CXCIV - WOTIC
tablés 9 M. de Galonné se diis^ose à accuser d'inexactitude tous les états de finance remis au roi avant son ministère , inculpa-* tion qui comprenoit nécessairement lô Compte rendu. M, Necker témoigna sur-> Ic-champ au maréchal de Gastries Fimpression qu'il ressentoit dune semblable nouvelle, et le pria de demander au cour troleur-général si elle avoit quelque fondcf» ment.. M. de Gastries n'ayant, obtenu qw des réponses évasives, M. Necker ^ri vit lui-même à M. de Galonné , qu'ayant 4onné Taltention la plus scrupuleuse à la formation ;du Corkpte rendu ^ il le temyrt pour parfaitement juste, et qu'ayant ras*semblé toutes les pièces justiûcatives, ilée trouvoit heureusement en état de. ns^ttrè la vérité dans le plus grand jourj quWtiS. il se croyoit en droit de demander ou que l'on n'altérât d'aucune manière là cqhQauqç due à l'exactitude du Compte t^n^u^ on qu'on le mît à même d'éclaireg ^n^ douter qui pouvoient exister, en les lui Qommib* niqiïant.
La réponse de M. de Galonné à cette lettre est un chef-d'ceuvre d'insolence jésuitique; en voici un passagfe (^) : <f J'ai
(*) Voyez cette correspondance dans son entier , à hi page i6i du tombn des Œuvres complètes de M. Necker.
s OR >l. BTECILER, CKCVi
(r it^i^ M.* fejmàjrécfcal de Castries que ^e « ftftvoîs aulle envie d'attaquer le compte^ a (j«e voto6«aveE rendu au rôi , en 1783! , et c( que j'éviterois d'en parler. Vous voulez <(.q«e si î'oi des doutes , je les ëclaii^e en « vous les coBirixiumquant ^ mais je n ^ti ai « point ; le iravail que )m été obligé de « faire noi a fourni des preuves iûcoDtesta*^ « Ihies, he roi ay&nt voulu prendre .une « GObnoissai^Ce approfondie de la sHiiation' c( de ^ses ânauces , j'ai du., ipour remplir ses « iikteulions, lui rendre ^compte du déficit « i^wiiiuèl 9 de ses causes , .de son origine et fcde ae^ rprogrès,^ depuis le nMment de fc son avàiêment au trône ^uaqu'à présent, «c J'm^i formé le;tableau4 après les ccûcnp* te teS)«ffeQti&4e c^hâquei^innée, qui , seuls ^ <f |>euv€înt faim comuottre Ja réalité 3 et si « ;je.nai pu dissimuler au roi qu!ils.ne s'iac-^ « QoixLoieat pas avec les états di& situaiMin u qui Im avoiant été remis :à diifiSéfèiites ' <f époques^par les miuisti!es de ses finances^ «rlain-d'^bcouser aiioim4'éi« d avoir mmx-* H ^qinécj^. soin dans la leoitfectioh. de ces <( étate , ij':iijiiespKqvié à 3. M. ce qui Mnd « xitrès^if ficile de faire une. application juste « iet diaftincte des :i;eceties et des ; dépenses c< ^ur dbaque année y de form^r^des états fi de situation ieAs /qu'ils puissent caxlFer
CXCVJ HOTICK
(( a\eç les comptes elf6ct}f& qui se retïient K postérieurement , et de prësêntér ime (c balance exacte poar une année ordi-^ « naire. » ' .
« Je dois , répondit M, Necker à cette « lettre si pleine de suffisance , me conten-* t< ter des assurances <{ue vous avez bien t( voulu me donner relativement à Vaste semblée des notables j mais je ne puis H être indifférent à ce que vous me dites c< d'une discordance générale entre les états (c fournis au roi par tous vos prédéces- €< seurs 9 et ceux que vous lui avez présentés, u puisque cette assertion comprend nécesi£ sairement le compte que j'ai rendu au «roi en 1781. Vous n*avez, monsieur^ i< pour arriver à la vérité, aucun nïoyèn .(( qUe je n'aie eu , et dont je n'^ie fait utoge ; (€ et comme j'attache un prix infini à avc^r H julstenient obtenu et la confiance du roi c< et l'estime publique, pemiettez'-œéî de (c vous confirmer la proposition que je vous c< ai faîte; ou, si vous persistez i^Ue voù-^^ a loir point'discuter l'exactitudedui^mj^to « rendu, je vous ofTrè, avec Ken moins a d'avantages de situation que vous n^avez, « monsieur , de discuter vos propres calice culs; et je ne crains point d'assurer d'^a vance. que si les bases dont vous avez
SUR M. VEG&ER. CXCVÎj
ir fait choix sont justes , et si les dépouille- «c mens qu'on a faits par vos ordres sont <i exacts,. les résultats de votre travail de- « vront s'accorder avec le mien. Observez, 4c monsieur , que c'est uniquement la partie K de vos comptes relative à mon admini- «r stration , que je vous proposerois de me <c communiquer , époque qui ne peut rien H présenter dont je n'aie déjà connoisif sance. »
M. de Galonné laissa cette letti^ sans réponse) et trois semaines après,. par un. raffinement d'impertinence, il envoya à M. Necker un exemplaire de son Discours à l'Assemblée des notables , en l'accompagnant d'un billet où il se faisoit valoir de n'avoir pas prononcé le nom du Compte fendu, quoique dans le fait il l'eût désigné et attaqué à chaque ligne.
Ce Discours offre une . lecture fort curieuse. M. de Galonné commence par faire un tableau pompeux des bienfaits sans nombre que la France doit à son adoEiinistration, et de ceux qu'il lui prépare pour l'avenir. Il se complaît à mettre en parallèle l'économie aimable dont il se pique , cette économie facile sur toutes les choses qu'il appelle de peu d'importance , avec l'économie austère de M. Necker , qui
cxcvii j » orri e E
rebutoit toutes les. classes de debiandieurs. /L'économie qui dissipe les trésors de l'ëtat est ^ en effet , d'une natcrre t^ès-difféf ente de eelle qui les nxënage, et Ton ne tarde pas^à fi en apercevoir, quand ^ après ce prëasn- -bule, M. de Galonné arrive au triste aveu que les' dépenses fixes surpassent; d'tiise somûie ^énorme les revenus ordinaires; -mais il ajoute quel'origine de ce déficit est antérieure à son administration, et quHl n'a pas cessé de s'Accroître depuis l'a-véne- «ment 4^ Louis xvi ; enfin il propose ^ pour remédier à la pénurie des finatices, divef- «ses ressources plus ou moins bien combinées , dont les principales étoient Fimp4k; du timbre, et une subvention territoriale, en £iMure ou en argent , répartie sur tous Icâ habitans de la France , sans â|sti)iCtion de classes. L'abolition des privilèges ^ «a iHàtière d'impôts, étoit, il es* vrai, le meilleur moyen de rétablir lès finances , mais de n'étoit pas d'une assendblée éom^ posée presque entièrement de pmilégîé6 qu'on pouvoît attendre eètté réforme ; et d'ailleurs , celui dç tous les hotnmes qui devait le moins se flatter dcl Vobtetiir , c'étoit le ministre même dont le? folles prod]ga«> Jités avoient ametié le délabrement de la fortune publique.
SUR-HI. VECKER. C^CÎX
Devant l'Assemblée des notables , M. de Calonne avoit évite d'indiquer la somme à / laquelle s'ëleyoit le déficit ; mais au grand comité qui se tint chez Monsieur , il se prononça plus netteîtnent , et déclara que le déficit ëtoit de iio à ii5 millions, et voici comment il expliquoit ce déplorable résultat :
Depuis 1776 Jusqu'en 1786, il avoit été emprunté disoit*il, ia5o milli<ms, dont 44o appartenotent à l'administration de M. Kecker. En 1776, le déficit annuel étoit, selon lui, de 37 millions; 1^^ en>prunts de M. Necker l'avoient accru de 40 millions, mais en même temps ce ministre avoit augmenté les revenus de l'état de 16 à 17 millions , d'où il résultoit qu'à sa retraite le déficit montoit à 56 ou 60 millions. Quelque temps après M« de Calonne alla" plus loin encore ,v.et prétendit qu'en 1781 le «déficit étoit réellement de 7« millions. Or, comftie le Compte rendu annoncoit un excédant de 10 millions des recettes sur les dépenses , l'assertion de M» de Galonné supposoit de la part de M. Necker une erreur de 66 millions, dans une hypothèse, ou dç 80 dans une autre. Nous verrons bientôt comment M. Necker réduisit à leur juste valeur ces
ce irOTICF i
prétendus calculs qui , dès lors , eurent de sévères critiques à subir de la part de plusieurs membres de TAi^emblée des notables, .et' m particulier de Tarchevéque de Bordeaux ^ M. de Gicsé , qui , plus tard, devint le collègue de M. Necker dans le ministère*
a Rien ne peut égaler , dit M. Necker (*), if Fagitation dans laquelle j'ai vécu depuis u la lecture du discours de M. le contrôtf leur-^généraL Excité^ retenu tour à tour u par toutes sortes de considérations ^ j'héc< sitois sur le moment où je devois à tout fc prix publier ma défense , lorsque j'appris « la dénonciation précise faite par M. de « Galonné au grand comité des notables y c< tenu chez Monsieur , frère du roi ; et , « animé par l'espoir de pouvoir être en- « tendu dans les mêmes lieux oit mon ad- <i ministration avoit été si outrageusement « inculpée , je pris la liberté d écrire au roi « la lettre suivante f •
ti Je supplie V.. M. de daigner lire la corc< respondance dont je joins ici une^cc^ie, « V; M. verra tout ce que j'ai fait pour « prévenir que M. de Galonné, par aveu- K glement ou par un mouvement de pas^.
(*) Mémoire d'avril 1787.
j SUR M* ZIECKER* CCJ
. H sion contre moi , ne se rendit coupable u d'une injustice éclatante , et ne me con«ii traigntt de cette manière à sortir de ma li vie paisible et retirée , pour me livrer à <f l'agitation d'une défense publique. Tous a mes soins ont été inutiles ) M. le contrôle leur -général n'a pas jugé à propos de a s'éclairer y il n'a jugé à propos d'entiher 4c en aucune explication avec moi , ni avec K M. le maréchal de Gastaries, et, par ua (( contraste inouï , il s'est permis cependant i( d'annoncer à l'Assemblée des notables « qu'il y avoit en 1781, époque du Compte ic rendu, une différence immense entre les a revenus ordinaires et les dépenses ordi- « naires de V. M.
i< M. le contrôleur-général vient de con- « firmer*la même assertion dans le grand (c comité qui s'est tenu chez Monsieur , et (c il a, de plus, donné à cette assertion a upe consistance précise, en articulant u que la différence étoit de 56 millions en .c( déficit.
i< Je serois l'homme du monde le plus a digne de mépris , si une pareiMe inculpai( tion avoit le moindre fondement. Je « dois la repousser au péril de mon repos (( et de mon bonheur, et je viens supplier fc humblement Y* M^ de vouloir bien me
CCIJ irOTlCE
« permettre de paroître devant mon accuu sateur pôMîo, on k l'Assemblée générale vdegnotâMtô', ou dàiig'lé' grand comité « de cette assemblée 5 et toujours en pré- ^ sence<Jé^V, "(/i. La scrtipnleùse équité dti k roi lui pers^uader-a sans doute que ma « justification ne peut être ensevelie dans « Tobscuritië , aujourd'hui que les asservie tions injurieuses de M. de Gakmnesônt
<c répai^dues par tonte TEurope
« M. de Càlonne, en attaquant par de simii pies assertions un compte public , appuyé « de pièces justifieâfiVés^ àlâ bonté 'de c< m'offrir pour issue les erreurs dont Kiu- -k manité est susceptible 5 maïs je n'accepte <( point cette retraite. Je n aurois pas rougi, w si , contre ma persuasion , je m'étois «f trompé de trois ou quatre millions daiis ce le compte des finances du plus grand «c monarque de l'Europe y et , en supposant « que tel eÀt été le résultat des recherches «de M. le contrèleur - général , j'auroîs u avoué sans honte les erreurs qu'on m'àu*u roit fait apercevoir , et j'aurois eu raison f( peut-être de penser que sortir ainsi ^tin ff examen fait avec des dispositions si peu 4( fstvorables , c'étoit acquérir une nouvelle ic preuve de mes soins et de mon attention t dans la ' formation du compte de 1 78 1 .
SUR M.HECKfR. Gciij
a Mais ràdmîaisiratear lies findnceâ Je M plus ignoranti eè le phis iégèT) qai se €r tronipeceît ^ non iàè Se à. 6b zajl^ons, •fc comnw ose le ^e M. de ijlalonne^ mais m d une sôflûijkKie in&mnent moindre, séroît ^ à eonp sut" un znalhotiaéte ^lomme* Je a me croîs sonillé y en arrétantt un moment u mon atteaitîon âar une semUaMe image. « Sire y je vous ai bien servi y cependant ce rameur que tous avez pour la justice et «f la protection que vous a^ooildôz aiix ôp^^ t( primes , sont les seuls titres que j'invoque cr en cet instant. »
Quelque fondées que fussent les plaintes exprimée* dans cette letti*, cjoelque imé. rét qu'eut le roi lui-même à constater Tex^ctitude d'un compte qui a voit reçu sa sanotion de la mianière la plus authentique , la demande de M. Neckei* fut refusée , et dès lors il ne lui fut plus permis d'hésiter à prendre l'opînioD publique peur ]uge. Il écrivit donc , au mois d'avrir i 787 , lin Mémoire où ternies les asssertions de M. de Cs^ 1 onne sont pulvérisées. >■
Ce Mémoire comm^iEicô par rappeler que le déficit sous M» de Chigny étoit de a4 «lillions, et non de 3*^ ^ ensuite , avertissant M. de Calonne qu'il se trompe au détri^ ment 4u système d'àccusatton qu'il a âevé
Cciv »OTlC'lï '' ' ^'
contre le Compte rendu , M. Neckerlui déclare cçaîX A emprunte . 53o millions , et jion 44<^; il' lui déclare aussi que les 53o millions ont produit dans les charges an««nuelles un accroissement de 4^ millions , et non de 4o *• <^ Clar, ajonte^^il ^ en déve- H loppant moi-même le plan d'attaqpie de SX M. de Galonné , je ne dois pas profiter de « ses erreurs, n
Pour faire face à ^4 millions de déficit loitérieur, et à 4^ millions de charges an-^ iBuelles j il falloit une augmentation de 69 millions dans les revenus. M. Necker prouve que les économies permaneittes 4ii£s à son administration se sont élevées à 84 millions , somme plus que suffisante -pour couvrir une somme de 69 millions ^ en. supposant. même que quelques articles dé recettes fussent susceptibles de légères réductions.
Après avoir montré la liaison entre le compte de M. de Glugny et le Compte rendu f M. Necker entreprend de faire voir aussi le rapport qui existe entre le Compte rendu et Fétat des finances présenté par M. de Galonné lui-même. Pour cela, il forme d'une part le tableau des augmenta*- •tions de revenus obtenues depuis 1781 , et il trouve qu'elles montent à Sopoo^ooo fn
SUR M. ITECKEH. CCT
Ilfcxnned'aiUTe parJtletabl^àadesaagmenta^ tîûDS dé chargesisttrvenues depuis la même époque ^ et qui â'ëlèyent à 191^00^000 fr^ Prenant la différence entré lesr deux som* xoes , il trouve qu'elle eâ de ii i millions^' c'est'-à'^ire 9^ précisément égale an ^déficit annoiK:^ par:M..de Calcninfe«:I>'4m il résulte avec évidence que ce déficit est en entieir l'œuvre des six! années qui se sontiécoulées depuis la publication dû Compte rendu.
. Enfin ^.polir aéhever de mettre au grand jour Fétôurderie deson antagouiste5Mi.Ifec^ ker démontre, quie les emprun^ faits depuis 1 7 -JÔl jusqu'à hè (fin de: 1 786 se sontnâei^és'i s ^576,000,000 f • j aiilieude L,^25o,ooo,ooo f. annoncés dans' rlè ^Discours du conti^Àleur*^ général', et^xjuë' par conséquent' M. de Calonné a fait sujt Cet lartide uuoe erreur
déplus de Sdoiooo^ooo fn * ! 1/ ;
Tel est lé sonimaîi'e-'d^un écritoii laséche^ fesse des questipps fibancières éstiàci^tée par des ^ vues: élevées. d'adminiqtvatÎQii 9 et où se montreriàjirhaque ligne iU/holde fierté d^un hbmmede J)ien qui rougit d'éfre obligé 4e descéndipe idai^s Tarèiié contré un adver^ saire indigmecdé? lui« Ce. Mémoti^^ \\k avec avidité par. les notabljes, ne .iâi^a. aucun doute dans leur esprit.^ ....
