‹ Œuvres complètes de M. Necker (volume 4)Chapitre 2 sur 79 · X NOTICE · texte numérisé non relu

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maison francoise n'avoît encore donne l'exemple de ces grandes opérations de banque et de crédit qui exigent la connoissance des principes de réconomie publique , celle des ressorts qui agissent sur les hommes et les gouyememens , et un esprit capable de concevoir un plan et d'en avoir présentas toutes les parties. M. Necker, on peut donc le dire , agrandit 1^ sphère du commerce; il accrut la dignité de cette profession , et des occupations qui réveillent peu d'idées dans les esprits routiniers , devinrent pour lui une source d'observations ingénieuses qu'il sut mettre à profit , lorsque ses talâos l'appelèrent à la première place du royaux me* Ce qui distinguoit M. Necker comme négociant , c'étoit surtout un tact rapide et sûr, plus encore qu'une grande habileté pour le calcul : souvent même , lorsqu'i^ne opération compliquée ej^igeoit l'emploi de l'analyse algébrique , il recoùroit aux lur^ mièresdeM.de Germany son frère aîné. Ce frère , qu'il a toujours tendrement ainjé et qui ne lui a survécu que de quelques mois , avoit alors- quitté la carrière de l'enseignement public pour celle du commerce , et étoit venu s'établir en France.

.Les principales sources de la fortune commerciale de M, Necker furent , d'une

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part 9 de vastes spéculations sur les grains , dont le commerce venoit d'être déclare libre par l'édit de 1764 9 opérations qui le mirent à même de mûrir ses idées sur cette brandbe importante de la législation (^) ; et , d'autre part , des opérations de crédit avec le gouvernement. ^

Indépendamment du désordre affreux qui régnoit dans les finances ^ l'ignorance complète où l'on étoit des nK>yens de crédit et de l'art de faire circuler les valeurs , réduisoit souvent le trésor aux embarras les plus humilians. C'est ainsi qu'en l'J^Q Louis XV se vit réduit à emprunter sur les épargnes des gens de son écurie la somme nécessaire pour payer quelques dettes criardes. Dans un de ces momens difficiles , 1# trésor recourut au crédit de M. Necker : ce ne fut pas sans hésitation qu'il consentit à entrer dans ces opérations que les innom*brables banqueroutes de l'état rendoiept très-hasardeuses ; mais une longue conversation avec le duc de Choiseul l'y déter-

(*) Je me plaîs à rappeler que si M. Necker projGtoi't alors de la liberté du commerce des grains et du bas prît dç cette denrée pour accroître sa fortune , par des opéra* lions sagement combinées , quelques années plus tard^ en 1 770, il avança des sommes considérables , sans intérêt, pour l'approvisionnement des province» oii la cherté sa fitlejplus sentir.

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mina , et cette conversation suffit pour îii*spirer au ministre , tout - puissant alors , autant de goût pour l'esprit de M. Necker, que d'estime pour son caractère. Ces sentimens se confirmèrent dans les rapports que M. de Choiseul entretint avec M. Necker, en qualité d'envoyé de Genève , place qui lui fut confiée en 1768 , et dont , par un principe auquel il est toujours resté fidèle , il exigea que les fonctions fussent gratuites. Ma mère raconte que le gouvernement genevois ayant envoyé un homme d'eçprit à Paris , pour traiter en particulier avec M. de Choiseul , ce ministre écrivit à M. Necker : « Dites à vos Genevois » que leur envoyé extraordinaire ne mettra ^) pas le pied chez moi , et que Je ne veux » avoir affaire qu'à vous. » M. Necker disoit quelquefois que de premier succès de sa vie politique étoit celui qui lui avoit causé le plaisir le plus vif.

