‹ Œuvres complètes de M. Necker (volume 4)Chapitre 9 sur 79 · CXX W O T 1 C E · texte numérisé non relu

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sition y c etoit soutenir un ministre courageux y et un monarque homme de bien , contre les intrigues des antichambres de Versailles. *

Dix-huit mois plus tard, M. Necket* chercha à rem^ier à . quelques-uns des abus sans nombre dont les domaines engagés étoient la source , en obligeant . les en gagistes à produire devant un comité de magistrats tous les titres sur lesquels se fondoit leur jouissance, et en les assujettissant à une rede^fance annuelle pendant la durée du règtfe de Lc^uis xvi. (^)

L*annéè lySo s'ouvrit par une grande opération financière, dont les ennemis mêtnes de M. Necker ont à peiné osé con** tester les avantages ; je veux parler de la nouvelle organisation des fermes et régies , et de la distribution méthodique de tou&les impôts indirects entre* trois compagnies principales. Dès Faimée 1777, M. Necker avoit opéré une amélioration importante , en réunissant en une seule régie ^plusieurs droits épars entre des compagnies diverses; mais il raéditoit une réforme pliis complète, et il attendoit, pour la réaliser, l'expiration du bail de la^ ferme générale (celui

(*) Voyez l'arrêt du conseil du 14 janvier 1781.

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de Djivid), qui de voit arriver en 1780. L adjudicataire du bail de la ferme étoit , comme Ion sait, un préte-tnom ^ dont les fermiers-généraux étoient censés les cautions, n y avoit alors soixante fermier&-gé-néraux, outre vingt-sept adjoints, et un nombre infini d'intéressés. Les fortunes rapides de tous ces traitans s'élevoient à des sommes énormes ; et Ton peut voir dans les célèbres remontrances de la Cour des Aides j par quelle oppression sur les classes inférieures les employés de la ferme se consoloient de leur complaisance servile envers les grands; et quelles insultes journaliers . les honnîmes sans protection avoient à souffrir, des agens dç la finance. M. Necker se proposoit donc deux grands objets 9 en réformant l'organisation de la ferme générale ; d'une, part le soulagement des contribuables , et de l'autre l'économie qui devoit résulter d'un ordre plus régulier et d'utie meilleure divisiou du travail. Il distribua }a perception de tous les droits entre trois compagnies. La première , qui conserva le nom àe ferme générale, eut dans ses attributions les douanes et la vente ex- <;lusive du sèl et des tabacs. Lasecondq, sous le titre de régie générale ^ fut chargée du recouvrement des impôts sur la con-

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sommation , €t en particulier des aides et des droits réunis. Enûn^ la troisième, sous le nom di adnùnistration générale des do-' mairies et droits domaniaux ^ eut pour département le revenu des domaines et l)ois , les droits d'enregistrement et le timbre.

Cette division , introduite par M. Necker, est encore celle qui s'observe aujourd'hui entre les trois administrations financières, sauf que la vente des tabacs a passé de la direction générale des douanes à celle des contributions indirectes.

Le nombre des fermiers^^énéraux fut réduit de soixante à. quarante , et celui des membres de la régie générale fut fixé à .vingt-cinq, ain^ que cdui des administra^ teurs des domaines^ Tous ïes adjoints et.les intéressés furent supprimés^ les nouvelles compagnies furent a£]francbiâ&^ saiis exception , de tôutô es|)èoe de croupes et de pensions 9 de même que des pots-de-vin dont avoient )oui jusqu'alors les ministres des finances. Enfin, les énaolimiens des fer** miers et des régisseurs furent réglés avec V une stricte économie.

L'on discutoit alors dans une foule de brochures , quel étoit , des fermes ou dœ régies , le système le plus avantageux pour les finances de l'état -, et l'on opposoit ,

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airïsi qu'il arrive entre gens qui n'ont que des connoissances superficielles , des généralités vagues à des considérations tirées de rintérét personnel. M. Necker remit la discussion sur son véritable terrain, en montrant que les fermes et les régies ;, d Câpres les modifications qu'elle^ avoient sa-* bies y ne difTéroient que pour la forme , puisque dans un cas , l'on disoit aux régisseurs : vous participerez pour telle proportion aux bénéfices qui excéderont une certaine somme ; et que dans l'autre , on disoit aux fermiers : l'état se réserve telle part dans les revenus qui dépasseront le prix de votre bail.

Lorsque l'état vend à une compagnie financière quelque branche des impositions publiques , il fait sans doute l'aveu tacite de son incapacité pour les recouvrer ; incapacité qu'il paie par le sacrifice d'une partie de ses revenus. Mais il y a toujours dans les administrations les mieux organisées , un poiiit où il faut que le gouvernement appelle à son aide l'activité ingénieuse de l'intérêt personndi ; et l'habileté du ministre consiste a bien poser les limites.

M.NeckerfiLxalebaildela ferme générale à un prix assez modique (122,900,000 fr.), pour que les fermiers ne pussent avoir au-

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cune perte à redouter; mais eii même temps 5 il ne les admit à partager par moitié que les bénéfices qui excéderoient cent vingt- six millions ; tandis que d'après le bail précédent, les fermiers-généraux s'étoient réservé trois cinquièmes sur les quatre premiers millions qjuii dépasseroient le prix de leur bail, sept dixièmes sur les quatre suivans , et huit dixièmes sur tout le reste ; en sorte que sur cinquante-cinq millions de bénéfice, il n'en revint que treize à Téfat.

Par une suite du même système, le produit de la régie générale et celui de Tadministration des domaines furent fixés à quarante-deux millions y et Ton admit les régisseurs à participer, pour deux vingtièmes, aux six premiers millions de bénéfice qui excéderoient cette somme, pour trois vingtièmes à six autres millions , et ainsi de suite. Enfin , dans une circulaire qui accompagnoit le département arrêté pour le noliveau bail , M. Necker traçoit aux fermiers-généraux un plaû de travail à la fois simple et ingénieux , et il les assujettissoit à un mode de comptabilité qui lui permît d'avoir constamment sous les yeut la situation des produits de la ferme.

Tel est l'exposé sommaire d'une opération qui , sans aucune charge nouvelle peut

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les peuples , valut à letat une augmentation de quatorze millions dans ses revenus.

Mais 5 dira-t-on peut-être , pourquoi M. Necker na-t-il pas poussé la reforme plus loin ? pourquoi n a-t-il pas supprimé tous les fermiers-généraux y et jréuni leur département aux attributions directes de l'administration des finances ? Certes , ceux qui feroient cette demande nauroient nulle connoissance des difficultés d'une semblable entreprise, et de la résistance quopposoit alors la puissante ligue des financiers. L'opération dont je vais rendre compte en donnera quelque idée.

Aujourd'hui , que la toute-puissanCe de la révolution a aplani le terrain, aucune entreprise politique ou financière ne semble plus impossible ; mais telle réforme qui devint facile à l'assemblée constituante , exigeoit alors de la part d'un ministre, des afforts et des précautions sans nombre.

M. Necker établit lui-même ce parallèle, a Que l'on! rapproche , dit-il (^) , de cette « force immense de l'assemblée nationale « les moyens et les tentatives d'un ministre •c des finances qui , éperdu , pour ainsi dire , « au milieu d'une cour depuis long-temps

(*) De l'administration de M. Necke^, par luitmcme-

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(c étrangère aux idées d'ordre et d'écono* « mie , s efforce de propager ces mêmes « idées, et se voit dans la nécessité de com- « battre seul contre tous. On ne saura ja- (c mais toute la constance dont j'ai eu be- « soin. Je me rappelle encore cet obscur « et long escalier de M. de Af aurepas , que je w montois avec crainte et mélancolie, in- « certain du succès auprès de lui , d'une i( idée nouvelle dont j'étois occupé, et qui « tendoit le plus souvent à obtenir un "acre croissement de revenu par quelque opéi< ration juste , mais sévère. Je me rappelle « enijore ce cabinet en entresol , placé sous ce lestoits de Versailles 9 mais au-dessus des «^ppartemens du roi, et qui, par sa petii( tcBsé et sa situation , sembloit véritablece ment un extrait , et un extrait superflu de ce toutes les vanités et de toutes les ambice tions. Cétoit là qu'il falloit entretenir de ce réforme et d'économie un ministre vieilli ce dans le faste et dans les usages de la cour. ce Je me souviens de tous les ménagemens <ê dont j'avois besoin pour réussir, et eomce ment , plusieurs fois repoussé, j'obtenois ce à la fin quelques complaisances pour ce la chose publique ; et je les obtenois , je ce le voyois bien , à titre de récompense des ce ressources que je trouvois au milieu de

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(T la gaerre. Je me souviens encore de Fesff pèce de pudeur dont je me sentois emu barrasse , lorsque je mélois à mes dis- (c cours, et me hasardois à lui présenter u quelques-unes des grandes idées morales K dont mon cœur étoit animé. »

H y avoit, avant 1780, pour les vingtquatre généralités de pays d'élections , quarante-huit receveurs-généraux des finances, qui étoient alternativement en exercice , et qui , de Paris 011 ils résidoient , correspondoient avec les receveurs particuliers , et versoient au trésor royal le produit des contributions directes dont le ratîouvrement leur étoit confié. Ces versemens se faisoient soît en argent, soit en rescriptions tirées sur leurs commis établis dans les différentes généralités. Leâ receveurs généraux souscri voient au commencement de l'année des soumissions à échéances fixes , comme le font encore aujourd'hui , pour la forme, les receveurs généraux de département , et on leur accordoit vingt-un mois pour payer les impositions qu'ils reeevoient en douze. Xieurs occupations principales consistoient donc dans les escomptes et les viremens , au moyen desquels ils tiroient parti des fonds dont ils disposoient pendant un terme plus ou moins long. Enfin , ils jouis-

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soient de taxations proportionnées à retendue de leur recelte , et on leur allouoit de plus des primes ou des commissions , à titre de prompt payement.

L'on voit donc qu'à de légères différences près, Torganisation actuelle des recettes générales ressemble beaucoup, à ce qu'elle étoit sous l'ancien régime , si ce n'est que nous avons quatre-vingt-six receveurs qui résident d^ns les départemens , au lieu de quarante-huit établis à Paris.

Je ne reproduirai point ici tous les motifs qui engagèrent M. Necker à changer cet ordre de choses ; ils sont développés dans Y Administration des Jimmcès. Je me bornerai à présenter un point de vue de la question , qui me semble s'appliquer au système actuel comme à celui que M. Necker étoit parvenu momentanément à réformer.

Les fonclionsdesreceveursgénérauxsont de deux espèces. D'une part, ilsrassemblent, comme agens centralisateurs ^ les impositions perçues par les receveurs particuliers ; de l'autre , ils font office de banquiers pour faciliter les viremens de fonds et aider le trésor de leur crédit.

Sous le premier de ces rapports , les re- ♦ceveurs généraux ne sont nullement né- <:essaires, puisqu'il seroit facile , au moyen

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de quelques changemens dans Tordre de la comptabilité , de mettre la trésorerie en rapport direct avec les receveurs particuliers , qui ne sont aujourd'hui qu'en seconde ligne. Sous l'autre rapport , l'utilité des receveurs généraux dépend de deux conditions ; premièrement , de la plus ou moins grande facilité qu'ils ont à se procurer dans les provinces du papier 'Sur Paris; et seconde^ ment , du degré de crédit dont ils jouissent auprès des capitalistes. Or le peu de rela^ tions commerciales qui existe entre Paris et les départemens , oblige , la plupart du temps , les receveurs généraux à faire leurs versemens en espèces*, et , d'un autre côté, la confiance que ces mêmes receveurs généraux inspirent à quelques capitalistes , tient bien plus à leur place qu'à leur solvabilité personnelle; c'est donc en réalité le gouvernement qui prête son crédit aux receveurs généraux , lors même qu'il semble recourir au leur. Ces observations , que je crois justes pour le moment actuel , avoient bien plus de force sous l'ancien régime , puisque les quarante-huit receveurs généraux résidoient tous à Paris , qu'ils n'avoient de correspondance avec les provinces que par l'intermédiaire de leurs commis , et qu'enfin les relations commerciales I. i

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entre Paris et le reste de la France , étoîent encore bien moins étendues ayant la révolution qu'aujourd'hui.