CependaQ4; le roi, instruit^^M* Nec>;er
prëpuroit aiië r^Mintisfe aux intulp àtkms âià M. die Càknme ^ ixd suraîtf^faât sarroir màU relateraient «{iftl en blâmoit lapiiblicalrân y maïs qne d'aillettra il iétott : ôon^Taincu ^ rexactibide ûa. Compte rendu ^ «t (pie «rat sipprabartion devoit sof&ie. «cDans les.^u-^; <t ^^enieineoé arhîjbcâbas^ les rois > snéKoe (Cl Icfs meilldiirs, ont de laipeine à cômprefli^ (cjdre iMJiportBiice: «cpierehaque homme u doit attadier a i'optmim publique. La ^vGcnH*'ieur parait le centiie de tout, et ils ir i$ont éusLH[néme& , à leurl^ jenx ^ lé centre « . d^ la <ioUp (i^^ ») Cl'étoit trop de refuser à M. NebtdBET >nn lisoyen iéffiddt deooaahattre son ad<7eroaire./et de kû4eiiiaiK]iBr'e]:lC(xre le saedifice dé sa rëpidtatîèBi; aussi me vse <rat-il p(M»t tenu' d'obeîr fà4 'injonctioâ du im , et , tntpuldiant son Mi^nôire^ il ëorivit à Louis XVI la lettlre qu^ voioi :
* ((Je tMfibr >àuB:' pi^ds (de Y. M; p<mr la H àupplîet* de né ipas désapprouver le paadî Jr qiK )'aiJpHslde^dJéfelLdEô^mon hooneur ^ et ina vépisiatiQn^ «e «oist/des^ ibiens^lua u êhbrs c|ué' )â vie» Le (roi ^ sonverain prô^ t( rtectenride la justice^ «daignëra^^e l'espeœy (^ «ffeniBldërepdàns sa /honte Ja^^oshidn^û^ cvtvémecàiliâqaelle^j'ai ^ séduit ,- ndalgré
i^**-^***"^-^**^*»»— I IJI tm*9\m^^^
X^) £oBsil6«iîpU£ar JaiB^i^iikit^ti finoçoin.
SUR M. ICKCKKR. CCvij
(c tous les efforts qœ j'ai faits fiQur éclairer, a M. le contrôleùr-^néral , et potir pi éve-^ « nîr ainsi son aitacpie ourtbagense et fpa-^> « l^que^ Que lui. en auroit-il coûté de^ a m^nteiidre avant de m'accitser ? que lui ce e^ aupoit^l coiité de ra|^pcnrter ensuite) <c mes observations à V. M. ? G etoit tout
f( ce queije goubaîtotis ; c'tétoît.toût.ce que je <r den^andois. J'étais bien sm que V. M* y ce eu se faisant reia^lrect^nxpteid^ « de M. le contrôleur-^général. iet de niie» K i^poûBesryBMrpit^romptementidistin^ « la vérité x mms il a plu. à M. dé CaLonnec <c;de Fe)5@bér cette mmîàTtoéé:prwxdmi^r^ <c isimjple ôt si raisotioaUer gentils xims^Sf^r^.* « "^itéin^ du)naéTnë DjMoilre. Il)àrn»Lëii4Siah9(i& feèquella>£iiaiiicn*«t k po^rite, fifesBenifJté- ««loiasdb-soB injuste accusation. •
i< Le dceuip tnagnànitnedë'V. M. Tavér- « tira sans douté quil ëtpit iiîqj^os^ble que. it.^e restasse sous « Taffront «itiAiiit qine jai « rèÇtt ; iî^ëttiit itnjjosSiblè' ij^ laissasse « en doute si j'avois pu être capable 4e a tromper le raieilleur, le plus vrai, le pLns ïï loyal ded^ttttdeS ; et sî fétoîs inseriisibie « à ùïie pareifle sittiatiQn^,j.e Mip montrç-; f< rois indignfe dés ^ bontés dont Y. M. m'a « bonoré. Vous jtigèi'ez /Sire, Êtpfès la lec- << ture de njion Méiï^oire>^,M^,deCalonne
CCViij^ KOTtGB
i< aétë injuste envers moi; et cependant, {< Y. M. verra que , blesse , offensé autant fc^qu'on peut Têtre, jaî conserve, en me c< défendant , la modération la pins parfaite, c( et que je ne me suis jamais écarté un mo- « ment de Tobjet qui devoit m'occuper uni- « quement.
(( Je réclame avec instance la bonté de ic V, M. , et ses nobles vertus , gravées au i( fond de mon cœur , m'inspirent une en-« M tière confiance. >i
Ce fut le n avril 1787 que parut le Mé-» moire de M. Necker ; et , deux: jours après , iHit arriver chez lui M. Lenoir, lieutenant de police, lui apportant une lettre de ca* chef qui Texiloîtâ vingt lieues de Paris. (^) ~ Du reste, M. Necker trouva dans les té-
.^^) Tant de pèrsokines obi entendu parler de lettres de cachet , sans en avoir la^ qu'on sera peut-être curieux d*en voir utî^clùuitillon. ' '
« Moos. fifecker, je volis fais cette tettrepottr v^oi « dire qu'aussitôt qu'elles vous aura été remise , vous ay^es « à sortir de la ville de Paris y et à vous retirer dans le « Heu que vous choisirez , à la distance au moins de vingi « lieues de ladite ville ; vous enjoignant d'instruire lé « sieur baron de Breteuil , secrétaire d'état , du lieu quiç « vous aurez choisi , aussitôt que vous y serez arrivé » et w Vous faisant défense d'en sortir jusqu'à nouvel ordre. « Si n'y faites &ute $ à peine de dé^béissancé.
u.Fait à Vçrsaillei^i le i3 avril 1787-
• et plus bas y le baron de BRETstJU*. »
SUR M. KEGKEE. ' CCix
xnoîgnages d'affection et de respect qu'il reçut en cette occasion , de quoi se dëdommager amplement des inconvëniens d'un exil. Pendant les -vingt-quatre heures que durèrent les préparatifs de son départ , il eut la visite de tout ce que Paris renfermoitde plus marquant , et entre autres celle de rarchevêque de Toulouse , qui aspiroit à remplacer M. de Galonné , et à qui l'intérêt même de son ambition dicta cette démarche.
Ma mère, en racontant ces événemens , met en contraste la douleur et l'indigna-* tion qu'elle éprouvoit avec le calme que conserva son père. Il est certain que M. Necker , loin de garder le moindre res^ sentiment contre Louis xvi , a souvent cité comme une preuve de sa bonté la courte durée de cet exil (*), motivé par une sorte de désobéissance ; et les lettres qu'il écrivoit à sa fille , pendant son absence de Paris, montrent une âme également exempte d'amertume contre la cour et d'enivrement de sa popularité.
L'on sait de quelle manière M. de Galonné fut renvoyé. Louis xvi , voulant enfin
(*) M. Necker eut , dès le 4 ]^^ '787 , la permission de revenir à Paris.
€CX HOTICE
conûoître la vérité suir le déficit , avoît oiv donné à ce ministre d écrire à M. Joly de Fleury , successeur immédiat de M. Necker, et de lui demander une réponse catégorique sur rétat oii il avoit trouvé les finances en 1781. Cette réponse ayant confirmé la parfaite exactitude de toutes les assertions de M. Necker, M. de Calorie inventa mille prétextes pour se dispenser de la communiquer au roi j mais M, de Fleury , prévoyant ce manège , avoit adressé une copie de sa lettre à M. de Miromesnil , qui n'aimoit pas M. Necker y mais qui dé^ testoit M. de Galonné. Cette lettre fut remise au roi, et dessilla enfin ses yeux. M. de Calonne fut destitué;^ et renvoyé de France; mais, en tombant, il eut encore le crédit d'entraîner M. de Miromesnil dans sa chute. (*) ^
(*) Voici comment s'exprimoit la Cour des aides de Bordeaux , dans une lettre adressée au roi y à ^occasion du renvoi de M. de Calonne.
(c Sire,
« La gloire de l'état et le bonheur de vos peuples u formèrent Tobjet des premières opérations de votre « règne ; vous aviez ramené les' beaux" jours de la xno- « narchie ; la France voyoit avec enthousiasmé son « maître devenu le médiateur des rois , le prolecteur des « nations, et l'espoir de l'Europe contre un ennemi « commun.
<t L'élévation subite d'une marine formidable , les
su H M. JNECKER. CCXJ
M. de tlalonne , aussitôt après son arrivée en Angleterre, se mit à Tœuvre pour répondre au Mémoire de M. Necker. Il
« puîssans secours accordés aux colonies y un plan d'ad* « ministratiôn sage et profond , Tordre rétabli dans les « revenus de Fétat , les abus de la finance corrigés , ses « profits excessifs resserrés dans de justes bornes , le cl*é-* n dit national porté à son plus haut point ; tous ces n avantages assuroient à la nation une prospérité qui « répandoit un enchantement universel. Au milieu de « la gloire qui vous environnoit y votre tendresse pour le « peuple ne put être distraite; la déclaration des tailles , M les règlemens des prisons et des hôpitaux , sont des «I monumens précieux qui prouvoient que parmi les « soins et les troubles de la guerre, Y. M. fut plus toute chée du désir de soulager les maux de l'état , que sen- « sible à rambition d^en étendre les limites.
H Une si belle aurore s*est convertie en un jour téné- « breux. V. M. , abusée , éloigna du maniement des, « affaires un homme sage , amoureux du bien public , « et lui substitua un ministre connu par sa profonde « corruption. Dès lors une influence' fatale dirigea toutes ii les opérations : des emprunts exorbitans , des altéra- M lions désastreuses dans les monnoies , les domaines de « la couronne aliénés par des conventions frauduleuses , « les propriétés particulières attaquées, mais sauvées par « la généreuse fermeté de vos magistrats , devinrent des « ressources familières. Pour comble de malheur , - des « traités de commerce ruineux , des infidélités dans « l'administration des' finances , également étranges et « par leur nature et' par la qualité des coupables, livroient <( à l'étranger la richesse nationale.
« Ges abus inouïs perpétueront le souvenir de cet ad- « mînistrateur , et prouveront à jamais que le bonheur « des peuples tient au choix des ministres , puisque , m sans eux , les rois ne conserveroient que ]e vain désir « de rendre leurs sujets heureux. » * .^
CCxij WOTIÇE
étoit seconde , de Paris , par des hommes dont Tesprit étoit plus estime que le caractère 5 et que Ton désignoit alors sous le nom de Comité Colonne. Mirabeau , qui ne s'ëtoit pas encore relève par la puissance de son talent , de Tëtat d'abjection où son inconduite Favoit plongé , Mirabeau , dis^je , étoit Pâme de ce comité ; Panchaud y jouoit aussi un rôle important. L'archevêque de Sens, lorsqu'il devint ministre, donna ordre que' toutes les archives du département des finances lui fussent ouvertes , pour y fabriquer à loisir des armes contre M, Necker 5 et , dans le même temps , on interdisoit les critiques de l'administration de M. de Galonné., ou du moins on en gênoit la publication par mille obstacles ; car les courtisans, même les plus opposés entre eux , ne manquoient jamais de se réunir quand il s'agissoit d'attaquer l'ennemi commun.
La réponse de M. de Galonné parut au mois de janvier 1788. Il seroit aujourd'hui fastidieux de suivre dans ses détails un gros volume de chiffres qui auroient à peine de l'intérêt pour ceux qui font des finances l'objet spécial de leur étude. Il me suffira de rappeler quel étoit lartificé dont avoit usé l'auteur , ou plutôt les auteurs de cet
SUR M. JfECKER. CCXÎij
ouvrage. Ils avoient commencé par poser d'une manière dogmatique quelques principes généraux, la plupart incontestables, et à ce début destiné à éblouir le public , ils avoient cousu des calculs dont ils savoient bien que fort peu de personnes seroient en état de vérifier Texactitude.
Le ton d'assurance qui régnoit dans cet ouvrage , les nombreux tableaux de chiffres qui Faccompagnoient^ et qui faisoient illù-^ sion aux lecteurs superficiels , imposèrent à M. Necker la triste obligation de l'epousser encore cette nouvelle attaque. Mais ce ne fut pas sans une extrême répugnance qu'il s'engagea , pour la seconde fois , dans une lutte dont la réputation de ses talens et de ses vertus auroît du le délivrer pour jamais. Ce sentiment de peine se laisse voir à toutes les pages des Nous^eaux éclaircissemens sur le Compte reru^u , ouvrage important d'ailleurs pour l'étude des finances françoises ; et remarquable aussi par le talent polémique qui s'y manifeste ; quoique l'auteur , arrêté par un sentiment délicat de la situation de M. de Galoime, alors sous le coup de Fexil et du blâme public , semble ménager l'emploi de ses forces , et épargner un adversaire dont il est sûr de triompher.
CCxiv TTOTICE
Ce nouvel ëcrit, qui parut au moment même du rappel de M. Wçcker .au ministère 5 ^rëfutoil avec t?int 4e précision toutes les ^l^gations de 'SJJl. d^ >Ç£|lQiinç.} il çn montroit d une n;i&gaière si evideçjlje jl'Ésrr^ttr et la xn^uvaise loi ^ qp^e les enne^iç luémes de M* Neçker furçUit r^^lttîts. au $ilepce et s'avouèrent vai»c,u5. (^)
.Ce ;que^ Içs atta,qi;Lçs de M* 4$ Calpnne avoiepteu de pluspéniliylç poi;ir M. NecLer, c'est qu ellçs etoii^t venues Iç .disjtrairç ai^ jiiilieu d'uç trftv^^U plei^ d'f^ttrait pour unç âmètellçiîi^ila sieme^ j^ TWX^ parlçr dg son on\raige$fftXJ^npporfflnçe des opinions religi^Usçs. .Cçwnje a^winâstrateur d'un %x^i ^wpije,, M- Kecker «typit çtudié les
(*) .Voici ce -que l'abbé Maury écrivoit à madame Necker , au sujet des Nouveaux éclaircissemens sur le Compte rendu y et du retour;de M. Necker au ministère. 1/6 style de f e^te lett|re est un peu e^mp^atiq^e ^ zo^s Ijs nom de Habbé Maury la r^end assez curieuse.
« Le rappel de M. Necker a été celui de Camille. « Ditestlui' bien qu'après ces acclamations générales , il » ne lui est plus permis d'abaisser ses regards ^ur ses vijs H ennemis , ni même de croire qu'il en ait encore. Non « sans doute, ilne doit plus se Convenir de ces mal heu- «c reux que la joie publique vient de flétrir. Je leur par- « donne à présent ^a to^us ^ ^ M. de Cajohne lui-ménie y <? qui nous a valu ce nouveau chef-d'œuvre. Qu'on ne « profère plus son nom devant Vous qu'avec "reconnois- « sance. Ce n'est pas dans l'a maison de JCicéron qu'il K faut maudire Antoine , Verres e.t Ci^Ulina« »
SUR ftC. WECKER. CCXV
principes qui régissent la société humaine ; il avoit reconnu l'insuffisance des motifs terrestres pour porter les hommes à la yertu; il avoit vu que les lois , que l'opinion snémC; n'exercent qu'une influence extérieure y et que la religion seule agit jmmé-< diatement sur les cœurs. Sans cesse occupe de ces grandes pensées , il les avoit approfondies dans sa retraite ^ et , après avoir montré dans VAdmmistmtion des finances la coimexjion intime dfi la science du gouvernement avec la morale , il vouli^t rendre un nouveau service à la patrie de son choix, en proclamant l'alliance indissoIul4e de la morale avec la refligion« Tels étoient les travaux de M. Necker, tandis que ses ennemis se plaisoient à le^ r^réseater comme dévoré de l'arahition du pouvoir.
Tant que |a philosophie du dix-huitième siècle avoit eu à combattre l'intolérance et la superstition , elle avoit ^ns doute servi la cause de rbuman^té>^ naais, en ébran-lant la religion , on avoit relâché tons les liens de la société . et Ton commencoit à sentir la nécessité de donner un nouvel appui à la morale. L'Académie françoise proposa donc un prix en fayeur dû meiK leui^ catéchisme fondé sur les seuls prin--
CCXVJ irOTICB
cipes du droit naturel. Les préceptes de ce catéchisme dévoient , aux termes du programme , être le résultat de Vanalyssy de la méthode ^ de Vart de dwiser^ de définir y de dés^elopper les idées et de les circonscrire. M. Necker, justement révolté de ces efforts mesquins , pour disséquer rêtre vivant que Dieu a créé à son ima^ , éprouva le besoin de réfuter une doctrine aride et superficielle , et il publia son livre sur Y Importance des opinions />?ligieuses.
