ET LE GQHHEECE DES G-RAINS
n'a lieu qu'aux dépens du bonheur de la multitude et du repos général ; c'est en dernière analyse un encouragement semblable à une capitation immense et rigoureuse, imposée momentanément sur tous les. hommes de tra^ yail , au bénéfice de tons les hommes à propriété ; encore cette dernière manière seroit* elle moins affligeante, «parce qu'on en connoîtroit les bornes , et que l'abus cesseroit par son évidence; mais lorsque le;s propriétaires haussent le prix de la denrée, et sedéfendent de hausser le prix de la main d'œuvre des hommes industrieux , il s'établit entre ces deux {classes de la société une sorte de combat obscur, mais terrible, où l'on ne peut pas compter le nombre .des malheureux, où le fort
opprime le foible , à l'abri des lois ,'.où la propriété accable du poids de ses prérogatives l'homme qui vit du travail de ses mains.
]l>Qrsque le p^ain étoit à un prix modéré, l'artisan nourrissoit sa famille , et ména<> geoit une petite réserve pour le. cas.de ma^ladie ; si le prix vient à monter sensible* ment, il est contraint de renoncer à cette épargne salutaire; il faut peut-être qu'il. dimipue la nourriture habituelle de ses ènfans ; il faut qu'il, se rende sourd à leurs larmes , ou qu'il se prive lui-même de la subsistance ne-
cessaire à l'entretien de ses forées. Enfin; à mesure que le pain renchérit, l'empire du propriétaire augnjiente ; car dès que l'artisan ou l'homme de campagne n'ont plus de ré* serve, ils ne peuvent plus disputer; il faut qu'ils travaillent aujourd'hui sous peine de mourir demain , et dans oô combat d'intérêt entre le propriétaire et l'ouvrier , l'un met au jeu sa vie et celle de sa famille , et Vautre un simpleretard dans l'accroissement de son luice. Souvent même l'industrie n'est point arrêtée^ et la détresse n'est que domestique; car le propriétaire qui ne jouit que du travail qu'on lui consacre » se contente de supputei^ ce qu^il faut à la subsistance de l'homme qu'il emploie, et il ne regarde pas derrière ûe malheu^reax la femme et les enfans qu^il doit bonr'rir ; c'est ainsi que la misère s'accroît de la misère même.
. Je ne mets point cependant an nombre des renchérissemens dangerenx , celui qui provient de l'augmentation annuelle de ^'argent eft Europe, pai^ce qu'un tel renchérissement étant insensible, le prix de la main d'oeuvre s'y proportionne sans effort ; et , par cette même raison , ce genre de renchérissement n'augmente point les bénéfices attachés à la culture.
Ce sont Its hausses rapides et sensibles qui offrent un avantage plus ou moins durable aux propriétaires; mais désirons aux travaux rustiques d'autres eucour^igeroens. Lorsque, dans un pays tel que la France, des terres res-» tent encore incultes, manque-t^il de moyens k une administration éclairée, pour exciter des déirichemens, sans convulsion et sans dom-^ mage envers personne? Non^ s^ms doute; une avance faite aux possesseurs de ces terres, une franchise momentanée d'impôts , une manu-» facture établie dans le voisinage , un canal creusé, une rivière rendue plus navigable, la baisse générale de Tin t^ét de Targent, suite dune sage admidistration, voilà des moyents immanquables pour exciter la culture^ , Car, comment ne cu1tivera-t<on pas toute terre qui rend cinq ou six pour un, si par la prix modique du crédit général « du le secours du représentant de la société, on trouve les prennères avance» ? si par quelque fabriqua attirée dans le voisinage, on assure un échang» convenable des denrées superflues > ou si la facilité âe% commun rcationi» permet icet échange un peu plus au loin ? Et combien d'autres encouragemena ne peut-on pas trou-^ ver qui, particuliers aux terres qu'il faut dé* fricher, n'ébraâleroient pas Tordre public,
copame la hausse générale du prix des subsistances, et produiroient en même temps un effet plus certain et plus permanent?
Car supposons que les blés montent tout à €OUp de vingt à trente livres , sans que les salaires varient, et qu'à cette condition seule, un propriétaire puisse trouver son compte à entreprendre une nouvelle culture; il y devra nécessairement renoncer, lorsque le prix du travail aura suivi dans sa marche la hausse des denrées, puisque son bénéfice passager sera détruit
Qu'on encourage donc l'agriculture par des moyens naturels, durables et tranquilles ; il n'est rien de plus digne de louanges, ni rien heureusement de plus facile dans un pays tel que la France; mais tendre à ce but par des ceuchérf ssemens subits , mais , pour occasion* ner le défrichement de vingt mille arpens, déranger l'harmonie établie entre le prix des productions d'un «royaume de vingt* cinq mille lieues carrées, et le produit du travail de la portion industrieuse de vingt-quatre millions d'habitans; animer ainsi le riche par la souffrance du pauvre, et déléguer pour en* couragement de l'agriculture une part sur le nécessaire du peuple, c'est, sans contredit, ^ntre tous les moyçns d'exciter cette agriculo-
ture, le moins raisonnable, le plus dangereux , et le plus contraire aux principes d'une saine administration. '