M. Necker reconnut que les soumissions signées par les receveurs généraux nétoient dans le fait qu'une simple forme de comptabilité 5 puisquil n'y avoit nulle proportion entre leur fortune et les engagemens qu'ils prenoieat ; il jugea qu'il en étoit de même à l'égard des rescriptions qu'ils tiroient sur le produit des impositions à venir ^ puisque* ni la compagnie en, masse ,. ni chaque receveur général en particulier^ ne pouvoit être garant des. faits du gouvernement. Dès lors, il ne vit plus dans ces quarante-huit caisses établies à Paris ^ qu'autant de fonds morts pour l'état , et autant de sources de fortunes exorbitantes pour les gens de finance. Il les supprima donc^ sans se laisser arrêter par la crainte des ennemis redoutables qu'il alloit avoir à combattre y et il réunit leurs fonctions à une: seule compagnie de douze personnes , qui furent placées sous l'inspection immédiate du ministère des finances y et auxquelles on alloua un traitement fixe au lieu des taxations considérables dont jouissoient les anciens receveurs.

De toutes les réformes ^ les plus diffi-^

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ciles sont les économies dans le nombre et les appointemens des employés , parce qu'on a contre soi les regrets de ceux dont on diminue les bénéfices j sans être secondé par Faction de nouveaux intérêts. Personne n'étoît plus convaincu de cette vérité que M. Necker ; mais sa bonté , jointe à la con-* science de ses forces , Fempêcha de premire dans cette circonstance toutes les précautions que la prudence auroit commandées.

Dès le commencement de ses nom* breuses réformes^ il s'étoit prescrit la règle de donner aux employés supprimés la préférence pour toutes les places nouvelles , ou pour celles qui viendroient à vaquer. 11 ne voulut pas s'écarter de ce principe équitable ; et quoique dan$ la recette générale il n'y eût point de comparaison à établir entre les travaux et les bénéfices , quoique les prétendus droits des familles de finance fussent fondés , non sur des services^ maisiSur des profits, M. Necker crut devoir porter à douze le nombre des receveurs généraux , bien que dans son opinion six personnes eussent pu suffire pom^ ce département ; et il choisit les membres de la nouvelle compagnie parmi ceux de Fancienne. C etoit confier à Fennemi la garde de la citadelle. En effet , ces douze finan-

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ciers regrettant leur situation précédente , et ligués d'intérêts avec leurs anciens collègues , mirent tout en œuvre pour amener la chute d'un niinisti:e en qui tous les genres d'abus avoient un ennemi si austère ; et à peine en furent-ils délivrés , que Ton vit les quarante -huit charges de receveurs généraux des finances rétablies dans toute la splendeur de leur opulente oisiveté. Voici comment M. Necker termine les raison-

nemens sans réplique par lesquels il combat le rétablissement des receveurs généraux. (*)

w Les réflexions que je dépose ici sont , K je crois , un véritable service j car si elles « ne tombent pas dans un profond oubli ^ ce l'on doutera peut-être un jour que qùa- « rante-huit receveurs généraux soient nécc cessaires au royaume de France. Mais si « jamais on veut revenir à un ordre plus « simple , je conseille à celui qui l'entrecc prendra , de profiter d'une faute que j'ai (c faite 5 et de n'admettre qu'un ou deux « receveurs généraux supprimés dans l'adce ministratioû économique qu'il proposera ce au roi de former ; car l'habitude d'un ance cien état , et le souvenir de plus grands

[*) Admin. des Fin. Liy. i« chap. ly.

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ce bénéfices , sont de trop forts liens à rpmcf pre y et l'on ne peut pas compter sur un « pareil abandon de soi-même. Dès lors , « cependant y l'établissement nouveau qu'on « a fondé se trouve privé de ses défenseurs a naturels. Ce n'est pas qu'un ministi^ ne « puisse aisément s'assurer du zèle de toutes « les personnes dont il surveille les travaux ; w et c'est par ce motif que je cédai sans f< crainte à des égards d'équité pour les « personnes , en proposant au roi d'appeler (Y à ladministration nouvelle les principaux « d'entre les receveurs généraux qui perce doient leur état par ce changement. Mais, « à la vérité^ n'envisageant pas alors la fin « de ma carrière ministérielle comme si (f prochaine , je croyoîs avoir le temps de tf rendre cet établissement indestructible.» L'on voit avec quelle sagacité d'esprit et quelle franchise de caractère M. Necker reconnott son erreur. Nous aurons occasion de nous convaincre, par la suite , que c'est presque toujours dans ses ouvrages que l'on a pris des armes pour le combattre , et que la plupart de ses détracteurs eussent été hors d'état de l'attaquer , s'ils n'avoient pas emprunté à Y Administration des finances des connoissances dont ils étoient entièrement dépourvus^

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L'ordre chronologique me conduit à raconter ici levénement qui changea en une haine active l'inquiétude jalouse de M. de Maurepas contre M. Necker.

Depui s long-tem ps M . Necker voyoit avec chagrin qu au milieu dune guerre maritime , le ministère de la marine fût confié à un homme dont l'inaptitude ^our cette place étoit reconnue. C'étoit surtout dans la gestion financière de son département que l'incapacité de M, de Sartines se faisoit sentir (^) ; et comme , en refusant à M. Necker le titre de contrôleur-général, on lui en avoit oté aussi une des fonctions les plus importantes , celle de contrôler les dépenses des ministères ordonnateurs 5 comme d'dilleurs M, Necker n'assistoit point aux délibérations du conseil , les départemens de la gueiTe et de la marine pouvoient aisément se sousti'aire à Pinspection du département des finances. Dans les pays dh les budgets et les comptes des différens ministères sont soumis à la discussion et à l'examen de la législature , il est naturel que le rôle du ministre dés finances se borne à celui de faiseur de fonds 5 mais

{*) Il étoit dû alors seize mois de solde à Tescadre de M. d'Estaing , et quatorze à celle de M. d'Orvilliers.

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dans un ordre de choses où il n'y avoit ni publicité ni responsabilité y Ton ne sauroit nier que le contrôle du chef de la trésorerie ne fiïit au moins une garantie nécessaire pour éviter de trop grands écarts.

On doit -se rappeler que Tarrêl du conseil du i8 octobre 1778, avoit interdit aux payeurs généraux dç faire des billets à terme sans y être autorisés car l'administration des finances : tout à coup M. Necker apprend que , malgré cette défense , le trésorier de la marine a fait pour quatre millions de billets à son insçu , et qu'il est obligé de suspendre ses payemens. Consterné de cette nouvelle , M. Necker se fait représenter les écritures de M. de Saint- James , et il acquiert la triste certitude que ce n'est pa^ à quatre millions, mais à vingt que se montent les billets mis en cir* culation par la caisse de la marine. Voici la lettre qu'il écrit à la hâte à M. de Maurepas : w Vous avez vu samedi, M* le comtes (( mon chagrin et mon étonnement de ce (( que M. de Saint-James s'est permis de « faire quatre millions de billets à mon a insçu, et vous avez partagé ces sentimens ! « D'après une nouvelle conférence que j'ai «c eue avec lui , ce n'est plus quatre mil- « lions, c'en est vingt, tant en billets qu'en

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w. autres engagemens contractés avec prdre « de les cacher , et qui n étoient point coui'- « '. pris dans les états qu il certiûoit vérita- « ï>les. C'est un coup de bombe aussi ihat- « tendu qu'incroyable. Le trésorier ne sait <c comment s'excuser, d'autant plus que f< j'ai . maintenant deux états à quatre jours « de distance , qui diffèrent /de seize nail- « lions. Je voulois aller vous conter tout « cela moi-même 5 mais je suis si étourdi « du bateau , \e sais si peu dans ce moment « ce qu'il faut faire , que j'ai besoin de ré-» (( flexion. Qu'il est malheureux de voir tant « de soins et d'efforts compromis , et les « intérêts du roi ainsi violés et contrariés ! » ^ M. de MaurepaS;^ qui assistoit toujours au travail du roi avec les ministres à portefieuillcj, étoit alors retenu chez lui par un accès de goutte. La circonstance étoit pressante , on ne pouvoit pas laisser à la tête du département de la marine un homme qui toléroit de tels abus , ou en ignoroit l'existence. M. Necker, travaillant seul avec le roi , pendant la maladie de M. de Maurepas , n'hésita donc pas à lui demander le renvoi de M. de Sartines, et à faire nommer à sa place un homme éminemment digne de cette confiance, M. le marquis , depuis maréchal de Çastries.

SUR M. KECKER. CXXXVlj

Cette marque du crédit que M. Necker commençoit à acquérir suc lesprit de Louis xvi, fut aux yeux de M. de Maurepas un crime irrémissible , et dès lors tous les moyens parurent bons à ce vieux courtisan pour perdre l'homme dans lequel il croyoit voir un rival , ou du moins un successeur. M- de Maurepas n avoit plus alors que quelques mois à vivre , et pourtant , loin d'envisager avec calme des intérêts dont il alloit se séparer pour jamais , il sembloit se cramponner aux derniers restes du pouvoir et de la faveur. La vieillesse rap'* proche du ciel les âmes attirées vers les hautes pensées , mais elle attache de plus en plus à la terre celles qui se traînent dans les basses régions de l'intrigue et de la vanité. Pour achever de parcourir les principa*les économies que l'on dut à l'administra-^ tion de M. Necker, j'ai à parler maintenant de la grande suppression de charges qui eut lieu dans U maison du roi , eu 1*^80. Plus cette réforme étoit commandée par la raison , plus elle étoit inabordable à la critique , et plus elle valut d'ennemis au ministre qui eut le courage de l'ordon»lier. Dès l'année précédente , nous avons Vu que treize officfe de trésoriers avoient été suppriniés dans les 'maisons du roi çt

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de la reine. Ce premier pasi fut suîvî , au mois de janvier 1 780 , de deux ëdits dont Fnn reunit aux parties casuelles , comme appartenant au domaine de la couronne, les charges domestiques dont les grands officiers avoient dispose jusqu'alors à leur profit ; et l'autre abolit plusieurs places d'intendans et de controleui^, dont les fonctions divisées furent remises à un Bii^ reim général des dépenses de la maison du roi.

a Cette première kiée, quoique simple w et raisonnable 5 dit M. Necker dans le « Compte rendu, parut d'abord hardie , et i< j'ignore si elle m'a fait des ennemrs , car « je n ai jamais arrêté ma vue sur ces oomi< binaisons* particulières. J'ai cru que la « seule manière dont Votre Majesté devoit « être servie , et la seule aussi dont il me T< convînt de la servir , c etoit d étudier mes « devoirs et de les suivre j qu il n'y a point « d'autre marche digne d'une grande place H et d'une âme élevée j et comme de pâte reils motifs ont toujours dirigé ma conc* duite, j'ai espéré qu'un jour ou l'autre on « y rendroit justice , et qu'on sauroit dis- « tinguer cette fermeté simple qui conduit « les pas d'un administrateur partout où w il y a du bien à faire , de ce fol esprit

SUR M. IfÉCKER. CXXXix

i< de prétention qui recherche 1 autoritë te pour le Tain plaisir de la déployer. »

Pour concevoir en quoi cette réforme étoit en effet hardie , il faut se rappeler que les charges suhaltemes de la maison du roi étoient vendues par les grands officiers , en raison des profits illicites que Ton pouvoit y faire , et qu'élevant quelquefois la finance de ces charges à des prix exorhitans^ ils se trouvoient engagés à dissimuler les ahus les plus scandaleux.

