SUR H. NECKER. XXV
ce somme. Depuis ce temps je m'en suis (( seule occupée ; j ai acheté , vendu , affert< mé , bâti , placé , disposé de tout à mon « gré , sans presque oser lui en parler , « ayant éprouté au premier mot , ou de f< l'humeur , ou les marques du plus mortel ce ennui. La fortune n'a plus attiré ses re- « gards , que dans le seul moment oii , par K un sentiment estimable , il voulut en dé- » poser la plus grande partie au trésor u royal j car elle devint alors un objet puce blic digne de son attention. Après sa re*f( traite , dans toutes les révolutions des H contrôleurs-généraux , rien n'a pu le dé- « terminer à reprendre ce dépôt dont on u lui paie un intérêt fort au-dessous de cec< lui que rendent les fonds publics. Il m'a « cédé de si bonne foi et depuis si longea temps le maniement de ses affaires , qu'il « en a oublie jusqu'à la propriété , et qu'il (c est reconnoissant quand je fais une àé^ t< pense à sa prière , et timide quand il me « la prcTpose. Notre intérieur présente k c< cet égard le contraste aimable et risible « d'un grand génie en tutelle , d'un honaipe \< qui pourroiti gouverner la fortune des « Deux -Indes 5 et dont Tinsoueiance ppiir (c l'argent est si bien reconnue y que ses do-* i< mastiques la prennent pour de l'ineptie^
XXiv NOTICE
mieux que je nesaurois le faire, celte générosité parfaite^ vertu si rare lorsqu'elle s'allie à des habitudes d'ordre et d économie. Ce passage est déjà cité dans l'écrit de ma mère sur le caractère et la vie privée de M. Neckerj mais que puis-je faire de mieux que de me laisser guider par elle , et de reproduire quelques-uns des traits qu'elle a tracés !
« M. Necker a quitté les affaires dans c( un moment où il pouvoit décupler sa i< fortune , simplement parce qu'il étoit u ennuyé, d'un genre de travail qui ne lui t( présenloit plus rien d'attrayant ni de « nouveau ; et cette fortune même eût été « double , si un sentiment trop subtil pour u mériter le nom de vertu, ne l'eût engagé « à la partage^ avec son ancien associé. Je « tentai vainement alors de le fixer encore c< quelque temps à des occupations qui n'é- « toienl plus de son goût : il se sépara ab- « solumentde la maison qu'il avoit formée,' « et en abandonnant ainsi un fonds qui lui c( appartenait, il ne s'y réserva a^cun intéii rêt , ni même aucune facilité d'y faire va- « loir son argent, sous quelque dénomi- <( nation que ce pût être j il le retira et me « le remit en entier, sans garder à sa dispowsition ni un^eul papier, ni la plus légère