XVJ NOTICE
leconomie. Le sentiment qui l'anîmoit à cet ëgard , il sut si bien Timprimer à tout ce qui Fentouroit , que c étoit à qui , parmi les employés de sa dépendance , lui dëcouvriroit un abus à réformer , une dépense à réduire. Passionné pour Tordre et pour la justice 5 ces deux grandes idées présidoient à toutes ses opérations ^ mais il y a des esprits qui ne conçoivent Tordre que dans le nivellement des hommes, que la moindre colline feroit douter de la rondeur de la terre, et qui croient tout perdu lorsqu'ils sont obligés de tourner quelques difficultés, de faire quelque concession à la nature des choses, M, Necker, au contraire , doué d'un esprit plein de nuances, savoît suivre une même idée sous mille formes diverses ^ jamais une théorie ne le faisoit manquer de respect pour les faits , et jamais aussi les faits ne se présentoient à lui , sans qu'il les rattachât à des idées générales ; ne repoussant aucun système , et n'en adoptant aucun avec superstition 5 sachant apprécier la puissance de certaines méthodes, mais sachant aussi qu'aucune méthode ne supplée à l'action vivante du caractère et de l'esprit. Probité et publicité , telles ont été ses seules maximes invariables dans son premier ministère. Ceux qui, dès lors, lui ont prêté fin-
SUR M. jy£GK£R. IsLV
tentîon de changer la forme du gouverne^ ment et d'y introduire des institutions republicaines, ont montre une complète ignorance de ce qu'il étoit. Sans doute , il désiroit une amélioration graduelle de l'organisation politique de la France , il vouloît préparer les voies à la liberté , par l'ordre et par la morale dans l'administration ^ mais ses idées ne dévoient , ne pouvoient pas s'étendre au-delà. Car alors l'opinion publique ne demandoit pas autre chose , et personne n'observoit mieux que M. Necker le développement de cette puissance d'un nouveau genre.
Peu de temps avant de devenir ministre 9 il avoit fait un voyagjQ à Londres , pour y voir plusieurs des^personnages marquans de l'Angleterre ^ av^çt lesquels il étoit en relation. Il^avoit admii^ja; structure de ce bel édifice social; mai^ son attentifon s'étoit portée principalement sur les jeffets de la publicité en finances ^ et sur la force qu elle devoit prêter à un ministre^ aoitpour résister aux demandes abusives, soit pour fonder le crédit sur une base.solide. Et ce^te publicité^ l'un des innombrables bienfaits des gouvememens libres, lui paroissant pouvoir êtrft. introduite en France , ce fut surtout vers ce but qu'il dirigea ses efforts.
Ixvilj irOTICE
Le premier acte de Tadministratioii de M. Necker , fut un règlement pour la liquidation des dettes et le payehient des dépenses de la maison du roi (*). Le désordre étôit à son comble , les dettes arriérées montoient à des sommes énormes , et les dépenses courantes ne se payoient jamais moins de quatre ans après lepoqué oii elles ayoient été faites : de là naissoient deux in^ convéniens graves; d'une part, des marchés toujours chers , et souvent scandaleux , étoient passés avec les fournisseurs qui , incertains de Fépoque de leur payement , étoient en droit d'exiger des conditions plus lucratives ; et d un autre côté , les ordonnateurs ne pouvoient* être soumis à aucun contrôle , puisque le ministre des ûnances n'avoit jamais lé moyen de com J>arer annuellement les dépenses avec les ressources. M. Necker pensa que c etoit au roi à donner le premier l'exemple de Tordre et de la morale dans l'administration de sa maison , et , à cet égard , il trouva bieaucoup d'appui dans les vertus de Louis xvi. On doit remarquer, dti resté , que M. Necker se bor-r noit alors à régulariser Tordre existant , sans entreprendre encore de le réformer :
mrm
(*) 22 décembre 1776.
SUR M. NECKER. Ixix
ce ne fut qu*en 1780 , après quatre années d'une administration glorieuse , qu'il se crut assez fort pour attaquer de front les abus dont la maison du roi fourmilloit^ et pour supprimer une partie de ces innombrables charges , 4ont les noms ridicules sufûsoient seuls pour indiquer l'inutilité. Nous parlerons plus tard de cette reforme, et nous verrons qu'en contrariant les intérêts de plusieurs personnages de la cour , qui ne dédaignoient pas les profits les plus subalternes de la domesticité , elle eut une grande part aux circonstances qui amenèrent la retraite de M. Necker.
Le règlement pour les dépenses de la maison du roi étoit accompagné d'un autre acte non moins important sur les pensions, les croupes et autres grâces pécuniaires. On désignoit sous le nom trivial de croupe j les intérêts dans les bénéfices de la ferme générale , attribués gratuitem^ent à des personnes que l'on vouloit favoriser. Ce genre d'abus avoit été porté si loin, que , sous l'abbé Terray, les croupes absorboient le quart des bénéfices de la ferme , et que sur soixante fernaiers-généraux , cinq seulement avoient place entière , tandis que tous les autres étoient grevés de croupes ou de pensions. En général ^^ on doit re-
marquer que si la gêne habituelle du trésor mettoit obstacle à la distribution des gratifications en ai^enf , on accordoit, avec la plus insouciante facilité , des grâces infiniment plus onéreuses pour l'état , telles que des intérêts dans les compagnies financières, des concessions de domaines, des exemptigns de droits. Le royaume de France ressembloit à ces maisons de grands seigneurs , où , au milieu du gaspillage et de la profusion, l'argent manque souvent pour payer des dettes criardes.
