CHAPITRE XIII
Sur les primes d'importation.
Os appelle prime d'importation une rétribution générale et puMique, accordée par le souverain , sur tous les blés étrangers ^u'onintroduit dans ses états.
Ces encouragemens sont nécessaires lorsqu'on prévoit des besoiqs,: et qqe les blés, à haut prix dans un roya^me, le sont aussi dans les pays étrangers; car les n^KXîian» n'apercevant aucun projet k tirer des blés d» debors , pour les vendre dans leur pays, Je gouverne-
ET LB GOMMXRCi ^XS GEAINS. Zk^l
ment peut trouver convenable d'exciter ces l
opérations par des primés. t
Cette manière de pourvoir aux besoins est presque toujours applaudie des négocians y parce qu'elle leur offre à tous un égal moyen d'exercer leur industrie ; au lieu que le choix d'un commissionnaire les écarte, excite leur envie et leur déplaisir.
D'ailleurs , quand la somme des secours né<cessaires est fort considérable, les ressources de la fii^aQçe peuvent n'être pas toujours suffisantes., et il lui convient d'être aidée par les facultés du commerce.
Xqfin, les négocians sont en si grand nomb,re, et ils entraînent tant d'intérêts et d'opi* nions da.ns l^s affaires de leur ressort, qu'il est toujours politique de se conformer à leur goût et à leur esprit , dans toutes les grandes opé* rations d'ac];iats et de ventes.
Mais ces primes^ ont leurs inconvéniens , ainsi que leur avantage. D'abord ,'^ aucune loi permanente nejpeut ri^ii prescrire sur ces sor^ tes d'ençouragemens, puisque leur mesure doit dépendre de celle, des prix dans toute TEurope.; ces primes ne peuvent donc être déterminées que par l!administration ; mais elle a besoin de plusieurs cqnnoissances préliminaires pour détermii3ier le moment où j. i6
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ces rétributions seront - oonvetiàbles , et le degré d'étendue qu'on doit leur donner ; il faut qu'elle soit éclairée sur les besoins du royaume; il faut qu'elle ait observé si Ik cherté qui règne au dehors est générale^ ou paHieti* lière à quelques pays; il faut qu'elle en examine la cause, afin de juger si cetlé cherté sera passagère ou durable.
Sans ces connoissances , et beaucoup d'autres encore, le gouvernement donneroit dés primes au hasard , ^ • il feroit des sacrifices d'argent^ non^eulement inutiles^ mais encore dangereux.
Un des plus grands inconvéniens attachés à cette méthode, c'est qu'elle instruit avec éclat de l'inquiétude du gouvernement^ qu'elle accroît ainsi les alarmes et fait monter les prix. Les étrangers eux-mêmes , avertis par Cretté publicité, haussent leurs prétentions et tâchent de profiter de la nouvelle faveur qu'on accorde à leur denrée.
Alors la première gratifiéation promise ne suffit plus ; il faut l'augmenter par degrés, sans acquérir en même temps la certitude de recevoir à ce prix les secours nécessaires ; car il faut encore observer que , dans les temps( de dierté générale, les négociaiis qui aperçoivent fort bien que tous les événemehs sont contre
ET LE COlCntRCC fitei GRAINS. !l43
eux , veulent avoir une grande niarge dans' leurs calculs, pour se garantir de la chance des variations et se résoudre à spéculer.
Toutes ces circonstances ^'existent pas quand les prix sont modérés au dehors ; mais alors Ton ne pense pointa donner des primés, parce que les 'rapports tiaturels entre ces prix' et ceux dû royaume suffisent pour exciter le commerce.
Ce n'est que dans les temps d'embarras et dé clïerté qu'on a recoura à des etpédiéns, et ah>rs lé concours -seul des circonstances peut décidet si une distribution générale des pri* mes sera suffisante et sans danger, ou s'il faut préfércTr d*èiTiploy^er en secret qnelques négocîans , àfiii de fkè point augmenter les inquiétitdes an dedans / et de ménager les prix au dehors. • . ^
Cette der^ièi*e m'ëthode peut être quelquefois beaiitouppiûs économique; et, dans certaines occàiiphy, c'est lai seule ressource assurée, et par conSécJuent lâ«eule conferme au bien pu-blic ; àloi^s on atirbit tort de la rejeter par respect pdur cette pluralité d'agehs, effet de la rétribution publîVjue et générale des primes; une telle pluralité dèviendroît en pareil caspurertent illusoire, puisqu'elle' ne seroit entretenue que par le sacrifice des intérêts de la
plus grande d^ toules les pluralités » ceux de la nation entière.
