‹ Œuvres complètes de M. Necker (volume 4)Chapitre 5 sur 79 · XX:xij NOTICE · texte numérisé non relu

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et , en les satisfaisant , il a toujours eu soin de donner à ses actions Tappareiice de son propre vœu. Ainsi , sans avoir naturellement les mêmes goûts qu'elle , sans aimer, comme elle • exclusivement la conversation des gens de lettres , jamais il n'a troublé , jamais il n'a altërë un* moment ses jouis-^ sauces , en laissant voir qu'il ne partageoit pas avec le même intérêt, le genre de distraction qui lui étoit le plus agréable. Avec le besoin de lui tout confier, il lui a toujours caché les circonstances qui pouvoient lui causer de l'inquiétude ou de la tristesse. Jamais il ne lui a fait répandre une larme ; et il a dit souvent , que sa conduite envers sa femme étoit la seide portion de sa vie qui ne lui laissât aucun regret, ni dans le cœur, ni dans Tesprit.

Lorsque M. Necker se maria , j'ai lieu de croire que son désir étoit de quitter le commerce , après y avoir consacré encore un petit nombre d'années , et de se livrer ensuite uniquement à l'étude des lettres et aux plaisirs de la vie sociale 5 mais l'influence de sa femme changea la direction de ses pensées. Il y a des hommes qui ont besoin qu'on leur donne le secret de leurs propres forces, et de grands talens sont peut-être restés enfouis, faute d'une im-

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pulsion qui les révélât à ceux: mêmes qui les avoiënt reçus de la nature. Ma^ dame Necker crut voir que des occupations littéraires ne suffiroient point au bonheur de son mari , que de grands travaux politiques pouvoient seuls occuper toutes ses facultés , et que les jouissances de la gloire étoient nécessaires à un homme qui mettoit si peu de prix à celles de la fortune. Dès lors toutes ses pensées se dirigèrent vers ce but , et guidée soit par le désir de faire connoître son époux , soit par une louable ambition qui l'attiroit elle-même vers tous les genres de supériorité , et surtout de supériorité intellectuelle , elle s'occupa de réunir autour d'elle ces écrivains , ces philosophes qui ne disposoient point du pouvoir, qui^ parfois même le combat-* toient^ mais dont les jugemens servoient de guide à l'opinion du public.

lia maison de madame Necker devint bientôt le centre de tout ce que la France littéraire offroit de plus brillant. Les bor-* nés de cette notice m'interdisent de faire le tableau de cette réunion de gens illustres y dont la Correspondance de Grimm , les Mélanges de madame Necker , et tous les Mémoires du temps peuvent donner l'idée. Il me suffira de rappeler ici les noms des

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hommes les pljis distingués qui, compo^ soient sa société habituelle ; Buffon ^ Thomas, SaintrLamhert:, Su^rd, M^rmontely Saurin, DuqIos, Diçjlgrot , d'Alemhert, Rulhière ^J^aharpe , Quiï)ert , (^riiïim , Maïster, Tahbé Raynal ^Fal^hé Arnaud., lahhé I>elille, l'abbé Morellel , le maréçhfil de B^ur vaUî, le marquis de Chastellux, ledùcdlA;yeil9 M. Dubuçq, le comte dp Creutz,.le,mà(r^ quisr de Garaccioli , l'ahhé Gahani , 5 atti-^ roieut mutuellement dans uuç maison oii se trouvoient rassemblées la plupart- des richesses intellectuelles, du dii^^ huitième siècle* Mais pu se troraperoit fOrlrsi Ikm crayoit que la conversation de c^.hommes supérieurs fût un plaisir saus méWgejj h\exh loin de là, il fftUoit on a.cbeJterlajjouissaucô par uu. tFAvail continuel ;, par ujôa .iei^^iûD desprit uou. intfirrpnîjpue^ :Q»Je daraours4 propres à ménqiger.! que de préteutibnsdc^ tout gienre à concilier ! Une lectiiro. étoit^une affaire d-état q« il fallait préparer de longue main , et ou. une distractiou dé larparttdes auditeurs^ une critique trop, friscache^ un applaiidissi9meut>ti?Qp peu •rfidouUléi^ suffi-» soie» t pour faire naître des.haiiiôSiiliïpia^ cahles% Madame > Necker s!appliquoit sànâ relâche à cette.espèce d'administration lit^ téraire et sociale ; tous les instans de sa vie

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étaient remplis par quelque occupatjbn -, son ^tteuûon se portoit sur tous les détails. Un Jour quelle avoit égare les tablettes- où . elle écriyoit tous» les matins la destination . de chacune de ses heureis , M. Necker les > retrouva, et y lut en riant ces mots : Relouer » plus fort M. TJionia$ sur le chant de la . France^ dans son\ poëmè de Pierre-^le-- • Grand. Madame Necker a dit d'elle-même : J'emploie trop exactement mon loisir, pour pouvoir en jouir à mon aise.