En lisant ce bel ouvrage , on voit que lauteur est un homme d'état qui s adresse k des académiciens. La religion se présente à son esprit comme la base nécessaire de la société , encore plus que comme l'unique appui de l'âme contre la douleur, et l'on trouve dans ce livfe des émotions moins intimes, moins chrétiennes que dans le cours de morale religieuse, que M. Neckér a publié douze années plus tard* Souvent même on s'aperçoit que les épancbemens d« son cœur sont gênés par l'idée du public auquel il s'adresse , et des chicanes de tout genre dont son livre alloit être l'objet. Cependant on admire la haute pensée qui Ta dicté , et l'on y reconnoît ce qui forme le caractère distinctif de M. Necker , la gran-
SUR M. NECKER. CCXVÎj
deur des vues jointe à une extrême délicatesse dans les nuances des sentimens. Mais , pour apprécier avec justice la valeur morale de cet ouvrage , il faut se reporter à une époque où croire en Dieu et oser le dire n'étoit pas une médiocre preuve de courage d'esprit ; il faut se rappeler que M. Necker a attaqué l'incrédulité au faîte de sa puissance, lorsqu'elle sembloit être le génie des hommes les plus distingués, et qu'aucun résultat sinistre n'en avoit encore fait sentir le danger j bien supérieur en cela aux écrivains qui ne l'ont combattue qu'alors que les esprits en étoient à la fois effrayés et ennuyés.
Aussitôt après que M. de Galonné avoit été sacrifié à la juste irritation des notables et du public , tous les yeux s'étoient tournés vers M. Necker ; mais ses ennemis tf eurent pas de peine à persuader au roi que sa dignité seroit compromise s'il rappeloit à la tête des affaires un homme qu'il venoit d'exiler. M. de Montmorin fit de vains efforts pour triompher des préjugés qu'on avoit eu soin d'entretenir dans l'esprit de Louis xvi. D'un autre côté , le roi répugnoit à nommer l'archevêque de Toulouse , quoique vivement protégé par la reine 5 et , pour échapper à cette alter-
CCXViij WOTICK
native , il fit offrir le ministère d'abord à M, de la Millière qui le refusa , et ensuite à M. de jFourqueux , vieux magistrat , que la foîblesseide sa santé et celle de son intelligence renvoient également incapable d'occuper une iteEe place. Je ne puis mieux retracer ce qui se passa dans cette circonstance, qu'en iranscrivfint ici des Jiotes de M. de Montmorin,x;itées dans les M^pioires 4e Marmontel. (f)
K Lorsque le roi me cihargea de sa lettre (( pour M. de Fpurqueux { dit le conate de i( Moiotmorin ) , je crus devoir lui repré- M sènter que je trfxuvxôs le &rdeai;i des (( finances trop au-dessus des forces de ce « bon xaagistrat. Le jcpi parut sentir que M mes inquiéibudes étodeixt fondées. — Mais , « qui d.oxic prendre ? me dit-il. Je lui ré- M pondis qu'iljB'éto^t.iaapx>ssi]:^ de ne .pas ce être étonné de .cette.quqstion , .tandis qu H i< existoit un bomme qui Téimissoit sur <c lui les vœux de tout le public ^ que d^ns H tous les temps il étoit nécessaire de ne pas H contrarier Topinion publique , jen cboiu sissant un .administrateur àes finances; u mais que .dans les circonstances critiques H où il se trouvoit 9 il ne sûffisoit pas de ne
— I I ■ j I ■ ■ I I I ■■!■■ Il I . mm
(f ) ilémoirei de Mannont^ ^ to^i^ U| , p<ige SSa»
SUR M. ITECKER. CCXIX
« pas la coiitrarier , et qu il étoit laclispen- (( sable de la su^ivre. jra)outai qtie tant que (( M. Necker existerpit ^ il étoit imposi^hle (( qu'il y eut UQ autre ministre des finaj;ices ^ « parce que le public verroi^t toujouirs avec « hin;neur et avec chagrin cette place ôcw cupëe par un autre que lui. Le roi couce vint des talens de M. Neqker, mais il (c m'objecta les défauts de son caractère , et << je reconnus facilement les impressions c< qu'ayoit données de lui M. de Maurepas ce dans rorigine ^ et que MM. de Vergenne.s, « de .Galonné . de Miromesnil et de Bpe- (C teuil^ avoient gravées plus prpfondépient. ce Je ne conuoissois pas personnellem^ent c( M. Necker j je n'avois que dçs doutes à ce opposer à ce que le roi me disoit de spjf, ce caractère , de sa ha^uteur , et de son ,es- (c pi^it de domination. Il y a apparence qu^ç ce si je l'eusse .connu alors , j'eusse décidée « son rappiel. J'aurois pteut-être dû insisleir s( davantage^ même ^e le conjx9i$3ant pas,; « Wi^is j'arrivois à.peine dans le ];ninist,ère ^ je il n'y ayoit pgs six sen^àines que j'y étoi^ ce entré , et d'ailleurs un peu de tipiidûé , ce pas assez d'énergie , m'empjécha d'eti;ç ce aussi pressant que j'aurois pu l'être* Qu^ç fc de maux j'aurois évités à la France î que « de chagrins j'aurois épargnés au roi ,!
CCXX irOTICE
w Qu'auroît-il dit , ajoute Marmontel , s*il « avoit prévu que pour avoir manqué le « moment de changer nos funestes dest^ <r nées , il seroit massacré lui-même par un c< peuple rendu féroce , et que trois mois « après sa mort le roi périroit sur un écha- « faud !»
Après le court et insignifiant ministère de M, de Fourqueux , M. de Montmorin renouvela , de concert avec M, de Lamoignon , ses instances auprès de Louis xvi , pour qu'il rappelât M. Necker; mais le baron de Breteuil réussit à faire repousser ce conseil salutaire.
w Les affaires , dit M. de Montmorin , w étoient dans une stagnation absolue : le w crédit achevoit de se détruire de jour en « jour ; les moyens factices et dispendieux w que M. de Galonné avoit employés pour w soutenir la bourse , venant à manquer tout « à coup , produisoient une baisse journa- « lière et considérable dans les effets ; le x( trésor royal étoit vide ; on voyoit comme w très-prochaine la suspension des paye- «mens; on nimaginoit d autre ressourcé w qu'un emprunt , et il étoit impossible de w le tenter dans un moment de détresse
fr aussi désespérant. L'humeur gagnoit dans t^ l'assemblée des notables , l'esprit en de-
SDR M. N£G&£R. CCXXJ
ce yenoit maavais y et déjà on commençoît <c à y 'murmurer les états-généraux. Dans « ces circonstances , il étoit urgent d'avoir « un homme qui dominât l'opinion. M. de (( Lamoignon et moi , nous nous commu- « niquames nos idées , et nous convînmes « que le seul homme sur qui l'on pût fonce der quelque espérance étoit M. Necker, «• Mais je lui parlai des obstacles que j Wois (c déjà trouvés dans l'esprit du roi , et je (c lui annonçai que ces obstacles devien- « droient encore plus insurmontables par « la présence du baron de Breteuil. OTous c( conférâmes avec celui-ci , essayant de le « convertir, mais inutilement. Enfin', après (C une longue séance , nous nous décidâmes « à monter chez le roi , et lorsque tous les « trois nous fûmes entrés en matière sur le (( changement qu'exigeoit le ministère des « finances , je parlai avec force de la néces- « site de rappeler celui que demandoit la (C voix publique. Le roi me répondit ( à la ce vérité avec l'air de la plus profonde douce leur ) : Eh bien ! il n'y a qu'à le rappeler^ c< Mais alors le baron de Breteuil s'éleva c( avec une extrême chaleur contre cette ce résolution à moitié arrachée j il repréce senta l'inconséquence qu'il y auroit à rapce peler , pour le mettre à la tête de l'ad-
CCXXij WOTICE
« ministration , un homme qui ëtoit à peine c( arrivé au lieu qu'on lui avoît prescrit <i pour son exil ; combien une pareille con- « àuite auroit de foil)lesse ; quelle force c< elle donneroit à celui qui , placé ainsi « par Fopinion , n'en auroit d'obligation « qu'à elle et à lui-même. H s'étendit lon- « guement et fortement sur l'abus que <( M. Necker ne -manqueroit pas de faire u d'une semblable position. Il peignit son « caractère sous les couleurs les plus pro* ce près à faire impression sur un roi nature reHement jaloux de son autorité , et qui <( avoit un preissentiment confus qu'on voûte loit la lui arracher , mais qui la croyoit c( encore entière dans ses mains ^ et qui « vouloit la conserver. H y avoit des raiw sons fort spécieuses dans ce que venoit x< de dire le baron de Breteuil ; mais elles (c l'auroient été moins , qu'elles auroient en- « core produit l'effet qu'elles 'obtinrent sur t< le roi , qui n'àvoit cédé à mon avis qu'avec « une extrême répugnance, et peut-être « uniquement parce qu'il nous croyoit tous w les trois d'accord. L'archevêque de Tou- '« louse fut donc proposé et accepté sans i( résistance. Cependant le roi nous dit (( qu'il passoit pour un caractère inquiet a et ambitieux , et que peut - être nous
SUR M. NEGKER. CCXXÎÎj
tr nous repentirions de lui avoir indiqué ce c( choix.»
Au lieu de mettre à profit une époque décisive pour faire un nouveau pacte avec Topinioti, Tarclievêque de Toulouse irritai la France par la légèreté de ses principes et Finconséquence de son administration* L'exil des'parlemens', Tappareil imprudent des lits de justice , et là ridicule invention d'une cour plénière , compromirent grave-^ ment Tautorité royale. Lé ministre , flottant eùtre là cour et les' philosophes, s'engagea dans uiie lutté de popularité conti-e les pariémeris*, et ses tentatives furent dirigée^ avec tant de maladresse, que les parlemétis se virent soutenus par Fopinion nationale, dans leur résistance aux réformes que cette même opinion demandoitle plus vivement. Il établit dans tous les pays d'élections des assemblées provinciales, où le nombre des députés du tiers devoit égaler celui des députés des deux autres ordreè réunis j il supprima la corvée ; il voulut rendre égale la répartition de l'impôt territorial ; il abolit les tribunaux d'exception ; il accorda la liberté dé conscience aux protestans; et cependant, loin qu'on lui sût gré de ces concessions, le mécontentement faisoit chaque jour de nouveaux progrès.
CCXxiv .. NOTICE
Ce phënomène bizarre s*explique, si Ton réfléchit que les mesures politiques ont bien moins d'importance par elles-mêmes que par l'esprit qui préside à leur conception. I^es réformes proposées par Tarcheyêque de Toulouse étoient sans doute favorables à la liberté j mais elles n'étoient y dans l'intention de ce ministre , qu'un moyen d'acheter l'enregistrement d'un emprunt considérable , et de retarder indéfiniment la convocation des états-généraux j et dès lors l'effet de ces mesures étoit manqué dans l'opinion. Ce ne sont jamais que des idées simples qui servent d'étendard ^ à l'esprit public 5 la France vouloit sAors M. Necker et les états-généraux , et tout ce qui éloignoit Tobjet de ses vœux ne servoit qu'à l'innter. Les cours souveraines s'étoient déclarées incompétentes pour consentir les subsides^ elles avoient fait la demande formelle des états-généraux. Le Dauphiné venoit de rétablir ses états provinciaux à Romans , et de décider par avance la question du doublement du tiers et du vote par tête. De toutes parts des milliers de voix réclamoient l'émancipation du peuple françois. Il fallut enfin céder à des vœux si fortement prononcés, et un arrêt du conseil, du 8 août 1788, promit solen-
SÛR M. ÎTECKEil. CCXXV
nellement la convocation des états^ënë-* raux , et en fixa Fëpoque au mois de mai de Tannée suivante*
Sous le rapport financier^ Tadministra-^ tion de l'archevêque de Sens n'offre guère qu'une çontre-ëpreuve de celle de son prédécesseur. Il adopta les mêmeâ plans que M;de Galonné , et commit lesupiêmes fautes. Bientôt l'argent vint à manquer pour les dépenses les plus urgentes ', tout nouvel impôt étoit impossible^ et la ressource du crédit n'existoit plus. M. de Brienne crut se tirer d'affaire , en ordonnant , par l'arrêt du conseil du i6 août, que les deux cin-* quièmes des rentes sur l'Hôtel-de- Ville et plusieurs autres dépenses publiques, seroient payés en papier-monnoie : mais cette banqueroute acheva de révolter les esprits, et , pour échapper à l'indignation générale , le ministre se vit forcé d'appeler lui-même M. Necker à son secours. Il lui fit donc demander s'il vouloit se charger, sous ses ordres ). de la direction du département des finances. Une telle proposition n'étoit pas admissible, et le refus de M. Necker contraignit enfin l'archevêque à se retirer. 11 sortit de place avec des revenus ecclésiastiques dont l'énormité ^ comparée à la détresse de l'état, offroit un contraste au
CCXXVJ ïrOTICE
moins fort iDConvenant ^ et y cependant , le chapeau de cardinal fut la récompense de sa désastreuse administration^ comme si la cour eût pris plaisir à ne pas laisser échapper une occasion d^insulter à l'opinion publique.
^ Ici commence le second ministère de M. Necker, et la tâche qui m'est imposée approche de sa fin, M. Necker a écrit l'histoire de cette portion de sa vie politique , soit dans l'ouvrage intitulé de V Adminisiror iion de M. Necker j par lui-même; soit dans celui qui à pour titre : De la Réi^olutionfrançoise. Ma mère en a reproduit les circonstances les plus importantes dans ses Consi-dérations sur les principaux événem^ns de la Révolution. Que pourrois-je ajouter à de tels tàhleaun ? Ce ministère forme la première phase de la grande révolution politique et sociale qui semble destinée à s'accomplir dans le monde entier. Les événetnens qui s'y rattachent sont connus de quiconque n'est pas étranger à la marche de notre siècle. Je dois donc me borner à les retracer sommairement^ pour ne pas laisser une trop grande lacune dans le récit de la vie de M. Necker. C'est aux actes mêmes de sa seconde administration ^ c'est à ses Mémoires^ à ses Discours à l'assemblée constituante ^
SUR M. TVÈCKER. 0îiXVÎj
que je renvoie ceux q[ui ^otidrotat cônnôttrfe en détail leâ efforts inôtiïs <^'îl à faits pottt maintenir Tordre» eti fondant la liberté. Mais 5 en se livrant à èètté teHe et im|)ortaute lêeèui-e , Foù ïié doit |)a$ pferdrë dfe vue les obstacles sans nombre dont M. Necker étoît étftouré , les eoneessiùtfs dé tout genre qu'il étbît obligé dë*faire , tantôt à Topinion de ses collègues, tantôt à la force des circonstances , tantôt à la volonté royale ou à Taveugle opiniâtreté des classes privilégiées 5 tantôt enfin' à rînéxpériencé arrogante de rassemblée constituante* Mon association aux mesures du conseil est l'expression dont M. Neckér lui-même s'est servi, pour désigner ce période de sa carrière publique 5 et en effet , il-'à plutôt été associé à la marche du gouvernement qu'il ne l'a dirigée. Jamais il n'a été le maître du terrain, jamais il li'a pu faire triompher ses idées politiques ; et si l'on veut les étudier , ces idées , les seules dont l'adoption siqcère puisse assurer à la France le calme avec la liberté , c'est dans les ouvrages qu'il a composés depuis sa retraite qu'il faut en aller chercher le dépôt.
