SECONDE PARTIE
SECTION PREMIÈRE. Révolution du i^. juillet 1789.
Les premières délibérations de l'assemblée nationale, où les trois ordres s'étoient réunis, donnèrent de Fespérance à tous les bons Fran*cois. Les députés , immédiatement et sans dis;t tinction, se divisèrent en trente bureaux pour discuter les affaires publiques; et cette marche annonçoit le désir d'atteindre au plus grand bien, sans trouble et même sans faste. Mais bientôt un nouveau genre d'alarme se répandit ; on apprit que là cour faïsoit approcher des troupes de Versailles , et que divers régimens étoienten route. Plusieurs ministres, et j'étois du nombre , n'eurçnt connoissance de ces ordres qu'au moment où il devint impossible de les dissimuler à personne. Le chef du département de la guerre en paria comme d'une précaution motivée par lesmoUvemens séditieux qui avoîent éclaté récemment et à Paris et à Versailles. L'explication étoit natu-^ relie; mais la défiance s'accrut, lorsqu'on fut
FKAHÇoiSE. aaS f-
instruit que M. le-râarécfaal de BrogUe; étoit -
mandé à la cour, et lorsqu'on l'y vit arriver. Je n'ai jamais connu d'une manière certaine »
le but où l'on vouloit aller: il y eut des secrets et des arrière -secrets, et je crois que le roi lui-même n'étoit pas de tous. On se proposoit \
peut-être, selon les circonstances, d'entraîner !
le monarqme à des mesures dont on n'nvoit j
pas osé lui parler. Le temps seul peut éclair- ^
cir eoMplétement ce mystère. C'étoit avec moi surtout qu'on se tenoit en réserve, et on le i
devoit, puisque mon éloignemenl étoit résolu. On m'en avertissoît,et je ne pouvais le croire: il me sembloit moralement impossible que le é
roi prît une pareille détermination, dans un ■ ^
moment où le vœu public venoit de. se mar- •
quer pour moi d'une manière signalée j dans i
un moment où- je pouvois plus qu'un autre opposer des obstacles à la marche envahijssante des députés du tiers-état , et leur disputer l'opinion ; dans un moment enfin où, -par des efforts inouïs, je garantissois le royaume ■de la banqueroute et de la famine. Mais on avoit circonvenu le monarque; on avoit, calomnié la prudence et les ménagemenslde ses principaux ministres., et on. lui garantissoit la réussite d'un système. abaolument opposé. En même temps, quelques hommes aveuglés par IX. i5
Sia6 DE LA. BÉVOLUTIOir
leur ambition , et qui n'aroient pas mesuré l'étendue des difficultés dont il friloit triom* pfaer, s'offrirent avec confiance, les uns pour me remplacer, les autres pour occuper les départemens de M. de Montmorin, de M. de la Luzerne'et de M. deSaint-Priest. Ils promirent tout ; de l'argent, du crédit , des amisfdes subsistances, voire encore des ressou^pes et du gé* nie en proportion de la grandeur des circon-^ stances. Jamais si folle présomption n'entra dans l'esprit de personne : ils n'avoient aucune idée de la force des obstacles; ils n'en avoient aucune de la violence de rppinion> contre laquelle ils voulaient combattre et se présentoient en champ clos. C'est toiijours dans le mystère que ces révolutions ministérielles se préparent ; et dès les premières in» 'sinuatîons, chacun demande le secret Le prince alors n'a plus pour confidens que les liommes intéressés au succès de iMr intrigue; et en même temps les ambitieux qui veulent ^devenir ses ministres, ne peuvent être avertis |>ar aucun bruit, par aucun murmxtre , <le Tin- -suffisance de leurs talens.