Ces sortes de méprises cependant sont assez co^mune^; on croit toujours favoriser/le plus grand nombre, en diviîsant entre beaucoup de gens un bénéfice qui appartenoit à moins de personnes ayant ce partage ; mais on se trompe évidemment, si, par la coifcur** rence qu'on a fait naître , on a contrariié le bien général.
^ Cette distinction est .vraiment iipopçjrtan te.; et c'est faute de la i^^isir qu'on tombe ,. je. ççois , dans beaucoup d!erreuraS. J'çn vais .citer quelques exemples. :• . Qu^nd on détruit l'unité (l'ppératioiisxonvenable au commerce des.Jnde^ ^ unité représpn t^e p^r ^e mot . de , privilège, ; ejf clusjf , et qu'on admet tous les négocians à qe com.merce , on croit agir pour le plus gi^^d fiombre, parce qu'en effet Q»,QWvçe |ji, carrière .à' un plus grand noinbre d^ ^péciilateurs ; mais si ' cette concurrence élèvje le ; prix , des. ^ marchandises étrangères dans Ifi roy^am(Ç,,et diipinu^jdans l'Inde çe,l^i . des jipL^f>chff pdises francises, certainernemtrrint^^t pj^.b)ic est cpntiï^rié , e|tr ce- qi^'oi^.f ,iarit pour. ,1^. pluralité des agens est ui^ v^a^ 4Qm mage, en vers la nation.
Si par de pareils motifs , et pour donner au Languedoc une part plus grande ou plus directe dans le commercé dé France, avec les échelks du Lévant,on permet k cette province de suivre ce négoce directement , et d*eii recevoir }es retours dans ses ports, sans l'entremise <]e la ville de Marseille, on croira faire céder l'intérêt du petit nombre de personnes <jui conduisent le commerce de France au Levant, à l'intérêt d'un plus grand nombre qui veut s'en mêler, .et l'on imaginera servir la pluralité.
' Mais si cette permission accordée à la province du Languedoc, en augmentant le besoin des précautions contre la pesté, accroît un peu la chance de ce terrible danger; ou si l'augmentation du nombre des marchands françois, au Levant, dérange des institutions favorables au soutien général des manufactures nationales , alors cette permission donnée pour rintérêt d^un plus grand nombre de négocians, devient contraire à l'intérêt public, et l'on restreint la bienfaisance du souverain au lieu de l'étendre.
A combien d'autres objets ne s'appliqueroient point encore ces réflexions?
Qu'on abolisse les règiemens qui rendent plus authentiques les mœurs i les talens et le
caractère des personnes qui remplissent les différens états de la société ; et que chacun soit y sans aucunes formalités, médecin , avo«> cat, notaire^ sigent de change; cette liberté mettra ces professions à la portée d'un beaucoup plus grand nombre de personnes, et l'on se croira peut-être bienfaisant envers la pluralité ; mais si toutes ces précautions servent, les unes à préserver le peuple de livrer sa vie à des charlatans , les autres à garantir la con«fiance publique , leur abolition fera le mal de la multitude.
Ne nous prévenons donc pas aveuglément contre toutes les attributions , tous les privilèges , toutes les barrières , et contre toutes les commissions enfin données k un petit nombre, puisqu'il est plusieurs de ces restrictions qui ne sont qu'un moyen d'atteindre au bien général. ,
Ainsi, pour revenir plus particulièrement à mon sujet, lorsque des circonstances exigent des ménagemens, du secret, de la promptitude , c'est alors servir la société que de préférer Factivité particulière de telles ou telles personnes, au mouvement plus général^ mais plus lent et plus incertain, de tous les négocians excités par des primes; et s'assujettir sans icxceptiop; à cette dernière paéthode « par
le désir d'admettre au partage d'un bénéfice le plus grand nombre d'ageos possible» ce seroit ,à mon sens, se méprendre ; car ce n'est pas la distribution du bénéfice des agens qui devient ici le but de l'homme d'état, c'est le secours qu'il faut à une province , au peuple , à la nation entière ; et c'est ce bien qu'il faut faire de la manière la plus sûre et la plus convenable.