Voici comment s'exprimoît le roi , dans le préambule de Fédit de janvier : « Nous et nous réservons d'examiner dans notre i( justice quel dédommagement peut être « dû à nos grands officiers , pour la prii< vation dé ce revenu casuel , qui n'ajoute « rien à l'éclat des charges ém inentes dont ce ils sont revêtus ; nous en conservons d'ailic leurs les divers privilèges , et elles seront « toujours 5 comme aujourd'hui , essentielle lement distinguées par le rang et la diw gnité des personnes auxquelles nous les « , confierons. »

Il n'y avoit pas moyen de se fâcher ouvertement contre des expressions si honorables; mais les nobles personnages à qui elles s*adressoient n'en furent pas moins piqués au vif. Us n'étoîent point de

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l'avis que les petits profits de leurs charges n'ajoutassent rien à leur éclat ; et , n'osant pas se plaindre à haute voix , ils firent ligue avec les créatures de M. de Maurepas et les financiers naécontens , pour renverser par de sourdes menées , un homme d'état qu'il étoit trop difficile d'attaquer en fade. N'ouhlions pas pourtant qi;i'à la cour même , M. Necker avoit de vertueux défenseurs , atax sentimens desquels il se plaît à rendre justice dans son ouvrage sur Y Administra^ tion des finances.

Cependant, les édits de janvier ayant averti le public qu'une grande réforme se préparoit dans la maison du roi , l'achat des charges subalternes avoit cessé, et quelques moid après M. Necker put accomplir la suppression dès long-temps méditée, de cette multitude d'officiers qui , selon l'expression du Compte rendu , étoient à la fois fournisseurs, appréteurs et convives.

Voici les titres d'une partie de ces quatre cents charges , dont quelques-unes conféroient la noblesse , et qui toutes exemptoient de divers impôts , au préjudice des contribuables des provinces. Les noms in*diquent assez l'importance des fonctions.

Dix-huit gentilshommes servans.

Seize contrôleurs clercs d'office.

SUR M. ITECKER. Cxlj

Treize chefs et cinq aides de panneteriebouche.

Treize chefs et cinq aides de panneteriecommun.

Treize chefs et cinq aides d'échansonnerie-bouche. •

Vingt chefs et douze aides d'échansonnerie-commun.

Quatre coureurs de vin.

Huit sommiers de bouteilles.

Deux conducteurs de la haquenée.

Dix écuyers de cuisine-bouche , et douze écuyers de cuisine-commun.

Quatre maîtres-queux de cuisine-bouche, et huit maîtresKjueux de cuisine-commun.

Seize hâteurs de rôts.

Quinze galopins.

Seize porteurs.

Deux avertisseurs.

Douze chefs , et douze aides de quartier pour la fruiterie.

Deux aides pour les fruits de Provence.

Six sommiers des broches.

Six porte-tables , etc. etc.

Pourra-t-on croire aujourd'hui qu'il y avoit alors des personnes qui ne rougissoient pas de soutenir que la suppression de ces emplois burlesques portoit atteinte à la majesté du trône ? et faut-il s étonner

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qu'une cour livrée à de si déplorables niaiseries, se soit trouvée sans force pour résister à une nation vigoureuse et irritée ?

Après avoir donné quelque idée des principales réformes par lesquelles M. Necker augmenta les revenus de l'état, sans accroître les charges des contribuables , il me reste à parler des ressources extraordinaires au moyen desquelles il pourvut aux dépenses de la guerre d'Amérique. Aucune partie de son administration n'a été attaquée avec autant d'amertume que ses emprunts 5 et cependant, quoi qu'on en ait pu dire par ignorance ou par esprit d'hostilité , je ne crains point d'affirmer qu'aucune partie de son adn[iinistrationne mérite de plus justes éloges , et que si , sur d'autres points , la science financière a fait des progrès , l'exemple de M. Necker, et ses écrits, sont encore une des meilleures écoles ou l'on puisse étudier le maniement du crédit public.

Reportons-nDus pour un instant à l'époque où M. Necker fut appelé à diriger les finances. Une succession non interrompue de banqueroutes , depuis Law, et l'on pourroit même dire depuis Sully jusqu'à l'abbé Terray , avoient deshonoré l'état et discrédité ses engagemens. Le mot même de banqueroute avoit presque cessé d'être un

SUR M. 1(£CKER. €Xlu|

terme de blâme , et Ton en étoit venu vers la fia du règne de Louis xv , à considérer comme une des ressources ordinaires du gouvernement, ces manques de foi dont Finjustice égale à peine Tabsurditë. Aucune publicité en matière de finances ne per-mettoit aux prêteurs de savoir sur quelle garantie reposoit Targent qu'ils confioient à Tétat; aucun ordre dans la comptabilité ne permettoit au ministre lui-même de juger avec exactitude des ressources dont il pouvoit disposer. Une seule chose étoit certaine , c'est que les dépenses fixes excédoient les revenus ordinaires d une somme considérable. Telle étoit la situation des finances , après quinze années de paix ; et ce fut de là que partit M. Necker pour faire la guerre sans augmenter les impôts, et sans causer, par ses emprunts, aucune baisse dans le prix des effets publics. Bien loin de là, ils montèrent progressivement depuis Tannée 1776 jusqu'en 1 781, et pendant la même période , les fonds anglois suivirent une marche inverse. Les rescriptions suspendues , qui perdoient 16 p. | en 1 7 76 , ne perdoient plus que 8 p* f au moment de la retraite de M. Necker , et les 3 p. | anglois, au contraire, qui valoient 83p. gavant ïa guerre , étoient tombés à 59 en 1 78 1.

cxlîv ïroTiciE

M, Necker a emprunté cinq cent trente millions dans le cours de quatre années* Sur cette somme ,

3oo millions sont le produit de rentes viagères ou de loteries , négociées directement par le trésor royal ;

97 proviennent d'emprunts faits par Fin-» termédiaire des pays d'états;

36 ont été empruntés sur le crédit de la Ville de Paris, du clergé et de Tordre du Saint-Esprit ; 9 ont été empruntés à Gênes ;

48 représentent les cautionnemens et les avances de différens employés des fermes et régies ;

4o enfin sont le résultat d'un accroissement des anticipations.

53o millions.

Les hommes qui ont Thabitude des questions fin|ncières , apercevront dans ce simple résumé la trace des motifs qui ont dirigé M. Necker dans le choix de ses moyens de crédit, et cellç des obstacles qu'il a eu à surmonter.

La première condition pour emprunter , c'est d'aller chercher l'argent là où il est. Ce principe , dont l'expression est triviale , n'en est pas moins d'une application rare

SUR M. IfEGKER. CXlv

et difficile. Sans doute en vendant des rentes sur Tétat à tout prix , en faisant du grand livre de la dette publique une espèce de planche à assignats, on parvient toujours à tenter des propriétaires d'argent par rénormité du taux de l'intérêt , et à faire sortir les capitaux des diverses entreprises commerciales ou industrielles, oh ils ëtoient plus utilement employés. Ce n'est pas là une œuvre de beaucoup de génie j tout le secret est , conocme le dit Burke en paro-r diant la cérémonie du Malade imaginaire , nssignare , et ensuita €issignare. Mais attirer dans les caisses de l'état l'argent qui se consommeroit en dépenses superflues , mais recueillir les capitaux qui cherchent un emploi momentané en passant d'une industrie à une autre,, sans jamais arrêter les sources de Ja reproduction , c'est une lâche plus compliquée y et q^est là ce qu'a fait M. Necker avec une rare habileté.

: Il savoit que les affaires pécuniaires , et surtout les placemens dans^les foflds pu?blics , qui semMeroient. ûa devoir être dirigés qiie par le calcul,, ^soiiÇ essentiellement soujnis à l'influence de l'imaginatiob ^ et que les nuances les plus suhtiles suffisent pour attirer ou pour repousser la confiance^ 11 savoit. aussi que les capitaux ont , comme

Cxlvj NOTICE

les personnes , de certaines habitudes qu'il est difficile de vaincre ; il pensa donc que la première chose essentielle ëtoit d'étudier la nature des prêteure auxquels il devoit s'adresser , et il vit bientôt qu'il tf y avoit en France que Paris où l'on pût trouver des capitaux disponibles pour les emprunts publics j que le reste du royaume étoit , sous ce rapport , entièrement étranger à la capitale ^ et qiie s'il avoit quelque crédit h espérer dans les provinces qui jouissbient du bienfait d'une administration indépendante , ce ne pouvoit être que par Fintermédiaire des étals de ces provinces.

Les emprunts des pays d'états ne four- . nissoient jamais que dés sommes fort modiques , et n'offroient d'âilleurâ que des ressources niomentanées. La forme de ces emprunts étoit fixée par l'usage ; c'étoient des rentes à 5 p. ^, avec un fonds d'amôr*tissement égal à une année de revenu , ou , eti d'autres termes , c'étoient des annuités de quatorze ariis;

M. Necfcer jugea <lonc qu'il ne pouvoit s'adresser Qu'eux t^apitalistes de Paris et de l'étrangfer , et <jue par conséquent ilidèvbit adopter le genre d'emprunt le plus convenable pour cette classe de prêteurs.

Paris renfermoit alors une véritable na-

SUE M. KECKER. Cllvij

tion prêteuse , que la révolution et la mobilisation des deux tiers de la dette publique ont à peu près détruite. Elle se composoit de financiers , d'anciens rentiers db profes-* sion ^ dWficiers qui ^ à raison de leurs charges , a voient déjà des rentes sur 1 état à un bas intérêt , et qui tous étoient disposés à accroître leurs revenus en achetant des contrats de rentes viagères avec le fruit de leurs écoMmies ; die se composoit surtout d'une foule d'anciens serviteurs des princes oa des grands seigneurs que la cour attiroit à Paris et à Versailles. Toutes ces diverses classes d'individus , pour la plu-r part célibataires , avoient des motifs particuliers à leur situation pour rechercher de préférence les placemens en viager. Si M. Necker avoit voulu emprunter en perr pétuel , il n'auroit trouvé que fort peu de prêteurs ; pour les rentes viagères , au contraire y les préteurs étoient tout trouvés.

En vain objecteroit-on les emprunts en rentes perpétuelles faits de temps à autre par la^ille de Paris , par le Clergé , par Tordre du Saint-Esprit , ou par d'autres corporations; c'étoient toujours des emprunts pour de petites sommes £||b:*nies par des personnes attachées à ces^^rporations. Si l'on avôit usé fréquemment de

Cxlviij NOTICE

cette ressaurce 5 rintërêt auroit fcientot monté à un taux extrêmement onéreux.

M. Necker avoit en outre observé que \fi peuple de Paris avoit , plus qu'aucun au** tre y le goût de courir les chances de la fortune ; et c'est ce qui , le détermina à employer la forme des loteries , pour faîrjB deux emprunts remboursables à échéances , et un autre emprunt en vingt -cinq mille lots de rentes perpétuelles et viagères (^)« Je n'ai pas besoin de faire sentir la différence totale qui existe entre l'impôt ruineux et immoral de la loterie, et des intérêts distribués sous forme de primes à des prêteurs dont le capital étoit toujours assuré.

Les étrangers s'étoient plies aux mœurs des rentiers de Paris , et il s etoit formé dans différentes villes de Suisse et de Hollande , mais principalement à Genève , des marchés de fonds publics et des associations pour les placemens en viager, connus sous le nom des trente têtes.

Les économistes , les partisans outrés de l'accroissement de la population , ont fait un reproche à M. Necket d'avoir , par la

(^) JiV^^ ^^^ Obligations de la Ville , comparé avec leur wf^^ réelle , prouve que le goûl du peuple de Paris pour les emprunts en loterie , est resté le même aujourd'hui qu'avant la révolution.

SUR M. NECKER. Cxlix

multiplication des rentes viagères , diminue le nombre des mariages et favorise les jouissances égoïstes du célibat. Ce reproche n'a jaufiais été fondé : le.besoin de la durée est si inhérent à l'esprit humain, qu'il est bien peu d'hommes qui prennent de ptopos délibéré la résolution de consommer toute leur fortune de leur vivant^ les rentiers sont toujours économes, et pour peu qu'ils aient des parens ou des. amis, ils ne manquent pas d'épargner une portion des intérêts élevés qu'ils reçoivent , pour remplacer le capital qui s'éteindra à leur mort. Mais d'ailleurs tous les hommes éclairés savent aujourd'hui , par la lecture de l'important ouvrage de Malthus , que dans la plupart des états de l'Europe la population , loin de rester en arrière des moyens de subsistance , menace au contraire de les dépasser , et que, par conséquent, si les gouvernemens ont quelque précaution à prendre à cet égard , ce n'est sûrement pas d'encourager la multiplibation des mariages.