Ce fut le II juillet que le roi m'écrivit -de quitter le jministère, et la cour et la France. On lui avoit donné , je le crois , des conseils plus ^iolens', mais il y résista avec fermeté ; et cette
FRANÇOISE. a%'J
particularité, parmi les événemensqueje rapr pelle, est la seule qui soit restée gravée au fon4 de mon cœur; les autres ne tiennent qu'à moQ souvenir. Le roi ne m'ordonna pas même dç quitter le royaume, il Texigea} cardes ce temps il eùtdoqté s'il avoit le pouvoir légal d'exercer un tel acte d'autorité envers personne; in ais il étoit bien sur de mon entière obéissance à ses désirs çpn^me à ses volontés,
Peu de jours après le a3 juin , incertain s'il m'avG^t rattaché sans regret au timon des affaires, je lui dis que si mes services cessoient 4e lui convenir ou de lui être agréables, je le priois de me le faire connoître , et que je lui demaiiderois aussitôt ma démission. J'ajoutai même que je me retirerois dans ma terre hors de France, et avec tous les ménagemens pro^»
près à dimianer la sensation dont il pouvait être inquiet. 11 me répondit ; Je prends votre parale. Je remarquai cette réponse ; mais l'air d'aisance ou le ton de bonté dont le roi l'accompagna, et, pardessus tout^ le torrent des affaires qui m'entraînoît loin de moi , m'empêchèrent dv€ réfléchir long-temps sur un mot dont un ai^tre peut-être auroit été fort occupé.
Je le dis avec vérité, lorsque je reçus l'ordre du roi, les dangers attachas à celte résolution
aaS DE LA RlSvOLUTIOir
incpnsidérée fixèrent ma seule pensée. J'hésitai même si je ne chercherois pas à entrete- BÎr une dernière fois un prince que j'aimois, et que je voyois égaré par des guides indignes de sa confiance. Il me sembloit, emporté sans doute par mon zèle, qu'il étoit possible encore de le désabuser, de l'arrêter sur les bords du précipice. Je me trompois ; il auroît cru , selon les idées communes, que c'étoit de moi que jl'étois en peine, et il eût considéré ma démarche comme le dernier débat d'une ambition malh^eureuse. J'eusse été capable cependant de m'exposer au* déplaisir d'une pareille interprétation , et j'eusse trouvé de quoi la braver dans le sentiment de ma conscience et dans la pureté de mes motifs ; mais je craignis, en différant d'obéir, de donner un commencement d'éclat à l'ordre que j'avois reçu, et dont l'exécution prompte et silencieuse m'étoit recommandée. Je me soumis donc avec résignation à ce coup de la destinée. La douleur que je rèssentois ne m'étoit pas personnelle, elle appartenoit tout entièie à l'homme public; car si j'eusse élé capable, en ce moment-là, de distinguer mon lot et de marquer ma part , j'aurois vu qu'on m'affranchissoit de l'épouvantable angoisse où je vivois, et le jour et la nuit,
au milieu de la détresse du trésor royal , et au milieu d'une disette de grains encore plus périlleuse et plus menaçante.
On a déjà vu, dans uti ouvrage de moi imprimé en 1791 (ï), l'empressement que je mis à remplir avec une exactitude scrupuleuse les ordres ou les volontés du roi. J'étois a trente lieuesde Paris, que personneà Versailles n'étoit instruit de ^on départ; et sans courrier, sans passe-ports, sans me faire connoitre, je fus d'un seul trait dé Versailles à Bruxelles.
Cette conduite diligente et secrète me fut inspirée par une idée de dévoir ; mais , comme il arrive presque toujours, j'eus à rà'èn applaudir sous le rapport de mon intérêt personnel ; car si l'on m'avoit reconnu, fë peuple vraisemblablement se seroit attroupé; l'on m'eût empêché de continuer ma route; et les" bons amis que j'avpis laissés à la cour n'àuroient pas manqué d'attribuer ces obstacles à mon savoirfaire^ L'apparence eût valu la réalité, et l'on se fût montré' aussi injuste envers moi qu'on Tavoit été le a3 juin.