Les opérations de M. Necker , comme admmistrateur de la compagnie des Indes 3 méritent une mention particulière , soit à cause de l'importance de leur objet , soit parce qu'elles furent l'occasion de son début dans la carrière d'écrivain. La compagnie des Indes , fondée par Louis xiv, avec toute la splendeur de ce règne d'apparat ^ avoit

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d'abord brillé d'un grand éclat sous Colbert ; bientôt elle étoit venue s'engloutir , avec toutes les richesses de la France , dans le gouffre de la compagnie d'Occident. Enfin , après la chute du système de Law , elle avoit été réorganisée sur un plan analogue à celui de sa première institution. Dès lors ses succès et ses revers avoient été balancés , jusqu'à l'époque où les victoires des Anglois dans l'Inde la menacèrent d'une ruine totale. Ce fut peu de temps après la paix de Fontainebleau , que M. Necker entreprit de relever cette société de commerce, dont les affaires étoient presque anéanties par la guerre : il se livra à ce ' travail , moins dans un but d'intérêt pei^ sonnel que par l'amour du bien public , et par le désir de se faire connoître dans une compagnie qui comptoit au nombre de ses membres beaucoup d'hommes marquans par leurs talens ou par leur naissance. En effet, il n'est pas inutile de rappeler que dans un temps où l'oisiveté étoit considérée comme un attribut nécessaire de la noblesse , les fonctions de membre de la compagnie des Indes avoient été formellement exceptées de la dérogeance qu entraînoient, comme l'on sait, toutes les occupations commerciales ou iDduslridles.

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M. Necker devînt bientôt Fâme des opérations de la Compagnie ; il dirigea ses moyens de crédit d'une manière si habile , que tous les emprunts qu'elle ouvrit se remplirent avec une grande promptitude , et l'importance de ses services fijt si bien reconnue, qu'en 1768, le nombre des syndics ayant été réduit à six , l'assemblée décida 5 sur une lettre de M. de Laverdy, contrôleur général , que M. Necker pourroit prendre place au comité d'administration toutes les fois qu'il le jugeroit convenable.

Si dans les comités M. Necker faisoit remarquer la supériorité de ses vues sur les matières de finance et de commerce , les assemblées périodiques des actionnaires lui offroient l'occasion de développer un talent d'un autre genre , celui de parler en public avec noblesse et clarté. Une foiis, entre autres , il eut à défendre le régime de l'administration contre Gerbier , avocat célèbre , dont l'éloquence étoit justement admirée au barreau , et l'on remarqua que si l'improvisation de M. Necker n'étoit pas également facile ^ elle étoit plus forte de choses et d^idées.

Cependant les frais immenses d'administration , ou plutôt de gouvernement , qui étoient à la charge de la compagnie

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des Indes , diminuoient progressivement ses bënëfices , et il devenoit évident qu'elle' ne pouvoit plus se soutenir qu'à Faide d'un emprunt très -considérable. Dans ces circonstances, le gouvernement résolut sa destruction , et M. d'Invault , alors contrôleur général , chargea Fabbé Morellet d'attaquer les privilèges de la Compagnie, dans un mémoire dont toutes les données lui furent fournies par le ministère , et de convaincre les actionnaires que leur intérêt même exigeoit qu'elle fût supprimée. Ce mémoire fit sensation ; outre un grand nombre de faite présentés d'une manière frappante , il renfermoit , sur la liberté du commerce et sur les inconvéniens des compagnies privilégiées, des généralités tout au moins spécieuses , et qui ne pouvoient . manquer d'être favorablement accueillies d'une partie du public.

Les négocians et les capitalistes (jui étoient intéressés au maintien de la compagnie des Indes , les employés qu'elle faisoit vivre , recoururent à M. Necker, comme au seul homme capable de défendre leurs droits contre une attaque si redoutable. En effet, il falloit combattre dans le Mémoire de Fabbé Morellet , et le gouvernement qui en avoit encouragé la publication , et le crédit des

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économistes qui en prenoient hautement là défense , et enfin la force même des argumens , dont quelques-uns étoient très-difficiles à réfuter. Tant d'obstacles n effrayèrent point M. Necker , et il écrivit , avec une incroyable rapidité , Une réponse dont la dialectique pressante et le style noble et concis ne pouvoient manquer d'être admirés de ceux même qui ne partageoient pas son avis sur l'objet de la discussion.