On a fait à M. Necker un reproche d'une nature plus pratique, en disant que les tables de mortalité fondées sur les relevés généraux des naissances et des décès, donnoient pour résultat une probabilité de vie beaucoup moindre que celle d'un certain

cl HOTICJe

nombre de personnes choisies avec soin dans une clause exempte des chances de la guerre et de la pauvreté^ que par conséquent la spéculation des trente télés rendoit fort onéreux poiar Tétat des intérêts calculés d'après les chances moji^ines de la vie humaine.

L'intérêt de lo p» ^ en rentes viagères sur une seule téte^ n^équivant, a-t-on dit , à celui de 5 p. feu perpétuel, qu'autant qu'on place une somme égale sur un grand nombre dé personnes de tout sexe et de tout âge ; mais en plaçant sur trente têtes choisies 5 ce même intérêt viager de 10 p, 1^ revient à 7 y pour ^ en perpétuel.

Sans vérifier l'exacùtude de ce calcul , je dirai seulement qu'il faudroit y pour que le reproche eut de l'importance , démontrer en même temps que M. Necker pouvoit trouver des prêteurs à dea conditions plus avantageuses. Or , la preuve du contraire ressort de deux faits incontestables : d une part , quoique les emprunts ouverts par M. Necker se soient remplis avec facilité , surtout à la fin de son administration , les rentes créées par ces divers emprunts ne se sont jamais élevées brusquement à un prix fort supérieur à celui pour lequel on les avoit aliénées , signe certain

SUR H. NECKER. clj

que le point juste avoit été rencontré par le ministre. D'autre part , il faut se rappeler qu'en pleine paix , et avant Ips premiers in-^ dices de la guerre d'Amérique , les contrats de rente perpétuelle à 4 p* ^ sur l'Hôtel de Ville, les plus recherchés qu'il. y eût à cette époque , se vendoient 60 p. ^ sur la place 9 ce qui porte l'intérêt à 6 j p. ^. Le prix de 60 pour les rentes ki^^.^ équivaut rigoureusement à celui de 7$ pour des rentes à 5 p. |^ ipais comme dans le premier cas la chaiica de béné^ce sur le capital est plus forte, on ne peut guère évaluer les 5 p. ^ qu'à 70 j ce qui porte en résultat l'intérêt à 7 | p. ~ (^). Or, Tintérét perpétuel de 7 -^ rapproché de l'intérêt viager de ro p. ^ sur upe tête, ou de 8 p. ~ sur quatre têtes 9 suffit pour délendre M. Necker de toute critique à ce sujet.

Du reste , si la spéculation des trente têtes sembloit rendre onéreux à l'état le calcul des intérêts viagers , elle contribuoit réellement à élever le produit des em-

{*) Dans les pays oii il existe des rentes perpétuelles à différens taux d'ialërsts, on observe constamftnent qu« celles dont l'intérêt est le moindre sont proporti\>nnelle-» ment plus élevées que les autres. On peut s'en convaincre parle prix actuel des 3 p. J en Angleterre et en Amérique , comparé avec celui des 5 p. ^ dans le premier àa ces pays, et des 6 p. ~ dans le second.

Clij NOTICE

prunts, en attirant les capitalistes étrangers, et en facilitant les ventes et les achats de rentes. Cette vérité n'étoit pas reconnue du temps de M, Necker 5 peut-être M* Necker lui-même Teût-il mise en doute : mais il n en est pas moins constant aujourd'hui que, toutes conditions égales d^ailleurs, plus le transfert d un effet pablic est aise , et plus cet effet a de valeur:

M. Necker, a-t-on dit, a fait des emprunts sans leur donner pour gage de nouveaux impôts j c'étoit tendre un*piége aux prêteurs , qui confiaient leurs fonds à l'état sans avoir d'hypothèque assurée. Non , certes ; car s'il a libéré par ses économies une portion des revenus publics précédemment affectée à des dépenses superflues , où étoit la nécessité de grever la France d'un surcroît d'impositions ? Il y a long-ten^ps que Cicéronadit : Optimum et in pns^atis familiis et in repubUcâ vectigal est par-cimonia. (^)

(*) Pour insister sur ce reproche , il faut n^avoir pas lu les actes de radministration de M. Necker. Voici comment il fait parler le roi dans les préambules de trois édits.

Êdit de novembre 1778, portant création de quatre millions de rentes viagères : « Nous nous serions toute- K fois détermines à mettre une imposition extraordi— % .:^ire , du moins jusqu'à la concurrence de Tiatérét du

SUR M. I?CCK£R. clîij

En assignant, comme M. Necker Fa fait, le payement des intérêts de ses emprunts sur les fonds libres des impositions existantes , il a même rendu la condition des préteurs beaucoup meilleure qu'en créant à leur profit des impositions additionnelles ; car le produit d'une taxe existante est connu , tandis que celui d'une taxe nouvelle est incertain.

D'ailleurs les hypothèques spéciales , les

■ ' I W I I I. ■ Il II

« nouyel emprunt , si d'après la connoissance que nous « avons prise de la situation de nos finances , nous l'avions « jugé nécessaire ; car nous envisagerons toujours comme « une de nos étroites obligations , de ne jamais emprunter « sans avoir assuré l'intérêt des préteurs qui , se fiant k <t notre justice et à notre bonne foi , nous dispensent de « recourir à des impositions proportionnées aux besoins

« de l'état , et dont le poids seroit trop aggravant pour « nos peuples. »

£dit de novembre 1779. ^ ^^^ principes d'exactitude « et de bonne foi que nous nous sommes proposés , et que u nous voulons suivre constamment, tious auroient mis « dans la nécessité d'impQser une somme équivalente <i aux intérêts de l'emprunt que nous venons de déterre miner , si nous n'étions pas , des à présent , certains de « nous procurer une augmentation de revenus propor- 4( tionnée et même supérieure , par l'arrangement pro- « chain du nouveau bail de nos fermes générales. »

Édil de février ij8i. « Autant nous avons à cœur de M préserver nos peuplés de nouveaux impôts y autant il <c importe à notre justice de mai|ifester le soin que nous <t prenons de la sûreté des personnes qui, dans des cirtt constances difficiles , nous donnent des preuves de leur « confiance. »

cliV NOTICE

fonds consolidés , toutes les garanties de cette nature , offertes par les goiivernemens à leurs créanciers , sont toujours illusoires entre deux contractans dont l'un est tout** puissant par rapport à l'autre. Les seules garanties réelles que le souverain , peuple ou roi f puisse donner aux individus , ce sont des principes d'ordre et de justice^ et la publicité /qui empêche que Ton ne soit tenté dé s'ai écarter. L'ol>servation constante de ces principes est aussi la seule règle à kquelle un gouvernement doive s'astreindre. Les engagemens qu'il prend envers ses créanciers ^ il faut qu'il les rem* plisse 5 mais si une taxe peut être remplacée par une économie , ou par une taxe moins onéreuse , il ne faut pas que le législateur ^'interdise d avance les améliorations , en affectant spécialement le produit de cette taxe à tel ojol tel c|^ ses engagemens.

Panchaud a prétendu qu'il avoit proposé à M. Necker de lui développer le système de ramortissement à intérêt com^xosé , plusieurs années avant qu'il eût été introduit en Angleterre^ et il s'est plaint d'avoir été repousse. Je ne puis riei;i affirmer à l'égard de cette anecdote. On ne sauroit contester à Panchaud du savoir et des idées en finances; mais le mauvais succès avec

SVR M. HECKED. clv

lequel il avoit gérë ses propres affaires , inspiroit des doutes légitimes sur son aptitude à diriger celles de 1 etet : d'ailleurs aucun talent ne ppuvoit compenser aux yeux de M. Necker des principes ëquivtf** ques en fait de morale 9 et si une règle austère ^ à cet égard , peut exclure par hasard quelque conseiller habile^ de quels bienfaits solides et constans ti'est-elle pas la source? Rien heureusement n'est si rare que l'alliance du génie et de l'im^ moralité.

L'amortissement d^une dette perpétuelle ^ par l'effet de l'intérêt composé , est sans doute une invention ingénieuse^ mais elle ne mérite pourtant pas un culte superstitieux. U n'y a point de miracles en fait de finances; les gouvernemens , comme les particuliers ^ n'éteignent leurs dettes qu'en prélevant sur leur avoir une somme égale À ce qii'ils doivent en capitaux et intérêts ; et si l'amortissement à intérêt composé est plus rapide qu'un autre , c'est tout simplement parce qu'au lieu de diminuer annuellement les charges de l'état d'une somme égale à l'intérêt de la portion de la dette qui a été rachetée , on conserye les mêmes 4mpôts jusqu'à ce que 4a dette soit entièrement amortie ; mais les contribuables ne

CIVJ NOTICE

payent pas moins dans une hypothèse que dans une autre. On peut même soutenir^ et M, Necker a développé cette idée dans V Administration des finances ) que la valeur relative de largent tendant à décrdî- ,tre^ un amortissement plus lent est; dans le fait j moins onéreux pour les contribuables.

. L'établissement d'un fonds d'amortisse-ment a deux objets , l'un de diminuer la dette publique , l'autre de retirer de la circulation les effets qui encombrent la place, I5t d'en maintenir ainsi lé prix à un taux plus élevé. De > ces deux objets , le premier étoit obtenu sous M. Necker/ soit par l'extinction naturelle des rentes viagères , soit par des remboursemens annuels : quant au second, dont je suis loin do contester l'importance, on doit reconnoître cependant que cette importance est moindre dans un pays qui emprunte seulement pour des cas extraordinaires , que dans un pays comme l'Angleterre ^ oii les emprunts sont la ressource habituelle du trésor. Et d'ailleurs , en se rappelant les motifs qui forcèrent M. Necker à donner la préférence aux emprunts en rente viagère, on reconnoîtra ;àussi que la classe de prêteurs qui recherche ce gem'e de placement, attache beau-

SUR M. NECKER. civij

coup plus de prix au payement exact de ses rentes , qu a la plus ou moins grande valeur nominale du capital.

En terminant ces réflexions , je dois fixer l'attention sur les préambules dont M. Necker a fait précéder les . édits d'emprunts y et sur le ton de grandeur et de «sincé^ rite qui y règne (^). « Jç n'ai lu qu'hier M les lettres patentes pour l'emprunt , » éçrivoit Dalembert à madame Necker^ après la création de rentes qui eut lieu à la Ha de 1778; « c'est le plus parfait t< modèle de l'éloquence législative. » U ne sera pas inutile de donner aussi l'idée de l'effet que ces actes produisoient dans Fétranger. Ypici ce que le duc de Richmond éçrivoit à M. Necker, au commencement de 1779, après avoir fait, dans la chambre des lords, Féloge de son , administration : x< Il est certain, monsieur, que je Suis « rempli d'admiration pour vos talens et « vos ressources^ Je serqis bien heureux que i< la seule concurrence entre TAngleterre et <c la France , fût pour l'imitation de l'exem,: « pie que vous donnez, en rendant le prince «et le peuple plus heureux par cette sage (( économie, qui règle les besoins, anéantit

(*) Voyez Terne, iii , pages i à 36.

Civiij NOTICE^

c< le pilldge, et ne charge le sujet que du i< nécessaire , par les voies les moins onë- « reuses. Vous avez trouvé les moyens c( d'établir ce système , et de l'exercer n^ème « en temps de guerre. Je conserve l'édit M auquel vous avez donné lieu, comme un (c monument précieux de ce que peut pro-* H duire le génie. »

Je ne puis achever lesquisse du premier ministère de M. Necker sans rappeler quelqoesHjine3 des améliorations opérées par lui , dans les hôpitaux et les prisons.

Lm^squ'il entra en place , les hôpitaux de Paris présentoient le spectacle le plus hideux. A Bicétre, de malheureux vieillards, atteints d'infirmités différentes, languis^ soient entassés jusqu'à neuf dans le même lit, recouverts de linges corrompus. La plupart des hospices destinés à la vieillesse étofent dépourvus d'infirmeries, et lorsqu'un des infortunés renfermés dans ces tristes asiles était atteint de quelque mah ladie aiguë, il falloit le transporter à l'Hôtel- Dieu , et le plus souvent on le voyoit mourir dans la route. Les infirmeries des prisons étoient si petites et si malsaines , qu'un mé-« decin ou un prêtre osoit à peine y pénétrer. Enfin , des prisonniers de tout âge , de tout sexe, ou pour dettes, ou pour -crimes^ ou

SUR M. NEC&ER. clix

pour de légères rfontraventicms , ëtoient souvent confondus dans lespace le plus étroit.

