‹ Œuvres complètes de M. Necker (volume 4)Chapitre 60 sur 79 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Sur lés appro^isionnemens dirigés par* ie gott--

vernement.

Lb gouvet6emenl se mêlé immédi^temeiat du commerce dj^ bléa, lorsqu'il charge des aé* goeians d'èà faire passer d'une provînoe dims une autre ^ ou d^en faire venir des payd étrânr gers; Teffet de son interveniion ^ Lorsqu'on 1 V perçoit, est oemmuoiéraént d'éloigner tous I^s a:i»tres marchands; .«pacoe. qkie ^ n'agissant qu? pour gagner, ils craignent d'opérer en. concurtenceavêùtettréser public qin peut et. qui reut

ET LE CÔMMEKCE DES CRAINS. *i35

perdre. Alors la. fonction du gouvernenient augmente chaque jour; il n'avoit d^abord voulu porter qu'un îsecours modéré; il faut bientôt qu'il pourvoie à tous les besoins^ parce qu'on ne s'unit point à lui; ses opérations, qui s'éten* dent, peuvent quelquefois excéder ses moyens; et par un second inconvénient, dàiis lé temps qu'il perd , il est soupçonné de gagner, et le peuple attribue à des vues intéressées les se^ cours qu'il reçoit de sa bienfaisance.

Ainsi, l'intervention constante du gouvernement dans le commerce des blés , est contraire au bien de l'état; elle est surtout des-, tructive de cette précieuse opinion , de cette tendre confiance qui doivent lier le peuple à son souverain.

Mais en même temps que cette intervention constante est très-dangereuse,le gouvernement en France ne peut jamais répondre qu'il ne survienne des circonstances, où il sera contraint de se mêler momentanément des secours nécessaires à l'approvisionnement d'une province ou d'une partie du royaume.

En effet, que par un renchérissement, suite d'une rareté véritable ou de Tabus de la liberté, le peuplé s'aigrisse contre les monopcfleurs; qu'avec fondement ou sans raison il leur attribue ses souffrances; que les n^ocians

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considérables , les seuls qui soient en état ée faire le coipmerce maritime^ aperçoivent qu'ils «eroient obligés de Tendre fort cher les blés qu^ils introduirbient eh France , parce qu'ils les auroient achetés de même au dehors.; ils craindront d'être insultés ou jugés injustement par le peuple , et de n'être défendus que foiblement par les citpvens plus éclairés ; le bénéfice qu'ils pQurroient faire ne les déterminera pas à braver de pareils désagréraens; en vain alors le ministre leur promettra sa protection; il pourra les défendre par la force souveraine contre les insultes de la populace, mai;» il n'a point d'égide contre l'opinion.

Si cependant l'administration voit les né-gocians découragés, si elle craint que la sub-. sistauce d'une partiedu royaume ne soit incertaine, si elle apprend seulement qu'une province n'a pas de blé pour plus d'un mois, si des avis encore plus exagérés surviennent; alors les encôuragemens généraux qu'on pourroit donner aux négocians, et l'intérêt personnel qu'on leur supposeroit, ne suffiront plus, et très-probablement un commissionnaire sera chargé d'achetei* promptement une certaine quantité de blés , et de la faire passer dans les lieux où l'on craint la disette. D'un siècle à l'autre, on confie la subsir

staQce et la tranquillité publique à la puissance de la liberté , à la force de Finlérêt personnel , et à tant d'autres principes abstraits bien respectables; mais à un mois de diç|;ance , mais à huit jours , tout change , et Ton court au remède par le moyen pratique le plus sûr et le plus prochain.

Il est eneore d'autres circonstances où lei gouvernement peut ordonner des achats de grains. ^ i

Si des événemens politiques qu'il ne veut j^s faire connpitre ^ l'engagent à former des magasins , il faudra bien qu'il en charge quelqu'un en particulier.