Je possède une collection nombreuse de • lettres adressées à mes parens par les liom- » mes les plus ^arquans du dix -huitième siècle, depuis la fin du règne de Louis xv jusqu'à la. révolution. Ma mère avoit eu un instant Tidée d'en imprimer le recueil , mais elle y a renoncé , et je dois y renoncer ^ comme elle. J!aurois trouvé. sans doute une . vive satisfaction à rendre publics les éloges prodigués à Tadmimstration. et aux écrits de M. Necker, par des juges értiinens dt)nt l'autorité ne pourroit être contestée ; niais plusieurs motifs m'ont retenu. D'une part " jç doute qu'il soit .permis d'imprimer, sans.. y avoir^té formellément^utorisé , les lettres des personnes mêmes dont lé nom appartient déjà à rhistoire 5 et d.'àilleurs j'ai eu de la répugnance à mettre aii jour tout ce

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conflit de prétentions littéraires , et à montrer si petits 5 par leur vanité , des hommes dont les écrits ont puissamment contribué aux progrès de Tesprit humain, C^eût été donner des armes à la naédiocrité , qui n'en cherche déjà que trop contre le talent. A un petit nombre d'honorables exceptions près , ces lettres sont écrites avec tant d'apprêt et d'un style si ampoulé , que Ton s efforce en vain d y trouver une expression simple ou un sentiment naturel. Il y a des époques dans l'histoire des hommes oîi , les mœurs étant en désaccord avec les idées, l'exagération des paroles est poussée d'autant plus loin que l'on est moins appelé à y conformer ses actions j ces époques , et le dixhuitième siècle en est peut-être une , prêtent toujours plus ou moins au ridicule ^ ce sont des périodes de transition , des échafaudages qui tombent après avoir servi à élever un nouvel édifice.

On a quelquefois reproché au salon de madame Necker d'être une espèce d'académie, où des hommes d'esprit prenoient alternativement la parole , et demandoient tour à tour à être écoutés en silence. Ce reproche n'étpit pas dénué de tout fondement , et M. Necker le sentoit mieux que personne ; un homme constamment occupé

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de travaux sérieux , de voit désirer^ dans les plaisirs de la société, un délassementàlafois plus animé et plus facile ; mais sa tendresse pour sa femme lui faisoit trouver du charme à se prêter à tous ses goûts ; d ailleurs M. Necker avoit peu de penchant pour se mettre en avant dans la conversation ^ son esprit n'étoit pas exempt de paresse; à moins que quelque haute question de morale ou de politique ne l'entraînât presque malgré lui à monter le pouvoir de son éloquence 9 il préféroitlerôle de spectateur, et sous ce rapport un entretien soutenu auquel il assistoit, sans être obligé d y prendre ui^e part active , s'accordoit assez hiesa avec sa disposition habituelle. Un : autre penchant de son esprit trouvoit amplement à se satisfaire dans une société nombreuse oii chacun vouloit avoir sa part de succès 5 et oii les efforts outrés de ràmourpropre faisoient quelquefois manquer le but. M. Necker avoit pour la satire un goût et un talent décidé ; talent dont on peut se faire quelque idée par son petit écrit sur le Bonheur des sots, et , dans un genre plus sérieux, par différens morceaux de ses ouvrjages politiques. Cette satire n etoit jaïnais mêlée d'amertume, et s'arrêtoit toujours devant la crainte de causer une

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peine r«elïe; mais aucun ridicule, aucun manque de tact, aucune exagération de «entimebs ou de : paroles ne lui échappoit. Le plds soaveiit JVI.iNecker ne'm&nifestoit pas sa pensée; mais un sourire, un ^g^te la révéloient à ceux qui avoient Fhabitude deFobserver, et surtout à sa fille, qui de bonne heure s'est associée à toutes ses pensées avec une merteilleuse sympathie.

M. Necker étoit fort sensible à l'esprit ; il récdmpeo&oit vivement par ses éloges les preuves d'intelligence ou d'habileté qu'on i lui donnait 5 fàt-ce dans'des choses de peu -d'importance; mais il étoit sévère pour le manque de capacité, et impitoyable pourra médiocrité vaniteuse. Un trait fugitif , une nuance légère suffisoit pour lui faire porter des jugemens qui rarement l'induisoient en erreur, et dont il n'étoh pas facile de le faire revenir. Cette disposition, qui lui étoit Uaturelle , «^accrut èûGore pendant sa carrière publique ; quand on est appelé à traiter en grand avec les hommes , il faut apprendre à les connoître avec promptitude ; ^t lorsqu'on a découvert par le tact de l'esprit, la justesse de certains indices, on est ' obligé de s'en faire des règles invariables, parce que le temps manque pour &'ari*êter aux exceptions. M.-Neôker pensoit que le

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véritable esprit doit étre'propre a tout ^ et se maniffester en toute occurrence ; et lors-* qu'un littérateur, txh poètes, un philosophe 66 mrâtroit incapable dès affaires de la vie eonuaaiunë ,'il ne Faftribnoît»pas à Mévation de son 'génie , mais à l^bsence de cet équilibré dans les facultés qui constitue la véritable Yorce iirtéllecftuelle.