Le 26 août 1 7 88 , M. Necker fut appelé au conseil avec le titre de Directeur-général des finances f titre auquel, après ï'ouveï'-
CClViJÎ NOTICE
ture des ëtats-génëràux , on substitua celui de Premier ministre des finances. Cette nomination fut reçue dans toute la France
avec des transports d'enthousiasme (^). Les Hommes animes de sentimens patriotiques y voyoiênt Taccomplissement de leurs généreuses espérances j les créanciers de Tétat , la sécurité de teur fortune j les citoyens de
{*) Si j« publiois le recueil immense des lettres de félicitations que reçut M. Necker à sa rentrée au ministère , on verroit peut-être , avec surprise , dans quels termes de respect et d'admiration lui écrivoient alors des personnes qui Tout attaqué depuis avec une insolence servile. Mais M. Neckçr a toujours dédaigné ce genre de vengeance , et sa famille doit imiter son exemple. Entre les adresses des corps constitués , j'en choisis une seule , celle des états de Dauphiné :
« La nation étoit dans les alarmes ) elle touchoit à sa tt ruine , lorsqu'un roi juste vous rappelle ^ cet événe- « ment a été seul une grande dévolution. Au deuil pro- « fond qui régnoit dans tout le royaume , ont succédé u la joie et les acclamations universelles. Les trois ordres V de la province de Dauphiné reçoivent la récompense « de leur respectueuse fermeté , en vous voyant re- K prendre l'administration des finances que , pour le a bonheur des François , vous n'auriez jamais dû quitter. « Le passé nous apprend assez ce que nous devons espérer « de l'avenir. Vous ave» toujours pris pour guide î'opî* « nion publique ; c'est d'elle seule que vous attendez les u éloges qui vous sont dus : jouissez , monsieur , de votre i( gloire ; jamais un ministre ne fut honoré comme vous « l'êtes aujourd'hui du témoignage flatteur de l'estime « et de la reconnoissance des trois ordres d'une pro- « yiuce. »
StTIt M. ITEèKER. CCTXix
toutes les classes , la garantie de Tordre et de la justice. M. Necker seul ne partageoit pas Fallégresse générale y il pressen toit des dangers dont aucune prudence humaine ne pourroit triompher, et ce fut avec une véritahle tristesse qu*il reprit en main le tunon des affaires. « Ah ! s'ëcria-t-il en recevant « le message du roi , que ne m'a-t-on donné H ces quinze mois dé Tarchevêque de Sens ! a maintenant , il est trop tard. »
La première entrevue de M; Necker avec le roi eut lieu dans le cabinet de la reine y et en sa présence; car Louis xvi éprouvoit de Fembarras à recevoir celui qu'il venoit d'exiler d'une façon si arbitraire. M. Necker ne parla au roi que de dévouement et de respect , et reprit auprès de lui la même attitude qu'il avoit eue à une autre époque. Mais il s'aperçut dès lors que la disposition de la reine à son égard étoît entièrement changée, et, ce joui<-là même, ma mère étant allée faire sa cour à Vietsailles, et s'y étant trouvée avec la nièce du cardinal de Loménie, la différence marquée de leur réception montra clàiretoeii« cbmbien la reine préféroit le ministre renvoyé, à celui que les vœux de la France venoient de mettre à sa place*
M. Necker, en rentrant au contrôle gé-
^éral ^' trouva |p . trésor ëpui§e , içs imp€>sîtions de tout genre consommées pt^r antjcipatioa^ et tous Ips jeffets pulalics 4^i-éçié$. il y îivpit 4 peipeîcii^cj cent mille francs ep cais^, sQÎf. Qïï .^rgenty $oit en valeurs, et ccipeild^n V il feUait trouver plusi^fs millions dai:^ (^ ^ejiii^lnç, pour fi^ire face 9 dçs d|speQ2$e$ i}rg^t§$ ^ dont le . retardement pouvait çqmp^ûi^et^re l^ mv^ié de letat* Le nom seal; (jLe M.. Necki^r 1^ r^ç^^^ître U confiance,; coi^imp p^r m^giie i le« f^nds remportèrent 4e trente ppur ççr^^ en un JDm:} lW^^4ftlÇ9Pseildu ijS^o^tiqwi ayojt répaptjft I4 ppfls|:«jr^^tioç pt^rmi lous; U^ çrëa^cier^ dfi F^t^t^ fut^noulp 4^ feit> f* pen 4e JOINTS ftprès^ iç. i4 çept^nal^re, il ft%
Ces ^eDiier^ :^9is 4^ second çûnistère 4$ M« ]^eckei|;;s(^9tfxçi^t*-ôtre réjppqi^e de ^ carrière publique Ou il 4 ^t preuvi^ de la plujS r$i:e babikt^ > h^i^çté d'^ut^^l; pl^si méritoire., c^u'^Ue 4^<>it moMi^TiçPPniipensee par 1^ çlo^fi^ 46 r<)pi^ion ; c^^r râi,ttenti$H;i pubUq»^ , . uniqueîtiejçt dirigée alors vers ]^ conyoca^îoqL, des. é^ts-^gën^r^ui: , pe tenoit compte ati ministre que djes efforts qui. tendpient immëdiatçl^jent à ce. hn^. J'invoquerai ici un témoignage ^qui ne sera pa§ sujspçct ^ car le livre d'on, jç le tire
SUR M. NEGKER. CCXXX]
contient du reste d'indécentes personnalités contre M. Necker. (*)
t< Nombre de payemeos étoient arriérés H et ne pouvoient être long-temps retardés; « la plupart des contributions étoient conu sommées par des anticipations auxquel-^ tt les on avoit donné la plus esicessive ex-* « tension ^ la création àes billets d'état eaua soit le plus grand eUroi ; toutes les spé-*i( culations, toutes les entreprises étoient i< suspendues et paralysées; le commerce H étoit en stagnation ; la banqueroute de a l'état sembloit inévitable , et cependant u fut éritée sans coups de fdrce , sans céni< trainte ^ sans impôts , sans emprunts y « sans ces billets d^état si effrayans , si fuc( nestes^ dont il ne fut fait aucun usage, « et qui même ne parurent point ; il fut tf pourvu à tous les besoins j tous les expé» « dieos j tous les reviremens , toutes les re^ u sources de banque dans lesquels e2:celIoit ce M. Necker , furent mis en œuvre ; nomii bre de moy^os de détail furent employés, (c foibles séparément , forts pasr leur réu^ u nion; et ce fut un grand acte de sagesse ,
(*) Particularités et observations sar les ministres des finances de France les phis célèbres , depuis r66o jusqu'cB 1791»
CCXXxiv WOTICÉ
ce ans dans les sollicitudes , toujours oc- « cupé d'éviter de grands dangers , et de « prévenir un éclat dont les conséquences « ne pouvoient être calculées. »
Il faut mettre au premier rang des diffî« cultes que M. Necker eut à surmonter dans son second ministère , la disette qui vint affliger la France, dans l'hiver de 1788 à 1789 9 et qui se prolongea bien avant dans l'été suivant. Une grêle affï'ense avoit ravagé les récoltes de plusieurs prQvino^, et surtout de celles qui fournissent CNrdinai* rement à la consommation de Paris. Des besoins se faisoient sentir en même tenips dans les pays étrangers y et 1 exportation , dont la Ufawté illimitée avoit été proclamée par l'archevêque de Sens, éievoit rapidement le prix des grains. Le premier soin de M. Necker fut de se faire rendre compte de rétat des récoltes, et, ayant acquis la triste certitude cpie les ressources de la France étoient à peine suffisantes pour ses propres besoins , il défendît l'exportation paruQ arrêt du conseil du 7 septembre 1788. D'autres arrêts du conseil , rendus dans le ' courant du mois de novembre, accordé-^ rent des primes d'importation , d'abord siur les grains d'Amérique , et ensuite sur ceux de la Baltique et de la Méditerranée. L'ex-*
mmmmÊmÊmmmmmmmm
SUR M. WECKER. CCXXXV
tréitie ligueur de Thiver amena de nouveaux dangers. La diffieultë des transports rendit rapprovisioniaement des marches dispendieux outre mesure , et la nécessité d^employer des moyens extraordinaires^ pour remplacer les moulins à eau arrêtés par les gkcés , accrut la consommation des graina. A a^esiure que la cherté augmeuloit^ les négooiii^s , effrayés de leffervesoence du peuple , $e refusoient à faire ve&ir des bléâ étrangers pour leur propre compte ; bientôt ils ne voulurent plus méuM être employés comme simples commissionnai»
res 9 et l^dmi^istration se vit obligée de suppléer >àt l'^^ion du commerce. L'AmériquiB, les côtes de la Méditerranée, FAnglelerre, la:B[ollande et Dantzick, furent mis à contribution |^ur les be^toins de la Fjfançeç M. Necfcet saivoit de sa propre, m^\VL cette importante cos'rej^pondance , et lorsqu'il éboi* nécessaire d'obtenir de l'étranger des piempissions particulières d'extraction , ses sollicitations inst£mtes étaient pï*esque toujours oonronsiées par le succès. Sa vigilande tfétoit pas moins active dans rintérieur; il formmt des entrepôts de grains et de farines dans les Heux les plus favorablement situes ; il ordonnoit au direictoire des vivres de la guerre de faire '
ccxxxviij K O T 1 C E
tous les hommes qui ont suivi les progrès de leur siècle , savent que rien n'arrête la marche toute-puissante de l'esprit humain ; seroit-il nécessaire de justifier à leurs yeux la convocation des états-gënëratix ? Respect pour la morale , déférence pout' l'opinion , voilà ce qui faisoit la force de M, Necker ; voilà par quels secrets il avoit relevé k crédit de l'état ; et l'on ose s'étonner qu'un tel ministre n'ait pas conseillé à Louis xvi de trahir sa promesse, et de repousser les vœux légitimes de la France I
Dès les premières conférences que M. Necker avoit eues avec le roi , il lui avoit déclaré qu'il ne pouvoit lue être utile que dans la ligne de l'opinion publique et de la liberté , mais que si les intentions du roi étoient de nature à exiger la volonté despotique d'un Richelieu , il le suppUoit de choisir un autre ministre. Louis xvi avoit approuvé ce langage , et on lui doit la justice de dire que jamais, du moins dans ses entretiens avec M. Necker , il n'admit comme possible de rétracter la convocation des états-généraux.
La réunion de ces assemblées nationales tombées en désuétude depuis près de deux siècles , présenta ' ' "sairement plusieurs questions délie udre ; mais la r
SUR M. NKCKER. CCXXXvij
d'ailleurs , combien deven oient plus grandes les difficultés inséparables de la disette , lorsque tous les liens de Tordre politique étoient relâchés , lorsque Tautorité sans force rencontroit des résistances , non-seulement dans les provinces , mais dans les municipalités , et jusque dans les plus petits villages 5 lorsque enfin toutes les passions populaires étoient exaltées , et que le moindre retard dans Tapprovisionnement d'une grande ville pouvoit entraîner les scènes les plus tragiques. Je reviendrai sur ce sujet, en racontant les événemens de Tannée 1789. x
Les cii\f onstances relatives à Touverture des états-généraux sont trop connues pour que je m'arrête à les discuter , et mon opinion auroit peu d'intérêt sur une question historique de cette importance. D'ailleurs , je TavOue , j'aurois presque honte aujourd'hui de répondre aux attaques qui ont été dirigées à cet égard contre M. Necker.
Deux religions politiques divisent le monde : les uns persistent à ne voir dans la révolution françoise qu'une révolte qu'il eût été facile de réprimer par la force 5 pourrois-je espérer de convaincre ceux dont les indestructibles préjugés résistent à Tévidence des faits ? D'autres ^ et ce sont
ccxl ITOTICE
lecteurs aux ëclaircissemens lumineiix que M. Necker lui-même donne à cet égard dans son ouvrage sur la révolution Françoise , et Je doute qu'il existe aujourd'hui des préventions assez opiniâtres pour ne pas se rendre à une telle force d'évidence. (^)
La seconde assemblée des notables s'ouvrît à Versailles le 6 novembre 1788.
M. Necker , dans un discours plein de sagesse 5 développa les raisons qui rendoient impossible de s'en tenir à la forme des
(*) S'il étoit nécessaire de démontrer par de nouveaux raisonnemens l'indispensable nécessité de la double représentation du tiers , l'on pourroit alléguer à bon droit la disette d'hommes éclairés qui se faisoit sentir dans les classes privilégiées. Je trouve ce passage remarquable dans une lettre écrite à madame Necker par l'abbé Maury , ■ pendant les élections de 1789.
<( Au milieu des gémissemens causés par la famine ^ M j'ai la consolation d'entendre souvent proférer le nom <( de M. Necker , avec les plus touchantes bénédictions, u Je suis persuadé que la confiance universelle va le M rendre l'oracle de la nation. Les représentans du peuple, « eux-mêmes , auront grand besoin d'un tel régulateur. « Il n'y a ici ( en Picardie ) quelques hommes que dans (( le tiers-état , qui se dispose à faire de bons choix ; ce trsont des subdélégués, des jurisconsultes, des négo- « cians , de riches tenanciers , qui doivent figurer avec <« distinction dans une assemblée provinciale , mais qui w ne peuvent faire aucune sensation dans une assemblée « nationale. Cependant, quoique leurs idées ne s'élèvent (t point au-dessus des intérêts locaux , ils n'en sont pas 4i moins infinimeaV supérieurs aux deux autres ordre». »
SUR M. KECKER. CCXlj
états de ï6i4j ^ît indiqua les diverses questions sur lesquelles rassemblée auroit à délibérer, relativemçpt à la composition des états-généraux , et au mode d élection des députés des différens ordres.
Le travail des notables ne fut point dépourvu de toute utilité ; ce travail , résumé et mis en ordre par une commission de quatre conseillers d'état , aplanit plusieurs points difficiles. Mais, des deux questions les plus importantes ( le nombre général des députés et le nombre respectif des députés des trois ordres), l'une ne fut point traitée par les notables , l'autre fut résolue par eux de la .manière la plus diamétralement opposée au vœu national. L'on sait que le bureau présidé par Monsieur (aujourd'hui Louis XVIII ) fut le seul entre six qui se prononça pour le doublement du tiers.
Le mécontentement universel qu excita la décision des notabJbs, traçoît de i^este.ai* gouvernement la marche qu'ilavoit àsuivre. Le parlement de Paris lui-même , ce défenseur imperturbable de la routine et des préjugés, vaincu alors par la force de l'opinion, rétracta ses délibérations précédentes , et déclara que le nombre des députés respectifs des trois ordres n'étant déter-^ miné j)ar aucune loi ^ ni par aucun usage
ccxlij iroTicî
constant, on ne pous^oît que s^en rapporter à la sagesse du roi pour pan^enir aujç mo^ dijications que la rahon, la liberté, kt justice et le vœu général poui^oiént indi--' quer. Cependant M. Necker ne voulut rien précipiter, et , pendant près de deux mois y il s'appliqua sans relâche à étudier avec impartialité ce qu exigeoit Tétat de Tesprît public. Enfin , à la suite de longues et mures délibérations , la majorité des ministres se prononça en faveur du doublement du tiers ; et la reine , qui assistoit alors pour la première fois au conseil y sanctionna par son assentiment cette iniportante mesure.
Le résultat du conseil , du 27 décembre 1788, ordonna que les députés aux état$^ généraux seroient au moins au nombre de mille ^ et que le nombre des députés du tiers seroit égal à celui des députés des^ deux autres ordres réunis. A ce résultat du ftnseil étoit joint xm rapport au roi par le nainistre de ses finances, où se trou voient développés quelques-uns des principaux motifs qui avoient entraîné la détermina-tion du gouvernement. Ce rapport auquel on a constamment attaché le nom de M. Necker , et qui lui a valu tant d'éloges et tant de haines, ne lui appartient pas exclusivement. « L'ordonnance et le style , dit
SUR )& lîECKBB. CCxIiij
n M. Necker (*) , n^composent un titre •f de propriété qua pour les ouvrages acacc dëmiques j il n en fut jamais de même pour u les arrêts d'un conseil politique , et pour « les préambules qui en exposent les mo-^ » tifs...» Le mot de nécessité ne se trouve «f pas dans le rapport fait en mon nom , » comme ministre d'ëtat , et «cette seule «r remarque doit faire présumer que le rapfc port ne disoitpas tout, et qu'il avoit été «r précédé d'une discussion plus étendue* » Une autre observation achève de démontrer que M, Necker étoit loin de pouvoir faire triompher alors toutes ses idées ; c'est que le résultat du conseil du 27 décembre ne prononce point sur la délibération par ordre ou par tête ; et cette observation importante sert en même temps de réponse à ceux qui ont fait un reproche à M. Necker de n'avoir pas proclamé , avec le doublement du tiers, Jâ division en deux chambres , qui en étoit la consé(penc6 naturelle. A cette époque, ni le roî , ni le conseil , ni îes ordres privilégiés n'auroient consenti à cette innovation salutaire. Après le 23 juin, l'assemblée nationale s'y est orgueilleusement refusée ; car , dans un pays étranger encore aux ver-
(*) De la Révolution firançoîse , Tome r^
cclxîv iraxicit
tus de là liberté ^ le l^gage de la raisoa ne peut jamais se faire entendre du parti qui se croit le plus fort.