La prefinièrë démarche de M. Necker fut d'établir une dommîssion chargée d'examiner les moyens d'améliorer les kôpitaux , el de recueillir toutes les lumièi^eS à cet égard. Bientôt après il pourvut à l'augmentation de leurs revenus ^ en les çncotn-ageant à vendre tous leurs ittimeubles , et à recevoir eil échange de$ contrats de rente à 5 p. -| susceptibles d'être augmentés d'un dixième tous les vîngt-icinq ans. Il ordonna que les comptes* annuels des hôpitaux de Paris fussent renduspublics.il attribùaraux hôpitaux des villes de provinces lés bénéfices des croupiers intéressés dânslës octrofîs de ces villes. Il fit construire des infirinéries spacieuses et aérées dans chacune des maisons dont se composoit ce qu'on stppi^Git à Paris FHôpital général. Il améliora la Conciergerie , et fit établir dàfas le local de i'Hôtel de la Force , de* èfouvelles prisons plus saines et mieux distribuées , destinées à remplacer }e Petit-Ghâtelet et le For-l'Évêque. Il snppritiia dans le Grand-Châtelet les cachots pratiqués sous terre ^ « ne voulant pas, fai- (c soit-il dire à Louis xvi , ^ue des hommes « accuséà^ ou soupçonnés injustement , et

(( reconnus ensuite inntfcens par les.tribu-^ « naux , aient subi d'avance une punition (c rigoureuse par leur seule détention dans (c des lieux ténébreux et malsains. Notre

<c pitié jouira même d'avoir pu adoucir , V pour les criminels , ces souffrances in- « connues et ces peines obscures qui , du c< moment qu'elles ne contribuent plus au « maintien de l'ordre, par la publicité et « par l'exemple, deviennent inutiles à notre « justice , et n'intéressent plus que notre « bonté. » Enfin ^ le dernier acte de l'administration de M. Necker, qui ne pré^ céda sa retraite que de quelques jours , ce furent des lettres pfitentes poui^l'amélioration de ^Hôtel^-I)ie^ , en y appliquant les. fonds abandonnés, ainsi que noiis l'avons vu, par l'arcbevêque de Paris, et les offres grs^tuites faites par les fermiers et régisseurs généraux , après la signature dçs der-< niers traités.

. Lorsque l'on parle des réformes salutaires opérées dans les hôpitaux et les prisons , le nom de madame Necker vient toujours se joindre à celui de son époux. Nonseulement elle partageoit ses travaux dans cette branche d^ l'administration , mais elle fut elle-même chargée par le gouvernement de la direction d'un hospice normal.

SUR M. ITEGRCR. cUj

Cet établissement, fonde par ses soins charitables f et qui a conservé son nom , est le premier qui ait ouvert la voie aux amë« liorations que les hôpitaux de France <mt dues et doivent encore chaque jour au zèle de plusieurs citoyens vertueux. Depuis 1778 jusqu'à la révolution, madame Necker n'a pas cessé de diriger cet hospice , et ni l'intérêt des affaires politiques, ni les distractions de la vie sociale, ni Fêtât chan^ celant de sa santé , ne l'ont détournée d'eii publier les comptes annuels , et d'en su]> veiller tous les détails avec une attention soutenue.

L'hommage public rendu par M Necker au secours qu'il avoit trouvé dans le zèle éclairé de sa femme , pour toutes les administrations de bienfaisance *, cet hommage si mférité a été l'objet de beaucoup de sar« casmes* Peut-être , connoissant la société parisienne , auroit-il dû éviter de prêter le flanc à ses plaisanteries sur cette marqua de tendresse conjugale ; mais il est si beau et si rare de rester sensible au milieu du udonde et des affaires ; et il y a tant de gens au contraire qui , par la froide étude des convenances ||se croient dispensés de toute affection et de toute vertu ! On trou-

voit simple, en France, que les maîtresses I. /

Clxîj KOTltE

des rois et des ministres disposassent des places 5 dirigeassent par leurs intrigues les affaires de l'état , et vinssent solliciter pour leurs maris ou leurs amans , ce que ceux-ci auroienf rougi de solliciter pour euxmêmes : mais qu'une femme vertueuse s^âsâocîât a des entreprises bienfaisantes, qu'après à'être dévouée à ces occupations charitables 5 auxquelles les femmes semblent spécialement appelées par la Providence , elle trouvât dans le suffrage public de son époux sa plus flatteuse récompense , cela dé voit, en effet, sembler étrange au peuple des salons.

Quatre années s'étoient écoulées, et la France jouissoit au milieu de la guerrfe , d'avantages inconnus jusqu'alors en pleine paix. L'ordre étoil rétiabli dans les finances ; la guerre avoit été soutenue avec honneur, satis accroître les charges des peuples 5 le sort des provinces s amélioroit par des administrations locales , et le gouvernement commencoit à entrer sans secousse dans la toute tracée pat l'opinion. M. Necker voulut perpétuer quelques-uns des bienfaits de son administration ; il voulut trouver dans la publicité uhe garantie cdfctre le retour des abus ; il voulut que si la nation ne disposoit pas librement de ses richesses, elle

SUR M. BTECKrit. clxiij

pût au moins en connoître Temploi; il voulut asseoir le crédit sur une base plus solide , et hâter le retour de la paix , en montrant à l'Angleterre Fétendue des ressources dont sa rivale pouvoit encore disposer ; il voulut enfin , car pourquoi le nier, trouver dans la reconnoissance des François le seul prix de ses travaux qu'il ambitionnât. Tels furent les motifs qui , approuvés par Louis XVI, déterminèrent la publication du Compte rendu.

Il seroit difficile de donner une juste idée de l'effet inouï' que produisit cet événehement sur une nation fatiguée des bon-teuses puérilités du règne de Louis xv , et dont l'activité demandoit à s'exercer sur des sujets sérieux (*). On vit avec admiration

(*) Je ne puis rappeler ici les témoignages sans nom«> bre de respect et de reconnoissance que la publication du Compte rendu valut à M. Necker , de la part des différenscorps constitués, aussi-bien quedes hommes les plus énxinens de la France; mais une lettre du parlement dé Grenoble me paroît mériter une exception , à cause du patriotisme sage et éclaiisé qui animoit le Dauphiné.

« Le parlement de Grenoble a lu avec le plus grand M intérêt , le compte public que vous avez rendu au roi tt de l'état de ses finances. Il a admiré un ministre qui a a levé le voile qui en couvroit le mystère ; vous avea « associé tous les cœurs François à votre administration, <« et ils font tous des vœux pour que , encouragé par vos « succès ii soutenu par l'excellent prince qui nous gou-

clxîv NOTICE

le déficit comblé , cinq cent millions empruntés pour les dépenses de la giierre, sans avoir eu recours à de nouveaux impôts , la somme des revenus annuels dépassant de plus de dix millions celles des dépenses fixes , la comptabilité éclaircie , les prodigalités de la cour diminuées , le nombre et les profits des financiers réduits à de plus justes limites, les cbarges inutiles supprimées , Fimpôt de la taille soustrait au caprice du conseil d'état, les impôts indirects classés dans un ordre plus régulier et plus économique, la vie rendue aux pays d'élection par l'établissement des assemblées provinciales, les restes du servage féodal abolis , le sort des prisonniers et des infirmes amélioré par une bienfaisance éclairée. De si beaux résultats étoient peu de chose encore , à côté de ceux qui étoient indiqués pour l'avenir , et que les travaux

M verne , vous soyez à même de perfectionner l'ordre et « réconomie que vous avez établis dans les finances;.

« Ce témoignage obtenu d'un corps destiné à porter « au pied du trône l'exacte vérité , est l'éloge le plus « sincère que vous recevrez de votre administration , et « la récompense à laquelle votre grande âme sera le plus « sensible.

« Le parlement désire tenir de votre main un exem- M plaire du compte que vous venez de rendre au roi \ •I son intention est de le placer dans ses archives , n comme un monument qui fera époque dans c« siècle. i>

SUR M. I7EGttER. clxT

de M. Necker avoient déjà préparés, tels que la suppression des douanes intérieures , une répartition plus équitable de la gabelle, qui pesoit alors sur la France d'une façon si inégale , que le prix du sel varioit , suivant les provinces , depuis soixante francs jusqu'à trente sols le quintal; la réforme des droits d'enregistrement, l'abolition entière du droit d'aubaine , etc. etc. (Voyez à cet égard le Compte rendu et V Administration des finances^ Mais un avenir si prospère n'étoit pas réservé à la France ^et c'étoit . déjà une espèce de miracle qu jin ministère comme celui de M, Necker, eût résisté près de cinq ans aux intrigues de tous ceux qui faisoient cause commune avec les abus.

Une sorte de pudeur m'empêche de reproduire les déclamations vides de sens auxquelles les ennemis de M. Necker se livrèrent contre la publication du Compte rendu; il seroit même difficile d'expliquer aujourd'hui comment on pouvoit sérieusement faire un crime à un ministre d'avoir soustrait les finances à cette obscurité majestueuse dont les affaires d'état veulent , disoit-on , être enveloppées. Si l'on raisonne selon le sens comnaun , les nations ont droit à connoître l'étendue de leurs sacrifices et l'emploi de leurs richesses j si l'on raisonne

Clxvj ' NOTICE

suivant Tancieii régime , la publication du Compte rendu a été permise, elle a été commandée par Louis xvi. Laissons donc de côté un reproche qu'on ne sauroit réfuter sans faire injure à l'époque où nous vivons. Une critique moins dénuée de pré^ texte a été dirigée plus tard par M. de Galonné contre la forme même du Compte rendu y et je dois encore remarquer ici que c'est M. Necker lui-même qui , en instruisant ses adversaires , leur a fourni des armes pour l'attaquer.

Il y a deux manières de rendre un compte de finances , ainsi que le fait observer M. Necker (*) : l'une est de mettre en regard l'universalité des recette^ et l'univerigalité des dépenses de toute nature \ l'autre, que l'on reproche à M. Nécker d'avoir adoptée , consiste à soustraire des recettes brfitiss les charges assignées sur les différisntes caisses, et ^ ne porter en recette que le prqduit net, et en dépense que les sommes acquittées par le trésor royal. Nul doute que la première de ces méthodes ne soit préférable en thèse générale , et que ce ne soit celle à laquelle le législateur doive aujourd'hui astreindre lès ministres» Ce

(*) Compte rendu, page lo.

SUR M. NECKER. clKVt]

fut aussi celle que suivit M. Necker, lorsque, en 1789, il voulut donner à Tasseqn-* blëe nationale les moyens d'étudier à fond la situation des finances. Mais deu^ motifs puissans le déterminèrent à donner , pour le Compte rendu , la préférence à la seconde. D'une p^irt , il importoit à la chose publique que la confiance due à ce compte fut établie sur des bases solides , et ce résultat ne pouvoit être obtenu qu'autant que les différens caissiers seroient en état de vérifier l'exactitude de chaque article.

D'autre part, ij ipiportpit à M. Necker luimême que des déclarations signées en connoissance de cause p^r les agens comptar bles , lui donnassent le moyen d eclaircir tous les doutes. Et en effet , s'i} n'avoit pas eu la précaution 4p conserver ces pièces justificatives , il n auroit p^^ pu^confondre, comme il le fit quelques années plus tard , des attaques inspirées par l'étourdçrie autant que par la mauvaise fpi.

Nous touchons au moment oii les ennemis de M. Neckçr alloient triompher. Les financiers ligués avec les courtisans ; trouvoient un appui chez M. de Maurepas, dont l'inimitié contre M. Necker s'étpit accrue, en lisant le Compte rendu ^ et en y cherchant en vain un éloge que la plus basse

iclxvîij rroTTCE

flatterie auroit pu seule lui accorder. Mais dès iiatrigues obscures ne suffisoiént pas pour xenverser un ministre sotitenu par Topinîon de la France et de FEurope ;^ on atoit besoin de manœuvres plus étendues , «t Ton alla chercher de nouveaux auxiliaires dans les pariemens , dont Tunion avec la cour devoit être fatale à celui que ces 4€lux puissances 9 rarement alliées, atta-^ queroient de concert.

