CHAPITRE XVI
Le haut prix constant des blés n'est pas néces-^ saire à V encouragement de l'agriculture. Rap» port du prix de cette denrée avec le travail.
L'iNTROBUGTiox des moimoies dans la société, a rendu les échanges beaucoup plus (|K;oni modes, en permettant de les rapporter tous à une mesure commune; mais cet usage a rendu plus difficile#'entretien d'une sage harmonie entre les droits respectifs des trois grandes classes de la société, les propriétaires, les hommes industrieux et le souverain.
En effet, à mesure que les sociétés se sont étendues , que la population s'est augmentée , que les richesses se sont accumulées, que les emprunts se sont introduits , et que la somme du numéraire a varié; tous les rapports pri^ mitifs sont devenus plus confus, et chacune de ces trois classes de la société a pu abuser de ses forces et des circonstances avec beaucoup plus d'obscurité, et par eonséquent avec plus de hardiesse et d'indifférence.
Le souverain, qui n'auroit poînit osé demander plus d'une ou deux dîmes à %es peu*
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pies , si l'on avoit dû les acquitter en nature , a déguisé facilement Tinjustice de ses prétentions, lorsqu'il a pu les désigner par une somme eu argent, dont le rapport avec les facultés de ses sujets n'étoit plus aperçu.
Les propriétaires, à leur tour, qui auroient rougi de jouir du travail continuel d'un de leurs semblables , sans lui procurer une subsistance honnête , ont pu se livrer sans trouble à leur cupidité tyrannique, lorsque ce travail, évalué en argent, les a dispensés d'exa-' miner, si, avec cet argent, l'homme de peine pouvoit pourvoir en tmit temps à ses besoins. Au milieu de cette confusion , et des secousses continuelles dans les prix du travail ou des denrées, et dans la somme des impôts, l'homme observateur a quelquefois de la peine à démêler le véritable intérêt public; et le vœu d'une classe entière de la société ne sert souvent qu^à l'égarer.
* Tâchons de nous défendre de ces nombreuses illusions, et de réduire à des notions simples le rapport du prix des grains aVec l'encouragement de l'agriculture. Poury parvenir, supposons d'abord l'usage des monnoies inconnu dans une société ; le propriétaire d'un revenu équivalant à la siïbsistance annuelle de cinquante hommes, pourroit exprimer sa
ET LE COMMERCE DES ORAmS. 69
fortune d'une manière abstraite /mais sensible, en disant (après avoir distrait sa propre nourriture) : J'ai quarante -neuf subsistances dont je puis disposer.
. Pour jouir d'un tel superflu , ce même prô* pri^taire de^tineroit ces subsistances à. nourrir des hommes sans propriété; il obtiendroit * en échange le fruit de leur industrie.
Alors un ouvrage quelconque , qui auroit exigé un an de travail , vaudroit néces^aireT ment une subsistance , et l'ouvrage fait en six mois ne vaudroit qu'une demi-subsistance*
Un artis<te intelligent , profiitantde la rareté de son talent, et de la concurrence de^ prQ-" priétaires empressés à en jouir, dem^ndeipit, pour prix de son travail, non-seulemel>t.t\nQ subsistance pour lui, mais encore celle de-dix personnes dévouées à le servir ; alors l'puvf ag^ de cet arjtiste vaudroit népessairement onste subsistances.
C'en est assez pour faire voir coftimen^ le prix du travail d'un homnve grossier qui n'a que de la force, et le prix du talent d'un homme habile , sont tous deux également com posés du prix dès subsistances. (*)
(^) Sous le mot de subsistance ,' je comprends y outri^ U nourriture de l'homme de trj|;vail , la p<»lion <}u.'il
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Qu'on introduise maintenant dant$ cette iMciétë une monnoie quelconque , pour servir de mesure générale dans tousleà échange»; les rapports que nous venons d'établir ne changeront point, si la même pièce de monnoie représente le produit du travail d'uti homme, et ce que nous avons appelé sa sub* sistance. Or, c'est ce qui ne peut manquer d'arriver ; car le rapport entre le travail et sa récompense ne tient pas au nom qu'on donne à celte récompense, mais aux degrés respectifs de besoins et de pouvoir qui existent entre les propriétaires qui se font servir, et les hommes sans propriété qui les servent.