Cependant le rapport joint au résultat du conseil du 27 décembre indiqùoit pour l'avenir la suppression des lettres de cachet, l'affranchissement de la presse , et le retour périodique ées états-généraux. Ces concessions y qui forment les premières b&ses de toute liberté 9 jointes au doublement du tiers, valurent à Louis xvi, et à son ministre , des témoignages passionnés de re-* connoissance (*). « Les communes, dit (c M. Necker , reçurent une justice comme tf un, bienfait. Cette méprise des âmes sen^ tf sibles est la consolation des bons rois. >^
Les mémçs personnes qui ont fait uni crime à M. Necker de s être écarté de To-. pinion des uotiables sûr le doublement du tiers, lui ont reproché de lavoir suivie en ûe fixant aucune condition pécuniaire pour l'éligibilité des députés des communes. Mais ses réponses à cette objection sont pé*
(^) a JamaîS', ëcrivoient les états de Dauphiné k u M. Necker 9 on ne parla des droits des hommes et des- « projets du meilleur des roîs avec plus de sentiment et « de dignité. Quelle suj>lime fonction que celle d'être K^insi près du trône l'organe de la vérité ^ et de la dé- <i fendre, avec un si noble courage I »
SUR M. KECKER. CCxW
remptoires. Si le gouvernement pouvoît et devoit même repousser Favis des notables^ lorsqu'il étoit contraire au vœu national y il n'en ëtoit pas ainsi lorsque leuravis se trouvoit conforme à ce vœu , aussi-bien qu'aux anciens usages. Or, l'on sait que » jamais on n'avoit. impose de condition de propriété aux députés du tiers-état. D'ailleurs, exiger de ces députés la preuve d'une fortune territoriale 5 c'eût été exclure précisément les hommes les plus marquans et les plus éclairés de l'ordre du tiers ; car les roturiers qui avoie^ de la fortune et de l'éducation évitoient d'acquérir des terres , afin de se soustraire aux impôts humilians de la taille et du droit de franc-fief. Et quant à la richesse mobilîaire, on manquoit d'échelle pour en fixer la quotité. Car la capitation , qui seule auroît pu servir de base , n'étoit point établie dans toute la France , et dans les provinces mêmes où elle existoit , elle étoit sans rapport certain avec la fortune des contribuables.^ Enfin , la condition de propriété, supposé que l'on en eût exigé une, n'auroit certainement pas excédé la fortune de la grande majorité des députés du tiers , et auroit eu par conséquent très-peu d'influence sur la composition de l'assemblée. \ ces remarques , pui-
CCxWj WOTÎO*
sees dans Tétat de la France d'aloi's^ on peut ajouter qu en thèse générale rien' ne ^semble plus superflu que d^ circoûscrirâ le choix des électeurs ^ lorsque le législateui^ a pris soin de restreindre le corps électo-*» rai aux hommes qu'il a jugés capables dagir avec sagesse et disCeiniemeiit.
Les états*généraux s'ouvrirent k Ver^ sailles ^ le 5 mai l'jSg. A son entrée daios la salle , M. Necker fut couvert d'applau* disaemess. Il étoit alors l'idole de la natioû frânçoise ; les factions n'avoient pas encore perverti l'opinion publique. Cependant^ loin de rechercher pour lui<néme une po^ pularité qui lui promettoit des triomphes faciles, il ne sembloit occupé que de re-^ porter sur Louis xvi les hommages qui s'offroient à lui. Son discours avoit été remis au roi plusieurs jours d'avance : Louis xvi l'avoit examiné attentivement ; il y avoit même joint plusieurs notes écrites de sa main , et on a lieu de croire qu'il consulta , dans cette cii^ constance, d'autres personnes que les mèm*** bres de son conseiL M. Necker enfin lui avoit soumis ses dernières correctioiis , et lei. roi les avoit trouvées conformes à ses tues (^). Je me plais à insister sur ces dé^
• — — • m II II II 11 II I nip— ^M^M I—— ».— ^
(*) Voyez le billet de Louis Xvi publié par M. Kecker, dans son ouvrage but là B#voliitioa (rançôÎM ^ Toint li
SUR M. VECKRR. CCxIvîj
taîls honorables pour Louis xvi, parce qu'ils montrent avec quel soin M. Necker évitoit , dans son discours y toute expression qui ne fût pasd'aocord avec la pensée royale. Se renfermant autant que possible dans leâ attributions de son ministère , M. Necker commença par diriger Fattention de l'assemblée sur les moyens de rétablir les finances. Il développa l'état général des revenus et 4^s dépenses fixes , qui fut rendu public peu de temps après, état dont la sincérité n'a peut^tre jamais été égalée , et dont l'exactitude est sortie victorieuse des recherches malveillantes des divers comités de rassemblée nationale. Il montra que ie déficit , bien que considérable , pouvoit être comblé sans recourir à des impositions nouvelles , et qu'ainsi la réunion des «tats^généraux n'étoit point un résultat forcé de la détresse financière, mais un hanamage libre rendu A des principes de justice et de liberté. Il s'efforça d'inspirer a l'assemblée une juste horreur de toute «espèce d'infidélité dans l'acquittement de la dette publique, et cette portion de son discours n'étoit rien naoins que superflue ^ <;ar déjà les députés des provinces , étrangers aux intérêts des capitalistes de Paris , commencoient à murmurer que la ban-
CCxlviij TfOTICE
queroute ëtoit lë moyen le plus simple de diminuer les charges de l'état.
S'élevant ensuiteà des considérationsd'un ordre supérieur, il présente à rassemblée l'esquisse des travaux auxquels elle va se livrer j il indique aux classes privilégiées lés sacrifices que leur preiscrit la prudence autant que l'équité ; il recommande aux députés de tous les ordres l'observation constante des préceptes de la raison. « Vous ^écarterez , «.leur dit-il, tous les systèmes exagérés; « vous réprimerez tous les abus de Fimagi- (( nation ; vous ne croirez pas que l'avenir « puisse être sans connexion avec le passé ; « vous ne préférerez pas les projets et les « discours qui vous transporteroient dans « un monde idéal, à ces pensées et à ces <( conseils qui, moins éclatans, mais plus i< praticables , exposent à moins de com-> « bats , et donnent au bien qu'on opère un i( caractère de stabilité et de durée. Enfin, w Messieurs , vous ne serez pas envieux des a succès du temps , et vous lui laisserez M quelque chose à faire; car si vous entre- « preniez à la fois la réforme de tout ce qui « vous paroît imparfait , votre ouvrage le « deviendroit lui*-mêmé. » Paroles remarquables , et qui semblent une censure prophétique de cette assemblée constituante ^
SVR M. NECKER. CCxIix
si grande par 1 impulsion qu'elle a donnée à Fesprit humain , si vaniteuse et si superficielle dans les institutions qu elle a prétendu fonder.
Le discours de M. Necker fijt reçu avec une froideur marquée par les hommes placés à l'extrémité des deux opinions opposées. Les aristocrates , en apprenant que les finances pouvoient être relevées Sans le secours des états-généraux, conçurent une nouvelle irritation contre le ministre qui les avoit convoqués. Les chefs du parti populaire souffrirent avec humeur que cette convocation fût signalée à la France comme un acte libre et spontané; ils arrivoient plus disposés au blâme qu'à la reconnoissance , et les plaisirs violens de la victoire avoient plus de charmes à leurs yeux que les conquêtes paisibles de la raison. Ils se plaignirent de ce que M. Necker n'abordoit pas les grandes questions constitutionnelles , comme si tel avoit pu être alors le rôle d'un dépositaire de l'autorité royale. Peut-être enfin virent-ils d'un œil d'envie ce qu'un ministre seul avoit déjà fait pour le l'établissement des fiinances, et dès lors •on put apercevoir le germe ^e cette jalousie contre M. Necker^ qui s'est montrée depuis ^vec tant de petitesse et de dureté.
cgI WOTÎCK
La question du vote par tête et du votte par ordre , s'engagea dès la Terification des pouvoirs j et l'aveuglement des ordres pri*vilëgiës , dans cette circonstance , est impos^ sible à caractériser. Au lieu d'aller au-devant de la nécessite , et de se faire un mérite de sacrifier des prérogatives qui alloient lui être arrachées sans retour, la noblesse sembloit prendre à tâche d'amasser sur sa tête la colère du peuple. L'aîgieur augmen*toit de jour en jour. M. Necker crut opérer un rapprochement , en réunissant chez lé garde des sceaux des commissaires des trois ordres. La conférence eut lieu en présence des ministres ; mais les débats se prolongèrent sans résultat. Enfin M. Necker résuma les difficultés , et proposa un plan d'accommodement qui sembloit au moinâ pouvoir amener une trêve. Les trois ordres dévoient convenir qu'ils s'en rapporteroient les uns aux autres pour la vérification* des pouvoirs sur lesquels aucune objection ne seroit élevée, etqu'ils se communiqueroient leurs actes de vérification ; que les élections contestées seroient renvoyées à Fexamen de ccfmmissaires pris dans les trois ordies; que l'avis de U commission seroit soumis aux chambres^ respectives; que si cet avis etoit adopté, tout seroit terminé; que si,
SUR H. NCGKER. CClj
au contraire , les trois ordres ne s'accordoient pas , l'affaire seroit portée au roi , qui prononceroit en dernier ressort j qu'enfin ces conventions pour la vérification des pouvoirs, ne préjngeroient rien sur la grande question du vote par ordre ou par tête.
SU y avoit une ol^ection à faire au projet de M. NedLer , c'étoit qu'il devoit paroître trc^ favorable aux deux premiers ordres : aussi le clergé se hâta-t-il de Taccepter ; mais là noblesse le repoussa , et jamais pa<* reille faute n a été commise par l'esprit de parti. Cétoit là tout ce que désiroient les communes; bientôt le nœud gordien fut tranché par Sieyes ; les députés du tiers se proclamèrent \ assemblée nationale , et dès lors l'ancien régime cessa d'exister.
Il étoit indispensable que l'autorité royale intervint dans une si grande crise , et qu'elle parût au moins marcher volontairement ah but oii l'entrainoit la forcé irrésistible des circonstances ; c etoit le seul moyen d'o}>tenir^encore quelques concessions en sa faveur. Ce fut alors que M. NecLer conçut le projet d'une séance royale , projet que ses collègues accùdllirent avec une admiration unanime*
J'ai fait de vains efforts pour retrouver lé manuscrit de M. Necker j l'exemplaire qu'il
cclij iroTiCE
s'en étoit réservé a été détruit pendant la révolution : les autres sont restés entre les mains des princes ou des ministres d'alors , et je n'ai pu découvrir s'il en, existe encore quelque copie. Mais toutes lés conditions du plan de M- Necker sont connues par son ouvrage sur la Révolution françoise, et je ne saurois asse^ recommander à l'attention dermes lecteurs , le chapitre oii il retrace les circonstances relatives à la séance royale du sîjuin.
^ « Il y eut , dit-il , des comités régu- •r liers chez le roi ^ ou toute l'affaire fut «discutée', et une approbation pleine et fc entière de la part du prince se réunit à K la voix, alors unanime, de ses minis- « très. Un^conseiï d'état fut assigné pour « la dernière lecture , et ce conseil ée tint « à Marly, où le roi venoit de se rendre, ff La lecture se fit, et un accord d'opinions « presque parfait ayant régné pendant la « séance , oii s'occupoit des mesurés d'exé- « cution. Il ne restoit pl^s qu'à fixer lôijour, 4f et le surlendemain étoit presque indiqué, w Un dernier mot du roi términoit le conw seil , et déjà les portefeuilles se refer- « moient , lorsqu'on vit enti-er inopinément « un officier de service : il s'approcha du ;<( fauteuil du Toi , lui parla bas , et sur-le*
SUR M. KEGKER. Ccliij
« champ S. M. se leva , en ordonnant à ses « ministres de rester en place , et d attendre « son retour. Ce message dut nous sur- « prendre tous. M. de Montmorin, assis ce près de moi , me dit sur-le-champ : Il n'y (c a rien de fait 5 la reine seule a pu se per- <c mettre d'interrompre le conseil d état ; ce les princes Tauront circonvenue 5 et Ton. « veut , par sa médiation ; éloigner la décîcc sion du roi. Cette présomption de M. de tt Montmdrin nétoit que trop naturelle ; « car déjà des murmures confus avoient c< averti qu'on. avoit décidé le voyage dece Marly, pour être plus à portée d'envi-y If rônnér le roi , et de combattre dans son c( esprit les plans du. ministère. Cependant, M je doutois de ces rapports, et, comme il ce arrivoit souvent, je me fiois à la force de ce la raison du soin de combattre et d'écarter ce toutes ces tentatives intérieures, toutes ce ces-tentatives que d'autres appeloient in-ce trigués y en croyant bien connoître et ce leurs premières causes et leurs premiers* ce mobiles. »
Au bout d'une demi-heure , le roi rentra au conseil , et prorogea la délibération , malgré les prières instantes de M. Necker et de ses collègues. Le nouveau conseil d'état' se tint deux jours après à Versailles; les
ccliv woTicî;
princes y furent appelés, avee qtiatre ma** gistrats qui n'y avoient jampis eu séance ^ et il devint manifeste qu'un plan étoit formé pour faire échouer celui du ministère. En effet , )es dispositions essentielles du projet de M. Necker furent écartées : mais tout en le dénaturant, les nouveaux rédacteurs s'efforcèrent fl'en adapter les expressicms à leurs vues : soit qu ils crussent que des phi^ases pouvoient agir par elles-mêmes et indépendamment du sens qu'elles renfer- . xnoient; soit plutôt qu'ils voulussent com-** promettre le ministre en faisant accroire qu il s'étoit associé à leur travail.
Convaincu des dangers auxquels s'ex*^ posoit l'autorité royale , convaincu que son projet lui-même étoit une démarcfaye har-^ die qui n'avoit de chance de succès que par la popularité de l'auteur^ M. Necker résista de tout son esprit et de toute sa conscience ; mais ses efforts échouèr^mt ^ ses adverl^aires furent seuls écoutés. On connoît le résultat de leurs conseils.
Je ne m'arrêterai pointa justifier M. Necker de n'avoir, pas assisté à la séance royale du 23 juin , et de s'être refusé à sanctionner par sa présence une mesure qu'il avoiCcombattue jusqu'à la dernière extrémité.
Pour quiconque a lu le discours que Ton.
SUR M. irECKER. cclr
fit tenir à Louis xvi dans cette déplorable journée , toute explication seroit superflue.
Aussitôt que le bruit de la démission de M. Necker se répandit à Versailles, il y causa une commotion universelle. Louis xvi, effrayé de l'exaltation des esprits, fit appeler M. Necker, et lui demanda, au nom du salut dç l'état, de conserver sa place ; la reine ajouta que la sûreté même de la personnûjdu roi y étoit intéressée , et ce motif ne permit plus à M. Necker d'hésiter. En sortant du château,, il fut reconduit chez lui en triomphe par le peuple entier de Versailles, aux cris mille fois répétés de T^we M. Necker ! Mais ce mouvement populaire , que de méprisables ennemis ont osé laccuser d'avoir préparé , loin d'augmenter sa force, l'empêcha d'insister auprès du roi sûr le renvoi des nouveaux^ conseillers , dont l'influence venoit d'être si funeste. Et ce fut au moment même où.
il pou voit tout exiger, qu'une générosité, l'on doit le dire , exagérée , lui 6ta le courage de vaincre sm' ce point la résistance de Louis xvi. M. Necker savoit si bien dès lors qu'il faisoit le sacrifice de sa popularité et de son bonheur, que, le soir même , il dit à quelques amis réunis chez
CClvj 9 0T1G£
lui : (c Je reste ; mais vous voyez cç peuplé « et les bénédictions dont il m'accompa- « gne j eh bien ! avant quinze jours peut- « être , c'est à coups de pierre qu'il me (c suivra. »
L'assemblée nationale , presque entière , se rendit chez M. Necker , à son retour de chez le roi. « C'est la, dit ma mère, qu'on « voyoit ce qu'il y a de vraiment aimable . « dans le caractère des François, la viva- « cité de leurs impressions, leur àqf^ de w plaire , et la facilité avec laquelle un gou- « vernement peut les captiver ou les révol- « ter , selon qu'il s'adresse bien ou mal au w genre d'imagination dont ils sont suscep- (( tibles. J'entendpis mon père conjurer les K députés du tiers de ne pas porter trop (C loin leurs prétentions. Vous êtes les plus (( forts maintenant , leur disoit - il , c'est K donc à vous que convient la sagesse. Il « leur peignoit l'état de la France , et le a bien qu'ils pôuvoient faire j plusieurs « pleuroient , et lui promiettoient de se lais- (( ser guider par ses conseils; mais ils lui « demandoient aussi de leur répondre des • « intentions du roi. La puissance royale i< inspiroit encore , non-seulement du res- « pect , mais un reste de crainte : c'étoient i< ces sentimens qu'il falloit ménager. »
StJR M. NECKEft. CCÎvij-
Le premier usage que fit M. Necker du retour de son crédit , fut d'engager le roi à ordonner au clergé et à la noblesse de se réunir à rassemblée nationale. Cette mesure ^toit forcée ^ et néanmoins elle fut encore reçue avec des transports de joie et de reconnoissance. A Paris, à Versailles et dans toute là France , la réunion des ordres fut célébrée par trois jours d'illuminations. Cependant , loin que la cour profitât des leçons de l'expérience , loin qu'elle rendit grâce à M. Necker d'avoir tiré Louis xvt de la situation périlleuse où elle l'avoit engagé , elle ne s'occùpoit que des moyens de renvex'ser ce ministre , la dernière sauvegarde du trône. Il n'étoit plus <Jue le chef . ostensible de l'administration ; un conseil secret dirigooit toutes les démar-^ ches du roi. M* Necker ne pou voit pas l'ignorer j 'mais d'autres soins absorboieqt ses pensées, et Tempêchoient de s'çccupeiî de son, propre danger..