LeMémoire sur les assemblées provinciales 5 confié sous le sceau du secret à un per*sonnage de la cour, tomba entre les mains d'un M. Crômot , qui avoit des prétention^ en finances , et qui étoit devenu Fennenfii de M. Necker , pour avoir rencontré en lui une résistance invincible à des demandes tout au moins fort déraisonnables. Il crut avoir trouvé l'occasion de se venger. Le mémoire de M. Necker , destiné à combattre auprès de Louis xvi les objections à rétablissement des assemblées provinciales , tirées de leur prétendu danger pour la prérogative de la couronne, présentoit comme un des argumens en faveur de cette institution, Fespoir que Fautorité royale auroit moins à lutter contre les résistances désordonnées des pariemens, si l'on donnoit à l'opinion publique des organes

SUR H. NECKEB. cixix

plus naturels et plus légitimes que ces cours souveraines. Il ëtoit facile de pervertir le sens de ce passage , et de faire accroire aux parlemens qu'il ëtoit question de leur enlever le droit de remontrance (*).

{*) Deux lettres échangées au mois de juin 1781 , entre M. Necker et le premier président du parlement de Grenoble , jetteront du jour sur la retraite de M. Necker, et sur la part qu'y eut le parlement de Paris.

« Je fus chargé 9 il y a trois ans, par le parlement de « Grenoble , de vous féliciter sur le compte que vous «( avez rendu au roi , de l'état de ses finances. Il étoit di& <i ficile de prévoir que je vous écrirois aujourd'hui , en « qualité de bon citoyen , pour vous témoigner mes re- M grets de votre retraite. Ils ne sont pas suspects de la M part d'un parlementaire y dans les circonstances pré* u sentes. J'ai lu le Mémoire sur les administrations prott vinciales , que vous avez remis au roi , et qui est de* « venu public , dans lequel vous annoncez une opinion tt peu favorable de l'esprit qui gouverne les parlemens. « Il m'a paru qu'elle n'étoit pas établie sur la connois- « sance exacte de ces compagnies. Le parlement de Gre- « noble a donné la plus forte preuve de son désintéres- « sèment et de son amour pour le bien général y en sol- « licitant une administration provinciale , quoiqu'il pré^ n vît que cet établissement diminueroit son autorité et « son influence dans les affaires publiques. Si les parle- M mens ne se sont pas montrés constamment plus citoyens <( que parlementaires , c'est la faute du gouvernement y « qui n'a pas assez veillé sur la composition de ces com- « pagnies.

« Cependant , si vous aviez le projet d'ôter aux compa- « gnies souveraines le droit de faire des remontrances , « vous auriez porté un coup funeste à la monarchie. Il « est évident que des assemblées provinciales , composées <c de citoyens qui ne sont en place que pour un temps

CÏXX NOTICE

Le l^émoire sur lès asseinblées provinciales fut donc imprimé clandestinement ,

u limité , qui ont d^s vues ambitieuses pour eux ou pour « leurs proches , ne sauroient avoir une consistance assez <t forte pour opposer une barrière aux entreprises injustes <c dVn ministre accrédité. Car, suivant le cours des évé- « nemens , à votre administration économe et éclairée , « il peut en succéder une despote et désordonnée , et le « peuple opprimé n'aura plus aucune voie assurée pour <k faire parvenir ses plaintes au^pied du trône.

« Malgré ces réflexions , qui ne sont pas en faveur de M quelques opinions contenues dans votre Mémoire , je n tiens le parlement de Paris pour atteint des imputations « que vous faites aux cours souveraines , s'il a contribué à <t vous éloigner des affaires. Il lui auroit été facile de les « détruire par des faits et par une conduite patriotique , « en conseillant au roi de continuer à se servir de vos « talenSy et en vous forçant vous-même à changer d'o* « pinion à son égard.

« Mais vous, monsieur, vous devez vous justifier d'ài< voir quitté le poste qui vous étoit confié ; car si nos cortt respondans noiis ont dit vrai , vous avez offert votre « démission , sans y être obligé par les ordres du roi. n Lorsque vous avez accepté la place qiie vous occupiez, « lorsque vous avez exécuté les opérations qui vous ont « acquis l'estime du roi et la confiance de la nation , u vous avez du prévoir que vous seriez assis au milieu K des cabales et des trahisons , et que vous auriez pour « ennemis les intrigans , et tous ceux qui vivent aux déw pens de l'état. Permettez-moi de vous le dire , un n noble orgueil a décidé votre retraite; l'orgueil est le « défaut des âmes élevées; mais c'est un défaut. Si des » circonstances plus heureuses vous rappeloient au jni'^ « nistëre , vous devez l'accepter sans hésiter. Vous étiez « nécessaire pendant la guerre , vous serez encore plus « utile pendant la paix; c'est l'espérance de la nation.

« Ces réflexions , ces conseils vous paroitront extraor*

*SUR M. NECK£R. clxxj

et distribue avec une extrême promptitude à tous les membres du parlement de Paris^

« dinaires de la part d'un homme qui ne vous connoît « que par la renommée. Mais apprenez que tous les bons « citoyens partageoient vos peines et vos succès, et que » nous sommes tous au désespoir de vous voir arrêté au « milieu d'une si belle carrière. »

Voici la réponse de M. Necker :

«c Je suis trës-sensible , monsieur , à la m.arque d*ina térét que vous m'avez donnée par la lettre que vous « m'avez fait l'honneur de m' écrire , et j'y aurois ré- « pondu plus tôt , si Je n'avois pas eu une maladie qui i> m'a distrait pendan t près d'un mois de toute occupation ,

« Il n'est jamais entré dans mon esprit qu'il pût être « du bien de l'état , ni même favorable à l'autorité , que « les parlemens fussent privés des droits dont ils jouissent, a et entre autres , de celui de faire des remontrances. Oa u a tiré du mémoire que je lus au roi , en 1778 , des con- « séquences absolument contraires à mes intentions. Tout « occupé du désir de faire adopter les administrations u provinciales > ma pensée ne se porta que sur ce qui pou« « voit les favoriser , et détruire les objections qu'on leur M opposoit , lesquelles portoient presque toutes sur les « inconvénient qui résulteroient de cet établisseoient <t pour l'autorité. Si Ton avoit bien voulu publier le mé-« « moire que je lus au roi , pour le déterminer à sou-; »< mettre l'augmentation de la taille à l'enregistrement u des cours , l'on eût vu clairement mes principes sur les « parlemens, sur la confiance qu'ils méritent, et sur «i l'utilité dont ils sont au souverain , lorsque seuls ils « peuvent lui dire des vérités qui ne sauroient lui par- <( venir d'une autre manière. Mais toutes ces réflexions M sont inutiles aujourd'hui^ ceux qui ont répandu et «( adressé au parlement de Paris le mémoire que j'avoia M lu au roi en particulier, en 1778 , savoient bien qu'une « opinion se prendroit sur quelques paroles, et qu'iljii u ferôient l'effet qu'ils se proposoieut. Il n'y a pas d'exei^-

Clxxij WOTICE

et aux intendans de province. L'espoir de M. Cromot et de ses instigateurs ne fut point déçu , et l'irritation du parlement ne tarda pas à se manifester par le refus d'enregistrer leà lettres-patentes pour l'établissement d'une asseiôblée provinciale dans la généralité de Moulins ; refus qui encouragea M. Guéaux de Reverseau , intendant de Bourbonnois , dans la résistance qu'il opposoit aux intentions bienfaisantes - de M. Necker pour cette province.

Depuis plusieurs mois, M, Necker se voyoit attaqué dans une foule de libelles , tous favorisés ou publiés par M. de Maurepas , par Sainte-Foix , et par d'autres intrigans plus obscurs dont foisonnoient les maisons des princes. Ces libelles , distribués publiquement par des bommes sûrs de l'appui du premier ministre , excitoient

« pie d'an pareil procédé , et il n'y a de plus singulier « encore que l'indifférence qu'on a montrée pour l'action « et pour la conduite de son auteur.

M Je n'ai point à me justifier de ma retraite , puisque « je n'ai remis ma place qu'à l'extrémité , et après avoir « proposé les choses les plus raisonnables pour m'affermir « dans l'opinion , et me donner les moyens de servir le « roi. Mais on ne peut avec prudence s'expliquer davan- « tage , et je vous prie y monsieur , 'que cette lettre en- « tière soit entre nous ; la votre m'y a entraîné , et ente core plus lessentimensde reconnoissance qu'elle m'ins* « pire. >»

SUR M. NEGKER. chcxHj

une curiosité passagère , qui ^ chez les honnêtes gens , faisoît place au mépris. Si l'on pouYoit aujourd'hui relire sans dégoût toutes ces facéties grossières , toutes ces plates critiques, où l'ignorance ' se montroit à chaque ligne , on trouveroit peut-être que M. Necker eût mieux fait de les compter pour rien. Mais je dois à la vérité de dire qu'il en étoit affecté. Madame Necker avoit révélé l'impression qu'il recevoît de ces pamphlets , en s'adressant à M. de Maurepas j à l'insçu de son époux , et en lui demandant, avec plus de noblesse de caractère que de connoissance du monde , de réprimer des libelles que lui-même faisoit répandre; et l'on peut croire que dès lors les libelles avoient redoublé. Aujourd'hui que nous avons vu toutes les factions triompher tour à tour , et que les homnues fidèles à l'amour de la liberté ont eu à essuyer successivement les injures les plus opposées , il devient facile de considérer la popularité comme ce qu'elle est , c'est-à-dire , comme une force dont il faut profiter , quand on la rencontre sur sa route, et qu'un homme de bien doit savoir dédaigner lorsqu'elle l'abandonne. Mais avant toutes les aberrations de l'opinion dont nous avons été les témoins , on conçoit

ife

clxxiV NOTICE

comment la voix du peuple sembloît vraî- . ment se confondre avec celle de la conscience , et comment un ministre qui aimoit la France avec passion , devoit redouter tout ce qui pouvoit portet la moindre atteinte à sa popularité. Cette popularité, d'ailleurs , n'étoit pas seulement pour M. Necker le prix de ses travaux ; elle étoit aussi son principal moyen de faire le bien, et la prudence même conseilloit de la ménager avec le plus grand soin.