Parle règlementdu 22 décembre 1776, toute attributiond'intérêtdans les fermes ou les régies fut interdite, si ce n'est en faveur des personnes attachées à ces administrations (*). Il fut ordonné que les demandesde
(*) Les croupes furent définitivement reformées par l'arrêt de règlement du g janvier 1780. Voici comment s'erprime M. Necker dans le préambule de cet acte important , dont nous nous occuperons bientôt :
u C'est pour tendre encore à ce but (l'économie) que
■ Sa Majesté s'est proposé de réformer un abus long-
n temps consacré dans la ferme générale , et dont le bail
H actuel fournit des exemples frappans; cet abus est ce-
H lui des croupes, des pensions et des inléréts accordés
li dans les places des ferinicrs-généraus à des personnes
K absolument étrangères à cette manutenlion , abus qui,
ettant diverses classes de la société au partage
léfices des financiers , a dû prêter de la force &
rétentions , et accroître les obstacles qui se pre'-
: toujours aux projets de réformes et d'amélio-
Sun M. IfECKER. Ixxj
grâces pécuniaires de toute nature seroient désormais présentées au roi , à la fin de chaque année , afin qu'on pût en fonner le tableau général y et juger comparativement des titres de tous les pétitionnaires. Il fut établi en outre , que toutes les pensions nou- Telles seroient assignées sur le trésor royal , et que les. personnes qui les obtiendroient seroient obligées de faire connoitre tous les
« rations ; abus encore qui donne des armes à l'intrigue « contre le talent, en favorisant entre les prétendans «< aux places de finance , les homn^es les plus disposés à m faire des sacrifices, au préjudice de ceux qui croient « pouvoir se reposer sur leur capacité et sur leurs ser« « vices; .abus enfin qui cache aux yeux du souverain « l'étendue des grâces qu'il accorde , en même temps « qu'on est souvent parvenu à faire envisager cette espèce « de dons comme une simple distribution d'intérêt in- « différente aux finances de Sa Majesté^ quoiqu'il fat aisé «t d'apercevoir que tous ces partages , dans les bénéfices « des fermiers, retomboient tacitement sur le prix du « bail , et diminuoient les revenus du roi. »
En parcourant sommairement , comme je le fais , les principales opérations de M. Necker, je dois sans cesse renvoyer mes lecteurs à son Compte rendu , à son ouvrage sur V Administration des finances , et surtout aux préambules mêmes de ses édits. Ces préambules étant destinés à instruire les magistrats et le public des motifs de chaque disposition législative , et à suppléer par conséquent au résultat que , dans les pays libres , on obtient d'une manière plus complète de la discussion publique des projets de loi ; ces préambules , dis-je , ont tous été rédigés avec soin par M. Necker lui-même , et c'est une des lectures les plus instructives auxquelles un homme d'état puisse se livrer.
traiteraens doot elles pourroient jouir sur d'autres eaisses.
Les grâces viagères de toute nature s e-
levoient alors à vingt-huit millions. M. Nec-
ker, frappe de 1 enormité de cette charge,
s'ëcrie, dans le Compte rendit : « Je doute
« si tous les souverains de l'Europe ensem-
« ble payent en pensions plus de moitié
<f d'une pareille somme. » Et cependant ,
près la retraite de M. NecVer, le gouver-
ement ne songea pas même à profiter des
xtincttons qui arrivoient naturellement.
Il y avoit peu de mois que M. Necker toit chargé de la direction des finances ; et éjà, nouiseulement en France, mais en iurope, on fondoit les plus grandes espeinces sur son administration. Un monarue, homme d'esprit, écrivoit alors à son uibassadeur à Paris (*) : « Ce que vous me dites des talens de M. Necker, et de la sagesse de ses opérations, ne me surprend point. Cela répond parfaitement à l'idée que j'avois de lui. Sa marche sûre et réfléchie prou«e qu'il connoît les hommes et les afifaires, et si ses opérations réussissent , comme je l'espère , j'en auirai la plus grande joie. U est temps enfin
*} Lettre de Gustave m au corn te lie Creut2,i6 juin 1777.
SUR M. IfEGf EB. Ixxijj
u que la France se relève de 1 état où qua- (( torze années de mauvaise administration « Tont plongée. Faites mes complimens à « M. Necker^ et dites-lui tout l'intérêt que i< je prends à ses succès. La sûreté et le « bien - être de la Suède dépendent de la tf prospérité de la France , et de la considé- » ration qu elle acquiert par le rétablisse- (f mient de ses finances. S'il vient à bout de « cette entrçprise^ il aura rendu un aussi « grand service à moi qu'au roi de France. K L'Europe lui devra sa tranquillité 5 car ce c'est la France seule qui est en état de t< la Tnai^tenir. Je vais y de mon côté , faire « en petit ce qu'il fait en grand : je sens « combien il est doux et en même temps « difficile de faire le bonheur d'un peuple, t< et j'ai cependant l'intrigue de moins à « surmonter. »
Nous avons vu que M. Necker avoit été adjoint à M. Taboureau , sous le titre de directeur-général du trésor royal. En cette qualité 5 il étoit spécialement chargé du mouvement des caisses et de toutes les affaires relatives aux recettes et aux payemens du trésor. En thèse générale , ce serroit une idée fort sage, que la division du département des finances en* deux ministères, dont l'un seroit chargé d'asseoir les
Ixxiv NOTICE
impôts et d'en foire le recouvrement, tandis que Fautre en recevroit le produit , pour le distribuer ensuite sur tous les points où les dépenses seroient nécessaires (^). C'est ainsi qu'un riche propriétaire fait verser chez' son banquier les fonds perçus par son régisseur. Mais cette division, pour être salutaire , suppose des principes fixes , ttue bonne classification des impôts, une distribution méthodique du travail : au lieu de cela , il n'y avoit alors en France qu'abus et confusion j et, pour opérer des réformes urgentes , l'unité de vues étoit indispensable.
Quoique» M. Necker fût placé directement sous les ordres du roi , il étoit obligé de concerter toutes ses opérations avec M. Taboureau , et il se voyoit entravé à chaque instant par cette nécessité de traîner après soi un collègue dont les^ idées ne pouvoient pas marcher de pair avec les siennes. M. Taboureau le sentoit , c'étoit un homme doux et modeste , et il méditoit depuis quelque temps sa retraite , lorsqu'il y fut déterminé par une opération financière dont je vais rendre compte.
('*) Voyez à ce sujet une brochure publiée par M. Maston , esprit ^minemmeat clair et philosophique.
SUR M. VEGKEB. IxXV
La plus grande partie du détail des affaires de finances ëtoit distribuée entre six conseillers d'état , que Ton nommoit intendans des finances. Quoique ces intendans fussent placés sous les ordres du contrôleur-général 9 cependant Tétendue de leurs fonctions et Tinamovibilité de leurs charges , leur donnoient une importance souvent gênante pour l'administrateur principal. M. Necker reconnut que des charges constituées en titre d'offices ne conyenoient nullement à des fonctions administratives qui , n'étant qu'une délégation des pouvoirs du ministre , dévoient nécessairement être révocables à la volonté du gouvernement j si Ton vouloit donner au département des finances celte unité de système et d'action do^t le besoin se faisoit si impérieusement sentir. D'ailleursr ces intendans n'étoient rien moins que nécessaires ^ leur travail pouvoit aisément se répartir entre d'autres employés , et le remboursement de la finance de leurs offices offroit à letat une économie assez importante \ tels furent les motifs qui déterminèrent M. Necker à les supprimer. M. Taboureaû recula devant une mesure* aussi hardie que le sembloit alors cette suppression j et effrayé , soit du crédit des intendans des finances et de leur
IXXVJ NOTICE
nombreuse clientèle, soit du surcroît de responsabilité que prenoit sur lui le cbef du dëparten^nt, il se retira, et laissaM. Necker seul chargé du portefeuille des finances.