L'on n'étoit plus séparé de la moisson que par quelques semaines y mais ces dernières momens étoient ceux oii la disette se faisoit sentir avec le pins de rigueur, et la mauvaise apparence de là récolte annonçoit que les souffrances du peuple n'étoient pas près de finir. Les magasins étrangers
cclviîj iroTicE
s'ëtoieût saccessivement épuisés; les fatînes avoient atteint en Angleterre le prix ou leur exportation étoit prohibée, et M. Pitt^ malgré les instantes sollicitations de la France , se refusoit à obtenir du parleratent une permission de sortie même fort limitée. tJn jour on écrivit d'Amsteidam , ce grand naarché de TEurope , qu'il n'y restoit pas iin setier de blé à vendre 5 et qu'on attendoit de nouveaux convois de la Bal-* tique. Le crédit dès maisons de commerce qui avoient été employées juscp'alors touchoit à son terme , et il falloit recourir à de nouveaux intermédiaires^ ce fut dans de telles circonstances que M. Necker écrivit à MM. Hope, pour leur demander de se charger des approvisionnemens destinés à la ville de Paris» Et comme la situa-^ tion précaire de la France ne pouvoit inspirer aucune confiance à cette célèbre maison de commerce, il lui offrit sa caution particulière sur toute sa fortune.
* « De quels moyens n'ai-*je pas fait usage, « s^écrie-t-il! (*).c'étoit l'occupation de «^ tous mes jours et de tous mes instans ^ (c car , indépendamment de la situation (c critique de Paris , les courriers arrivoient « de toutes parts pour m'annoncer des be-
(*) De rAdminislralioa de M. Pfecker, par lui-même..
tr soins immiiijeQS y tantôt dans nn lieu et u tantôt dans un autre. Un jour , après trois (c heures d'absence , et en descendant de « chez le roi , ma cour m'en parut remplie 5 r( ils s'empressèrent tous ensemble de me M remettre les dépêches dont ils létoieurt rc charges , et leurs mains me sembloient « armées d'autant de poignaids. Je rentrai t( dans mon cabinet pour le^ lire ^ et ^ après (f avoir essuyé nfies iarme^^ certain d'acr^ c( croître le mal en n;iOD:trant l'excès: de ic mes inquiétudes , je parus au milieu d^un « cercle nombreux avec toute la contramte « d'une sécurité apparente. Mais un pareil K effort ) en me coûtant beaucoup , ne trom- «c poit jamais parfaitement ceux xjui comr (c .mençoieïit à jouir de mes peines , .et j'ai M souvent aperçu que leurs regards étoient « plus pénétrans que l'œil de mes amis.' c( Dans le cours de la nuit , .on venoit mje « réveiller 5 pour signer , pour dicter xuae « instruction pressante , pour donnqr jles c( ordres qu'exigeoit un secoui» indispence sable, pour ffaire cesser par quelque voie t( d'autorité Tinterception A^un convoi j (c jpour suppléer , par une di^osition en- « traordinaire 5 à des fonds qui avoient (f manqué dans ^m lieu 011 des achats, « avoient été commandés ^ enûn pour écar*^
Cclx NOTICE
« ter de diverses manières oii un malheur ce vraisemblable, ou un péril imminent.
i( C est surtout Tidée d'une grande ville « telle que Paris , venant à manquer de ^c pain vingt -quatre heures ; qui agitoit « mon âme et troubloit mon imagination. « Je dominois cette terreur pendant le jour , t< mais elle reprcnoit sa force au milieu de « mes songes j et, le matin, pendant plu- « sieurs naiois , je fus réveillé par des palpi- « tations de cœur, Tune des causes de la i< maladie que tant d'inquiétudes et de sen- « timens pénibles m'ont donnée. »
Tels étoient les travaux et les sentimens de M. Necker , pendant que le parti de la cour ne songeoit qu'à le faire mettre à la Bastille, à cette Bastille déjà chancelante, et qui devoit s'écrouler dans si peu de jours. Je suis heureux de dire que Louis xvi repoussa avec fermeté cette stupide injustice : que n'a-t-il eu de même la force de résister au perfide conseil d'exiler son ministre! « Le roi , dit M. Necker , ne mi'ordonna <f pas même de quitter le royaume , il l'exi- . « gea ; car dès ce temps , il eût douté s'il « avoit le pouvoir d'exercer un tel acte w d'autorité envers personne 5 mais il étoit K cr bien sûr de mon entière obéissance à ses <t désirs , comme à ses volontés. »
SUR M. NECKER. Cclxj
Le 1 1 juillet , M, Necker reçut du roi une lettre conçue en ces termes : (c Depuis i< que je vous ai engage , monsieur^ à rester K dans votre place , vous m'avez demande ce de prendre un plan de conduite vis-à-vis « des ëtats-généraux , et vous m'avez montré (( plusieurs fois que celui de condescenx< dance extrême étoit celui que vous pjë- « feriez , et que y ne vous croyant pas utile K pour d'auti:es, vous me demandiez la « -permission de vous retirer , si je prenois i< un parti différent. J'accepte la propositf tion que vous m'avez faite de vous retirer i( hors du royaume, pour ce moment de i( crise; et je compte que, comme vous me « l'avez dit , votre retraite soit prompte et i( secrète. Il importe à votre droiture et à i( votre réputation de ne donner lieu à au- « cune commotion. J'espère qu'un temps « plus calme me mettra à portée de vous « donner des preuves de mes sentimens « pour vous. »
En lisant cette lettre, M. Necker fut uniquement frappé des dangers auxquels le roi s'exposoit par une résolution si inconsi^ dérée. 11 hésita même s'il ne lui demanderoit pas une dernière entrevue , pour le supplier de s'arrêter au bord du précipice ; mais il fut retenu par la crainte que l'on
Ccixij NOTICE
ne pût attribuer sa dëiiiarche aux regrets de latiibitioti ; il craignk aussi que le moin-'' drë délai ne divulguât le bruit de son exil ^ • et voici la lettre qu il répondit à Louis xvi : « V. M. perd l'homme du monde qui u lui étoit le plus tendrement dévoué , et je u vous le jure^ sire, le plus honnête homme. « Daignez conserver un souvenir favorable n de moi j et si Ton me fait le moindre rett proche, que V, M, me mette à portée de (c me justifier. Ah! je ne craindrai jamms tf que la caloinnie. Je tombe à vos pieds, « site , avec touà les sentimens qui ne s'ef- (( fàceront jamais de mon cœur. Je partirai « seul, sans passer par Paris^ sans en ouvrir *<t la bouche à personne j et je demande in- '« stamment à V. M. le même secriet. »
Si M. Necker eût dit un seul mot, s'il se fût montré à Paris , s'il eût laissé deviner la nouvelle de son départ ^ toute la popula*tioû sfe fût soulevée en sa faveur , on l'eût ramené avec éclat au poste d'où le parti de la cour vbuloit le précipiter , et il est difficile d'assigner le terme où se fût arrêté un pareil iriortiphfe. M. Necker reçut la lettre du roî att moment où il alloit se mettre à i:able , et il fit de tels efforts pour se Contraindre , qu'aucune dps nombreuses persoBinés qui dînoient ce jour4à chez lui y ne
SUR M. HECKrn. cclxnj
s'aperçut des sentiraens dont il étoit agité. En sortant de table , sa femme seule reçut sa confidence; ils mooitèrent en voiture sans changer d'habits , sans faire aucun préparatif de voyage, sans prendre auCiin genre -de précaution , et , prétextant une promenade, ils se dirigèrent vers la première poste, et de là sur Bruxelles , afin d'être plus tôt hors de France, et d éviter la Bourgogne et la Franche-Comté , provinces où les esprits étoient le plus exaltés pour la cause populaire. En partant de Yersailles^ M. Necker ne demanda pas même un passeport ; il prit en route un nom supposé , et arrivé à Y aleuciennes , pour obtenir du commandant la permission de continuer son voyage , il fut obligé de lui montrer la lettre du roi. Le commandant lut cette lettre , compara les traits de M. Necker avec une gravure qu'il avoît à sa cheminée , et le laissa partir en gémissant de la faute irré* parable que venoit de commettre I9 cour. Deux gardes du corps , qui av oient en ordre de suivre secrètemeu^t la marche de M. Neckei^, purent a peine arriver aussitôt que lui . à la frontière.
Ma mère, elle-même, ne fut informée de l'exil de son père , que par une lettre qu'il lui écrivit de la route , et oii il lui recom*'
celiiv iroTiCE
mandoit d'aller immëdiatenient à la campagne pour se soustraire aux hommages publics qu'on voudroil lui rendre. Eii effet^ pendant le peu d'heures qu'elle resta à Paris avant dikller rejoindre ses parens , des députations de tous les quartiers de la ville arrivèrent en foule chez elle , redemandant avec ardeur le ministre citoyen dont la popularité ëtoit alors sans bornes.
Trois ministres justement honorés de J'estime publique , M. deMontmorin , M. de La Luzerne et M, de Saint-'Priest , furent renvoyés en même temps qi^ M. Necker ; et un nouveau cabinet se forma sous les auspices du baron de Breteuil (*). Par un hasard singulier, la première lettre que reçut le baron de Breteuil, en entrant au contrôle général , fut la réponse de MM. Hopè à Foffre que M. Necker leur avoit faite de sa caution. Cette lettre fut remise au nou- -veaii nainistre par M. Dufrêne de Sainte Léon, premier commis des dépêches au département des finances, homme dont M. Necker apprécioit beaucoup l'esprit
(*) Je regrette que le défaut d'espace ne me permette pas de tFauscrîre' ici l'admirable discours de M. de Lally^ après lequel l'Assemblée vota des remercîmens à M. Necker , et déclara qu'il emportoil les regrets çt l'estime 4o , la nation..
SUR M. KEGKER. CclxV
ferme et éclairé. Que signifie cette lettre ? demanda M. de BreteuiL — Vous le voyez , repartit M. de Saint -Léon ; ce sont MM. Hope qui acceptent la caution personnelle de M. Necker, et lui demandent ses engagemens : dois-je leur écrire que vous leur donnerez la garantie promise par votre prédécesseur? — Non certes : qu a de com** mun la fortune particulière d'un ministre avec les intérêts de l'état ? — Que dois-je donc répondre? — Mais.... répondez à ces messieurs qu'ils doivent me connoître....
qu'ils savent qui je suis. . . , enfin, qu'ils seront payés. Cette conversation se prolongeant , le ministre dit d'un ton dégagé à M. de Saint-Léon : Vous devriez m'amener quelquefois à dîner des membres de l'assemblée 5 même des députés du côté gauche 5 je ne suis pas fâché de connoître cette sorte jde*gens-là. — Vous auriez tort, monsieur, répondit M. de Saint-Léon, de croire que la commission dont vous me chargez soit facile à remplir j M. Necker étoit plus eti faveur que vous auprès de la majorité de l'assemblée , et cependant il étoit loin de croire que Ton pût en user si légèrement; il avoit soin de s'y prendre à l'avance , et de réunir des hommes d'opinions analogues. — Soyez sûr , repartit M. de Breteuil ,
Çclxvj NOTICE
quun dépvté de proviuce e$t toujours charmé d^ venir dîner chez un ministre. Allez ce matin «lux etats-géjiéraux , et vous me rendrez compte de ce qui s'y passera. — M. de Saint-Léon y ^lla en effet, et entra dans la salle au moment même où rassemblée déclaroit les ministres indices de la confiance de la nation, et demandoit le rappel de M. Necker. Il sortit pour instruire M. de Breleuil du décret qui venoit de passer. Ce ministre si sûr de son fait s'étoit déjà enfui du contrôle général.
Le ministère du baron de Breteuil ne dura que trois jours -, mais ces trois )ours suffirent pour renverser la monarchie. La Bastille futdétruite, tout le peuple de Paris, toute la France prit les armes j et les régimens avec lesquels on prétendoit comprimer lessorde vingt-cinq millions d'hommes, purent à peine servir d'escorte aûi premiers carrosses de l'émigration.
Arrivé à Bruxelles, M. Necker se ressouvint de la caution qu'il avoit offerte à MM. Hope , et craignant que la nouvelle de son exil n'arrêtât leurs opérations , il se hâta de leur écrire que sa retraite ne cbangeoit rien à ses intentions, et que les deux millions laissés par lui au trésor royal restoient garaus de Fapprovisionnement de
SUR M. NEGKER. Cclxvîj
Pâi*is. Je ne sais si le respect filial m'abuse^ mais UDe vertu si pure, uu tel dévouement à la France , me paroîssenf sans exemple^
M. Necker partit de Bruxelles avec son gendre pour se rendre à Bàle par l'Allemagne j et de là dans sa terre de Coppet. Madame Necker, déjà atteinte de la maladie à laquelle elle succomba peu d'années après ^ les suivoit à quelque distance avec ma mère. A Francfort elles furent rejointes par M. Dufréne de Saint-Léon qui avoit suivi leurs traces , et qui leur apportoit la nouvelle des événemens de Paris. M. Necker étoit déjà arrivé à Baie , et il avoit été confondu d'étonnement en y retrouvant madame de Polignac, qui payoit par l'exil le triomphe éphémère de son parti. Ce fut là qu'il reçut la lettre du roi et celle de l'assemblée , qui le pressoient de venir represh dre sa place.
Jaikiûis circonstance plus solennelle ne s'est présentée dans la vie d'un homme d'état, M. Necker toùchoit au port ; fa gloire étoit à son comble^ sa popularité ne pouvoit pluâ s'accroître 5 et , s'il n'eût consulté que son bonheur^ nul doute qu'il n'eût suivi ses pro-* jets de retraite. L'on peut voir dans les détails de sa vie privée , publiés par ma mère , avec quel profond sentiment de tristesse il se
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résolut à retourner à Paris. Mais il préféra les périls aux remords, w J'obéis , dit-il , « aux lois 4u devoif , en me rapprochant w d une cour dont j'âvois éprouvé les* ca- « priées , d'un peuple dont j'avoîs épuisé « la faveur , et d'une assemblée représen- « tative qu'un triomphe éclatant venoit « de rendre encore plus superbe. J'obéis « aux lois du devoir , en me rapprochant , « comme administrateur public , d'un u trésor où il n'y avoit plus d'argent, et « d'un p^ys, d'une capitale surtout, où « la disette de venoit chaque jour plus me- (c naçantë. Oui, j'obéis au devoir, en rec( tournant vers le lieu de l'orage, lorsw qu'un événement indépendant de moi « m'en avoit écarté. Mais pouvois-je, il est « vrai, me conduire différemrhent , sans « m'exposer à des remords continuels ?
« J'eusse imaginé, dans ma retraite, que « telle ou telle faute auroit été prévenue « par mes soins , telle autre par mes con- « seils , telle autre par ma vigilance , et je « me serois ainsi dévoré moi-même. Il est « des situations où l'on n'a plus que le choix « des peines , et c'est alors que l'on sent i( avec force de quelle utilité sont pour le cf coeur de l'homme ces principes de morale tt qui vous guident impérieusement, et qui
SUR M. NEGKER. Ccltîx
« VOUS préservent des tounnens de Tincer- « titude , au moment de la résolution , et « des tourmens du repentir après Tévë- (c nement. »
Le voyage de M, Necker, de Baie à Paris , fut une marche triomphale. Les acclamations les plus vives retentisSoient k son entrée dans chaque ville 5 le ]>euple se pressoit autour de lui ^ on dételoit ses chevaux ^ des citoyens de toutes les classes traînoient- sa voiture , aux cris de "vive M. JSecker! les femmes de la campagne se mettoient à genoux sur son passage : jamais un ministre n'a inspiré de tels transports.
Loin d'être enivré de tant d'hommages , M. Necker ne s'occupoit que de calmer les esprits, de recommander le respect des propriétés , de prêcher au parti vainqueur la justice et la. modération envers les vaincus. Plusieurs de ces premiers émigrans , la fleur de la sottise aristocratique , humiliés alors par leur défaite , venoient lui demander des lettres de sa main pour n'être point arrêtés à la frontière , et il n'en refusoit à personne , n'hésitant jamais à se corn* promettre lorsqu'il pouvoit adoucir quelques malheurs individuels.