' Une anecdote bien familière , sans doute , mais assez caractéristique, me sera peutêtre pardonnée. Un jour, à tafble, on avoit cité devant M. Necker ce mot dé Mîlton : Qu'il n'y a de bonne éducation que cfélle qui rendnîi homme propre à tous lés arts de ïa paix et de^la guerre*; et M/ Necker avoit «jouté qtt*en effet la 'réunion de facultés différentes feïisoit seule les hommes vrainient supérieurs , et qu'un esprit distingué , même celui d^n grand écrivain , n'aiiroit jamais droît*àtine admiration entière de sa part, s'il n*'éWt pas a^pphcable aUît affaires de la yie , et joitit à de lusage du monde. « Tenez, « dit41 à la personne qui étoit assise auprès u de lui , vt)us allez voir dans quel embarras i( je vais mettre M. Thomas, en lui deman- « dant dfes petits poîs. » En effet, à peine Tauteur de > VEsmi sur les éloges eut-il entendu cette demande , que toute sa p'hysio- BOïilie i^j^rima' Tétonnement oii il étoît^

xl NOTICE

qu'une parole si familière pût être adressée à un homme comme lui , à un académicien, à un poète. Puis levant les bras en Tair, rejetant ses manchettes en arrière , il demandoit d'un ton solennel une assiette , ... une fourchette , ... non éne cuiller; et tous ses gestes témoignoient un embarras extrême.

M. Necker sourit, et envoya un valet de chambre au secours de M. Thomas, ne voulant pas prolonger plus long-temps une si pénible épreuve.

En 1773, TAcadémie Françoise proposa pour sujet de son prix annuel Téloge de Colbert , et M. Necker se mit sur les rangs.

Les éloges académiques jouent un grand rôle dans la dernière moitié du dix-huitiè« me siècle : ces compositions cérémonieuses qui sont , pour ainsi dire , à la littérature ce que le menuet est à Fart de la danse , dévoient plaire à une société factice d'où Tinfluence de la cour et l'empire dés formes conventionnelles avoient presque banni * toute originalité native. Dans les pays libres, ce n'est point par des éloges d apparat qu'on célèbre la mémoire des grands hommes , c'est en suivant leurs traces , c'est en restant fidèle à leurs principes , et en faisant fleurir les institutions qu'ils ont fondées. Du reste, quelque opinion que l'on ait sur

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le genre des éloges en gënëral , il est impossible de lire celui de ColbertparM. Necker^ sans être frappe de la dignité du style et . de la JpEicilité avec laquelle les plus importantes questions de la science économique y sont abordées. L'Af^adémie et le public en jugèrent ainsi; le discours de M. Necker fut couronné , et l'on discerna, dès lors, dans celui qui avoit loué Golbert avec tant de profondeur, un homme capable d'en occuper dignement la place. Quelques personnes prétendirent que M. Necker avoit moins cherché à peindre l'administration de Golbert qu'à diriger l'attention publique sur lui*-méme, et à montrer quels sentimens et quels principes lui serviroient de guide, js'il étoit appelé à régir les finances du royau-» me. J'ignore si ce reproche a quelque fondement , mais je n'ai point d'intérêt à le repousser : il est permis , il est commandé , peut-être , à ceux qui ont reçu du ciel des talens supérieurs , de rechercher les postes éminens d'où ces talens peuvent rép^gdre une lumière bienfaisante : que l'on flétrisse d'un juste mépris l'ambition qui ne s'attache qu'à l'argent et au pouvoir ; mais y a-t-il dans l'ordre des choses humaines , un plus noble mobile de nos actions que l'amour de la gloire et l'enthousiasme du bien public ?

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mistes , abrogea toutes les lois prohibitives qui avoient existe jusqu'alors , autorisa les emmagasinemens , et permit le commerce des grains aux étrangers aussi-bien qu'aux regnicoles. Les années qui suivirent cet édit furent malheureuses , le midi de l'Europe eut à souffrir toutes les horreurs de la famine ; en 1 769 et 1 7 7 o , les blés s'élevèrent en France à des prix excessifs , et le parle^ ment de Paris, qui avoit reçu l'édit de 1764 avec acclamation , fut le premier à faire revivre les anciennes prohibitions et tous les règlemens sur l'accaparement , le mor nopole , etc.

c( L'esprit humain , a dit Luther , reste semble à un paysan ivre qui voyage k « cheval •, il penche d'un côté j le redresse- « t-on 5 il penchera de lautre. » Et cependant l'homme et le cheval avancent. Cette vérité peut s'appliquer aux nombreuses lois sur le commerce des grains qui se sont suc*^ cédées en France , lois absolues et contradictoires , dont chacune détruisoit l'autre en se fpndant sur des principes toujours invariables et toujours différens:

Ce fut eh 1770, dans un moment où l'extrême cherté des grïiins faisoit adresser à l'édit de 1764 des reproches qu'il ne méritoit peutrétre pas plus que les éloges pasr-

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sîonnés de ses partisans ; ce fat , dis-je y en 1770 , que parurent les Dialogues sur le commerce des blés. Ces Dialogues, dont on a dit avec exagération qu'ils donnoient â Fabbë Galiani des droits au titre d'homme de génie , sont écrits sous une forme moitié socratique , et moitié burlesque ; une foule d'idées justes ou brillantes et de traits piquans y sont disséminés ; mais il est per-* mis de trouver qu'ils ne laissent pas dans l'esprit de résultat bien satisfaisant y et l'on se lasse bientôt de voir tant de plaisanteries triviales mêlées à la discussion des intérêts les plus sérieux de la société. Cet ouvrage, où Fabbé Galiani se prononçoit pour de certaines restrictions au commerce des grains , suivant les localités et lej circonstances , fut «l'objet d'un grand nombre d'attaques de la part des écrivains économistes , jusqu'à ce qu'enfin le ministère de M. Turgot , et l'arrêt du conseil du i3 septembre 1774 ? donnèrent gain de cause aux partisans de la liberté illimitée.