Dans l'assemblée périodique du 1 3 août 1769, M. Necker prend la parole. Il re-* proche à son adversaire de s'être emparé y pour attaquer les droits et l'existence de la compagnie ; des travaux préparés par les députés des actionnaires , avant même que leurs associés aient pu en prer^dre connoissance ; il retrace les nombreux services rendus parla Compagnie à l'état et au commerce; il prouve que si les bénéfices ont diminué , c'est que les frais dont elle est grevée sont de véritables dépenses de souveraineté, qui retomberoient à. la chargé du roi 5 si le commerce des Indes étoit livré à la concurrence j il affirme qu'à ce titre la compagnie a des droits incontestables aux secours du gouvernement j il démontre que l'enipi-unt nécessaire pour continuer les opérations de la Compagnie, loin d'être

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impraticable , comme le prëtendoît Fabbë Morellet , se réaliseroît avec la plus grande facilite 5 enfin , tout en reconnoîssant les avantages de la liberté du commerce , il indique d une manière rapide quelles sont les circonstances particulières au commerce de Torient; qui l'exceptent de la règle générale, et peuvent rendre nécessaire d'en confier la direction à une seule volonté ; mais surtout il insiste sur la différence qui existe entre établir et conserver, et fait sentir que les raisonnemens mêmes qui s'opposeroient à la concession d'un nouveau monopole, perdent leur force lorsqu'il s'agit de renverser des droits acquis , et de détruire des existences fondées sur ces droits.

Le discours de M. Necker fut couvert d'applaudissemens , l'impression en fut demandée par une acclamation unanime , et l'assemblée décida, à une forte majorité, que la compagnie continueroit ses opérations. Toutefois cette délibération des actionnaires n'arrêta point la résolution prise d'avance par le contrôleur-général. Un arrêt du conseil suspendit le privilège de la compagnie des Indes, et l'année suivante termina son existence. Deux projets furent présentés pour liquider ses opérations •, l'un, mis I. b

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en avant par Fabbé Morellet ^ et appasy^ p«r M\ d'ËpresmenlI , avoit pouF but.de traii^ former la compagnie en une baoque d*escompte j Tautre , proposé par M, deLessart ^ consistoit dans une cession pure et simple au gouvernement de toutes les créaiioes aC'^ tives et passives dp la Cpippâguiei M. Weo^ ker se prononça en faveur du projet de M, desi Lessart , à la couception duquel) il avoit^èu lui-même la plus gr^andepart^ son. opinion entraîna celle de l'assemblée , et l!on. accepla des conditions , onéreuses sans dOute y mais auxquelles la liaison conseillait de se ré^ signer.

Je me suis arrêté sui^ cette, affaire de la compagnie des ludesê^ pa)7ce qu'elle fut l'origine des discussions entre les partisans^ de M. Necker et les éci^nomiates^^. discussions sur lesquelles li^. avis peuvent être partagés 9 mais ou M> Neckec conserva toujours deux, grands avantages ^ la mode-* ration du style et l'élévatioo des sentimens. U m'est doux, de mppaler ici que la réponse de M. Necker au ])îémtoii!e de Fabbé Mo-* rellet y ne dpqina^ uaisaance à aucune ani-* mosité entre les auteurs, de ces deux écrits ^ et que bien loin de là^ M* Tabbé Morellet fut admis peu de temps après dansla société intime de M^ et M^^ Necker.

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Nous^ avons uru que pencknt radmînistratîoa de M. de Ghoiseul ^ M. Necker avoît été appey à aider le trésor de soa crédit.

le ministère de labbe Terray, mais pour des sommes infiniment plus considéraLles. Cette grande opération y après laq^uelle M. Necker se retira du commerce , exige quelc[ues explications.

Il est peu de gouvememens qui ne consomment par avance une partie de leurs revenus futurs ,.et qui ne reportent cette dette flottante d'une année à l'autre par divers moyens de crédit. Dans l'ancien régime , les tmticipations^ c'étoit ainsi que L'on nommoit les assignations tirées par le trésor royal sur les impositions des exercices à venir, les anticipations , dis-je , se négocioient parTintermédiaire unique d'un financier qui; prenoit le titre de banquier de la cour. Cet usage vicieux, que M, Necker ne manqua pas de réformer lorsqu'il devint ministre , donnoit une importance excessive à ce financier, et un manque d'ordre ou de. capacité de sa part entrainoit le ftésor royal dans» les plus graves difficultés. Dîans un de ces momens de crise oii le banquier de la cour étoit à la veille de suspendre ses pajpemens , le mi-nistre eut recours au crédit de M, Necker,