Dans tous les temps , on doit préparer des provisions pour les troupes, .non -^seulement pour en être assuré , mais encore parce qu'on doit envisager cammé important de fournir aux soldats lé pain qu'ils consomment, au lieu de leur en payer la valeur en argent, afin qu'ils soient toujours sans intérêt dans les murmures du peuple , sur le haut ou le bas prix des subsistances. Ces opérations cependant entraînent le choix d'un commission-* naire^ ou d'une compagnie chargée d'acheter des blés de la part du. gouvernement.

f^nfin , une capitale immense impose à Tad- ^inistration une surveillance continuelle; la

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réunion de six cent mille personnes rassemblées près du "prince , et qui se pourvoient chaque jour chez le boulanger, obligent, dans plusieurs circonstances , à des opérations de prudence qu'on n'avoit point prévsues.

. Lorsqu'un jour de disette ou d'alarme peut troubler l'ordre public, la confiance qu'on peut avoir à l'action natizrelle da commerce ne suffit plus pour délivrer d'iiiduiétude ; car ce n'est pas seulement aux degrés de probabilité que la* crainte se prx>portionne , c^est encore, à là grandeur du danger; quand le tonnerre gronde , on s'ihquiètev quoique 1^ chance d'en être frappé puisse à peine étrjg calculés. • ^ . -

Enfin, lorsque les* grains sont chers par^ tout, aucun n^ociant ne veut en envoyer dans une province pauvre; il craint que la multitude ae puisse pas^achèter an prix a^iquel il esC obligé de vendre pour me pap perdre ; rtouvelle circonstance où le goutemetaent est obligé 4'intervedir; car la subsistance de la province sera fort en danger, s'il n'y fait pas transporter des blés , avec ok'dre de les vendre ànn prix modéré. -

Alors , une distribution d'argent aux pauvres ne seroit plus suffisante^, parce que c'est la denrée qui manque. D'ailleurs , le peuple

ET LE CO])IM£ItGE DUS* GAAIffS. adg

répugné à recevoir FaumÔDe; ilr n'y consent que dans là détresse , et SQUv«nl il â tontTMIé' des torts auparavant; enfin, -apf es âvc^r reçu celte aumône 5 îl auroitle;méfne*désir<i'adh€<^ ter le pain àrbon marché^ et les bienfaits dûprince ne seroient point ufi gaçani'de la docilité d'une multitude groc^ièrev- incapable der souvenir et de reconnoissa^nce. * ••'^^

Les marchands qui 'a^erceyroîent toutes ces circonstances-, et qui ks'|ug6roient saî-' nenient, nfe se ttendroient pas^moins sur la réserve, et nev^udroîent pointa-vbi» & vèn-; dre des blés chèrement dans une province indigenfe.

Ainsi, Ton ne pei^t.pasra^su^j^p que le gouvernement ne se mêle jamais d'acheter et de vendre des. blés , ijuoîqu Oftp^isse prononcer, avec fondement, qu'il feroit très^mal de s'en mêler toujours; et C'eit aîhsi quVn 'économie politique et en administration y il n'est rieii d'absolu. , •' -

Tu ne tueras point y tu 7te déroberas points tu\ nerréndratpoîhtdej^ùT'tétnoignàge^ sôiitdes lois éternelle»' dont^ la si m pi fd té absolue est conforme à'IasimpUtîit^'dù'pk'Tntipe quil^s a diciées : ee sont deià- lois faites pour les hommesrde tous les pays et de toitis Tés siècles ; mais il n'est rien qui -}>tii9së moine s'accorder avec

!à4t> â0ft LA. LÉGISLATIOir

cette simplicité , que la législation sur les blés. Gomment la même gène, la même liberté, le même système, pourroient-ils convenir à tous les temps , lorsque. ces temps , en matière de blés, u!<mt aucun rapport ensemble? L'année abondante rappelle sans cesse Tidée du superflu , l'année disetteuse présente continuellement la crainte de manquer du nécessaire. On ne peut donc empêcher qu'uue loi permanente, en traversant des circonstances si dissemblables , ne soit nécessairement, imparfaite, quand elle est absolue,

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