Si le nouveau ministre agrandissoit à la fois la sphère de son action et letendue de sa responsabilité , il voulut aussi s'entourer de plus de lumières , et il proposa au roi rétablissement d'un comité de trois magis-trats , chargé de prononcer sur toutes les questions contentieuses qui lui seroient renvoyées par le ministre des finances. Les affaires , suivant leur nature , dévoient y être rapportées par des maîtres des requêtes^ ou présentées par les premiers commis.
Deux des membres du comité contentieux furent pris dans le nombre des intendans supprimés ; l'un d'eux, M.Moreaude Beaumont , en eut la présidence. Ce conseiller d'état , en qui M. Necker avoit la plus grande confiance, se montra digne de ses nouvelles fonctions par de rares connoîssances autant que par une austère probité ; et les nombreux services que rendit le comité contentieux, prouvèrent combien ridée de cette institution étoit heureuse.
Il eût été naturel que M. Necker, devenu désormais chef unique du département des finances, fût admis au conseil, et prît.
SUR X. ITEGKER. Ixxvij
comme son prédécesseur , le titre de Contrôleur-général ; mais les usages de la monarchie s y opposoient , disoit-on. Ces prétendus usages de la monarchie étoient singulièrement flexibles entre les mains du plus fort ; mais comme , dans ce cas -ci , ils signifioient la jalousie de M. de Maurepas , on jugea qu'il étoit impossible de les enfreindre, et Fou fit revivre le titre de Directeur-général des finances , inusité depuis 1718, parce quil n'emportoit pas, comme celui de contrôleur-général , la qualité de ministre et le droit de prendre séance au conseil. Plus un pays est dépourvu d'institutions réelles , plus les futilités de letiquette y acquièrent. d'importance : la liberté , seule place les choses , aussi-bien que les hommes ^ dans le rang que la nature leur a assigné.
Le 29 juin 1777 , M. Necker fut nommé directeur-général , et dès ce jour-là même , il s'efforça de perpétuer l'une des économies que l'état devoit a son désintéressement, en abolissant les droits de contrôle qui étoient attribués au chef du département des finances, et formoient une partie importante de son revenu. Ces droits restèrent supprimés jusqtfen 1783, époque à laquelle M. de Calonne ne manqua pas de
Ixxviij NOTieE
les rétablir , en reprenant le titre de contrôleur-généïal.
M. Necker eut bientôt l'occasion de mettre en pratique ses principes sur lé commerce d^s blës. Une grande cherté de cette denrée se fit sentir dans tout le midi de la- France , et avertit l'administration quelle devoit être sur ses gardes. Trois arrêts du conseil interdirent l'exportation des grains dans les provinces de Guienne , de Roussillon , de Languedoc et de Provence 5 et les prix, rentrèrent dans le niveau. Ces arrêts , il est essentiel de le remarquer , tout en mettant quelques entraves momentanées au commerce extérieur , stipulèrent expressément la plus libre circulation dans l'intérieur de la France , et la faculté constante de réexporter les grains venus de l'étranger.
L'opération financière la plus importante de cette année ( 1 7 7 7 ) j fut l'arrêt du conseil relatif à la répartition des vingrtièmes. Cette opération*, qui fut vivement attaquée par les parlemens , m'oblige à entrer dans quelques détails.
Le premier établissement des vingtièmes remonte à 17 lo ^ époque oii , le trésor public étant épuisé par la guerre , Louis xiv mit un impôt proportionnel d'un dixième
SUR M. N£CK£R. Ixxiz
sur le revenu de toutes les terreg. Cet impôt avoît ëte abrogé et rétabli à plusieurs reprises: eu 1749 1^ c[uotité eu a voit été réduite à uu vingtième , auquel , en 1 7 7 1 ^ ou avoit ajouté un second vingtième , imposable , ainsi que le premier , sur les pro- . duits présumés de l'industrie , comme sur le revenu des biens-fonds.
Les impôts proportionnels au revenu présumé des contribuables sont sujets à beaucoup d'inconvéniens. Il faut ou courir le risque d'être trompé , en s'en rapportant à la déclaration des propriétaires y ou sou- ' mettre les fortunes à une inquisition qui devient facilement vexatoire^ Cependant ces inconvéniens se supportent chez les peuples 011 la liberté identifie la chose publique avec les intérêts privés , et oii chaque citoyen considère comme un devoir de prendre sa part des charges de 1 état ; mais combien ces mêmes inconvéniens ne devoient-ils pas être douloureusement sentis, dans un pays ou les privilégiés avoient tant de manières d'éluder les recherches du fisc , et de rejeter sur les classes inférieures le fardeau des taxes publiques ! Aussi l'inégalité là plus choquante régnoit-elle dans la répartition des vingtièmes. Les opérations entreprises pour vérifier la valeur des propriétés
IXXX irOTICE
avDient toujours ëtë abandonnées, soit par la difficulté réelle de ces sortes d'évaluations , soi jt par le crédit des propriétaires nobles qui , en général , ne payoient l'impôt des vingtièmes que dans une proportion fort inférieure à celle que dévoient porter leurs revenus j soit enfin à cause de l'opiniâtreté avec laquelle les parlemens s'opposoient à toute espèce d'amélioration dans la répartition des impôts. Déjà (en i759)M.Bertin avoit été victime de cette opiniâtreté , lorsqu'il avoit conçu le projet d'asseoir la taxe des vingtièmes d'une manière moins arbitraire , et de la çépartir avec une véritable équité , proportionnellement au revenu des terres. L'exemple de M. Bertin n'effraya point M. Necker, et /pour remédier à des abus qui açcabloient la classe pauvre , il provoqi^a l'arrêt du conseil du 2 novembre 1777. Cet arrêt ordonnoit que les vérifications des biens-fonds 9 commencées en 177 1 ,'continueroient d'avoir lieu , mais qu'une vérification une fois faite ne pourroit plus être renouvelée avant vingt années révolues, espace de temps suffisant pour donner une tranquillité parfaite aux propriétaires.