. Le préambule de cet arrêt contient , on ne sauroit le nier , le résumé des vrais principes de la science , en ce qui concerne . dn moins le commerce intérieur. Mais en vain proclamoît-on ces principes dans un pays oii tant d'obstacles moraux et physi-

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ques s'opposoient encore à ce que* les grains devinssent l'objet dnn commerce régulier/ Il ne suffit pas de faire dire au roi : Nous encourageons , nous favorisons le commerce des blés , pour que des canaux soient ouverts 5 pour que des routes soient tracées , et qu'une marchandise de si grand encombrement parcoure sans difficulté la vaste étendue de la France, De même il ne suffit pas de déclara', ex cathedra y que le blé est une marchandise comme une autre , que la haine contre les accapareurs est un préjugé , que le commerce libre est le seul moyen de donner de la fixité aux prix , ^yxe, le gouvernement né doit point se charger de pourvoir à la ; subsistance du peuple : cela* né suffit pas^ dis-je , pour que 'les préjugés disparoisserit , pour qu'à l'igubrancê et à l'apathie , fruits déplorables du despotisme , viennent succéder immédiatement les lumières et l'activité , qui sont les conditions premières de la liberté du commerce des grains. L'économie politique » doit , comme la mécanique , rechercher quelle est la loi des.différentes forces ; mais, c^mme la mécanique aussi , elle doit tenir compte des. frottemehs et des résistances. C'est là ce que les économistes n'ont jamaissu reconnoître ^ et quoique M; Turgot ait.

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dit spiiitiiellepneiiit : u II ne •faut pâs se> a fâcher conirà les ckoises, oar/oelà n^IeUr* c( fait rien du tout ^ » il n'est pointd'hommes qui aient . Hioiiis> observe les*- faite que lesëconomii^es;, et qui aienf eu plus d'humeur^ lorsqûeces faits opposoientquelque obstacle à l'établissement de leurs théories*

Les. esprits indëpendans se révoltent caott*e le de^otisme des maximes géoë^»

raies , compie les caractères fiers coqtre celui des gouvememeiis absolus : c'est là surtout ce* qui: engagea M. Necker à réfuter les écouémistes* Personne ,plus' que lui , nîobserVoit la nature humaine avec pro-^ foudstu^et sagacité. Son: esprit) éboitî pl^Ui d« uuanoea.^ et iLtrouvoit à la fois plubiugéqieux et plps utile d'étudier les: faiti^ / de, distinguer parmi les: ppéjîigésk existans-' cejax; que Ibu^pouvoit vaincre et ceux qti'il/ falloit: ménager , que de se contenter de^ tracer; son le papiei^ un gouvernfment nor*^ mal^^ans examiner jusqu'à quel -poitit ih étoitiemrappoàrt' avec l'état d(^s choses et der43ipinion. Je ne donnerai point ici l'analyse^ de ^'Ouvirage de Mv Necfcer surla^ Léghlatiûn'et'ie^€ôfnméroe des srdîns : il fortne le 'débu|: de la collection de ses Oeuvres ^^ €t J'y renvoie mes le^îteurs. On verra qu'il? est le fruit de la combinaison réfléchie die

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différent systèmes, plutôt qae celui d'un systèoie nouveau ^ mais en lisant cet écrit si renoiarquable par la beauté des seniimens et la finesse des observations morales , on. doit se rappeler qu'il est antérieur aux Recherches sur la Richesse des nations ^ «t à plus forte raison aux découvertes mo** dernes qui semblent destinées à donner un caractère tout nouveau à la science de Téco» noniie politique.

L'ouvrage de M. Necker parut en 1775, et excita la plus vive sensation. La ipau-* vaise apparence de la récolte et la cherté des grains , que plusieurs partisans du sys« tème prohibitif attribuoient à Tarrét de M. Turgot j causoient à cette époque de graves inquiétwles y et ces inquiétudes dég^ nérèrent bientôt en séditions 9 dont le gou*^ vernement crut devoir faire juger prévôtalement les auteurs (*). Quelques économistes ardens prétendirent accuser Fouvrage de M. Necker de ces désordres: je ne m'cu> rêterai pas à justifiei" ses intentions trop

(^> Le parlement ayant supplié le roi de prendre des anesures pouc: faire baisser le prix du pain , des m^i|ST\ quetaires furent envoyés à l'imprimerie , avec. ordre de. faire briser devant eux les planches de l'arrêt. Le parle- " tnent fut mandé à Versailles , et reçut du roi la défense expresse de faire aucunes remontrances.

SUR M. NEGKER. xVlX

hautement garanties par son oarttctère moral ^ je me contenterai de faire observer à quel point il est absurde d'attribuer à un ouvrage de philosophie économique , une influence immédiate sur des hommes qui vivent du travail de leurs mains, et que l'ignorance et la misère ne poussent que trop facilement à des excès. Certes, dans un pays ou l'otivrage de M. Necker sur le commerce des blés seroit à la portée des dernières classes du peuple, on auroit.peu à redouter le pillage des magasins et des convois. Quoi qu'il en soit , cet ouvrage ne cessa pas d'être en butte aux attaques les plus violentes de toute la secte des économistes ^ depuis lès chefs de la doctrine , jusqu'à la ibule des imitateurs , qui répétoient à tout venant des maximes apprises à peu de frais. Lorsque l'on parle des économistes , le mot de secte est presque toujours celui qu'on emploie , et ce n'est pas sans raison j car tous les caractères des sectes religieu* ses se retrouvent dans les disciples de Quesnay : même zèle , même croyance aveugle à de certains dogmes, même intolérance pour les opinions différentes des leurs , même indulgence pour toutes les erreurs de leurs partisans , pourvu qu'elles ne compromettent pas la doctrine ^ enfin même 1. il