Cependant il avoitdédaignédese plaindre des libelles qui n attaquoient que sapersonne ; mais un mémoire dirigé contre la fidélité du Compte rendu , par un M. Bourboulon , trésorier de M. le comte d'Artois, parut à M. Necker exiger une répression éclatante. La charge que Fauteur remplissoit auprès d'un prince de la famille royale , pouvoit donner quelque crédit à ce mémoire , et l'intérêt de l'état , comme le soin de son propre honneur , faisoient un devoir à M. Necker de confondre la calomnie. Il exigea donc que les imputations de Bourboulon fussent confrontées devant un comité de membres du conseil, avec les pièces justificatives du Compte rendu. Cet examen qui eut lieu en présence de trois ministres , dont deux au moins étoient les ennemis de

SUR Itf. WECKER. ctx3CV

M. Necker, (M. deMaurepas , M. de Vergennes, et M. de Miromesnil), ne laissa pas Fombre d'un doute sur Tinsîgne fausseté du mémoire. Après cela , il ëtoit naturel que M. Necker désirât qu'une marque non équivoque de l'approbation du roi le mît en état de lutter avec succès contre les attaques toujours renaissantes de ses ennemis. Il demanda donc Pentrée au conseil , trouvant absurde , avec raison , que le ministre clîargé de pourvoir aux dépenses de Fétat, restât étranger à la discussion de ses intérêts politiques. M. de Maurepas, résolu d'avance à refuser la condition quelconque que M. Necker mettroit à conserver le ministère , lui répondit qpe sa religion étoit un obstacle invincible à ce qu'ii prît séance au conseil , et en même temps il ne rougit pas de lui proposer d'en changer. M. Necker, justement indigné , offrit sa démission. Cependant j pressé par les feintes instances de M. de Maurepas , pressé par sa proj>re conscience de ne sacrifier qu'à la dernière extrémité une place oii il se sentoit si nécessaire 5 il consentit à renoncer à l'entrée au conseil, et se borna à demander trois choses qui , 4ans la situation où il se trouvoit alors , étoient devenues indispensables pour que ses plans ne fussent pas entravés

clxxvj iroTiOE

à chaque instant : rinspection des marches de la guerre et de la marine par le ministère des finances , le déplacement de Tintendant de Moulins, qui résistoit ouvertement à ses Ordres , et des lettres de jussion pour Tenregistrement de l'ëdit qui établissoit une assemblée provinciale dans le Bourbonnois. Ces trois demandes ayant toutes été refusées , sur des prétextes éga-* lement frivoles , mais avec une opiniâtreté également invincible, M. Necker*ne pouvoit plus hésiter, et il écrivit à Louis xvi la lettre que voici :

H La conversation que j'ai eue avec M. de « Maurepas ne me permet plus de différer « de remettre entjre les mains du Roi ma a démission. J'en ai l'âme navrée , et j'ose « espérer que Sa Majesté daignera garder w quelque souvenir de cinq années de tra- « vaux heureux , mais pénibles , et surtout c( du zèle sans bornes avec lequel je m'étois w voué à la servir. »

La reine qui , à cette époque , éloit attachée à M. Necker , et qui avoit peut-être sur les conséquences de sa retraite un de ces instincts prophétiques dont l'imagination des femmes est souvent douée , le fit demander à Versailles, et le pressa avec instances de reprendre sa démission. La

SUR M. ITfGKER. ClxXVlj

cODTersàtion duroit depuis une henve ; le jour tomboit , et Tobscurite de Tappartement empêcha M. Neçker de voir des larmes qui s'écbappoient des yeux de la reine* « Je dois rendre grâce à Tobseurité , dit le « lendemain M. Necker, lorsqu'on lui ap- €K prit que la reine avoit pleuré en le quit- « tant , car si j'avois aperçu ces larmes , j'y M aurois sacrifié ma réputation et mon « bonhem\ » En voyant quel empire les personnes royales avoieut alors sur les cceurs , en se rappelant rattachement pro-r fond , sincère, que M. Necker , exilé trois fois., par le roi , abandonné par lui dans toutes les circonstance^ importantes, a conservé jusqu'à la fin de. sa yie pour ce nialheureux prince, on ne peuts'empéçl^er de fairie un j?etour sévère sur le parti dont fes fautes sans nombre ont détruit gi jrapir dément un prestige d amovir , auquel les 4mes les plus élevées n'étoîent pas irts^an^ sibles. ' .

. M. JNfeckw, en quittant le ministère , Teiatut.aii Toi un compte .particuli^ dont 6on successe^ir reconnut la parfaite justesse, et duquel il: résultoit quil y avoit cent quatre-vingt milUons w trésor rpyaf , en espèces ou eii valeur§ , qv^e les fpnds extraordinaires demandéspour la campagnii^

clxxvkij ■ Ifoticjs

de 17^1 ëtoiébt rassèmbléâ^eC^'i^ encore quatre-^ îngt-quatre millions dont ia rentrée ëtoit assurée ^ur l'année sui-ivante.

Tel est le récit fidèle de la retraite de

M' Wecker. Ofr^étit consulter à cet égard

les^Mëtnôires^eîMarmontel, qui en dpn-

nent uti «>mpte assez exact. On y ^ verra

qué'le vieUîc , le cjaduc Maarepto, attendoît

révénemént dv^c «ne impatience- st folle,

qu'il h^avoit pas même songé au suocesseuf

qu'il devoit donner à M. Necber ^ et que ce

fut le hasard qui lui indiqua M. de JFleuigt.

Je voudrois maintenant poûvoirp^indrë

la sensation que cette retf'âitë>pfo0.uilah'eà

France et en Europe, les citoyetis^etoubgB

lês^ctaBsès accôurâbt^^ke^ M^ilN^e^

lui offrir Fhônmiâge de tei«fe tegretè , ïa

douleur et le respect exprimer da^ ieè teti-

tites des cdipo<*isttion€ et des adminiâ^tnatiouB

locales ^ les momdrés allttsiôiafe^ saisies aà

théâtre avec des transports d'enthousiasmèi;^

car dé/à la puissance de ropiaîon pablique

^loit ^roi'dsàm :, et; k cour , ' qui* p<)iuvoit

enQoré^là hsuï^ter ,n^osoit plus ëtou^er ^sest

^plaintes. L'on sait que plusiettîns^dobv^iiaiivi^

Jose^h'ii, Cathetin^, le roi de N^tples^, te

-roi fle^ Pologne, proposèrent à M. Necker

de le mettre à la tête de leurs finances^ Le

SUR M, NECKER. clxxîx

aroide Sardaigne disoit : '« Je vôudrois que ii celles de maii royaume fassent dignes que ce M. Nedker vint les diriger w (*). Mais il refusa toutes des offices; car il <aimoLt la France comme une patrie, jedirois presque comme une amie de son choix.' ; .

Parmi les lettres, innombrables oii , de la France et de 1 étranger , l'on exprimoît à M. Neckerla douleiir quercausoit sa retraite, il en est uacdont la.n^veté.touchante in*a parti digne- de réiiiarque,;Elle est de JMladameXouise ^ tai^tede Luobis xvi. ^ette: bonne! pHncesse , du xx)uvent des Carmélites où ellp çst iretirëe ,' ne Toit dans la dëmisi^ion do rM. v^c^er . que la' perte iiij^'ont^ljdte^les pauFqesi* . h îVb^re /retraite, , a liiii lecritf eUe ,i mé désole ^. ainsi que tout fi le naonde. ^Qae;vpntr devenir les njial- .tf heureux ? L'infortiiulic W; , ;que je vous I4C aVcMi£iipeGOisin[iandë!y an est aux dernières ce extrémités ; il est en fuite , Ans; argent, :è iaissËini:quàtBe où dnq^^nfans dénués de ce toute ressoùrde:^» attendant' «Krec itilpaa tienôej^ue ila éîiîm l^erminé ses mâlheu- 4c reux jôure , et ten|éd;'avancer de ses pro-^

I (*) Voyçz.les IeUrfS.4^ t'jmpératricc^ QaJtherine et du baron cle Grimm , cilé^ q^nS Toiivçàge de 'ma mère , 'Alt le -é^araôtèrer de *itf'. Neckèr/é la *ii€^' privée, et . djBUî8. lei CotisidéiaiionS'SWfJ^ t^à^itÎQîj .française , *

clxXX NOTICK

« près mains ce déplorable terme. En quel (( état, monsieur 5- avez -vous laissé les af-

. « faîres? quelle espérance y a-t-îl pour lui? u à qui faut-il que je m'adresse ? Et mon « pauvre grenadier, qui s'est blessé dans « les travaux de notre église, a-t-il perdu

• <i sans retour les charités que voiis lui fai-

. « siez , en attendant que vous lui trouvas- « siez une place ? Madame Necter à-t-elle ce aussi i^noncé au soin des hôpitaux 2 n a- (c telle plus le moyen de ifaire du bien aux K malheureux? N'avezfrvous pas eu, mon- « sieur , quelque, regret de laisser impai>c< fait un si bel ouvrage , si bien coinmenru ce? Mais ce que vous n'avez pas. fini ne « nous empêchera pas dp recotuaoitrér jée u que vous avez fait. En mon-piarticuiiîer, (( je conserverai toujours tous- nie& sentît- <i mens pour vous^ pour madame -Necker • (( Je vous prie , monsieur , dreti élare bien w persuadé.» : ' .?♦. ■) ; •. v

La réponse de M« Necker mérite, aussi d'être conservée j la voler i j. ^ >

(( Je suis bien sensible aux boutique (( Madame me témoigne. Ge.B':estpas saas « un véritable regret , dont je ne-swai pas c( sitôt gu^rî , que j ai quitté une adminis-

' w tration ou. j'avoîs placé mon unique intje- « rêt , et que je me suis séparé d'un maitite

SUR M. NEG&ER. clxxxj

ff ^ont les qualités personnelles m'ayoient a sensiblement touché. Je croyois n'avoir <c demandé qu'une marque de confiance (( raisonnable , efficace y à mes yeux y au (i service du roi , et. que des attaques de <c tout genre avoiént rendue nécessaire ; « mais satis doute je me trompois , puiscpie i< le roi m'a refusé. Ce sera le malheur de w nia vie , et je fie trouverai pas de conso- (( lations suffisantes dans le souvenir de « tout ce que j'ai fait pour servir l'état avec M un absolu dévouement.

(c Le premier commis au contrôle-géné- « rai suivra l'affaire de N. auprès du nout( veau ministre des finances , et je la lui « recoiximanderai. Je ne puis plus rien pour ic votre grenadier , madame j mais jusqu'à « ce qu'il ait un secours assuré , je le comcc prendrai bien volontiers dans mes petites (<i charités particulières.

u Madame Necker continuera son admi- « nistration de l'hospice Saint-Sulpice , con- « jointement avec le curé de cette paroisse , « et nous donnerons tous les soins qu'on <c nous permettra à l'achèvement des plans tf de bienfaisance que le roi a adoptés pom* « l'Hôtel-Dieu, l'Hôpital général et les K prisons. »

Quelle . utoble simplicité respire dans

dxXXtj; ÏTOTICB

ciette lettre ! et que kdpoîeursindà-ê d-imhomme d état? vertiieux*, obligé de renoncer à raccomplîssenienl de ses yuès ponir le bonheur de la 2 France y se diatingi]fê hoAO-^ rablement d» cet amour ridrcule de h: j*-^ traite et deila vie champêtre qu'aiffebtênt d ordinaire les>miiidatre9|disgMicîés!

Ceux qui , par leur 'sikiationî , oiït étë* a portée de suivra iamarohe dep^afÉaffréS^^^et que Fesprit de parti n^a pàâ égalés / àotit de lavis pi^esque unaiiriii^e que si M. Nèïïker fût alors reste en place / la rëvblïitioil françoise n aurôit pas eu lieu^ ott que d)i moins les grandes nïodifîcations dans Tordre social quel'ëtat des esprits reudoitinévitables^ se seroient opérée^ graduellement et sàns' secousses. En effet , on peut prësumer que M. Neckerauroit hérité de l'empire de M- de- Maurepas sur Louis xvi, ^tque Fatttôrité royale , dirigée paruû homme qûifageoitl'état de l'opinion Avec une sagacité admirable 5 auroit ^u accorder progressiWmefit* à la France totit ieé? qui fut bientôt colï^iâ> pafF la force. • '

Ce fut donc un grand malhe^ que cette retraite , et M: Necker ^ dontifes 6c«ipules étaient quelquefois pouéâlésr' jusqu'à l'extrême ^ s'est long-temps repro'cbé^d'avoi^ cède trop, tôt à un jpouveraenï de * fierté,

SUR M. NECKER. clxxxîlj

et de n'avoir pas mis aux pieds de la France toutes les petites insultes dont 1% cour Fabreuvoit. J'avoue que \é ne partage point ce sentiment , et <|iie la ccmdmite de M. Nedimr y en cette circ<MAtance , me parok avoir été la seule qu'il put tenir. Sous un gouvernement représentatif, un ministre sûr de la majorité dons les chambres et dans la nation , peut mépriser les intri-* gués des courtisans , parce qu^^il a toujours en main la fore» nécessaire pour en triom-* pher ; mais telle nétoit pas. la posiiCion de M. Neckér. Sans doute il étoit sou^nu par l'opinion publique ^ mais cetlie opinion n'avoit point d'organes. Les: parlemens , . qui s'arrogeoiient quelquefois \e droit de la rep^résenter , et qui se roidissoient contre elle tontes les fois qu'il falloit lui sacrifier quelques privilèges , les parlemens , diâ-jè^ attaqanoient M- Necker (*). Le premier mi-