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î( pensable. — L'on est à la veille du ^pant « pour Fontainebleau ^ hii ëciit'-on encore , (( mais tOHS ies /passe^ports ne sont pas es:*c< pëdâés, ils scmt lentne nros niaÎKvs ^ le mo^ n ment presse, «rli^iis êtes Biotre seule ^res*- ^< :source : nous a vans recours à TOtre amour w pour la T^putatîen 4tt trésor i^yal. >y Qu'elle ^humilité , fruit du désordre ! e* n^ crôit-on pas entendre un fils de famille ré- ^it aux expédiens, phrtot ^e les adminiSto-atewirs des fiûiaiaces'd'iiti griafnd cftnpitfe ! Certes 5 il y a loin de là au langage noble et fier du (Compte rendu.

Au commencement de 1 7 7 2 , après avoir terminé Topération dont je vieiis de rendre compte 5 M. Neck-er quitta le comnaei?oe ^^t céda toutes ses affaires à M. d« Oermlany son frère, et à M. Girardot, sans se réserver même le naoindre intérêt dans cette "ftion^^eHe maison de cômmerte. M. Nècker ayoit alors quarante ans ; il en avoit consacré vingt-cinq, à se ci^éer une existence honorâblte ; et comme la richesse n avoit jamais été |)Oiir lùî uïi but , «laîs îin moyen, dès Tin^tant qu'il eut acquis une fortune tsuffisacte poinr lui ^Fométtrè les plaisirs de Findépendance et de la générosité , il quitta avec empressement un genre d'occupations qui depuis kmg^

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temps le fatiguoit. M. Necker a souvent répété qu'à l^ëpoqne ou il se retira du commerce, il ayoit acquis un tact si prompt pcrur discerner les affaires avatiftageuses , qu'un très-petrt nombre d'années lui auroit Sti£& pour ifccroftre sa fortune dans une prapmtîob immense; mais que les jouissances dm lujse ne lui avoient pas paru pouvoir entrer en balance avec l'ennui d'une occtipiEftk)!! ttidnotone j qui ne lui* offroit plus autitme idée nouvelle à acquérir.

Tandis qiee M. Necier accroissoit sa fortime par le travail et l'économie , aucun genre de sacrifice ne lui coûta jan^ais pour la bienfaisance 'et pour î'amitié.

il seM>it difficile de donner ime juste idée , je ne dis pas de la générosité , je ne dis -pas du désintéressement de M. Necker, âitôiis de Cette aî>négalimi complète de toute idée persemielle, qui ne lui a jamaispermis de ctohsârver le souvenir de ses propres b^efÉi^faits ^ m iiè s'irriter de ringràtitude , lorsque , plus terd , il ne l'a que trop souvent éprouvée. « Il paroît s'apercevoir si <7 peu des ôMigàtions qu'on lui a , disoit (T M. Ûubttc , qu'il méttToit à son aise le w plus ingrfift des hommes. ^

Un passage du porterait de M. Necker, itnprimé par sa femme en 1 785 , peindra ,

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mieux que je ne saurais le faire , cette gêné-» rositë parfaite , vertu si rare lorsqu'elle s allie à des haBitudes d'ordre et d économie. Ce passage est déjà cite dans 1 écrit de ma mère sur le caractère et la vie privée de M. Necker; mais que puis-je faire de mieux que de me laisser guider par elle , et de reproduire quelques^-uns des traits qu elle a tracés I

« M. Necker a quitté les affaires dans u un moment oii il pouvoit décupler sa (( fortune , simplement parce qu'il étoit a ennuyé, d'un genre de travail qui ne lui c( présentoit plus rien d'attrayant ni de « nouveau y et cette fortune même eût été « double ^ si un sentiment trop subtil pour u mériter le nom de vertu, ne l'eût engagé « à la partager avec son ancien associé. Je a tentai vainement alors de le fixer encore (c quelque teiiaps à des occupations qui néu toient plus de son goût : il se sépara abce solunicntde la maison qu'il avoit formée,' « et en abandonnant ainsi un fonds qui lui c( appartenoit, il ne s'y rései-va a^cun intéii rêt 5 ni mémo aucune facilité d'y faire va- « loir son argent, sous quelque dénomi- <c nation que ce pût être ; il le retira et me (c ]fi remiten entier, sans garder à sa dispo- Ksition ni un^ul papier, ni la plus légère

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