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persévëraitce inébranlable dans leur foi* Aujourd'hui que leconomie politique a changé de face, on trouveroit encore tel homme , fort instruit d'ailleurs des progrès de la science, qui ne laisseroit échapper aucune occasion de protester en faveur de l'inapôt territorial unique. Il seroit toutefois fort injuste de ne pas convenir que les physiocrafes sont les premiers qui aient com-^ mencë à^ donner à Téconomie publique le caractère d une science , et de né pas reconnoître que cette école compte parmi ses membres quelques hommes de génie y et plusieurs citoyens vertueux, animés pour le bien public de la passion là plus désinté^ ressée. Qui pourroit projioncer- sans respect les noms de Turgot ^ de Dupont de Wemôûrs ?

Laissez faire y laissez passer, «st la devise connue des économistes : cette maxir me, quoique le plus souvent salutaire^ n en est pas moins , dans lextension illimitée que lui dcnnoient les économistes , * une doc-^ trîne de paresse qui repose surun paralo^ gîsme. En effet , Voici le raisonneiltent vi*cièux qui lui sert de base (*). Les gouver^-

. {*)• Il est loin 4e ma pensée de youlair prendre ici fa défense des systèmes prohibitifs^ Je n'ignore point \es nouveaux argumens en faveur de la^ liberté du com-

8UK M. N£CK£R. Ij

nemens , diton , gênent Tindustrie , entravent le commerce par une foule de règlexnens de police j ces règlemens sont mauvais 5 ils sont contraires aux principes de réconomie politique : donc il suffit d'abolir toute police, pour que l'industrie individuelle choisisse les routes les plus proii tables et que les capitaux viennent y affluer- La plupart des gouvernemens, pourroit-on dire aussi , ont assujetti la transmission des propriétés à des conditions iniques ou absurdes ^ les propriétés comme les personnes en ont souffert : donc il faut abolir toute législation civile , et s'en remettre au bon sens et à la droiture desr individus. Le sophisme se montreroit ici plus à découvert , et pourtant le raisonnement seroit le même, La plupart des gouvernemens manquent de lumières, sans doute; mais s'ènsuit-il que les individus n'en manquent jamais,

merce , que fournissent les découvertes récentes de Téconomie politique , et en particulier cette belle théorie sur Forîgine de la rente, que Malthus a inventée, queRicardo a développée, et dontTorrens a fait une application lumineuse au commerce des grains. Mais un principe vrai peut être défendu par de mauvais raisonnemens , et une idée juste en elle-même, appliquée sans discernement, peut amener des résultats opposés à ceux qu'on se croyoit en droit d'attendre ; c'est en cela que consistoiènt les erreurs des" économiste?, et que les réponses de M. Necker étoient victorieuses.

lîj ^ irOTICE

qu'ils ne soient pas exposés à commettre des erreurs contre leurs propres intérêts , ou des injustices contre les intérêts d'au- Irai, et que ces erreurs ou ces injustices ne puissent pas être longues et funestes? La plupart des gouvernemens ont été ignorans ou oppresseurs. Sans doute, encore ; mais s'ensuit-il qu'un gouvernement formé par l'élite d'une nation , tel qu'on peut le concevoir, ne fût pas en état d'aider le commerce et l'industrie par des lois sagement combinées ? Quand on considère le grand nombre de maux, qui résultent des mauvaises lois, des institutions vicieuses, on est tenté d'attribuer aux fautes des gouvernemens tous les fléaux qui affligent l'espèce humaine : on fait abstraction des diffîcultéf» sans nombre que présentent l'organisation sociale , la nature physique et morale de l'homme. La plupart des publicistecr spéculatifs se figurent l'homme parfait , la nature toute bienfaisante 5 et pour atteindre au souverain bien , il ne s'agit à leurs yeux que de laisser le plus libre essor aux forces de l'un et de l'autre. Mais les choses ne sont pas ainsi dans le monde réel j il y a des maux inhérens à la société qu'il est essentiel de rcGonnoître, et ce n'est pas trop , pour les combattre , des

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efforts réunis du gouvernement et des individus. Anéantir toute influence des gouvememens , cela n'est ni possible ni même désirable; il faut s'efforcer de les rendre biepveillans et éclairés.

Une autre erreur des économistes , erreur qui n'a que trop de partisans en politique , c'est d'avoir cru qu'un être aussi complexe que l'homme pût être régi par deux ou trois principes généraux bien simples 9 bien faciles à retenir^ et qu'il suffît de ces principes, aveuglement appliqués, pqur aplanir toutes les difficultés de l'ordre social. Dans le domaine de la physique, lors« qu'on peut assigner une cause à un phéno*» mène , on est dispensé d'en chercher d'autres; dans l'ordre moral,* au contraire, et l'économie politique est essentiellement une science morale , une cause n'agit jamais seule ; le législateur qui fait des expériences en ce genre, doit, toujours tenir compte simultanément de la marche des idées et de celle des faits , et de l'influence que ces expériences mêmes exerceront sur les faits et sur les idées.

