‹ Œuvres complètes de M. Necker (volume 4)Chapitre 48 sur 79 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

L'intervention des marchands contribue au renchérissement des prix , en augmentant la puissance naturelle dès vendeurs de blés sur les consommateurs.

Ljss rapports entre le besoîo de vendre et le besoin d'acheter , sont une des principales circonstances qui composent le prix de toute espèce de marchandises. Ces deux besoins sont fort inégaux y quand il est question de blés , ainsi que nous avons eu occasion de le développer. Mais rinégalité naturelle de puissance entre les vendeurs et les consommateurs est fort augmentée , lorsque les négocians pren^ nentla place des propriétaires ou des fermiers, et se rendent maîtres de la denrée.

Pour en expliquer le motif, il est important de faire connoitre les diverses gradations par lesquelles Fempire des vendeurs de blés augmente ou diminue.

Dan$ une société où les biens de toute es--* pèce ne seroient pas encore accumulés par Teffetdu temps, ou d'une industrie active, le propriétaire des denrées de nécessité ne pour-

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roit satisfaire ses goûts qu'ea notirrissant les ouvriers qui travailleroient pour lui ; alors la distributioa , ou la vente des subsistances y seroit étroitement liée à la volonté de jouir, et en deviendfoit une condition nécessaire

Mais lorsque , daçs cette même société , il s'est amassé non-seulement mille objets différens de lu:ce et de commodité , mais encore une somme immense de métaux itionnoyés, avec lesquels on peut acquérir tous ces biens , il en résulte que> lorsqu'un propriétaire de blés se trouve en même temps propriétaire d'argent, il peut remplir une grande partie de ses désirs , ^||^. être obligé de vendre les sub* sistances dont il est maître ; et c'est ainsi que la richesse des fermiers contribue à soutenir le prix des grains.

Cependant, comme le plus grand nombre de ces fermiers , ainsi que des grands et petits propriétaires , ne thésaurisent pas , et que ceu^ même qu'on appelle riches n'ont commu*nément qu'une épargne modique ou passagère ; lorsque, par l'intervention des négocians, les blés passent dans les mains de la partie de la nation qui dispose de la plus grande quantité d'argent, et qui joint à cette richesse une valeur idéale , équivalente en pouvoir, qu'on appelle crédit, il s'élève tout à coup,

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vis-à-vis des consommateurs, une sorte de contractàns qui ont une force nouvelle jusque alors inconnue. Ceux-là ne 'vendront pas, comme les propriétaires ou les fermiers, pour dépenser, ou pour acquitter les impôts, puisque les blés, dans les magasins des négocians , ne représentent plus un revenu, mais un ca* pital qu'ils peuvent garder comme leur argent , ou comme toute marchandise quelconque, aussi long-temps que leur intérêt ou une spéculation bien ou mal combinée les y engage.

Concluons des observations cotitenues dans ce chapitre et les précédens, que l'intervention des marchands augmente nécflpirement le prix des grains; d'abord en raison du profit équitable qui appartient à tout agent de commerce , mais encore parce que cette intervention agite l'opinion , diminue la concurrence utile aux consommateurs, et augmente la force naturelle des vendeurs de blés sur ces mêmes consommateurs.

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