Il étoit ordonné, de plus, qu'aucun propriétaire jxe pourroit être imposé aundelà de sa cote précédente , si ce n'est sur une
SUR H. ITEGKER. Ixxxj
yërification générale et publique de tous les fonds de la paroisse , afin d'être assuré que la répartition se feroit d'utie manière équitable. On pourvoyoit encore , dans l'intérêt de la classe pauvre , à ce que l'évaluation des biens non affermés se fît avec modération. Enfin on supprimoit lesvingtièmes dindus-^ trie dans les bourgs et.dans les campagnes , et l'on annonçoit l'intention de supprimer également ce genre d'impôt dans les villes , aussitôt que l'état des finances le permettroi t . L'arrêt du conseil du 2 novembre 1777, donna lieu, de la part du parlement de Paris, à des remontrances fort curieuses , où les intérêts de la noblesse étoient défendus sous d'apparentes couleurs de justice , et où les droits de la nation étoient .mis en avant pour servir de bouclier aux abus dont profitoient les classes privilégiées. « Tout pro- « priétaire , étoit-il dit dans ces remon-^ « trancés , a le droit d'accorder les subsi- « des , ou par lui-même, ou par ses repré- « sentans \ s'il n'use pas de ce droit en corps ce de nation , il faut bien y revenir indivi- <c duellement; autrement il n'est plus maître . (¥ de sa chose , il n est plus tranquille proie priétaire (^). La confiance aux déclara-
(*) Voilà donc la doctrine de la résistance individuelle
IxXXij j ÎTOTICE
(c lions personnelles est donc la seule in- (c demnité du droit que la nation n'a pas « exercé , mais n a pas pu perdre , d*accor- (f der , et de repartir elle-même les vingtiè- « mes. Le royaume est inondé d'abus et rece tentit de plaitites , est-il dit plus loin , dans « les mêmes remontrances; les élections (( sont ravagées par des hommes sfiins frein « comme sans titre, qui sont aux yeux « de la justice des concussionnaires. Votre w parlement auroit dû les rechercher peutii être : cependant il a cru pouvoir sus- « pendre l'exerfcice de ses fonctions rigoui< reuses ,^ pour s'occuper du soin d'éclairer « voire justice. » Or ces concussionnaires que le parlement , s'il faut Ten croire , àuroit dû rechercher, n'étoient autres que les commissaires départis , que les fonctionnaires administratifs agissant au nom du roi, et faisant exécuter ses ordonnancés, ^uel état que celui où les tribunaux soiit en protestation permanente contre l'administralion , oii l'ordre établi n'est lui-même qu'un abus , et où tous les rouages du gouvernement
préchëe ouvertement en 1778, par ces mêmes hommes qnî, plus tard, ont perverti le sens des paroles d'un illustre ami de la liberté , pour lui faire lun crime d'avoir ait que rinsurrection contre la tyrannie seroit le plus saint des devoirs.
SUR H. A'ECKER. IxXXÎÎ]
sont amstamment arrêtés par des résistances partielles 9 qui gênent Faction du pouvoir sans profiter en rien à la liberté publique !
On ne sauroit nier cependant c[ue Timmutabilité des cotes des contribuables , réclamée par les cours souveraines y ne pût être raisonnablement défendue, et qu'on ne pût produire à l'appui de cette doctrine de beaucoup meilleurs argumens que ceux qui étoient mis en avant dans les remontrances du parlement.
L'impôt foncier est en réalité un impôt sur le capital , ou plutôt c'est une participationdu gouvernement à la propriété territoriale des contribuables. Pour se couvain* cre de la vérité de ce principe , il suiût de remarquer que toutes les fois qu'une propriété change de maitre , on estime sa valeur d'après son produit net ; c'cst-^-dire y que le capital correspondant à l'impôt foncier qu'elle supporte, est déduit du prix de -cette propriété calculé sur son revenu brut. Ce capital est perdu pour le vendeur ; c'est une portion de sa propriété dont Fabandon a été fait à l'état. Peu importe donc à l'acquéreur d'une propriété foncière , qu'elle soit grevée d'une imposition plus ou moins forte , puisqu'il se trouve remboursé
Ixxxlv WOTICTE
d'avance du capital de la somme annuelle qu'il doit à l'état. Il suit delà que, quelque inégale que soit la répartition de Fimpôt foncier entre les différentes propriétés d'un pays, si toutes ces propriétés ont change de maîtres , ce qui arrive nécessairement dans un temps donné , la condition des nouveaux possesseurs devient égale , pourvu que Timposition reste la même. Quarrive-t-il au contraire , lorsque l'imposition vient à varier ? si elle augmente , la terre perd en valeur une somme égale aa capital de cette augmentation ; si elle diminue , la terre éprouve , sans doute , un accroissement de valeur dont jouit le nouveau propriétaire; mais une véritable injustice est commua au détriment de l'ancien possesseur, qui se trouve avoir vendu sa propriété pour une somme inférieure à celle qu'elle représente depuis la réduction de l'impôt. On voit donc que lorsqu'une imposition foncière, quelque onéreuse qu'elle paroisse , a été payée pendant un certain nombre d'années, elle cesse en quelque sorte d'être une charge, et que la fixation de cet impôt devient la mesure à la fois la plus simple et la plus équitable. Mais pour que cette fixation puisse avoir lieu sans exciter de vives réclamations, il faut qu'il ny ait pas de trop
SUR M. NEGKEB. IxXXV
choquantes inégalités dans la répartition de rimpôt , entre les différentes provinces et les différentes classes d'individus. Or à répoqne dont nous parlons , c'étoit la classe la plus pauvre qui payoit les vingtièmes dans la proportion la plus rigoureuse ; en sorte que Timmutabilité des cotes eût été une faveur accordée précisément aux propriétaires qui n'en a voient pas besoin. L'arrêt fle novembre 1777 étoit donc un moyen terme fort sagement conçu ^ il satisfit Fopinion , et pendant le reste du mi-nistère de M. Necker, il n'y eut pas dix réclamations sur des règlemens de vingtièmes.