Enfin, s'il est inique et absurde à un gouvernement de retenir dans l'enfance une nation émancipée par les lumières et par le désir de la liberté , il n'est ni juste ni habile

liv iroTiCE

de vouloir, comme les économistes, faire servir les moyens du despotisme au progrès des lumières et de la Jibertë. Le gouvernement le plus éclairé ne peut guère qu'indiquer aux hommes la bonne voie, et accorder progressivement à l'opinion publique tout ce qu elle demande avec connoissance de cause; mais s'il devance trop rapidement la marche des esprits, il se trouve bientôt isolé, et ses efforts pour élever à la liberté une nation qui ne Ta pas encore conçue , réagissent contre la liberté même , en donnant aux préjugés les honneurs de l'opposition. C'est ce qui est arrivé sous M- Turgot; il a manqué à cet homme supérieur , pour être un grand ministre , deux talens que M. Necker possédoit au plus haut point , celui d'observer l'état des esprits, et celui de manier avec promptitude et habileté les ressources de la finance.

Il est peu d'études pkis arides que celle des finances de la France , jusqu'à l'avénement de Louis xvi. Des quatorze contrôleurs-généraux qui se sont succédés depuis Lavsr jusqu'à M. Turgot, on n'en trouve pas deux qui soient restés fidèles à un système ; et si quelques-uns ont eu des idées salutaires, aucun n'a été assez heureux pour les faire triompher : on se fatigue bientôt de

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celte foule d'erreurs , d'abus , de désordres , de règlemens sans objet , d edits contradic-^ toires , au milieu desquels l'esprit a peine à saisir oh fil qui le guide. Si l'on a dit , avec raison , que la réunion successive dès pro^ y inces à la couronne , est une des causes qui ont contribué le plus puissamment à établir le despotisme en France , il faut reconnoitre que la même cause n'a pas eu une influence moins funeste dans Tordre finaur cier que dans l'ordre politique.. La bigarrure de tant de provinces soumises à des régimes différens, de tant de privilèges de personnes et de localités, s'est constamment'opposée à ce qu'on délivrât le commerce intérieur des entraves qui le gé-? noient , et que l'on donnât à la France cette homogénéité d'administration, si importante pour l'accroissement de là force et de la richesse.

M. Turgot entreprit brusquement de substituer les lignes droites de la théorie aux innombrables sinuosités de la tr'adition; mais il ne calcula pas que s'il étoit possible de lutter contre les abus de la cour, ce n étoit qu'en commençant par être mieux compris de la nation , et par s'assurer son appui. M. Turgot fut sacrifié, et Malesherbes , son vertueux ami , se retira du ipi-

Ivj ]SrOTICIB

nistère , dégoûte d un ordre de choses qui opposoit trop de résistance aux vues patriô* tiques d-n„ homme de biea.

Louis XV disoit avec plus d'esprit que^de dignité : Oest moi qui nommedes minis^ très des finances , mais c'est le public qui les reni^oie. H auroit dû ajouter qu'en revanche la cour ne manquoit jamais de ren-. voyer les ministres qui étoient appelés par Topinion publique.

Jetons un coup d*œil rapide sur Tétat des finances à cette époque. Je trouve ce passage remarquable dans un Mémoire inédit, remis au roî par M. dlnvau , peu de temps avant le moment oii il fut remplacé par l'abbé Terray.

« Les finances de Votre Majesté sont f< dans le plus affreux délabrement. Il s'en « faut aujourd'hui de .cinquante millions « que les revenus libres n'égalent les dé- « penses. On a eu tous les ans recours à des w affaires extraordinaires , pour couvrir ce u déficit qui existe depuis long-temps. Elles « ont épuisé et, ruiné le crédit , et n'ont w rempli qu'une partie de leur objet. Cha« u que année a accumulé une nouvelle dette i< à celles des années précédentes. Tout ce « qui entoure et sert Votre Majesté , domesii tiques et fournisseurs, n'a reÇu depuis

SUR M. NECRER. Ivij

« long-temps que de foibles secours , insuf- « fisans pour leurs besoins les plus urgens. c( Ces dettes, qui sont véritablement ce « qu'on appelle des dettes criardes y monu tent aujourd'hui à près, de quatre-vingt ce aiillions. Pour comble d'embarras et de (( malheur , les revenus entiers d'une année (c sont consommés par anticipation ; il n'ar* « rive d'argent au trésor royal que par l'ef- « fet d'un crédit qui ne se soutient y tant i< bien que mal , que par les frais ruineux « qu'il coûte , et qui menace à chaque mo- « ment de manquer tout-à-fait. Cette situa- « tion est plus qu'effrayante ; il n'est pas « possible de la soutenir plus long-temps , « et nous touchons au moment oii elle jei< teroit le royaume dans les plus grands « malheurs, sans qu'il restât de moyens i< pour y remédier. »

Tel étoit le tableau alarmant que traçoit M. d'Invau au moment de sa retraite. Si les nombreuses injustices envers les créanciers de l'état , qui ont acquis une triste célébrité au ministère de l'abbé Terray, procurèrent au trésor un soulagement précaire , du moins ne contribuèrent-elles pas à augmenter le crédit. Lorsque M. Turgot fut chargé du département des finances , il dit au roi , dans une lettre qui a été souvent

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citëe, que si ron ne parvenoit pas a réduire la dépense au-dessous de la recette , et assez au-dessous pour pouvoir consacrer annuellement une vingtaine de millions au remboursement des anciennes dettes , le pre^miercoup de canon forcerait l'état à faire banqueroute. Le temps manqua à M. Turgot pour réaliser ses vues bienfaisantes 5 lorsqu'il quitta le ministère , la rupture avec FAngleterre étoit devenue très-probable , et il existoit encore un déficit de vingt-quatre millions entre la recette et la dépense ; c*est ce qui fut établi dans le compte remis au roi par M. de Clugny , successeur immédiat de M. Turgot.