Arrivé à Nogent, il reçut une lettre
du ' baron de Besenval que Von venoît d'arrêter à Villenaux , et que Fou oondui-' soit à Paris. Exposé comme Tétoit M. de Besenval , à toutes les fureurs populaires ', c'étoit le conduire à la m<3rt. M* Nedker écrivit sur-le-champ à la municipalité de Villenaux qu'il se rendoit garant que M. de Besenval quittoit la France avec l'autorisation du roi , pour passer en Suisse sa pa,trie ; et il prit sur lui de suspendre l'exécution des ordres donnés par la cœnmune de Paris. Dériiardie généreuse et 'hardie, qui sauva la vie de M. de Besenval. Après avoir vu le roi , M. Necfcer se rendit à l'assemblée : il exprima en peu de •mots sa reconnoissance , et reçut avec dignité et modestie les honneurs qui lui étoient préparés (^). On le pressoit d'aller à Paris 5 et de paroître à THotel-de-Ville devant l'assemblée générale des électeurs 5 il y consentit , mais ce fut dans Tespoir de Tendre son triomphe profitable à la cause des opprimés , et de réveiller dans les cœurs
(*) Les personnes que M. Necker désigna au roi pour former le nouveau cabinet , furent , outre les .trois mî-, iiistres qui avoient été renvoyés en même temps que lui , l'archevêque de Bordeaux (M. de Cicé), le maréchal de Beauvau , M. de Latour-rdu-Pin-GouVerpet , et l'ancien nrchevêque de Vienne.
SUR M. ITECKER. CClxx|
des sentîmens de paix et d'humanîtë. Bailly, alors maire de Paris , instruit de son projet , en fut effraye ; il le pria d'y renoncer , et de se borner à offrif des remerciniens aux représentans de la commune , sans compromettre sa popularité par des efforts inutiles. Mais rien ne pouvoit arrêter M. Neckerdans sa noMe entreprise, et, ne suivant que Timpiïlsion de son â^ie , il prononça d une voix émue ces touchantes paroles :
«,Au nom de Dieu, messieurs , plus de <t jugeniens de proscription , plus de scènes « sanglantes ! Généreux François , qui êtes e< sur le point de réunir à tous les avantages <c dont vous jouissez depuis long-temps, le « bien inestimable d'une liberté sage , ne « permettez pas que de si grands bienfaits i< puissent être mêlés à la possibilité d'au- « cun reproche. Ah ! que votre bonheur , tt pour devenir encore plus grand , soit pur « et sans tache. Surtout conservez, res- « pectez même dans vos momens de crise « et de calamités , ce caractère de bonté , w de justice et de douceur qui distingue la 4< nation françoise, et faites arriver le plus (< tôt possible le jour de Tindulgence et de « l'oubli : croyez , messieurs , en ne coni( sultaGft que votre cœur, que la bonté est
cclixij îroTiCE
(( la première de toutes les vertus. Hëlas î i< nous ne connoissons qu'imparfaitement « cette action , tcette force invisible qui « dirige et détermine les actions des « hommes ; Dieu seul peut lire au fond (( des cœurs et juger avec sûreté , juger en « un inoment de ce qu ils méritent de « peine ou de récompense j mais les hom* « mes ne peuvent rendre un jugement , les « hommes , surtout , ne peuvent ordonner « la mort de celui à qui le ciel a donné la « vie , sans Texamen le plus attentif et le (c plus régulier. »
Après cet exorde , M. Necker exposa les motifs de sa conduite relativement à M. de Besenval , et , secondé par les efforts de M. de Clermont-Tonnerre , il obtint nonseulement la grâce de cet officier , mais une amnistie générale (*). Pendant qu'il
{*) L'arrêté de l'assemblée générale des électeurs est un si beau titre pour ma famille , qu'on me pardonnera çans doute de le transcrire ici.
Du 3o juillet 1789.
M Sur le discours vrai , sublime et attendrissant de u M. Necker , l'assemblée des électeurs , pénétrée des « sentimens de justice et d'humanité qu^il respire , a u arrêté que le jour oii ce ministre si cher , si nécessaire , u a été rendu à la France , devoit être un jour de fête ; M en conséquence , elle déclare , au nom des habitans de u cette capitale ; certaine de n'être pas désavouée; qu'elle
SUR M. K£GK£R. Ôclxxîij
prononçoît ce discours dans la grande salle de FHôtfel-de-Ville 5 une foule immense, rassemblée sur la place , demandoit à grands cris qu'il se montrât au peuple ; il parut sur le balcon , et deux cent mille voix firent retentir jusqu'au ciel les mots de grâce ^ pardon y amnistie* w Heureuse et grande ti journée pour moiî s écrie M.Necker(*% « belle et mémorable époque de ma vie I i< où après avoir reçu les plus touchantes' «< marques d'affection de la part d un peuple « immense , j'obtins de ses nombreux dé- (c pûtes rassemblés à l'Hôtel-de-Ville , et « de lui-même ensuite, avec des cris de ti joie , non-seulement l'entière liberté du w prisonnier que j'avois défendu , mais une « amnistie générale , un oubli complet des « motifs de plainte et de défiance , une K généreuse renonciation aux séntimens. de
«t pardonne à tous ses ennemis , qu'elle proscrit tout acte » de violence contraire au présent arrêté , et qu'elle «( regarde désormais comme les seuls ennemis de la na- « tion ceux qui troubleroient par aucun excès la tran- « quillité publique.
« Arrête en outre , que le présent arrêté sera lu au K prône de toutes les paroisses , publié à son de trompe « dans toutes les rues et carrefours , et envoyé à toutes a les municipalités du royaume. Les applaudissemens K qu'il obtiendra distingueront les bons François. »
(♦) De l'Administration de M. Neckar, par lui-même. I. s
cclxxW KaTicE
ic haine et de vengeance dont on éloît si K fortement animé ; enfin y une sorte de te j^ix et de réunion avec ce grand nombre (( de citoyens ^ qni y les uns avoient déjà H fui de leur pays y les autres étoient prêts
« à s'en éloigner Peuple françois , que
i< Yous fûtes grand ce jour-là ! combien les (c sentîmens de magnanimité que vous fîtes K paroitre vous rendoient digne de la lite berté et vous élevoient à sa hauteur ! 9ç combien vos diverses impressions , vos K mouvemens successifs rappeloient à l'ËU'* « rope attentive , ce qu'il y eut long-temps « de si bew dans le mélange heureux de f< vos mœurs douces , et de votre ardent ic caractèi;el»
Ces én[iotions généreuses forent de biei» courte durée. Dès le soir même , les ehefis^ du parti démocratique et Mirabeau à leur tête y parcoururent les différentes sections, de Paris j ils peignirent l'arrêté des repré-sentans de la commune comme un excès de pouvoir; ils cherchèrent^ par des insi-* nuations perfides y à rendre suspectes les intentions du premier ministre; et^ peu de jours après , ils obtinrent de Fassem- )>lée nationale la révocation de l'amnistie : faute impardonnable que les principes de la politique ne condamnent pas moins
SUR M. KECKER. CclxXV
que ceux de la morale. M, Necker, en apprenant ce décret , fut sur le point de donner sa démission ; mais un scrupule vertueux Fen détourna : il étoit revenu à son poste en martyr dû dfevoir ; il voyoit encore du bien à faire , des maux à soulager , et il ne se crut pas permis de se retirer du champ de bataille.
De ce monient , sa carrière publique n*a plus été (jrfixrie suite de souffrances qu'on ne peut se retrace t sans une profoiide compassion. Des travaux inouïs , des sacrifices de tout genre, payés par la plus dure ingratitude , des efforts toujours renouvelés et toujours infructueux pour faire eûtendre la voix de la raison aux passions déchaînées , ou à Fîgrrorance présomptueuse ; et 5 au milieu de tant de soucis, deux maladies graves à peu de mois de distance , voilà le triste tableau que présente lé troisième ministère de M. Necker. Ce n est plus que dans la retraite , en présence des grandes pensées de la religiob , qu il a retrouvé du calme et du bonheur. /
En revenant en France, il n a voit pas tardé à s'apercevoir que tout le système social étoit changé, que le pouvoir avoit passé en d'autres mains, et que cetoit désormais contre lés écarts de Tassem-'
CcIxXVJ jrOTICiB
blée que les amis éclaires de la Khertë auroient à se mettre en garde. Tant que le danger ëtoit venu des prétentions injustes des privilégiés , on avoit pu s*appuyer de Topinion publique pour les combattre; mais il n y avoit plus qu'une manière de résister aux aberrations de la nouvelle puissance 5 c etoit d'opposer les intérêts éternels de la liberté à ses caprices passagers, et d'en appeler avec calme aux lois immuables de la raison. Fermeté et franchise , tels furent les conseils que M. Necker ne cessa de donner à Louis xvi ; mais par un aveuglement déplorable, ces mêmes courtisans qui avoient résisté avec tant d'opiniâtreté aux demandes les plus Jnstes de la nation y poussèrent le roi à céder sans prudence comme sans dignité à toutes les fantaisies de l'assemblée, espérant constater ainsi que la volonté de Louis xvi étoit captive , et se flattant que le désordre leur offriroit des chances de ressaisir le pouvoir^ Rien n'a plus contribué aux malheurs de la révolution françoise que cette fausse et coupable tactique de l'esprit de parti.
M. Necker compte avec raison , au nombre des services qu'il a rendus dans son dernier ministère, l'opinion qu'il a émise dans la grande question du veto. Plus un paya
SUR M. NECKER. CcIxXVÎ]
manque de lumières politiques , et plus on sy attache ayec fanatisme à de certains mots d^ordre que Ton répète sans les comprendre : c'est ce qui arrivoit pour le veto. Les uns réclamoient avec ténacité le veto absolu comme indispensable à la royauté y d'autres se révoltoient à Tidée que le roi pût résister un seul instant aux volontés de l'assemblée nationale ; et le peuple , selon l'expression de ma mère , parloit du veto comme d'une espèce de monstre qui devoit dévorer les petits enfans. M, Necker savoit bien que le vrai remède à cette difficulté «toit la division du corps législatif en deux cbambres, qui épargne au roi l'usage d'une prérogative toujours délicate et souvent dangeretisè y mais cette division ayant été répoussée' alternativement par les deux partis 'extrêmes , il n'y iavoit plus à offrir qoè dés palliatifs. Dans les pays même où îlexiste une chaihbre des pairs, la réalité du pouvoir résidé toujours dans la représentation nationale , et ce n'est qu'avec une extrême prudence que \e roi , aidé de la chambw haute , peut quelquefois résister h la majorité de l'assemblée élective j mais il ^ût été impossible de mettre la volonté d'un roi isolé en opposition dii-ecte avec «ne chambre unique , investie de pouvoirs
Cclxxviij KOTICE
gusslrpdoutables que ceux de r^ssemblfie constitu£Uite. Ce fut dope une idée isage et ingénieuse que le veto suspensifs tel qu'il fut proposé par H, NecJ^^er et adopté p»r l'assemblée. Cette arme étoit foible , san3 doute \ luais si le roi m eut ffut u^ge awç consjtance ^ et si des ^oupçous trop légiûnie^ ne s etoiepJ; pas élevés 3ur la §iucérité d^ la cpur, rien nétpit euqore désespéré.
L'on sait avec quel enthousiasme fur^eut accueillis en France I^es décrets (le là fa-* ineuse nuit du 4 aoi^t, qui abolireut d'ut^ seul coup les droits féodaux , les ji^sticç^ seigneuriales^ \p^ dîn^i^^ la vén^îté deç offices, les privilèges de classe^ çt de pror vinces, etç, M. Nçclfprapprpuvoit fort^tj^p* dance généralç de ces décrets ; mais i} dQi%toit que des réf^riu^s ^\ jçipmbreases pu^ sent; être sagement ^cpoiqplies av.e.c;«^0 telle rapidité ; il' pençpit surjbou^ qu^i^ droits possédés , dp, bpuue fpi p^ 4pîv^9t pas être supprimés sans dédomniageu^ieQt^ çt que toute d^via^ou des règles de la justtice.j même pour ^n, but salutaû^-e^ ^^ vient tôt ou tard une source de trou^le^ et de difficultés dans l'oindre politique;, .Ç^^ idées , les mêmes qui , plus tard 9 firent blâmer à M. Necker la ventç totale et im-r médiate 4es biens du clergé , l'engag^reQH
SUR K. KEC&KR. CClxxix
^ors à proposer au roi de ne sanctiontier les décrets du 4 août qu'en y joignant quel^ ques observations pleines de sagesse. Maift rassemblée , devenue toute puissante^ avoit dë)à pris les moeurs des souverains absolus, ^e ne toléroit plus la vérité ; elle s'irritoit de la moindre résistance , de la moindre éjection à ses désirs , et le 20 septembre , le roi fut contraint de promulguer Sans réserve tous les arrêtés du 4 août«
Lorsque la Déclaration des droits et les premiers aiticles constitutionnels furent présentés à Facceptation royale ^ M. Neckar fut d'avis q[ue des principes générant , dés idéesiabstràites, ne pouvoient pas être sanctioftoés indépendamment de toute application législative, a Je dois vous avouer i< avec franchise , fit-il dire à Louis xvi , « que si je donne naon accession aux divers ^ articles constitutionnels cpie vous m'avez a fait remettre, ce n'est pas qu'ils me pré- K sentent tous indistinctemeiËit l'idée de la « perfection 5 mais je crois qti'il est louable « en moi de ne pas différer d'avoir égard « au vœu présent des députés de la nation a et aux circonstances alarmailteâ qui nous « invitent si fortement à vouloir , par-dé^ « sm tout, le prompt ;rétablisseme&t de k « paix , de l'ordre et de la confiance.
CClxXX NOTICE
(( Je ne m^explique point sur votre <îeu claration des droits de Phomme et du ce citoyen ; elle contient de très - bonnes f( maximes , propres à guider vos travaux ; if mais des principes susceptibles d'applii< cations et même d'interprétations diffère rentes , ne peuvent être justement apprë- « cies , et n ont besoin dé Fêtre qu'au nio-* « ment où leur, véritable sens est fibtë par « les lois auxquelles ils doivent, servir de « première base. « '
., Ce langage^ ténu le 4 o<^tobre 1789,' ^toit celui de la sagesîse^ mais rien qu'une obéissance passive rie pouvoit contenter les cbefs du parti populaire, et» les cruelles journées du 5 et du 6 octobre ne làissèiietit plus à Louis xyi et à ses ministres aucun moyen de. résistance. : ^ .
Oh a reproché à M.>Necka"iîe s'être opposé dans le conseil à ce que le roi partîfe de Versailles pouy se ^ retirer dans une pi^o* vince : c'est ainsi que les dangereux amis , dont les fautes ont tant contribué à jla (jbute de ce malheureux prince y cherchent à rattacher à quelques événèmens âsolés une responsabilité' qui pèse si gravement sur leur tête j mais ,.sans parler de l'extrême répifgnance que Louis xvi lui-mêmte ressentoit pour le parti delà fuite, il suffit de
SUR M. 'KCCK.ER. Cclxxxj
se reti^acer 1 état des choses et des esprits pour voir qu'il ne lui restoit pas même la possibilité du choix. Le peuple de Versailles avoit dételé ses voitures , le régiment de Flandre refùsoit de prendre les armes ^ il n'y avoit pas dans l'armée on seul corps sur lequel on pût compter avec certitude ; la disette d'ailleurs ne permettoit pas de concentrer les troupes ; le roi étoit sans argent ^ et les fonds qui se trouvoient en caisse à Paris eussent été saisis ad premiet bruit de son départ^ Versailles eût été livré au pilla^p 9 Paris seroit devenu le théâtre des scènes les plus sanglantes. Que de motifs «ans réplique pour la détermination qu'a^ dopta Louis xvi !
Une fois le roi et l'assemblée transférés à Paris et placés l'un et l'autre sous la domination de la multitude j la position des minisb*es devint chaque jour plus difficile. La sûreté de Louis xvi y dans les premiers momens surtout , dut être leur plus grand intérêt. Cependant M. Necker étoit d'avis que le roi ne cessât pas de résister avec franchise et d'opposer son veto aux me^ sures condamnées par la raison ; il pensoit que cette marche, la plus noble et la plus courageuse , étoit aussi la plus sage , et que le système de soumissioh absolue adopté
Cclxxxij WOTïCE
par la cour , faisoit perdre au roi la dernière force morale qui pût encore le soutenir.
Toutes les fois que M. Necker obtenoit quelque crédit sur Fesprit du roi ^ Theureuse influence s'en laisoit sentir. Le discours tenu par Louis xvi dans la séance du 4 février 1 790 , discours conçu et rédigé en*tièrement par M. Necker , fut célébré dans toutes les parties de la France ; il fut gravé en lettres d'or à l'Hôtel-de-Ville, et powr un moînent encore , en lisant ce beau langage y en voyant les transports qu'il excitât, on put croire que Topinion publiqtte alloit raffermir le sceptre entr^ les mains de Louis XVI. Mais dès le soit même du 4 f^ vnery]e roi sembla vouloir détruire l'impressibn salutaire qu'avoit produite sondis^ cours y en affebtant de ne pas adresser 1* parole aux députés du côté jgàûche^ ee dé témoigner plus d-empressemetit que d^^ coutume aux cbefs du parti opposé.