(*) On trouve ce passage original dans une répoiise de Benn iv aux femontrançes de hr Chambre des comptes , concernant un édit qvâ crëoit de nouv^au:^ offices de receveurs : u Vous m'avez dit la charge qu'apporte cet <c édit en mes finances, et que vous connoissez ma uéceaf( site ; mais vous ne nk'apportez point de remède pour « m'en tirer , ni de moyen pour faire vivre mes armées, tt Si vous me faisiez offre de deux ou trois mille écus « chacun , ou me donnassiez avis de prendre vos gages « ou ceux des. trésoriers de France , ce seroit un mojea

Clxxxiv ' NOTICE

nistre étoit son ennemi déclare ; parmi ses autres collègues ^ il ne pouvoit compter que ^ur le maréchal de Gastrieis ; les maisons mêmes des princes étoient Tatelier de tons les libelles qui se répandoient contre lui ^ et L(ouis XVI refusoit de le soutenir contré sa cour. Que pouvoit-il donc faire , si ce n'est de se retirer ? il le devoit à sa propre dignité ; je dirai plus , il le devoit à l'opinion natioQale , qui étoit ofiTensée en lui. Ce n'est jamais que sa démission à la main qu'un homme fier peut occuper une grande place. S'il fût resté ministre après un pre-» mier échec ; l'arrogance de ses adversaires auroit redoublé ; ses moyens de r^istanoe se seroîent progressivement affoiblis , et il auroit peut-être été obligé de quitter sans honneur un poste qu'il sacrifioit alors avec gloire,

M. de Maurepas mourut peu de temps après 5 au mois de novembre l'jSi , et il

(c pour ne point* faire d^édits. Mais vous voulez être bien f< payés , et pensez a Voir beaucoup fait , quand vouf « m'avez fait des remontrances pleines de beaux discours « et de belles paroles , et puis vous allez vous chauffer, u et faire tout à votre commodité. Car si seulement il j « a vacation ,- vous ne la voulez perdre pour quelque «t affaire pressée que ce soit , et dites : Nous avons accourt tumé vaquer toujours ce jour-là. Il vous est bien aise A d'en parler. »

SUR M. KECKER. clxXXV

fut question alors de replacer M. Necker au ministère ; il fut question aussi de rappeler M. de Choiseul ; mais ces idëes furent bientôt abandonnées , car les hasards qui amènent des hommes distingues à la tête des affaires , ne sont pas de nature à se reproduire souvent dans les gouvememens absolus.

M. Necker^ après sa démission , se retira à §aint-Ouen , et commença le grand travail sur les finances de la France , dont il avoit recueilli les matériaux pendant son ministère. Ce travail , auquel M. Necker consacra près de quatre"" années ^ ne ftit in^^ terrompu que par des voyages aux eaux de Plombières y que nécessitoit la santé chancelante de madame Necker.

Dans un de ces voyages , M. et M"* Necker s'arrêtèrent à Montbard. Leur visite, attendue depuis long-temps par M. de Buffon , est assez caractéristique pour être racontée , et puisque la retraite de M. Necker détourne maintenant nos regards de la marche des affaires publiques , le récit de cette anecdote me sera peut-^tre pardonné.

Buffon vivoit alors dans sa terre , entouré d'ilne cour subalterne , oii la flatterie la plus obséquieuse lui étoit prodiguée , et oii ses moindres paroles, les moindres fragmens

clxXXVJ NOTICE

de ses écrits éloient écoutes avec une admi** ration souvent noéritée ^ mais toujours de itîgueur. Il travaillMt à la: lumière y diaiàS' une espèce de pavillon d!oJii û extlvmib le jout , . et ou la vinie d'aucun dbj^t exté* rieur ne veuoh le distraira^ La ^ suivant sa maxime connue , que le ^me méat que la patience , il méditoit ses descriptions , et arrondissott à loisir ses périodes. « Je trace une première esquisse , disoit-il ^ et je faia ce que cent ëeriivainsi en Europe sawreicnt hiw 'y je copiiez et ^'oèrbens un jfésultat ati-* quel vingt ^etmwuts. sesilenlieiif povsiroinii* atteindre ; ^ ; reeqpie une seconde^ me troisième fois> ek * jaobèT:e em&m ce de^ BniTott âeol est capable. >> Telle élfoit.sa façon dé parler, de lui-même. Malgré ce tîdicule y son caractère méritoit de Festime y et n>adame Neckeravoît une gramte admiration po«ir son! génie , ek/unegraiiKiè déférence pout* ses pigemims» Buf&Mà né négligea donc rien pour donner au séjo^ur de ses hôtes à Montbard toute la solennôtë possible , et l'on ne saairoit ûier qu'il ne.^ preuve de dignité , en recevant avec une distinction marquée un ministre en disgrâce. Mais voici ce qu'il imagina. Il fit placer dans son salon trois immenses fan-* leuils de velours pour M. , M"*» et M"*

SUR M« K£G^£A. clxxxvij

ISfecker , un quatrième fauteuil moiM ëleve pour lui-^méme ^ et plusieurs ehaises en c^cle , où hs ^ns die sa cour dévoient se placer ^ et écouter en silence les questions qu'il lui pkiroit de traiter. Mv Necker sourioit de ces préparatifs ^ sa fille , bien jeune alors y auroit mieux aimé àes fàu*-»^ teuils moins majestueux , et unentretieia plus animé 5 mais il rfy avait pas n>oyen de* ^e soustraire à tant dfhonneur» , et sur^ tout il valoît mieux se^ résigner à quelques jours d'ennfiiii ^ que d^abiréger sa visite , et de oontiister un bomme âge. L'on sait que la conversMîon de Buffdn u'étoit pas au niveau de sè& écrits , et que , sans avoir l'élévation, qui fait le plus grand mérite de son style , elle manquoit de naturel et de vivacité.

Dans l'été de 1784, M. Necker se rendit en Suisse , pour surveiller l'impression de le Admiiristra4ion desJmanceSy dont deux éditions dévoient se publier simultané ment y à Lausanne et à Lyon. La prudence le vouloit ainsi ; car il étoit à présumer que M. d:e Galonné , alors contrôleur-général , chereberoit à écarter un ouvrage qui , en rendant les finances populaires, devoit mul-* tïplier les juges de ^ déplorable adminis^ tration.Le gouvernement & ea effet, dans

clxxxviij wotic.B

cette occâsioii, ce qa'il a tant fait. depuis; il irrita ropinion pap des deopii^mesiires de despotisme , et il neut ni la force ni jnème* In volonté bien déterminée de: l'étouffer. Les principaux libraires de la capitale euhrent défense de réimprimer l'ouvrage > et ce ne fut qu'avec peine. que Panckoucke ob-^ tint plus tard la permission tacite de le faire . entrer à Paris. Une réimpression. en ayant été faite à Avignon , l'inspecteur de la li- , brairie de Marseille donna ordre aux douanes de ne pas le laisser sortir des frontières du comtat. .Mais toutes, ces précaia-. ùons, impuissantes contre l'in^primable.

curiosité du public, n'empêchèrent pas que plus de quatre-vingt mille exemplaires dé \ Administration des finances ne se i«pandissent en peu de temps; succès inouï, surtout à une époque où la classe des lecteurs étoit bien moins nombreuse qu au^ jourd'hui. Voici la lettre que M. Necker. écrivit au roi en lui envoyant son ouvrage T. « C'est avec une respectueuse timidité:

H que je prends la liberté de faire honi- K mage à Y» M. , d'un travail auquel je me « suis livré dans ma retraite* Je ne sa vois , « en l'entreprenant, si je le rendrois public ; H et quand il a été fîp4 ^ de grands motifs. « ont fixé mon incertitude. Je supplie

SUR M. NECKER. cIxXXÎX

•f V. M. de ne porter de jugement à cet

u égard, qu'après avoir lu Touvrâge en

« entier. C'est dans sa manière calme et

i( supérieure dé considérer les hommes et

-« les choses que je mets ma confiance ; car

tf je n'ai point laissé d^amis autour d'Ëlle y

« quoiqu'il nt'eût été bien facile d'en faire*

u Loin de tout, et n'aspirant pius à rien',

c( e'e^ av«c un sentiment pur et digne dek

i» xares ipia^Utés^de S; M; quie'jé désire' ar<-

-^ demmeÈit son ^pprobaticm ^ et c'est avec

t^ «ul cosdn pénétré de* sa grande bonté, que

<t' j'ose au' moins sôUiHter son indulgence. #

' Une «ttréiine diffiéultë de se décider par

4iri-miême entravoit chez Louis xvi un sens

droit, et de belles qualités morales, ett

ie soumettant^ à Frnfluence de tous ceuk

qui l'eûtouroient. Cette influence étoit alorfe

exercée pafr M; de Calonne; aussi le kâ

Ttrouvà^t-il mauvais que M. Necker eût mis

.la vérité at&grÂâd jour, au lieu de lui adreSh

ser des mémoirês particfoliers ,^qui seroient

reistés'enfiGnkis dans lés cartons du ^inis«-

tère :^ €ft il se' crut généreux en se bornant k

:faireidëfendrc confidentiellement à M. Neb-

ker de venir à Paris, sans Feriier par une

lettre de cachet. > ' ^

- L'effet' que produisit Y Administration

^9jihance^ est au-dessus de toute descrip-

CXÇ. . ; . . W Oïl OH .

tidn : d'usie^^iLtréàaité de rBurofie à l'autre, les homœeS'd'état rëtiAdioit»Eit a^wec respect; de vieux coramifi 5 :des employ.és blanchis dans la mixtiûe:,; pteuroi^nt «d'atteiadrisseméat y en yoyaot, présentées pous des.eèu^ ^eurs si. viws. dés questions qui ne «'étoîent .^QCQre liéeâ à ducun^ sentiment moral dans leur* cœur j nu àamcune idée générale dans leur fi^i>it*7 les; lîttéFataiirs'adniiroîeiàt le «tyleytsi'élefvéjdans certains ïnorceanx:^ si hvm^ et. si simple dans ïen8^tiiJ)le de 1!ouh wagev'les femmes même-* tes pins jétpan»- ^èma mis^queMions de Enances ou de péli-ti^e,' setonnoientî d'êttfe attirées ;p4rJtant 4!^peirçus ingénienxi*t 'd;émolîons génd^ areuses. Plus de trent^cinqans se soujiMeoû*^ lé» y et l'ouvrage deWfl- Weckercforme eneoii^ in .hase de l'étude dœ ;&)i^isi Qes Irançoîses. iCiPSt encoireàrce :Uvte:QueIï^o»ia recornss», ipour résoudre là plupart des diffîculté&^ nt ^ur découvarir •; la bemnp V^w»* Sstas doute^ suticquelques paintSif la ' scicàdce Bnaiabière l'âdépaasé, mais sur d'antres eUé: est resïtée >*m. arriére ) et il est Bien, peu 'de perfecr- -tiorinèm'ens désirables qui. n'y soient: iàù moins jndîqnés. ^ ; jA

Sous le rapport de l'économie politique ^ussi ^'4)n remarquée :un progrès très-sensible entre Jes premiers ouvrages de M. Nei>

SUR H. l^ECKEE. CXCiij

retracer les principaux éyënemens de la vie de M. Necker, je n ai point à faire l'histoire des fautes commises en finances par les deux parlementaires qu'il eut pour successeurs^ M. Joly de Fleury, et M. d'Orxnesson. Je ne suivrai pas non plus M. de Galonné dans le cours de l'administration la plus dissipatrice qui fut jamais ^ je dois me hâter d'arriver au moment oii y après avoir ëpuîsë, par des emprunts exorhitans, en pleine paix , le crédit que M, Necker avoit su relever et soutenir au milieu des dépenses de la guerre , M . de Calonne se vit obligé d'exposer la détresse des finances devant une assemblée de notables , et de demander des sacrificesà ces mêmes courtisans auxquels il avoit livré les trésors de l'état.

Depuis six ans le Compte rendu étoît Abandonné à la discussion générale ; ce compte étoit présenté sous une forme qui ^n rendbit l'examen facile à tous les finan*^ ciets, et cependant, entre tant de gens parmi lesquels M. Necker comptoit de nombreux ennemis, il ne s'étoit pas encore rencontré un contradicteur dont Fopinîon eut la plus légère importance. Tout à coup le bruit se répand que, dans son Discours

pour l'ouverture de l'Assemblée des ao- I. n

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