Ce successeur mérita peu d'estime par son caractère et par ses talens. Il resta à peine quelques mois en place ; mais ce court ministère lui suffit pour détruire le bien que M* Turgot avoit commencé. On lui doit le fatal présent de la loterie royale (*),

{*) L'établissement de la loterie royale date du 3o juin 1776 ^ le préambule de l'édit qui institue ce déplorable impôt se fonde sur ce qu'il importe d'empêcher les sujets du royaume de porter leurs fonds dans les pays étran* gers, pour jr courir les hasafds et tenter fortune dans le jeu des loteries quijr existent, N'e&t->il pas triste que de nos jours on voie reproduire un sophisme qui ne mérite pas même d'être réfuté ? Personne ne nie Tinfluence désastreuse de la loterie sur les classes inférieures delà

Sun M. HECKER. lix

invention funeste que réprouvent également les principes de la morale et ceux de l'économie publique , et que M. Necker eût infailliblement supprimée (*) , si la guerre d'Amérique ne l'avoit pas contraint à ne sacrifier aucune des ressources du trésor. M. de Clugny fut remplacé au contrôle général par M. Taboureau des Réaux, conseiller d'état y magistrat intègre , assez jLU fait des affaires contentieuses , mais

société; et le gouvernement , lui-même , ne manque jamais d'en convenir , tout en venant redemander chaque année un impôt dont il déplore la prétendue nécessité. Au moins faudroit-il ne pas faire illusion au public sur l'étendue des sacrifices que coûte aux contribuables la plus immorale de toutes les ressources du fisc. En effet, pour obtenir un produit net de neuf millions , l'administration de la loterie n'en reçoit pas moins de cinquante-cinq des contribuables. En vain objecteroit-oa que quarante et un millions sont restitués aux lots gagnans; la somme énorme de cinquante-cinq millions fi'en a pas moins été prélevée sur la classe la plus pauvre , sur celle que la passion du jeu expose aux tentations les plus funestes. Autant vaudroit ^ire que les impôts étant employés à salarier des fonctionnaires publics , ou à payer des dépenses au profit d'un certain nombre de fournisseurs y les sommes prélevées par le fisc so«t restituées à la nation , et que , par conséquent , peu importe que le budget de l'état soit plus ou moins considérable. Les deux raison nemens sont en entier de la même nature.

{*) Cette intention est indiquée dans le préambule de

l'arrêt du conseil du 20 juillet 1777? concernant l'administration de la loterie.

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dont les talens n etoient pas au niveau de la première place de radininistration ^ car il faut se rappeler que la plupart des attri-» b^tions actuelles du ministère de l'intérieur ressôrtissoient , sous l'ancien régime, au département des finances : le reste des affaires administratives étoit réparti entre le ministre de Paris et le ministre de la maison du roi • Cependant le délabrenaent des finances , devenu plus dangereux , alors que la guerre, avec l'Angleterre senoibloit imminente y réveilla pour un moment l'insouciant égoïsme du premier ministre. M. de Maurepas sentît qu'il étoit indispensable de relever le crédit , et ses regards se tom^nèrent vers l'homme qui passoit pour en connoître lemieux toutes les ressources , espérant sans doute échapper ainsi à la nécessité des réformes sé- , rieuses, qui étoient cependant leseulremède efficace à 1 état des finances. Il fit demander à M. Necker un mémoire sur la situation du trésor. Ce mémoirâk, quoique composé d'après des données fort incomplètes , détermina M. de Maurepas à appeler à son secours les lumières de l'auteur, et, après avoir eu quelques entretiens avec M. Necker, il l'adjoignit à M. Taboureau (^) , sous

(*) 22 octobre 1776.

SUR M. NKCKER. Ix

le tître de Directeur gênerai du trésor royal. On a beaucoup rëpëté , avec une intention malveillante pour M. Necker, que\ M. de Pezay avoit puissamment contribue à sa nomination y en le mettant en rapport avec M. de Maurepas. J'attache peu d'importance à vérifier cette anecdote ; mais j'ai sujet de la croire controuvée. Du moins plusieurs lettres de .M, de Pezay , qui sont sous mes yeux , n'en donnjent aucun indice; et une de ces lettres ^ entre autres , adressée à mon grand-père dans un moment ou M. de Pezay sollicitoit la place de Directeur

général des ponts et chaussées , vacante par la mort de M. Trudaine , ne fait nullement supposer qu'il se crût en droit de compter sur la protection de M, Necker.

