CHAPITRE IL
Résultât sur V exportation,
De toiites les lois qui ont occupé jusqu'ici notre 'méditation , la plus funeste, sans con* tredit, seroit celle qui pefmettroit la libre exportation des grains dans tous les temps; elle me pàroït incompatible avec la population de la France , avec ses richesses , son gouvernement et ses mœurs. A moins d'événe-
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mens extraordinaires et malheureux qui dimiiiueroieht le nombre de ses habitahs , une telle loi n'y subsistera jamais long-temps ; sa durée dépendroit toujours de la somme du superflu qui seroit accumulé dans le royaume, ou par des récoltes extraordinaires , ou par des prohibitions trop longues et trop absolues. Mais si nous avons reconnu que la liberté constante d'exporter des grains étoit iniEihiment dangereuse pour la France , nous avons en même temps prouvé qu'une telle liberté n¥toit jamais nécessaire à un tel royaume. Sa situation , les productions de toute espèce qui sont particulières à son sol , celles de ses colonies, l'industrie de ses habitans, la perfection des. arts qu'ils cultivent, et la réunion de mille circonstances qui attirent les étrangers etleur argent, offrent, dans cet heureux pays, la plus grande variété d'objets d'échange aux propriétaires des subsistances. ; ainsi les mo^ tifs généraux qui encouragent l'agriculture n'y manqueront jamais. On ne pourra nuire à ses succès que pair des fautes d'administration; encore seront - elles souvent impuissantés contre les bienfaits de la nature. Mais ce qui exige beaucoup de soins , ce qui devient toujours plus important pour la'France , c'est d'entretenir sa grande population ; c'est
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de ménager aux vingt-quatre millions d'hommes qui la composent maintenant, les den* rées de nécessité que la. terre produit; c'est enfin de prévenir les écarts dans les prix qui troublent la tranquillité publique , qui plongent dans la peine , le malheur où la détresse, cette partie nombreuse de la. nation qui vit du travail de ses mains.
Je crois donc que , dans un pays tel que la France, la défense d'exporter des grains doi^ être la loi fondamentale.
Mais en même >temps je pense que cette prohibition ne doit pas être absolue , c'est-à-dire que la même loi doit indiquer le moment de l'exception. Car, ainsi«que nous l'avons fait observer, ce seroit une imprudence fâcheuse que de s'engager à ne jamais laisser sortir des grains; ce seroit renoncer peut - être à profiter de l'abondance, en ne donnant pas le moyen d'échanger Une denrée superflue et périssable , ou contre d'autres biens plus ou moins passageirs'^ ou contre des richesses per* manentes telles que l'or et l'argent. Ce se* roit enfin donner lieu à uqe baisse extraordi» naire des prix, par raccumulation d'un gpand superflu ; et comme cette baisse ne manqueroit pas de produire enfin la liberté d'expor* ter , à cet avilissement succéderoit une hausse
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rapide , et ces convulsions nuiroient au bonheur du peuple, et détruiroient Tharmonie générale , en mécontentant successivement toutes les différentes classes de la société.
Voici maintenant quelles seroient, à m^ yeux, les conditions permanentes que l'oa pourroit choisir pour approcher du but qiCon doit se proposer.
Je présente d'abord ces conditions d'une manière succincte, me réservant de les expliquer séparément dans les chapitres suivans ,' en rendant compte de mes motifs à cet égard*
Conditions*
Ne laisser sortir que les farinas ;
Ne permettre cette exportation que lorsque le blé seroit tombé à vingt livres le setier, ou au-dessous, pendant deux marchés consécutifs, dans les lieux de sortie ;
N'établir cette loi que pour dix années ;
Ordonne^ qu'il y eût une provision modique dans lesv mains des boulangers , depuis le i*' février jusqu'au i" j«in, ainïi qu'il sera expliqué ci-après ;
Permettre, dans toutes les circonstances, l'exportation des blés qui seroieut venus d<d l'étranger.
a68 soK tA tiêGisLATTOir