‹ Œuvres complètes de M. Necker (volume 4)Chapitre 4 sur 79 · SUR M. NECKER. XXV · texte numérisé non relu

SUR M. NECKER. XXV

u somme. Depuis ce temps )e m'en suis « seule occupée ; j ai acheté , vendu , affer- K mé , bâti, placé , disposé de tout à mon « gré , sans presque oser lui en parler , a ayant éprouté au premier mot , ou de i< l'humeur , ou les marques du plus mortel « ennui. La fortune n a plus attiré ses rei< gards 9 que dans le seul moment oii , par li un sentiment estimable , il voulut en dé- » poser la plus grande partie au trésor K royal ; car elle devint alors un objet pu- « hlic digne de son attention. Après sa rett traite , dans toutes les révolutions des « contrôleurs-gâiéraux , rien n a pu le dé- « terminer à reprendre ce dépôt dont on i< lui paie un intérêt fort aunlessous de ce- « lui que rendent les fonds publics. Il m'a « cédé de si bonne foi et depuis si longer temps le maniement de ses affaires , qu'il « en a oublié jusqu'à la propriété , et qu'il (c est reconnoissant quand je fais une déu pense à sa prière , et timide quand il me « la prcfpose. Notre intérieur présente k t< cet égard le contraste aimable et risible M d'un grand génie en tutelle , d'un homipe « qui pourroit: gouverner la fortune des « Deux -Indes, et dont Tinsoueiance poiir « l'argent est si bien reconnue, que ses do- « mestiques la prennent pour de l'ineptie.

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fc et qfie Ws ^lus petits détails <{ui le <îOfieë]> u nent me sont orappot^tés, sont décidés et <c exéotités sans ^^-cMi ^p^ense • k l'en in- K struire.

i< Gapeiâdânt, dès c^ ^. ^«ekèi^^é^cr vei^a les ânsbces-, il déviai <él)ébome (c sévère Û^ la fet-tfutoe piibliqâe. L'argent w «etiant qu'une i^age •€* «lû éqii^Talent ic générafl ^ le si^n âë ^hii ^p^<miëttoit ^e-^j otiis^ c< sances^W ^le répttbdâtnt ; mais ceM dû r< tfésôr ro^al toi pâMt ÈeLOré^ cai* il iai ire-^ K pFésentoit le boBftiéi*r4u peu]^ »

ï^owr ne pasîtiterro«npte la^a^rraticm des faits ^m se rappertent 4 la carrière îi^Dïnmerciale de M. NteC&er , j'ai différé de parter de •scwi^aariagè. 'Cette Gtaon, <pii eut une si gtande inlUience stir ladirectiGnet sur le bonheur àe toute «a vie , i^i'oblige à entrer dans quél<^ues détails , bien iiïtiâ^es peutëïPQ ^ ni«[îs auK^faek leter sinfcériïé ^mféme prêtera quelque itrtétêt.

M. Necker avoit dans sa jeutaésse , ^ a toïiservé jusqu'aux derniers jeftrs fie sa vie une pureté de sehtiwiens, \me délicatesse d'imagiiiatioii ^ approcboit du i^ôtanfanes^ que. Une femltne étoit pottr lui an être idéal entouré de ttfnt de charmes et d:otté de tant dé Vertus , que toujours dans la^ réalité quelque chose restoit au*dessous ^de l'image

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qu'il s'en ëtoit tracëe. Cette disposîtion , pins encore peut-être que la sévérité de sa morale et le ^rand nombre de ses occupations^ contribua long-temps à le détourner de l'amour. Il avoit près de trente ans, lors« qu'il conçut ira sentiment très** vif pour tme veuve , jeutie , belle , ^ouée d'un esprit animé et des manières les plus séduisantes, n la demanda en mariage. Madame de V^^, touchée de son affection , ne refusa point sa main ; mais obligée de voyager pour sa santé , elle remit à son retour à hii donner une réponse décisive. L'absence refroidit bientôt le sentiment de madame de V**^; son imagination lui présenta peut-être un sort plus brillant que <3elui qui lui étoit offert , et elle écrivit à M. ISfecker, au bout de quelques moîs dé séparation, qu'elle lui rendoit sa liberté. Appelée à Oenève par Timmense réputation du docteur Tronchin , elle y fit connoissance avec une personne qui tenoit de la supériorité de son esprit et de l'élévation de ses sentimens une existence sociale que la fortune lui avoit refusée. Mademoiselle Susanne Curcliod , fille d^n ministre du "Saint-Evangîle , avoit reçu de son père les seuls biens qu'il possédât, une instruction remarquable et une vertu sans tache. Àrant

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1 âge de vingt ^ns p elle avoit une? connoîssauce parfaite des différentes littératures modernes et des langues classiques ; les au^ teurs latins entre autres lui étoient si fa« miliers , quelle ai conservé toute sa vie lusage de s'en fpiire lire à haute voix les passages les plus remarquables. A ces avanta* ges acquis, elle joignoit un esprit distingué, une beauté régulière , ; des traits fins , une taille élevée, et des manières pleines de noblesse et de dignité , bien qu'un peu apprê-?* tées (^). Née de parens sans fortune, elle avoit é|;é obligée de pourvoir à son entretien en se vouant à l'enseignement, et là