Dans un gouvememerit r^résentatîf , le premier ministre est celui que ses talens, son crédit, ses relations politiques désignent comme ïe chef de la majorité. Eti France , un premier ministre n'étoit qu'un personnage chargé d'épargner au roi jusqu'au plus léger travail , jusqu'au moindre usage de son intelligence, dans le choix des dépositaires de l'autorité. M. de Maurepas , que ses amis mêmes désignoient sous le nom du vieux renard ^ étoit un de ces politiques dont l'égoïsme est le seul niobile^

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et la ruse le seul talent ; race pitoyable dont le grand jour de la tribune achèvera tôt ou tard de nous délivrer.

M. de Maurepas avoit ce goût pour la médiocrité qui accompagne si souvent la puissance. Le choix des collègues dont il s'étoit entouré en offre la preuve. C'étoient le prince dé Monbarrey , à la guerre ; à là marine , M. de Sartings , qui après s'être passablement acquitte de la surveillance de la police de Paris, étoit venu dévoiler, dans une place plus relevée , toute letendue dé son incapacité j c'étoit M. Bertin , au ministère de Paris; c'étoit à la maison du rôi, un M. Amelot , parent de M. de Maurepas , et dont il avoit dit lui-même , en l'installant : « On ne se plaindra pas du moins que « celui-ci ait trop d'esprit. » Ce M. Amelot n'avoit guère d'autre occupation que de recueillir chaque . Jour quelques anecdotes scandaleuses , et de les transmettre à M* dç Maurepas , qui en amusoit la cour : c'étoit ce qu'on appeloit gouverner. Mais si, dans la plupart des départemens, les commis suppléoient à l'intelligence des chefs, il n'en étoit pas de même pour Içs financies ; là , il ne suffisoit pas de suivre avec nonchalance la marche tracée par la routine ; il falloit trouver des ressources ; il falloit pourvoir

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aut besoins urgens de letat ; et M. de Maurepas ne se dissîmuloit point qu'il étoit impossible de rencontrer dans le même homme des talens supérieurs et la complaisance d un ambitieux subalterne. Aussi ne cessa-t41 pas d'observer le npuveau ministre d'un œil d'inquiétude et de jalousie ^ mais il s'alarmoit à tort ; il ne connoissoit que l'ambition des âmes vulgaires , et il auroit dû comprendre le pouvoir de la reconnoissance sur une âme élevée. En effet y lorsqi^e, plus tard , il dirigea contre M. Necker les plus misérables iatrigues^ M. Necker ne cessa point de se rappeler que c'étoit à ce vieux ministre qu'il devoit sa place , et cq souvenir leaipêcha toujours d'attaquer JM, de Maurepas auprès de Louis xvi.

, Le département des finances avoit été confié, jusqu'alors à d^s hommes tirés du parlement ou de la carrière des intendan-f ces y ce fut donc une grande innovation que le choix de M. Necker ^ négociant^ étranger^ et protestant. Les proteçtans né^ toient que tolérés en France 5 ils y étoient privés de l'état civil , ils y vivpient sans garantie sous l'empire d'un code barbare j et cependant un protestant se voyoit appelé à l'une des premières places de l'état ; tant il est vrai que le caprice et le hasard

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étoient les seuls régulateurs de la prétendue constitution de la France.

M. Necker ne mit qu^une condition à son entrée au ministère, c'étoit que ses fonctions fussent gratuites. Deux motifs le déterminèrent à cette résolution : d'une part, possédant une fortune suffisante pour soutenir honorablement son rang , il répu^ gnoit à accroître les dépenses de Fétat j et de Fautre, persuadé que des retranchemens sévères dans toutes les parties pouvoient seuls rétablir les finances , il ne vouloit pas que les fonctionnaires supprimés pussent comparer les avantages qu'ils perdoient avec ceux qu auroit conservés le ministre réformateur. Louis xvi hésita s'il consenti- Toit àla condition démandée par M. Necker, et il ne manqua pas de courtisans intéressés a lui peindre la délicatesse sous les couleurs de l'orgueil ; mais le roi finit par s'associer aux scrupules de son nouveau ministre, avec un sentiment digne d'éloges.Dès lors M.Necker a servi la France pendant sept années , et non-seulement il a refusé les appointemens de ministre des finances et de ministre d'état , ainsi que les pensions attachées à ces places, mais il a rejeté, sans exception et sans réserve, les droits annuels de contrôle, les pots-de-^ins pour le renouvellement

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des baux et des régies , les gratifications ex-* traordinaires , les prësens des pays d états , les exemptions de droits , les étrennes ^ et en un mot^ tous les ëmolumens sans nom-- Lre que la loi , l'usage ou l'abus ayoient attribués au ministère des finances. M. Necker s'étoit prescrit, de plus, en devenant ministre, de n'accorder de places à aucun de ses parens , et de ne compter pour rien les recommandations de l'amitié, à moins qu'elles ne fussent appuyées par un mérite incontestable. Il n'a pas cessé d'être fidèle à cette règle ; et l'on ne pourroit citer une seule exception.

Je vais essayer de donner quelque idée des opérations les plus importantes de M. Necker , et des principes qui lui sei^irent de guides dans sa première adminis*tration. Ces principes sont siinples; leur application seule étoit difficile , et exigeoit une persévérance dans le but , et une sagacité dans le choix des moyens , dont peu de personnes peuvent se vanter d'être capaljles.

Dès l'abord il se mit à la poursuite (ce sont ses propres expressions) de toutes les dépenses superflues, de tous les gains illicites ou inutiles, persuadé qu'aucun nouvel impôt ne pouvoit être légitime qu'après avoir épuisé toutes les ressources de I. e

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