Que gagnera donc un propriétaire , à vendre les "subsistances dont il dispose pour une valeiir d'argent plus otttttoins considérable , si le travail qu'il veut acheter en échange renchérit en proportion? Quel encoutàgeiâedt aura-t-il de plus à cultiver ?
On me répondra sanâ doute : Votre théorie tiè réussira point ;. elle est trop coiitrafîre M%
devroît céder à ceux qui lui feroient un habit , ou lui coustruiroient une cabane , s il n^avoît pas le talent ou la liberté de sVccuper de^es soins lul-meme'; en sorte que tous les besoins de tiécesditë absolue rentrent ainsi sous ce tÙLÔi Aé SUbsistttntfil^
ET LE GOHMVIIGB J>n& GBAINS. ^ï
idées les plus communes ejt l^s pltis générales ; elle est même démèntte par rexJDiérietiee. Com^ «eut nous persuadèree^-Tous » diront les ^os«- ^eseeurs de terres » qu^e hous ti'â;^^fi8 pas fi^IUB <l'intérét à cultiver^ quand le setî^éi' faut ti^nte liyres ♦ que lorsqu'il n'en ^âUt que ^iiiigtf Si Tous ne nous ctoytz pôlmt^ tôjreîà Tèlfet At redit de 1764, qui) eti reUchérUsanl \^à pt*ft pur la libel^té de l'exportation , à àûë^Èimûé beaucoup de défricfaernëns.
Une théorie qui seroit GOûëtatfimèntleil (fp^ position avec les fâtt^ ^ ^roit sans d<^te tfè!^ peu digne de foi; maïs '^euic qui: Vie^neht db servir de base à l\)bjectioifi que je tiié âtaibs faite ) ne détruisent poiht lu prôpdsilidh qt«e j'airdis établie.
Dans uti espace de teftips dôtirié^ le pt^ix constatit des grains, quel qt^i'il Soit J doit être indifférent au:i propriétaires de terres , tAïAh le renchérissement de cette denrée est ti h bénéfice plu^ ou moins durable pour eu* i et c'en est àss^z potir que cette circôlistaticësoh l'objet de leurs vœux , et les engage à défri- <;her, comme il est arrivé par Téff^èt dé l'édit de Ï764*
Il faut dotie disttn^^ le hâUt prîlc édtfstant d'avec le renchérisseftiént; le haut ptix constant des blés n'amél»ore point le sort dés
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propriétaires de terres, parce que le prix du 4aravail s'y cohforîûe; mais le renchérissement, ^'est-à-dire , lé passage du bas prix au haut <prî^ , et les priémiers temps de cherté , procur •rent un avantage réel à ces mêmes proprié?- .tltif)>es; car tandis^ qu'ils augjnentent le prix ^^ l^tifs denrée^i ils résistent à hausser celui jdii. travail ; ih\ cpiphatt^nt du nioius contre
Jf9s pl^étentioiis des ouvriers, et tant qu'une telle disproportion subsiste, les propriétaires profi- 4^iit -ile toute la souffrance de Tbomme de ^eine , et ils aperçaivent ainsi dans la culture ffjn bénéfice nouveau qui pèiit les engager k ^s défricfaemens. Mais cet avantage dispa- .jepit ^ mesure qqe l'homme industrieux parvient à renchérir le prix de son temps^ et quç Ijes anciens rappprts se rétablissent, rf Qu'importe! peut-on dire ; en attendant ^l^tte espèce de nivellement qui détruira lé .bénéfice .momentané des propriétaires , ils auront défriché quelques terres,, et 1^ société entière deviendra: plus riche et plus puis^ $9nte. . .
. . J'en CQn viens; mais de tous l«s encourage^
mens dont l'agriculture est susceptible, celui
.qui. r^sUjlte du renchérissémeui; de la denrée
de .nécessité paroit, sans contredit, le moins
: çOi^ven^ble:^ car c'est uuî encouragement qui