Pour compléter l'esquisse des opérations relatives aux contributions directes, je crois devoir antiaiper sur l'ordre des temps , et retracer ici un des actes les plus importans de l'administration de M. Necker, soit qu'on le considère sous le rapport politique , ou financier. Je veux parler de la déclaration du i3 février 1780, concernant la taille et la capitation.
De tous les impôts qui se payoient sous Fancien régime , la taille étoit à la fois le plus onéreux pour les contribuables, et celui qui étoit liTiré à l'arbitraire le plus absolu. En effet , tandis que les autres impositions
IXXXVJ WOTICB ^
ëtoient soumises à la formalité, souvent illu* soire il est vrai, de l'enregistrement dans les cours souveraines , la taille ëtoit laissée en entier à la volonté des^ ministres, et de simples arrêts du conseil d'état décidoient de l'augmentation ou de la diminution d'un tel fardeau. Aussi avoit-on abusé de cette facilité , et la taille s'étoit accrue dans une progression beaucoup plus rapide que les autres impôts. M. Necker, pressé de mettre un terme à cet abus, proposa au roi de ne plus arrêter à l'avenir qu'un seul brevet général , qui comprendroit avec la taille les diverses impositions qui s'y ratta'èhoient , et d'assujettir ces impôts , si on jugeoit jamais nécessaire de les augmenter , à l'enregistrement des cours supérieures. Ainsi ce ministre qui neftraignoit pas de s'exposer à l'irritation des parlemens , en combattant leur résistance à l'autorité royale , toutes les fois que cette résistance n'étoit pas fondée sur la justice , ce même ministre ne craignoit pas non plus d'accroître leur influence, lorsque le bien du peuple lui sembloit y être intéressé.
L'impôt de la taille se divisoit en faille réelle y qui s'imposoit sur les biens-fonds 5 en taille personnelle f qui étoit payée par les personnes taillables en raison de leur for-
SUR M. ff£C&ER. IxXXvij
tune présumée, et en taiÛe mixte, qui participoit des deux autres. La capitation taillable qui fornioit la plus grande partie de la capitation y étoit répartie en proportion de la taille. Dans plus de la moitié de \^ France, la taille étoit personnelle, et cet impôt, comme Ton sait, portoit uniquement sur les classes pauvres et laborieuses , à l'exclusion des nobles de naissance et de diflérens officiers dont les charges conféroient la noblesse. L'intérêt et la vanité conspiroientdonc pour engager les propriétaires jouissant de quelque aisance, à acheter des offices qui les exemptassent de la taille ^ et la portion de cet impôt dont ces nouveaux noblesétoieqt affranchis, en compenaation de la finance d^ leurs charges, ne manquoit jamais en réalité de retomber sur le peuple. Cependant, les privilèges de date récente étoient toujours plus ou moins précaires, et il n étoit pas rare que le roi les révoquât , lorsque le trésor éprouvoit quelque gêne extraordinaire j c'est ainsi que l'éditde 1764 a voit suspendu pendant la guerre tous les privilèges relatifs à la taille, excepté ceux qui étoient attachés à l'ancienne noblesse , et aux offices des cours et compagnies supérieures. L'édit de juillet 1766 rendit aux privilégiés d'un ordre secon-
Ixxxvîij i^oTrCE
daire, rexemption de la taille d* exploita** iion. Cet édit, après avoir fait rënumération des divers officiers exempts de Ist taille^ en vertu de leurs charges, ajoute : « Pourvu c( qu'ils ne prennent aucun bail à ferme , et « ne fassent aucun trafic qui déroge à leur (c privilège. » C'étoît dire en d'autres termes 5 qu on les exemptoit de participer aux charges de l'état^ à condition de ne pas contribuer à l'accroissement de ses richesses.
Les maux résultans de l'inégale répartition de la taille et des impositions qai en dépendoient, n'étoient rien encore en comparaison de ceux qui naissoient des variations continuelles auxquelles ces impôts étoient sujets. Ce fut donc de la part de M. Necker une cpnception fort élevée , que de fixer la quotité de la taille et de la capitatîon taillable. Cette mesure , salutaire dans les provinces où la taille étoit réelle , le devenoit bien davantage dans celles où la taille étoit personnelle, c'est-à-dire, dans la plus grande partie de la France, car c'étoit un bienfait immense pour les contribuables, que de se voir afiTranchis d'une inquisition annuelle, sur l'étendue de leurs facultés pécuniaires. Il ne faut pas ou- Wier d'ailleurs, que M. Necker, frappé dôs
SUR M. irxCKER. IxXXÎX
inconvëniens sans nombre de la taille personnelle , se promettoit , à la paix , d'abolir entièrement cet impôt. (^)
Quoique je me sois prescrit de me borner à un récit fidèle des faits , et de n'entrer dans aucune discussion polémique y je ne puis m'empêcher de faire remarquer ici jusqu'où ont été, parmi les ennemis de M. Necker , les étranges contradictions de l'esprit de parti. Défendoit-il l'autorité royale contre l'opposition capricieuse des parlemens j il abandonnoit la cause de la nation : soumettoit-il à l'enregistrement des cours supérieures des actes abandonnés jusque-là aux décisions arbitraires du conseil d'état^ il détruisoit les prérogatives de la couronne , et manquoit à ses devoirs , comme ministre du roi : ramenoit-il sous la main de l'administration des fonctions qui s'en étoient mal à propos affranchies ; son ambition n*avoit point de bornes : sou-» mettoit^l les décisions contentieuses aux lumières d'un comité de magistrats ; manque de savoir, timidité d'esprit , dîsoit-on : ordonnoit-il hardiment des réformes justes et indispensables ; témérité , excès de confiance en lui-même, s'écrioient aussitôt
(*) Voyez le Compte rendu, tome in , page go.
XC WOTICK
ses adversaires. C'est ainsi que Tami éclairé de la^ustice doit S'attendre à voir l'intrigue revêtir toutes les formes , et se servir de toutes les armes pour entraver sa marche vertueuse.
L'établissement d'un Mont-de-Piété à Paris se rapporte à l'année 1777 J cette opération a été sévèrement et injustement critiquée. Sans doute les Monts-de-Piété ont des inconvéniens que M. Necker ne se dissimuloit point : ces ineonvéniens leur sont communs avec plusieurs établissemens de charité destinés à soulager l'indigence , et qui , en diminuant chez les classes pau-vres l'activité , seul remède vraiment efficace contre la misère , augmentent quelquefois le mal qu'ils sont censés combattre. Mais Paris étoit livré aloi*s aux spéculations honteuses d'une foule d'usuriers qui abusoient avec rigueur de l'ignorance.et de , la détresse du peuple , et que l'on ne pouvoit réprimer que par la concurrence d'un Mont-de-Piété.
