‹ Œuvres complètes de M. Necker (volume 4)Chapitre 46 sur 79 · DU ROYAUME · texte numérisé non relu

DU ROYAUME

CHAPITEE PREMIER.

jiyantages et inconvéniens de la liberté absolue . . du commerce des grains dans V intérieur du

royaume. . , . .

U N£ province a du superflu ; uxie autre est dans la disette ; il n'est rien de plu^coiifornie à la justice et aux principes de société, que de permettre à ces deux provinces de s*entr'aider mutuellement; l'une, en recevant un secours qui lui est nécessaire; l'autre , en échangeant uti superflu qui lui seroit inutile, contre les biens dont elle est privée. Les agens naturels de ces sortes d'échange, ce sont les marchands, parce qu'ils en font une étude continuelle, qu'ils ont des capitaux libres pour les exécuter promptement, et qu'à l'aide de cet argent, et de leur active intelligence, ils établissent

XT LE COMMERCE DES GRAINS. iGl

bientôt le niveau dont ce commerce est susceptible.

Mais le marchand a deux qualités ; sous Tune , il est Tagent utile dont nous venons de parler ; sous l'autre , il n'est qu'un proprié* • taire d'argent ou de crédit, qui cherche à faire valoir ces avantages d'une manière quelcc>nque.

Quand il y a une grande distance entre les prix du blé dans différens endroits du royaume, le marchand commence par s'assurer de ce bénéfice en transportant de la province abo'ndan te dans celle où il y a disette ; mais lorsque le niveau est établi, ou lorsque les disproportions ne sont pas suffisantes pour exciter sa spéculation , il veut agir encore , et faire mouvoir son capital pour ^augmenter ; alors ilachètepourrevendreavecprofitdansunautre moment, soit sur le lieu même , soit ailleurs.

S'il fait ces achats avec modération,etlors« 'que les prix sont bas , il est encore utile ; car il spécule à la fin de l'automne, époque de la plus grande abondance , pour revendre vers le milieu du printemps , époque ordinaire des renchérissemens ; il prévient une trop grande inégalité dans les prix de l'année, puisqu'il les soutient au commencement par ses achats , et les modère à la fin par ses ventes. I. II

l6a SUR LA LéOISLATK>ir

Enfin y s'il achète dans une annéç t3*ès-fertite^ avec le dessein de garder jusqu'à l'année sui^ Tante, il rend encore service à la société, puisqu'il prévient une baisse trop sensible, et fait servir ses capitauxàconserver dans lero^caume' une denrée précieuse;

Les marchands sont donc utiles toutes les fois qu'ils transportent des blés d'un lieu dans un autre, et toutes les fois, aussi qu'ils achètent pour revendre, fût-ce sur le lieu même, pourvu qu'ils ne fassent leurs achats qu'à l'époque et dans les années où les prix sont bas. '

Mais comme l'intérêt général n'est jamais défendu que par la loi contre l'intérêt personnel , les marchands, abandonnés à une liberté par«» faite, ne s'en tiendront point aux spéculations dpnt nous venons d'indiquer l'utilité; et lors même que le prix des blés seroit à un taux raisonnable , tel enfin qu'une hausse seroit nuisible à l'harmonie générale , ils achèteront également, et les prix augmenteront^

Pourquoi ? dira*t-on. Tant que Fexportation n'est pas permise , comment l'intervention des marchands poursoit-elle hausser les prix ? Cette intervention diminuera-t-elle la quantité de la denrée ? augmentera- t-elle les besoins?

ITon, sans doute; tant que l'exporlatioo

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n'est pas permis , la quantité des blés répan* due d^ns le royaume n'est point (Jiminyée, soit que ces blés restent entre l^& mains des propriétaires et des fermiers, soit que cette denrée passe dans celles des marchands ; mais plus il intervient d'agens successifs entre les propriétaires et les consommateurs, plus ^ prix.de la denrée hausse pour ces derniers, puisque le prix est nécessairement augmenté de tout le profit que peuvent £aire ces mêmes ag/ens. .; .

. L'étendue d« ces profits dépendra de Thabileté des spéculateurs, de la rareté plus ou moins générale de la denrée, de la rapidité plus ou moins grande delà concurrence, de la force de Tesprit d'imitation; toutes ces circon^ sttinces sont trop vagues et trop incertaines pour les réduire en chiffres ; mais pour n es^ suyer aucune contestation, je m'en. liens, à cet égard, à une proposition simple; c'est qu'au moment où les blés sont parvenus à un prix raisonnable, l'intervention des marchands , comme simples spéculateurs , est toujours nuisible et dangereuse, quel que soit le renchérissement occasionné par leurs bénéfices.

J'observerai cependant encore que plus les spéculateurs croient à la rareté du blé, plus

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ils peuyentétre hardis dans leurs entreprises; parce qu'^n se rendant maîtres d'une«denréé de nécessité absolue, leur force augmente ayec la disette; et. souvent la seule inquiétude •qu'inspirent leurs achats occasionné la hausse qu'il désirent.

<§ De telles opérations de la part des marchands sont très-fâcheuses j puisqu'elles haiis* sent les prix pour leur seul intérêt, au risque de troubler l'ordre public, et au grand détriment du peu|>le , qui souffre toujours , ainsi que nous l'avons montré , des r^chérissemens et des révolutions dans les prix.

Mais ce n'est pas uniqbement en raison de leurs profits natarels , que les marchantis renchérissent les blés / leur intervention dans ce commerce hausse encore les prix, par des considérations plus essentielles que je vai& développer.

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