Mon éloignement des affaires, mon exil , ma disgrâce, le renvoi de trois autres ministres ^ en jouissance alors de la faveulr publique , le
(i) Sur radministration de M, Necker^ par lui-mèmev
a30 DE LA BiVOLUTlOir
choix encore de nos successeurs ^ toutes céâ résolutions qui coïncidèrent avec l'appel et l'approche des troupes, excitèrent dans Paris une fermentation violenta. Les plus hotihétes gens s'associèrent à ce mouveikietit, tant 1^ mécontentement étoit général; ûiais plusieurs chefs d'intrigue, dirigés par deâ vileid pet*sonnelles, échauffbient lesesprifs» irritoieni: les animosités, et grossissoient habilement le trouble et la fermentation. Le tocsin ftlt sonné^ les sectiobs s'afisemblèrent^ Ton arbora des si^ gnes de ralliement ^ les citoyens ^en airmes se répandirent en foule dans les rtleë ^t dans les places publiques^ la Bastille fut attaquée, la Bastille fut prise ^ et le peuple, enivré par cette entreprise et par son ^apid^ ènccès, signala ce facile triomphe par des actes de JPérocité. Le cômnkandant du fort devint sa ùre*^ mière victime. Le prévèt des mai^hands fut assassiné sur les marches de HSôtel-de^YiUe , et le lendemain nta «oiiBeiller dl^^tdt , désigné pour le département des finances dans le nouveau ministère, et son gendre, l'intendant de Paris , furent encote sft'd'ifiés à l'avetfgfe emportement <l'«inie muMtudé ^rénée* ' Ces criminels e«cès, màlheut^éusèméht trop semblables aux vi ol e nc e s ^ont les insurrections populaires ont été le signal eu tous les
tAANÇOISE. n3l
temps, ne s'eDchaînent que par incident à l'histoire de la révolution française. II n'en est pas de même des résolutions combinées qui se priirent à l'Hôtel -de '-Ville, et avec le coucours de tous les dépuffis des sections de Paris. Une nouvelle municipalité fut formée en leur nom et de par leur vœu , sans aucune médiation de l'autorisé royale. L'on institua de plus , Ton organisa |a force armée , devenue depuis si célèbre squs le nom de garde natio* naléf et l'on en donna le commandement à M. de La Fayette.
Cette troupe, destinée au maintien de Tordre dans Paris et k la défense de la liberté, que l'on croyoit en péril , devoit être composée de tous lea citoyens appelés aux assemblées pri« maires , et leur nombre la rendoit formidable* On n'établit aucune relation entre elle et le monarque ; et l'exemple donné par la capitale ayapt été rapidement imité dans les provinces, on vit en peu de temps trois, à quatre millions d'hommes en attitude de soldats , relevant uniquement des autorités municipales, et dont une grande partie fut immédiatement pourvue d'armes et de munitions, ou par la violence exercée envers les eommandans des arsenaux,.
OU par d^autres mesures également efficaces.
Cependant cette nouvelle armée, répartie
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dans les divers districts du royaume , cnvi-^ Tonna, subjugua par sa masse tous les détachemens de troupes réglées placés hors dés grandes villes de garnison ^ et le ministre de la guerre ne fut'plus le maître S^ diriger à son gré leurs, mouvemens. Ainsi une partie de Farmée de ligne devint, en quelque. manière, prisonnière au milieu de Fsiraiée civique, formée eu un instant sous le nom de. gardes, ncuipnaies ; et dans le même temps on pri^ soin d'affpiblir la discipline et Tobéissance des trpupes, réglées, par tous les genres d'amoffc^et de çé-r ductions. .: /
C'est ainsi que fut détruit pf çsqu'e^i) un iB^0r ment le principe vital de, Tautiorité royale ^ par une autprité n'est rien sans la £ç^rce iqui Lijii sert d'appui ; et cette . révolutio«n., ppéppi^ée saii^ doute.par la dis[M>sitiQn:des esprit^ ^t&c^ fuit pas moins le résultat immédiat de. la «conduite im^ politique qi;ç ^es conseiUers sans préyoyfi.nce firent tenir au moii^arque. Jamais instant ne fut plus mal choisi poijiF se jouer de l'opinion publique et pour essayer de l'affrpnter. j£)mai$ elle n'ayoit été plus en éveil , jamaîS(pIus vir goureuçe et plus^sûre de sa puissaqqe^ P^. atT > tendoity avec, un intérêt toujours croissant » * les opérations d'une, assemblée ^splpas^eUe ,. et