Le même principe , trop peu respecté • dans la plupart des législations , qui veut que l'on ne mette point d'entraves inutiles à la vente des immeubles y afin de ne pas les forcer à rester en des mains où ils se détériorent, au lieu de passer à des proprié*
SUR M. NECKEll. XCJ
taires plus riches ou plus industrieux , qui en augmenteroient le produit et la valeur ; ce même principe veut aussi que les effets mobiliers restent en la possession de ceux qui en tir^t le parti le plus avantageux. Or 9 comme un meuble ne sauroit avoir pour personne autant de valeur que pour celui qui la acheté y ou fait fabriquer pour son usage, rien nest plus désirable que d'épargner aux individus de la classe pauvre j la nécessité de vendre à vil prix des objets dont là valeur vénale est toujours minime , en comparaison de Futilité quUls ont pour leurs possesseurs.
Cette vérité est si généralement sentie , que dans diversiieux où il existe des Montsde--Piété , comme , par exemple , dans la plupart des grandes villes de l'Angleterre et de la Hollande y on voit des maisons de prêt particulières s'élever en concurrence avec l'établissement public. Souvent même les emprunteurs des classes pauvres préfèrent porter lem's effets à ces maisons de prêt 5 et leur payer un intérêt plus considérable, qae de s'assujettir à toutes les formalités qu'exigent les Monts-de-Piété. Un prêteur particulier offre , en effet , aux emprunteurs plus àd facilités que ne peut en offrir une administration publique, pour
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le renouvellement partiel du prêt j pour rechange des effets mis en gage , pour l'heure de rengagement et du dégagement 5 et ces avantages compensent souvent la différence d'intérêts. Mais il n'^n est pas moins incontestable que les Monts-de-Piété agissent comitie régulateurs de l'intérêt des prêt sur gages , et que , sous ce rapport du moins, ils sont utiles à une classe nombreuse d'emprunteurs.
L'année suivante, 1778 , fut consacrée par M. Necker à deux grandes entreprises : d'une part à préparer l'établissement des assemblées provinciales , et de l'autre à assurer, par des réductions dans le nombre et les profits» des gens de finance , des économies suffisantes pour faire face aux emprunts qu exî^eoit la guerre. L'on sait que M, Necker s'étoit opposé de tous ses efforts à la rupture avee l'Angleterre : l'on . sait aussi qu'avant lui , M. Turgot , qui prévoyoit depuis long -temps la révolution d'Amérique , avoit songé d'avance aux moyens d'éviter la guerre , lorsque cette grande explosion auroit lieu. Cependant on ne peut soupçonner aucun de ces deux hommes d'état d'avoir été indifférent à la plus belle cause dont les annales modernes conservent le souvenir j mais ils pensoient
SUR M. ITECKER. XCÎÎj
l'un et l'autre qu'aucun succès de politique extérieure ne pouvoit être mis en balance avec les avantages assurés que la paix pro* mettoit à la France y et qu'un pays doué de tant de richesses naturelles n'avoit qu'à perdre aux combinaisons factices de la guerre. Lorsque l'on considère les résultats de la lutte , l'indépendance du Nouveau- Monde assurée sans violence et sans injus-^ tices , la liberté d'un grand peuple fondée par un effort sublime de courage et de raison , fou a peine à concevoir comment tous les amis de l'humanité n'étoient pas entraînés par cette ardeur qui enflamtiioit l'âme généreuse de La Fayette ^ mais si de ce grand spectacle on abaisse ses regards sur le cabinet de Versailles , sur les motifs mesquins , sur la politique routinière qui engageoient le gouvernement françois dans une querelle dont il étoit loin de sentir le danger pour lui-même, et l'importance pour le monde entier , on reconnoîtra sans doute que M, Nêcker avoit raison de détourner Louis XVI d'une agression qui n'étoit point alors motivée par la conduite de l'Angleterre envers la France, '
Je m'arrêterai peii à parler de l'établissement des administrations provinciales ; je ne pourrois offrir au public qu'une foible
CXÎV NOTICE
contre-épreuve du Mémoire de M. Necàer sur cette importante question , et du chapitre que ma mère y a consacre dans ses Considérations sur la révohuionjrançoise^ L'idée première des assemblées proyinciales avoit été , comme on sait , conçue par M. Turgot , et elle se lioit dans soa esprit à Tensemble d'un projet qui n'alloît à rien moins qu'à changer toute l'orgiani*sation politique de la France. M. Necker adopta un plan moins ambitieux , ou plutôt moins impraticable. Il y a deux manières de procéder en politique : l'une , qui satisfait daviintage les esprits systématiques , consiste à renverser ce qui existe jet atout reconstruire sur de nouvelles bases ^ l'autre , à laquelle des observateurs plus attentifs de la nature humaine donnent la préférence , consiste à créer d'abord une institution salutaire , et à laisser ce germe de vie se développer et triompher progressivement des obstacles qui gênent son accroissement- Ce fut cette dernière marche que suivit M. Necker : il établit d'abord une administration provinciale , puis deux , puis trois , se filant à l'avenir pour démonti:er les bienfaits de cette institution , et vaincre l'opposition' intéressée des parlemens. L'assemblée provinciale du Berry , et celle de
SUR M. KECKER. XCV
la Haute-Guienne , eurent en peu de temps les résultats les plus salutaires ; Tabolition des corxnées et une rëpartitiou plus* équitable des impôts en fuwnt les fraits immédiats. Celle dû Dauphîné éprouva quelques retards, à cause des difficultés qui. survinrent ^ soit pour la présidence, soit pour concilier les prétentions des anciens barons des états avec celles de Tordre de la noblesse (^) , et M. Nccker éprouva d'autant plus de regret de ces difficultés , que le parlement de Grenoble , se distinguant bonorablettient des autres cours supérieures , àvoit mis beaucoup de zèle à favoriser une institution destinée pourtant à diminuer son influence dans les affaires administratives. L'établissement de rassemblée provinciale du BoUrbonnôis fut entravée par la résistance de l'intendant de Moulins , et nous verrons plus tard que le déplacement de cet intendant fut demandé par M. Necker,
(*) Saint -tiambert ëcrîvoit à maclame Necltcr, au sujet de radmmistration provinciale dn Daupliinë : « Je « vois avec -bien cl€ la «atisfaiotiaa que M. Necker a pu M Composer les nouveaux états provinciaux d'un moindre u nombre d'évêques et de nobles que ceux du Berry, et « qu'ils ne seront pas présidés ^ar un prêtre. Je ne désire .4c plus qu'une dhose, c'est que ce nouveau genre d'admi- K nistration , le meilleur possible , à ce Qu'il me paroit, «( soit établi d'une manière durable. »
XCVJ NOTICE
en 17819 comme mie des conditions sans lesquelles il ne pouvoit consentir à rester ministre. Nous verrons aussi par quelle trahison fut rendu public le Mémoire sur les administrations provinciales j mémoire qui n'ëtoit destiné qu'à éclairer la décision du roi.