M. Necker n'hésitoit jamais à se présent ter à la brèche y nouhsèukmeot il sacrifioit pour la défense du roi les rester de sa po^ pularité ^ mais il alloit hai-méme aurdevant du danger ; et lorsqu'il ne parvexioit pas à inspirer à Louis xvi assez de fermeté pour résister aux volontés capricieuses de Fas^
SUR M. KECKER. Ccixxsiij
semblée , il lui demandoit Faiitûrisatioii dci publier «es propres opinions ^ afin quune yoix $agfi protestât du moins contre les théories turbulentes qui dévoient bientôt replonge la France dans le despotisme»
Lutter contre un gouvernement avec lap* pui de la faveur publique , c'est un courage facile ^ mais combattre le pouvoir lot*$qu'il est paré des couleurs de la pc^HiIarité^ le combattre en restant fidèie à la cause de la liberté et de^ lumières, c'est là une vertu d'un ordre plus relevé ; et combien cette vertu n'etoit-^elle pas plu^ gratide encore dans celui dont 1 unique ambition , l'uni*^ que bonbeur étoit la reconnoîssance àe$ François !
C'est ainsi que M. Necker résista de tout son pouvoir à la publicaticm du livre rouge^ et qu'il en prit ensuite la défense contre Camus et les autres meoxbres du comité des finances ; quoicpie ce livre non-sçule^ ment ne renfermât rien qui pM d^iuier prétexte à la plus légère critique de $9; ges^ tion , mais que ^ bien loin de là y il fit ressoritir le contracte de scm administration ëco<«» nome et austère avec les prodigalités. de< autres contrôleurs-génépaux.
C'est ainsi qu'il combattit l'esprit d'bo$T liUté contre Vautprité royale qui présidoit
cclxxtiv iroîicE
à l'œuvre de la constitution , sachant bien' que lorsqu'on ne règle pas avec équité la part du pouvoir exécutif, il trouve tôt ou tard le moyen dagrandir son domaine par la force , et que la prenaière condition de la durée d'un édifice , c'est l'équilibre de toutes ses parties.
C'est ainsi enfin, qu'il osa manifester son opinion contre l'abolition des titres de noblesse* Rapprochement bizarre ! Tandis? qu'une cour imbue de tous les préjugés de !a naissance poussoit Louis xvi à sanction^ nér, sans réserve , le décret le plus contraire à ses habitudes et à ses idées, M. Nècker, étranger par sa situation sociale , supérieur par ses lumières aux petitesses cte ràristô*cratiè, s'élevoit contrôla suppression violente et soudaine d'une ioâtitutiôn dont fe législateur pôuvoit alors tirer parti j puis-» qu'elle agissoit encore sur l'imagination des hommëé. '
« La véritable iuanière de faire tomber i< tous les hochets de la vanité, dit M.Necu ker dans son Mémoire , de u^est pas de les ^c proscrire avec inquiétude ; ori y réussit w mieux en lés considérant avec calme et w avec indifférence , on y réussit mieux en ^ portant simplement toute son estime vers «t les talens, les vertus et les serviceà de
SUR M. IfEC&ER. CclxXKir
<r tout genre reados à la chose publique. f< Ce n est jamais par une loi que Fou peut tf détruire les antiques opinions dans un ce royaume aussi yaste que la France ; ces « opinions sont l'ouvrage du temps, et le « temps seul peut les renverser. »
Toute la science du publiciste consiste à suppléer, par des ressorts moraux , à 4'emploi de \^ force , et à faire servir les passions des individus au bien-être et au per^ fectionnement de la communauté. S'il existoit une société exempte de vices et de passions , et dont tous les membres fus-sent doués d'égales lumières , cette société pourroit se passer de gouvernement : si au contraire on pouvoit se figurer un gouvernement qui eût par lui-même et indépendamment de ses rapports avec ses sujets une force assez grande pour n'avoir à craindre aucune résistance , un tel gouvernement n'auroit pas* besoin de combiner des institutions ; toutes les manières d'intimer ses volontés lui seroient également bonnes* C'est entre ces deux limites qu'est placé le domaine de la politique. Plus un pays est éclairé , moins il a de sacrifices de liberté à faire au maintien de l'ordre j et ce l'égime est le plus doux , oii la force publique est remise à ceux qui exercent une action natu-
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relie sur TopinioB. Tout gouvernement raisonnable est donc en réalité une aristocratie , c'est-ànliré que le pouvoir doit atp^ partenir aux membres les plus distingués du corps social. Or, à mesure que l'espèce humaine se perfectionne, les besoins intellectuels de l'homme deviennent d'un genre*plus élevé, les distinctions factice» perdent de leur prix, et les véritables supériorités morales se développent. Mais supprimer par un commandement arbitraire des distinctions sociales , qui n'ont pas en-' core perdu leur influence sur les esprits , c'est introduire des lois somptuaîres dans Tempire de l'imagination j et il est fort imprudent de détruire l'aristocratie artificielle du rang, avant d'être assuré qu'elle sera remplacée par l'aristocratie naturelle des lumières.
(c 11 est évident que les lumières sont a d'autant plus indispensables dans un pays, « que tous les citoyens qui l%abitent ont cf une part plus immédiate à l'action duce gouvernement.'Mais ce qui est égaleraient « vrai , c'est que l'égalité politique , principe « inhérent à toute constitution philosophiez que , ne peut subsister, que si vous classez i< les différences d'éducation avec encore* « plus de soin que la féodalité n'en mettoit
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« dans ses distinctions arbitraires. La pu* ic rete du langage , la noblesse des exprèsti sions, image de la fierté de Pâme, sont ce nécessaires^ sortont dans un état fondé fc sur des bases démocratiques. Ailleurs y fc de certaines barrières factices empêchent f< la confusion totale des diverses éduca- M tions ; mais lorsque le pouvoir ne repose fc que sur la supposition du mérite person- « nel y quel intérêt ne doit-on pas mettre à <c conserver à ce nawite tous ses caractères « extérieurs!
« Dans un état démocratique, il faut c( craindre sans cesse que le désir de la po- « pularité n'entraîne à l'imitation des « moeurs vulgaires ; b^ntôt on se persua» u deroît qu'il est inutile et presque nuisi- « ble d'avoir une supériorité trop marquée îi sur la multitude qu'on veut captiver. I^e a peuple s accoutumeroit à choisir des ma*c< gistrats ignorans et grossiers; ces magi* ff strats étoufferoient les lumi^s y et , par « un cercle inévitable , la perte des luc< mières ramèneroit Fasservissement du « peuple. » (*)
Autant le sentiment de l'égalité est dign^
(*) De la Littérature considérée dans ses rapports avec les inslHa tions sociales. Discours préliminaire.
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d'estime lorsqu'il se rattache à des idées philosophiques , et qu'il naît dans Fâme de chaque citoyen dune juste appréciation de ses droits et de ses devoirs , autant ce sentiment devient étroit et subalterne , lorsqu'il . n'est que l'expression d'une vanité haineuse y et quel pendhant seroit plus méprisable que. celui qui feroit préférer un esclavage uniforme sous le sabre d'un pacha, à la gradation de rangs qui se concilie en Angleterre avec tous les bienfaits de la liberté ! ^
Si c'étoitde la part de l'assemblée constituante une conception étroite que de supprimer par une loi des titres qui n'ont de valeur que dans l'imagination , ce fut une œuvre à la fois absurde et coupable , que d'entreprendre , comme le fit Bonaparte , quelques années plus tard, de ressusciter à plaisir des préjugés vaincus par la marche du temps, et de fonder sur la vanité des spéculations au profit du pouvoir absolu. Ce même M; Necker, que des publicistes novices accusoienteh 1790 de manquer de philosophie, a été le premier à combattre la contre-révolution préparée par Bonaparte, et à montrer le ridicule et le danger de rétablissement d'une féodalité npuvelle.
Je m'arrêterai peu à parler de l'état des
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financés pendaAt la dernière administration de M. Necker : elle n a été , à cet égard , qu'une époque de transition , sans intérêt pour l'étude de la science. Les troubles politiques attirent vivement l'attention des penseurs, parce que des lumières et des vertus jaillissent du choc des passil^ns hu-^ maines; mais les temps de désordre en finances ne sont que du chaos.X'ofûce de M. Necker étoit de soutenir les affaires jusqu'au moment où l'assemblée nationale les prendroit sous sa garde : il devoit être , ainsi qu'il l'a dit lui-même , le berger fidèle en attendant l'arrivée du maître ^ et nous avons vu comment il a rempli cette obli-« gation. Mais depuis son retour de Bâle , il n'a plus été en son pouvoir de suivre aucune marche régulière-j il s'est trouvé dans une position oii l'esprit le plus systématique n'auroit pu former d'autre plan que celui de faire vivre le gouvernement au •jour le jour; ses efforts constans ont à peine réussi à suppléer par des ressources momentanées au dépérissement de toutes les branches du revenu public , à pallier . les ^ maux causés par l'anarchie , ou par l'inexpérience orgueilleuse des députés. Et: si ses ^ Mémoires à l'assemblée constituante sont ^ i^ie lecture digne de la plus grande atten- .
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tion y c'est mdbs par les pKteis de ûn&Ace qi^i y sont développés, que paf les sentifoea» Tertoeux , par les c€«5eils de sagesse et de morale que Fon y retroiive à chaque p^ge.
A l'ouverture des éta ts-géuéraux^ ^ M » Nec-* ker avoit démontré que Von pouvoît parvenir salts peine à rétablir f éqoililM'e entre les revenus et les dépenses. .La tâclie étoit devenue bien plus facile encore depuis l'abolition des privilèges : il auroît suffî que r^tôsemblée nationale y consacrât quelques instans d une attention sérieuse , qu'elle fît quelques efiBorts pour maintenir If ordre jusqu'à Vépoque où un nouveau âystènie d'impositions seroit introduil ; < mais les représentations , les prières instantes de M. Necker à cet égard, resiment sans effetaîuprès des membres de fassemblée. Les uns y et c'étoit le plus grand non^bre , regardoîent comme fiïi'^iessotis d'eux d^ s'occuper de finances , avant que legrand oeuvre de la constitution fût achevé ^ ils croyoient * avoir beaucoup fait en plaçant la dette publique sous la sauvegarde de Fhonneur et de la loyauté françoise , et en décrétant que le déficit aeroit comblé ; avides d'appkudissemens , ils prononçoient d'un ton sentencieux quelques maximes générales , mais ils se retiroient prudemment de toutes les '
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dilficnlte^ réelles. D'antres pensdiënt que le délabrement des finances rendant le seconrs de rassemblée plus nécessaire au gouvernement , il ne faltoit pas se presser d'y porter remède, k Le désordre et l'état i< désastreux des finances , dit naïvement fc Duportdans la séancedu i®'' octobre 1 789, w ont été consî<iérés par nos commettans ti comme les moyens les plus efficaces d'as- « surer la constitution. Adopter le plan du « ministre 5 c'est établir dans les finances « un^ ordre qui nous ptera ces moyens : je « soumets cette observation à la sagesse de tf rassemblée. » D'autre^ , enfin , et ceux-là passoient pour les plus profonds politiques , vouloîent séduire le peuple par l'absence d'innipôts , et gagner des partisans à la cause de la révolution par la vente à vil prix des biens du clergé. M. Necker , au contraire , vouloît que l'on procédât au rétablissement des finances par àes mesures graduelles et modérées ; il ne croyoit pas plus vrai eri politique qu'en littérature , que frapper fort Vaille mieux que frapper juste 5 il pensoit que la nation avoit sans doute le droit de disposer des biens ecclésiastiques , mais que l'équité vouloit qu^on en laissât jouir les titulaires jusqu'à leur mort ; il pensoit, surtout , que Tordre et la morale sont , pour
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la liberté , de plus sûrs alliés que Tintérét personnel. Toutes les fois , en effet , que Ton recourt à des mesures violentes en politique, on crée par cela même deux classes d'honimes , diversement mais également dangereuses pour la liberté : celle qui a souffert de l'injustice sacrifie tout à la soif de la vengeance ; celle qui en a profité ne demande à un gouvernement que de protéger ses intérêts , et , à ce prix , elle se résigne sans peine au despotisme. Grande vérité, dont l'état actuel de la France offre plus d'une preuve.
M. Necker, à son retour au mois de juillet 1 789 , trouva le trésor vide , et l'oi^anisationfinancièredétruite :les impôts, dont la réforme étoit promise , cessoient d'être payés ; le produit des autres branches de revenu étoit presque nul. Un emprunt devenoit donc indispensable pour faire face aux dépenses urgentes j et M. Necker, qui sentoit l'importance du premier essai de la confiance publique , combina cet emprunt avec tout le tact d'un homme versé depuis long-, temps dans la science délicate du crédit. Il en borna la somme à 3o millions, en billet^ au porteur ou en contrats au choix des capitalistes j il fixa l'intérêt à cinq pour cent , et pour exciter le patriotisme des prêteurs y
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H proposa que ia liste de leurs noms fût inscrite sur les registres de l'assemblée.
A peine la discussion fut -elle ouverte sur cet emprunt , que de toutes parts écla-» tèr^nt 1^ objections les plus absurdes. Les uns se retrancboient derrière leurs mandats, qui leur interdisoient de s'occupei: de finances ^ d'autres dëbitoient des lieux communs sur ce que les emprunts nécessitent tôt ou tard des impôts : enfin la raison éloquente de M. de Lally se fit écouter ; mais tout en reconnoissantla nécessité d'un emprunt, l'assemblée réduisit l'intérêt à quatre et demi ^ et trouvant que c'étoit déjà beaucoup d'honneur pour les capitalistes que de confier leurs fonds à sa périlleuse parole, elle supprima toutes les cQnditions accessoires qui étoient destinées à assurer le succès de l'opération , sans daigner même débattre avec le ministre les motifs de ce décret. (*)
n arriva ce qui étoit facile à prévoir, l'emprunt manqua ; et ce piemier échec fut fatal à un second emprunt de 80 millions , moitié en argent et moitié en effets publics , que M. Necker se vit contraint
de proposer bientôt après.
(*) Voyez le rapport de M. Necker à rassemblée nationale , du 27 août 1789.
CCXCiv NOTICE
L 'aneajatisseinent du crédit etoît d^oi^ mais constaté ^ Ta^samblae «e r&fusoît auK mesures îadispfdtisafôes poor «^aurer le reeouviiiemdnt ides ii»fi6|s ordinaii^ j(^);
(*) « Je Bc puis voir ssns une mortelle peine , dit « M. Necker dans^oh Sfémoïre dn 24 septembre 17897 <( que ieê Hieilleurs âtâisde la I£Iierté)pi|ÛifiuB cwaptth' « mettent. J^ ^f^ 4f ;)a plus ifoble entf^ise , #p ne. « s'occupaat p^s assez de la gravité des circopstances « actuelles ; comme s^ils pouvoietit détacher l'ateoîr du «^ pt)ës0tDt4 ;CQkittne s'ilsuffiabit iilkippliqiler toute lA Jpîm-^ <( satfc0.4^ leur efprit 4 foriar»^ a^n édifice nouveau , «et <c qu'il ne fallut pas en même t^mps examiner si la mai* « son*qn*6tr habite enèore , n'est pas prête à tomber en « ruiné et à nous. enaeTielir^us. ses. débris. Bardonnez, « messie^nr^ , $i je vo^ parle ainsi ? il nVst FÎen 9 sans « doute y de si imposait que le respect dû à une assem* « blée telle que la vôtre ; mais il y a peut-être quelque « chose de plus gcand jenoore , c'est rindëpftndj^noe'ûtliai « dignité d'un seul hopBLpofi , apiikié par la seule i^éa 4e a SCS devoirs, et fièrement soutenu pal* la pureté de se$ « intentions et l'approbtftidn de sa 'conscience. Vous ne. n vous blesserez p6în t d'cm^psùreilsetifeimeBl» paiiqneoha*» M cuii de vous , messieurs , peut égalcmienty prétendre-,
i< Ce n'est pas, d^t plua loin M. Necker, ce n'est «1 pas sur des décombres et au milieu des clameurs de ti tous les citojei^,: qotj viousélcivena soUdémpent Tëdi-. « dce de notre bonheur : la. vjiç es<; trop courte., les .peu-» « séesi des hommes sont trop circonscrites pour qu'on. «< puisse leur offrir , en- dédommagement de leursmattx y
H la $atififec]tiQh hiCfsrtarôeide^/géoératÎQiifi! suiv^iie^* I) « faut donc unir tout ensemble l'avenir et Iç mé^t^ y Il les spéculations et les réalités , la libéralité aes prin- « cipes et la iustice pratique et positive , le ménagement «t des espérances et la garantie dç ce qu'on possède i