‹ Œuvres complètes de M. Necker (volume 4)Chapitre 55 sur 79 · SUR hk LiGISLATrOÏT · texte numérisé non relu

SUR hk LiGISLATrOÏT

d'égalité dans les prix ; mais elle àuroit pu y parvenir par d'autres limites, et par des arrangemens qui n'auroient point élevé constamment le prix delà denrée de nécessité.

Ne doutons point , au reste, que l'Angle^ terre ne puisse être plus hardie que la France dans le commerce des grains ; environnée de la mer de toutes parts , elle a de beaucoup plus grandes facilités pour recevoir des se-« cours; et tandis que ses colonies sont agrir coles et lui apportent des blés, la France, bien loin d'en pouvoir attendre des siennes ) est obligée de les nourrir.

Enfin ) il est une grande considération ap-r plicable à tous les argumens qu'on tire de l'exemple des autres états pour donner, des leçons à la France; c'est que la disparité de population change absolument tous les prin^ cipes sur cette matière. Il est ai^ié de faire sentir cette vérité.

La Hollande contient un million d'habitans, l'Angleterre six, la France vingt-quatre; ainsi, à égalité de récolte, quand la Hollande, ou ]tout autre état semblable, a besoin d'un secours ex^ traordinaire de cent mille setierjs pour modérer ses prix , il en faut six cents à l'Angleterre, et deux millions quatre cents k la France; cependant, il s^en faut bien que cette disproporn*

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lion dans les besoins soit balancée par une semblable disproportion dans les ressources ; car, s'il n'y avoit , par hasard , que trois cent mille setiers à vendre dans les marchés de l'Europe, et que les seuls acheteurs fussent les trois nations que nous venon&de nommer,' la Hollande parviendroit à s'emparer du tiers de ces blés, vu que, pour l'acquisition d'une telle provision, elle seroit égale en force h la France et à l'Angleterre ; alors cependant , elle atteindroit à son but, tandis que les deux autres royaumes, en obtenant la même quantité, ne seroient pas secourus.

• Ainsi , plus un pays est peuplé , plus il doit être timide dans les lois d'exportation , parce qu'il éprouve nécessairement de plus grandes difficultés que les autres états, lorsqu'il vetit obtenir des secours proportionnés à ses besoins. ' "Concluons donc de ces différentes observations , que lors même qu'on n'cnvisageroit pas la loi angloise sur les primes, comme étant contraire aux principes politiques qui doivent être adoptés par tous les états, elle seroit au inoins abtolument incompatible avec les cir* constances générales d'un royaume tel que la France.

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