Les assemblées provinciales furent composées par moitié de membres du clergé et de la noblesse , et de députés des villes et des campagnes. Je ne répondrai point à ceux qui dès lors trouvèrent mauvais que Ton fît la part de la nation égale à celle du privilège ; sans parler de justice , ni de sens commun , un obstacle positif empêchoit que Ton n admît une plus grande proportion de nobles dans les administrations de province ; c'est que l'intérêt et la vanité ayant depuis longtemps attiré à Paris toutes les principales familles de la noblesse , il eût été impossible de trouver parmi les membres de cet ordre un nombre suffisant d'hommes qui réunissent des connoissances locales à des idées d'administration. Quelques^ personnes , en revanche , blâmèrent M. Necker d'avoir placé trop de prêtres dans ses nouvelles assemblées. Ce reproche , qui seroit fondé aujourd'hui 5 ne l'étoit nullement alors , puis-' que le clergé possédant, comme propriétaire
SUR M. ITEOKER. ^Cvij
OU commeusufruitier, uneportion des terres du royaume 5 dont les revenus ne montoient pas à moins de cent vingt millions , ses intérêts avoient évidemment droit à être représentés. Il faut se rappeler dailleurs que le clergé de France étoit riche alors en savoir et en vertus, et qu'à une époque oii le catholicisme n'étoit pas encore devenu une des armes de l'esprit de parti , on rencontroit souvent parmi les njemhres de l'ordre ecclésiastique le patriotisme le plus éclairé. Aussi M. Necker, quoique protestant , avoit beaucoup d'estime pour le haut clergé 5 et en étoit à son tour fort considéré. Je citerai à l'appui de cette assertion, un fait assez curieux.
L'archevêque de Paris , ce même Christophe de Beaumont que l'éloquence de J. J. Rousseau fera passer à la postérité , étoit un homme charitable et reli gieux , bien qu'étroit dans ses idées sur la philosophie. Ayant gagné en 1779 , contre la Ville de Paris , un procès considérable qui établissoit son droit de censive sur plusieurs édifices , il abandonna à M. Necker , pour êtye appliqués à quelque objet d'utilité publique 5 les arrérages qui lui étoient dus , et qui montoient à une somme très-forte : « Consentant, disoit-il.dans sa donation ^
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j< que M. Neckei* dispose de ces fonds; pour «• le plus grand aTântage de Tétat , et nous (V en rapportant à son zèle , à son scmour du « bien public et à sa sagesse ^ pour Remploi (( le plus utile desdits fonds 5 et voulant de « plus qu'il ne lui soit demandé compte de « Cet emploi par quelque personne que ce H soit. » Les cent mille écus , ou environ , qui provinrent de ces arrérages ^ furent consacrés à l'amélioration de THôtel-Dien, M. Necker pensant que cet usage charitable Seroit le plus conforme aux intentions du donateur.
M. de Pontchartraiii disoit à Louis xir î ce Toutes les fois que Votre Majesté crée {( une charge, Dieu crée un sot pour 1 achète ter. » Aussi les charges de cour , de finance , de judicature , avoient - elles été multipliées à Texcès : c etoit la ressource la plus habituelle lorsqu'on avoit besoin d'argent. Cependant le véritable sot en cette affaire , c'étoit l'état j car les secours momentanés que le trésor retiroit de la finance de tous ces offices , n'étoient nullement en proportion avec la dépense durable dont le gouvernement se chargeoit en les créant* M. Necker voyoit un double avantage dans la suppression des charges inutiles dont la finance étoit encombrée : d'une part une
SUR ]kf,.y£QK£H. xciv
éefmoxrkie iqlmécli^te ^aX 4é Vmtxe une dis^ tribution plus méthodique du travail , qui promettait de WHiveUas écoQomîes pour rûvenir. Cette réfleùo» e»t eneoire essentidlemeut applica^e à l'état actuel de la Frapce j le goi;(reniement impérial , joint 9UX traditions de rancien régime , y a multiplié le$ emplois dans vme proportion dét me&uréè ; et lea hommes instruits des questions administratiyes , s'accordent a dire que l'on rendroit service à la cjiose pu- Mique , en supprimant dans presque tous les ministères un très -grand nombre de places y dût-on même conserver aux titulaires, pendant leur vie, les trailemens dont ils jouissent aujourd'hui ^ sans autrç con-^ ditîon que celle de ne rien faire, M. Necker {consacra quatre années à la réforme des charges inutiles de son département ^ entreprise .difficile , qui commença en 1777 par la suppression de plu^ de cinquante offices de contrôleurs et receveurs dss domaines ^ et qui fut achevée en a 7 80 , par celle de quarante-*huit places de receveurs génëranx, Nous^arlerons plus tard de cette dernière opération , et des haines actives qu'elle suscita contre M, Necker : nous avons maintenant à nous occupa de la réduction du nombre des trésoriers et des
IfOTICE
améliorations dans la comptAilité qui en furent la conséquence.
Il y avoit autrefois auprès de chaque département ordonnateur, et même auprès de chaque division de ce département , un payeur entre les mains duquel on versoit par avance les fonds nécessaires pour la dépense présumée de chaque service. Ces payeurs généraux 5 sous le nom de trésoriers, caissiers , argentiers, etc., s'étoient multipliés au point qu'il n y en avoit pas moin^ de treize pour les seules dépenses de la maison du roi^ huit pour la guerre, deux pour la marine, deux pour les ponts et chaussées , un pour la police , un pour les haras , un pour les postes , un pour les mines et l'agriculture ; je ne finirois pas si je voulois en épuiser le nombre. A chaque office de trésorier étoient attachées une , deux et jusqu'à trois charges de contrôleurs : tous ces employés divers étoient alternati*vement en exercice, et prenoient le titre d! ancien ; d alternatif ^ de triennal ou de quatriennal^ suivant que leur tour rêve-
noit tous les deux, tous les trois ou tous les quatre aùs.
