards sur ces hommes, dont le triomphe sembloit une exception à l'ordre éternel de la Providence, nous jugerions leur mort moins affreuse pour eux que leur vie.

Le calme , le repos, leur étoient inconnus; et, poursuivis par des pensées dévorantes , ils étoient leurs démons et portoient l'enfer avec eux. Ils avoient rempli, refoulé leur &roe de crimes et de crimes, et leur nature en étoitforcée ; leur nature perverse ne pouvoit y suffire. O justice du ciel , que vous avez été prompte ;

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que TOUS Tayez été, même pour nous qoî apprécions le temps à une si petite mesure; noéme pour nous, possesseurs d*un seul de ces instans qui se détachent de la durée des siècles, qui passent a^ec la rapidité de Féclair, et qui tombent à flots de Tétemité !

Oui, le ïïnéchani/aii une œuvre qui le trompe. Celte belle expression des Livres saints n*eut jamais une application plus évidente et plus précise qu'aux jours funestes et à Tépoquedésaslreuse dont nous menons de tous rappeler le souvenir.

J'ai vu le méchant terrible, et verdoyant comme un laMoier vert; mais fai passé , et voilà, il n'est plus.

Us sont tombés, ces hommes si puissans ; ils ont péri, ces tyrans de la France, ainsi que les premiers compagnons de leurs for£ûts ; et le châtiment qu'ils ont subi, la mémoire qu'ils ont laissée , senriront d'épouvante aux êtres de leur espèce , si jamais la nature en repro* duisoit de semblables.

Ici néanmoins , je vous entends, ou je lis dans votre pensée. Yoilà pour les bourreaux , dites-vous ; mais leurs victimes , leurs inno-œntes victimes, quelle protection ont-«lles i^e du ciel ! Elles ont en vain réclamé Tas-

sistance du souverain Maître du monde. Leurs pères, Jeurs enfans, leurs épouses éplorées, ont en vain étendu vers lui des mains suppliantes, ont fait en vain retentir les airs de leurs cris pitoyables. IS^ul secours n'est venu, nul bras libérateur ne s'est déployé , et Ton a consommé tous les sacrifices. Pleurez, familles infortunées ; pleurez, vous en avez le droit; vos larmes ne seront point injurieuses à l'Éternel , et il répandra sur vous ses consolations; nous l'en prions du moins, nous Ven conjurons de toute la puissance de notre âme. Mais vous qui, avec l'esprit seul, et quelquefois avec un sentiment d'indifférence, insultez à la Providence et voudriez la faire comparoître devant votre tribunal pour demander une explication de ses décrets ; vous qui êtes ainsi, qu'attendez-vous d'un ministre du Seigneur, et quel discours vous adresserat-il en entendant vos accusations et vos murmures 1 Contestera-t'il avec vous au nom de l'Éternel? Non : il vous dira que les lois générales de la Providence, ces lois tutélaires, ces lois abondantes en bienfaits , doivent imposer à vos doutes et à vos inquiétudes. Un instant qui embarrasse votre esprit , cet instant pris dans l'immensité des temps, ne

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peut altérer les sentimens d^admiration, de reconnoissance et de respect dont nous sommes pénétrés chaque jour de notre vie , dont nous sommes pénétrés en apercevant le rapport constant des merveilles de la nature et des œuvres célestes avec le bonheur de la race humaine. Nous n'avons pas été appelés à connoitre dans toute son étendue le vaste enchaîuementdu monde moral, et nous ne pouvions pas letre, puisque cet enchaînement déborde la vie présente, ainsi que nous vous le rappellerons bientôt. Loin donc qu'il nous soit per^ mis de £aire usage d'une exception pour in»

culper l'ordre universel , c'est à nous d'interpréter cette exception dans le sens des grandes choses qui, par une harmonie frappante et par leur invariable uniformité, ne peuvent jamais cesser d'être le principe véritable , le principe élémentaire de nos opinions et de notre confiance. Ah ! sans doute ^ en considérant les preuves éclatantes, les preuves innombrables de cette Providence tutélaire , nous aurions le droit de répondre à ceux qui nous adressent leurs murmures , à ceux qui fixent toute leur attention sur une époque particulière , et qui nous en demandent compte , nous aurions le droit de répondre :

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