CHAPITRE IX
Faut-il faire garnir de blés leis marchés par
autorité ?
Tout usage de Fautorité qui n'est pas indiqué par la loi , est un des plus grands abus de la société ; cette méthode nourrit parmi les citoyens*un sentiment d'inquiétude qui altère leur bonheur.
La nature a mis tant d'obstacles invincibles il la félicité des hommes, qu'un des plus grands bienfaits qu'ils puissent recevoir des souverains, c'est d'être préservés de tous les maux d'imagination que plusieurs institutions de la société entretiennent encore.
L'incertitude sur ses droits , le sentiment d'une injustice, l'aspect d'une partialité, dis» tillent continuellement une source d'amer* tume qu'il seroit aisé de tarir, en détruisant toutes les dispositions arbitraires qui ne sont pas commandées par la nécessité. Les subalternes à qui , de degrés en degrés , l'autorité est confiée, commandent avec tant de plaisir, qu'on ne sauroit trop se défier de leur légèreti^ et de leur imprudence ; mais lorsqu'on veut en connoitre les inconvénient, ce n'est pas*
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uniquement sur le nombre des abus qu'il faut arrêter son attention : on doit mesurer encore, s'il est possible , l'étendue de l'inquiétude qu'inspirent tous les actes de pouvoir dont les principes ne sont pas conpus; c'est ainsi que la taille > c'est ainsi que la corvée, c'est ainsi que la milice , sont des sources de peiûes ; il ne faudroit confier à la volonté capricieuse des hommes que ce qu'on vbudroit remettre au hasard , et il ne faudroit confier aq hrfsard que ce qu'on voudroit agrandir et multiplier par l'imagination et par l'espérance,; ainsi le peuple le plus heureux seroit celui qui ne pourroit connoître la puissance arbitraire que par des traits de bienfaisance ; car alors moins il comprendroît cette puissance, moins il en connoitroit la marche et les moyens, plus son imagination abandonnée ajouteroit à son bonheur.
Il faut compter parmi les dispositions arbitraires, les ordres donnés, sans aucun principe fixe, aux fermiers ou aux propriétaires d'apporter des blés, tel jour, dans tel marché; le bonheur public réclame contre cet usage.
S'il éloit possible d'établir une règle générale , uniforme et constante , par laquelle chaque propriétaire sût dans tous les temps , quelle quantité de' blés il doit porter à tel
ET LE COMMERéE DBS CRAmS. 23t
piàrché; cette convention perpétuelle formeroit une des bases de la société, personne n'auroit à se plaindre , personne ne seroit malheureux par elle; mais une telle loi est impossible.
D'un autre côté, tant que les hommes sont dans l'habitude de venir- traiter au marché de leurs différens besoins, il est important à l'ordre public qu'on puisse trouver pour son argent la deixrée de première nécessité ; car si, dans une société bien ordonnée , tout propriétaire ne peut être contraint qu'à l'extrémité , à une disposition de ses grains qui n'est pas prescrite par les lois , dans une pareille st)ciété aussi , nul citoyen ne doit mourir de faim , quand il a de l'argent, et qu'il y a des subsistances superflues. Aussi n'est-ce point par indifférence , ou par abandon de ce dernier principe^ le ^lus sacré de tous, que j'ai fait valoir les droits de la propriété contre les dispositions arbitraires; mais parce qu'il me paroit très-aisé d'empêchçr qu'on ne crie jamais à là famine au milieu de l'abondance» sans déployer aucun acte d'autorité envers les propriétaires, mais en prenant constatn^ ment des pr^utions sages : ce sera l'objet de i
nos recherches dans la dernière Partie de cet ouvrage.
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