Ceux qui, par l'étude des comptes de
finance, ont pu se convaincre de la difficulté
de clore un exercice, jugeront aisément com-
SUR M..]!r£GK£ll. CJ
bien cette difficulté ëtoit accrue par la mul'tiplication du nombre des comptables. Aussi ëtoi^il presque sans ei^iemple que le compte d'un exercice fût dë&^itivement apure moins de trente ans après lit âifit da cet exercice. La facul^ aciCCHrdée aux trésoriers, de recevoir d<9S dépôts d'argent étrangers à leurs fonctions, sans être tenus denfaire mention dans leurs écritures publiques , achevoit d embrouiller la cotuptabilité^ et rendoit impossible de vérifier, avec exactitude , Pétat de leurs caisses.
Un auU*e inconvénient bien plus grave du système dçs trésoriers , c etoient les voyages continuels quç faisoit l'argent , en passant des caisses diss receveurs élémentaires à celles des trésO]:îers généraux ^ et en retournant de là , diminué des frais de transport et. des taxations des trésoriers , sur les lieux ou les dépenses dévoient être acquittées. Chacune des caisses entrainoit un fonds mort cpù étoit enlevé à la circulation , ou dont l'intérêt du moins étoit perdu pour l'état; car d'un autre côté , tous les princi-^ paux trésoriers , pour tirer parti des som-* mes qui leur étoient confiées , mettoient en circulation des billets au porteur, à Tinsu de l'administration des finances, et sans sa pïffticipatÎQn. Ënfin^ ^au lieu que les tré-
cij iroTiCE
sériers reçussent un traitement fixe , leurs taxations étoient en raison directe de la sdmnse des payemensf^lls avoieitt à faire ^ d'où il réfivdtèit'qnMlsf^^t tous inlëi^seiâ à ra!Ccro(issetta?ent ^4à dëpeiisé, et qlie leurs re%^^tts '«ugmehKÂeât eb "UttÈtpi de guerre^ c'estnà^ite^dànè le mcM^Gtctaft nléiârie où il étpit le piiùB iiëc«S8à4TO de réduire lès frais de |- administration intëri^re. On<îon* çoit de reste tous les ittconv€*iieos4'*to J)àreil système^ et rimj^OÉt&âcé quelM.ïîèèker mit à le réformer.
n commença ^t ^sotMièttre toutes les caisses d;e dépenses à ùné comptabilité régulière j il exigea, soit des trésoriers généraux soit des trésoriers de ptiovînces , d'envoyer moi^ par ïnois à ràdtninis«ratio*i des finances la copié de leur }0urHàl : il fefflr intettdit de faire, pô^iS* lé service de leurs déparceuïens, tti avancés ni billets à ternie , sans y évte fOrtttéftlfement autorises 'pér le ministre Ôès finances ; il régla leirts taxations d'apl*ès des bàisés pkis ràiâottnablieè ; en offràtrt lé rttttbdtir^emeht ^e leurs charges à temfe ceux ^ui ne serbîent pas satisfaits dtt nouvéï brdre de choseis. Bnèn > il réduisit progressiwment le noinîiirè -dès cai^sses, tet sKlbstîtiià à tous ces trésoriers et èdnti^élçUi^ dont f ai indiqué Téhumé*
SUR ]||. frcc&ER. ciij
ration, on trésorier payeur gëoéral pour la guerre, un pour la marine, un pour les pmifts et chaussées et la navigatkm^ ua pour les maisons du roi et de la reine , et un pour les dépenses «diverses. Cétoit eficcMie Jbeauooup peu^tre , ^t si ks -besoins de la gu»re avoient permis à M. N«cker de reiMmc^^À Ja ressource que lui offroienjt les finances de ces offices , il y a lieu de <;roire qpi'il eût poussé la reforme {^usloin, et qu'il eàt examine jusqu'à quel point 'A étoit nécessaire d'avoir deux espèces de caisses,. des ânes destinées à la recette, les antreS'à la dépense , et s'H ^'étoit pas possible de siq^riimer en entier les payeurs.
AqJ0ixni>hai nous javons ^encore des payeurs en iErance , «et ce «ystème vicieuK trouve des ^djéfenseur& On se fonde sur ce iqnO'lâ 3X>cette et la dépense étant des opéra^ -tiioiis opposées , on ne peut les confier ausc «mêmes a^ens : mais il y a là eireur dans les termes ; on .confond la dépense avec le payemenLJ^éa^&ï^T ou /)rdonnancer, c'est un acte d'administration qui exi^ la connoissance de tel ou tel service , et dont rordonnateur est responsable sous le rapport de son intelligence^ coffime sous celui de sa fidélité ; dépenser , en un mot, c'est gouverner. Mais payer,.n'est qu un acte ma ;
civ KOrTICE
tëriel , qui se concilie si bien avec celui de recevoir, qu'on ne peut se figurer ni un payeur qui ne soit en même temps receveur, ni un receveur qui ne soit payeur à son tour. Quel négociant songeroit jamais à avoir deux caisses , dont l'une seroit chargée de recevoir les profits de son commerce , et Fautre d'acquitter ses lettres 4e change ?
C'est une étude sèche , sans doute , que celle de la comptabilité^ mais son importance lui donne pourtant quelque intérêt» On se rappelle que Sully raconte dans ses Mémoires , comme un trait d'une ^ande profondeur, la précaution qu'il eut de garder par-devers lui un bordereau des recou- * vremens que lui avoit valus sa tournée dans les provinces ; et en effet une telle précaution étoit alors si inusitée , qu'au bout de quelques mois le contrôleur^gënéral avoit déjà frustré l'état d'une partie de ces recou** vrémens , ne doutant pas que le bordereau, moyen unique de vérification, ne fut égaré, comme M. le surintendant s'étoit amusé à le faire croire, pour tendre un piège aux gens de finance. Un siècle plus tard,la comptabilité publique étoit encore tellement dans l'enfance , qup l'on voit Pélisson , dans sa défense de Fouquet^ s'étonner comme d'une chose inouïe, que l'on puisse, au bout