‹ Œuvres complètes de M. Necker (volume 4)Chapitre 65 sur 79 · OBSERVATIONS PRÉLIMINAIRES · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS PRÉLIMINAIRES

Une loi permanente pour défendre ou permettre l'exportation des grains , seroit trèsdangeretise.

La liberté intérieure a divers avantages, mais elle est susceptible de. grands abus.

Toutes les modifications que noÉHk avons parcourues nç remédient qu'imparfaitement aux diverses difficultés qu'on a développées.

Le renouvellement d'une loi toutes les années expose aux erreurs inséparables de la nature humaine.

Quelle route faut-il donc suivre ? çn est-il de parfaite ? Non , sans doute; et c'est peut-^ être la vérité la plus certaine qu'on recueille d'une méditation profonde sur le commerce dès grains; mais il faut adopter la loi perma-

nente qui pourroit prévenir les écarts les plus dangereux , qui pourroit obvier au plus grand nombre d'incônvéniens', celle enfin qui appelleroit rexception et la main de l'administrateur le plus rarement possible.

Dès à présent néahmoins mon sujet se resserre , et n'offre plus un grand spectacle à la pensée. Ici même s'arrêteroit celui qui n'écriroit que par amour-propre. Content d'avoir montré les inconvéniens de la liberté parfaite dans le commerce des grains, et d'avoir développé Tinsuffisançe et le danger des principes sur lesquels on la fonde, il laisseroit dans l'obscurité s'il connoît pu non les moyens qui préserveroient des abus qu'il à désignés , et s'il peut , à travers tant dé difficultés , indiquer une route convenable. Mais quand on promène ses regards sur les vastes sujets de l'économie politique, quand on médite sur ceux qui semblent appartenir essentiellement au bonheur des hommes; l'intérêt de l'amourpropre, le calcul de sa petite gl<[>ire, paroissent si misérables, qu'on rougiroit d'y faire le plus léger sacrifice; et ce n'est plus alors aux conseils pusillanimes de la vanité qu'on veut obéir, c'est au désir, c'est à la douce espérance d'être utile que l'on aime à s'abandonner.

Rejetons d'abord dans nos recherches toute

£T h% COMMERCE DES GRAUfS. sSq

loi absolue , elle ne peut subsister long-temps ; et lorsqu^on veut remédier aux inconvé* niens qu'elle entraine par une seconde loi pareillement absolue , on tombe dans d'autres abus.

Qu'en effet une heureuse abondance, ou un amour eiœssif pour la liberté en économie politique , détermine à nMmposer aucune limite au commerce des grains , et que chacun se livre à ce commerce à sa fantaisie ; un moment arrivera où (es spéculations inconsidérées des marchands , les hauts prix , les mouvemens populaires, les craintes de disette, commanderont au gouvern^ent d'abroger cette loi. Si celle qyi lui succède proscrit totalement la liberté, ou l'assujettit à des gènes équivalentes, le commerce des blés, déjà poursuivi par l'opinion, cesse totalement; le gouvernement est obligé d'intervenir et de porter partout des secours ; la circulation ainsi arrêtée au dedans et au dehors , si d'heureuses récoltes surviennent, ]e superflu s^accu mule , les prÎK baissent sensiblement, la culture est moins animée, les propriétaires annoncent qu'elle est perdue , on crie à la liberté , l'ancienne loi est rétablie ; de nouveau Ton en abuse , de nouveau Ton en change, et une succession continuelle de lois absplues et contra-

a6o SUR LA L^GISLATIOir

dictoires, «appuyées sur des principes toujours invariables et toujours différeus, gouverneni la France aux yeux de l'Europe étonnée. ' Ces remarques, sont prises dans Fexpérience ; toutes les lois nouvelles sur les grains ont presque toujours été promulguées lorsqu'on étoit excédé des-abus attachés à d'autres règlemens absolument contraires. L'imagination Françoise, qui donne à des momens l'apparence d'un siècle, envisagea ces abus comme devant duret toujours ; et le gouvernement entraîné par cet esprit, destina pour les siècles des lois qui ne convenoient qu'à des momens ; et il appela perpétuel et irrévocable , ce qui devoit nécessairement être changé dans d'autre circonstances.

Ces variations mêmes auroient été bien plus fréquentes encore ,4si le promoteur de la loi régnante n'a voit pas eu , comme administra» teur, le pouvoir de suppléer, par des ordres particuliers , aux inconvéniens^ qu'il apercevoit; et si. les marchands n'avoient pas sou*vent trouvé la tolérance où l'on avoit.marqué la prohibition 5 et la gène où là loi avoit aononce la liberté.

Je crois donc qu'une loi sur le commerce des grains ne peut être permanente qu'autant qu'elle est i»agement modifiée : ce n'est qu'à

ET LE COMMEIICB DES GRAIITS. l6l

eette condition qu'elle s'allie à toutes les cir<» constances.

Il est fâcheux sans doute pour cet ouvrage , que la raison et la vérité ne permettent pas de conseiller une loi simple et absolue ; les modifications de toute espèce déplaisent aux hommes , non - seulement parce qu'elles, fatiguent l'esprit en robligêant à rassembler, tandis qu'il ne voudroit que retehii^ ; mais encore parce que ces modifi<;atrons sem-^ blent annoncer de la timidité , de la fbtblesse et de l'indécision. .

Mais il est, ce me semble , deux espèces de modifications importantes à distinguer. >

Les unes, qui appartiennent à la pensée, affoiblissent par le doute et l'incertitude les résolutions et les volontés , arrêtent l'action tt obscurcissent' le but en le divisant; * Les autres , qui appartiennent à l'exéctition, ne représentent que la combinaison des moyens qui peuvent atteindre à ce but; ce sont de petites forces dispersées^ niais réu«» nies vers unsenlpoint, pour augmenter leur puissance et rendre leur succès plus œrtain. • ,

Il faut donc que des principes fenàeà et décidés soient lé fruit de la réflexion. : - '; >

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