qui sembloit tenir eik ses main$ le^ destins de
la France. On Tenvironnoit de ses regards, on la suivoit de toutes ses pensées , et Ton croyoit alors universellement que ses résolutions alloient fixer le règne des lois , la liberté , la fortune, publique et la grandeur nationale. Les trois ordres venoient de se réunir, et cet événement tant souhaité avoit ranimé les espérances. Quel moment pour renvoyer les ministres en faveur auprès de la nation, et pour leur donner des successeurs dont les principes auroient effrayé^ dans les temps mêmes où les esprits étoient engourdis par une longue habitude du despotisme! Quel moment encore pour déployer l'apparence de la violence et pouï^ donner un motif plausible à tous les soupçons et ajoutes les inquiétudes ! Mais la plus grande, faute , comme aussi la plus irrér p^rable , fut d'avoir donné la mesure de la force militaire aux ordres du prince, et d'avoir signalé les limites de Tusage qu'il en pouvait faire. Cette force, en restant dans le vague ^ ep. demeurant voilée?, auroit servi rautorité royale; mais lorsqu'une épreuve indiscrète eut. dissipé les illusions, ^ut fixé les incertitudes, tout fut dit , tout fut connu , et le peuple apprit en un jour, que l'uniop des volontés ^toit la. puissance suprême.
Il étoit en particulier d'uii^^déoftiMa çom*
ÈÊÊL
s 34 B£ LA. RÉVOLUTIOlf
plète de se heurter contre Paris avec le petit nombre de troupes qu'on avoit rassemblées; et si les projets concertés dans un comité secret avoient eu pour but d'en imposer mili« tairement à rassemblée nationale, il eût falla commencer par éloigner le roi de Versailles ;
il eût fallu lui proposer de se rendre à Com-* piègne et d'y appeler les états généraux. Les troubles excités de temps à autre au milieu de la capitale aurotent servi de prétexte à cette détermination , et la cour, seule avec les députés, s'ils avoient obéi , la cour, avec toutes les garnisons du nord derrière elle , eût moins péri lleusem en t engagé sa querelle. Mais rien n^ fut prévu , rien ne fut calculé par ces méme$ ministres qui s'étoient présentés pour gouverner Tétat eC pour dominer de génie toutes lef difficultés. Ils éprouvèrent aussi, Ton doit le croire , ils. éprouvèrent une contrariété bien connue de tous ceux qai entreprennent ée porter un prince hors de son earaetère. On dispute, on combat, on persuade à demi, et d*une pareille lutte il résulte le plue souvent ou une décision qui n'a point de vigueur ^ ou une sorte de composition qui ne satisfait au» cun système.
Les conseillers secrets du monarque ne s'étoient pas seulement informas de la situa-
■Sêûj^
yRAKçoisE. ^35
tîon du royaume, et de Paris en particulier, relativement aux subsistances. 'La moindre réflexion les auroit avertis, qu'au milieu de la disette , un gouvernement sage ne doit risquer aucun mouvement; car le peuple est alors dans une disposition tellement irascible, que d'un mot quelquefois on peut le mettre en insurrection.
Cependant le soulèvement de Paris, bientôt imité dails plusieurs provinces; l'armement ensuite de tous les citoyens et le décourage* ment des troupes de ligne; enfin Tenorgueillissement et le triomphe des principaux chéfe populaires , tel fut le résultat des mesures inconsidérées dan^ lesquelles on avoit engagé le monarque. Alors, et prudemment, leis conseillas du roi, ces conseillers secrets qui l'a voient si mal dirigé, princes, seigneurs, courtisans, magistrats, tous s'enfuirent ou se cachèrent; et la cour en alarme , la cour en repcfntir, promit tout ce qu'on voulut. Le nouveau ministère fut dispersé :; le précédent fut rappelé ; et le roi se mit , en quelque manière, sous la protection de cette même assemblée nationale dont, peu de jours auparavant^ on avoit cru si légère-» ment pouvoir guider la marche , fléchir les volontés, et peut-être encore fixer la destinée.