(*) L'oft sait que Gibbon avoît^étë fort amoureux Ae ^lademoiselle Cijirchod , mais qne "Son père ne voulat pais consentir à ce qu'il Tëpousât. Gibbon avoit eu des sa première jeunesse les mœurs et les goûts d'un érudit de l^âge le plus mûr; l'emploi de chacune dr ses heures étoît réglé avec une i9éthod^;queTieii ne âérangeoit, et l'on peut voir , dans, les Mémoires imprimés après sa mort , qu'il tenoit note de ses déclarations à mademoiselle Curchod , comme de ses lectures et deses extraits des historiens de l'antiquité. Je possède encore la plupart. de ses lettres à ma grand'mère ; jamais passion n'a été exprimée en style plus correct et plus compassé ; après avoir peint sa tendresse, il ne manque jamais de finir par : J'ai r honneur àH être , mademoiselle , avec les senUmens ^ui font le désespoir de ma vie , votre irèt-'humble et très-' obéissant serviteur, ou par quelque autre formule de ce genre, qui lAîparoissoît sans donte allier d'une mail ière délicate Iç respeci avec la passiiou .

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victoire journalière cpi'elle remportoit sur elle-même, en persévérant dans une carrière pénible où Famour-propre ëtoit sou- VOTit exposé à souffrir , avoit donné quelque chose d'un peu roide à son caractère; L'empire du devoir s'étoit de plus en plus fortifié dans son cœur ; sévère envers ellemême , elle se sentoit moins portée à ac-* corder aux autres une indulgence dont elle n'avoit pas besoin; et la vie se présentoit à son esprit comme un enchaînement de travaux dirigés vers différens buts , plutôt que comme une jouissance calme des plaisirs que la Providence a semés sur la terre.

L'esprit et les manières de mademoiselle Curchod formoient sur presque tous les points un contraste avec madame de V*^*; mais ce contraste ne s'opposa point , peutêtre même contribua-t-il à l'attrait qu'elles ressentirent bientôt l'une pour l'autre. Madame de V^*^ proposa à mademoiselle Curchod de la mener à Paris , et celle-ci accepta avec reconnoissance une offre (jui lui donnoit les moyens d'étendre la sphère de ses idées, et l'espoir d'entrer en relation avec quelques-uns des hommes supérieurs dont elle appi^écioit déjà si vivement les écrits. Lorsqu'on félicitoit madame de V^^^ sur sa liaison avec une personne

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aussi diâtingme : Oui, repoodoit-^Ué , fe me raHache; et l'arrogance aristQiCBatk|u& de cette expression paroissoit étrange, dans un pays républicain oii mademoiseUb Gur** chod avoit acquis, par son înërite , Festime et l'affection générale.

Pendant que madame de V***^ avoit été absente de Paris, la fortnne et la considéra^ tion de M. Necker s'étoient accrues , et il devenoit manifeste que ses talens Tappeloientà une destinée brillante. L'ambition, réveillant dans le ccBuf de madame ds Y**^ une affection qui n'étoit qu'assoupie, eUe revint en France, persuadéeqa'eUe reprenr droit sans peine son empire sur un homme qui l'avoit aimée. Mais elle se trompoit; plus l'âme de M. Necker étoit sensible, plus elle étpit fière et délicate y et après un jive^ mier refus , il lui étoit devenu impossible d'accepter un sentiment qui ne lui parois^ soit pas étranger à tout autre intérêt que* celui du sentijtnent même.

M. Necker ne put voir mademoiselle Gurchod sans être frappé de sa beauté , et sans admirer en elle une âme élevée et UU' esprit distingué ; c'étoit d'ailleurs une sé«* duction bien puissante, que l'idée d'^embellir le sort de la femme qu'il choisissoit , de lui assurer une existence plus digne d'elle ^ et

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d'offîrîp toutes les jouissaiices ifi^ la ftMrtujie à une per^soBue cpà em étoit «ntiènemueiit déauee*. Mad^Botoiaelfe GiiccKodi p^^gea bîeutQt le seo^iBent de M. Neckei;^. et ac-^

ne s'effaça jamais.eatîàr^Bent de son cœur ; mais Ti^edoit diiieè sa#loiiange<9 comine à celle de madame Necker y que leur relatûm uteu fut point all»iiéev

Ce fut eut 1 764 cpi'enl} lieu le mauiage de M. Neckec. Depuis oetis époque jusqu'à la mort de sa femoie ^ trente années se sont éoouMe& pendant lesquelles ces. deux époux: ont vécu dans l'union la plus, vectueuse et ta plus passionnée dont L'his^ toire , et( je dirois presque les ouvrages die fiction , puissent offrir le modèle. €'est une consolation bien rare pour un bomme d'état, que de trouver dans la compagne de sa vie un être capable de s!associer à. toutes ses pensées, d'adoucir toutes sfê peines^ de parteger toutes ses émotions. Cette consolation , M<. Necker Ta méritée par une délicatesse de sendmens sans égaie. Pendant trente ans, il n'a pas cessé un instant d'étee occupé du bonheur de sa femme : il a constamment étudié sesf vceux secrets, ses désirs les plus fugitifs j

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