Ce fut, escorté des députés les plus popu*
a36 DE LA R^VOtOTfOlf
laires, que le roi se rendit de Versailles à l'Hôtel-de-Ville dePjtris; et cette cérémonie, qu'on avoit jngée nécessaire, ce pompeux signale-* ment de la chute ou de Taffaîssement de Tau* torité royale, auroit dégradé le monarque, auroit mis en péril sa propre dignité, si la séré^-^ nité, si le calme qu'il fit paroi tre au milieu d'un peuple agité, n'avoient contraint de rendre à sa personne les hommages et le respect que l'on disputoit à son rang.
Toute cette révolution s'effectuoit pendant que je voyageois de Paris à Bruxelles et de Bruxelles à Baie.. C'est là que je reçus deux lettf*es, l'une du roi, l'autre de l'assemblée nationale, pour m'inviter à Tenir reprendre la place dont on m'a voit éloigné (i). J'obéis
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(i) Lettre du roi à M, Necker.
Ver saîlles , le i6 juillet 178g.
« Je vous avoîs écrit, Monsieur, que dans un temps « plus calitie je vous donnerois des preuves de mes sen^ (I timiens; mais cepefidàut le désir que les états-géné- (t raux et la ville de P^ris témoignent , m'engage à bâter « le mpment de yotre retour. Je vous invite donc à re- « venir le pi us tôt possible reprendre auprès de moi votre « place. Vous m'aves parlé, en me quittant, de votre « attacbement ; la preuve que je demande est la plus ic grande que vous puissiez me donner dans cette ctr-^ « constance. »
aux lois du devoir en me rapprochant d'une cotlr dont j'avois éprouvé les caprices,* d'un
Réponse de M. Necker au roi.
Bâle, le a3 juillet 178g.
Sire,
« Je touchois au port que tant d'agitations me fain soient désirer, lorsque j'ai reçu la lettre dont Votre « Majesté m'a honoré. Je vais retourner auprès d'elle n pour recevoir ses ordres , et juger de plus près si en « effet mon zèle infatigable et mon dévouement sans •c réserve peuvent encore servir à Votre Majesté. Je crois « qu'elle me désire, puisqu'elle daigne m'en assurer, et « que sa bonne foi m'est connue. Mais je la supplie aussi « de croire, sur ma parole, que tout ce qui séduit la « plupart des hommes élevés aux grandes places n'a plus «I de charmes pour moi , et que sans un sentiment de « vertu digne de l'estime du roi , c'est daiis la retraite « seul^ifue j'aurois nourri Tamour et l'intérêt dont je «( ne cesserai d'être pénétré pour la gloire et le bonheur « de Sa Majesté. » .
Lettre de rassemblée nationale à M, Necker.
Versailles , le 16 juillet 1789.
. « L'assemblée nationale , Monsieur, ayoit déjà consi* « gné dans un acte solennel que vous emportiez son « estime et ses regrets. Cet honorable témoignage vous Cl a été adressé de sa part , et vous devez l'avoir reçu. M Ce matin elle a voit arrêté que le roi seroit supplié de «t vous rappeler au ministère^ c'étoit, tout à Isl fois , son u vœu qu'elle exprimoit et celui de la capitale qui vous
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peuple dont j'avois épuisé la faveur, et d'une assemblée représentative qu'un triomphe écla«
M réclame k grands cris. Le roi a daigM prévenir notre « demande. Votre rappel nous a été annoncé de sa part. Ci La reconnoissance nous a aussitôt conduits^ vers Sa Ma* u jesté , et elle nous a donné une nouyellfs marque de « confiance en nous remettant la lettre qu'elle vous ^yoit tt écrite , et en nous chargeant de vous l'adresser. L'as- « semblée nationale , Monsieur , vous presse de vous rena dre au désir de Sa Majesté. Vos talens et vos vertus ne n pouvoient recevoir ni une récompense plus ^glorieuse, « ni un plus puissant encouragement» Vous justifiçrev « notre confiance } vous ne préférerez f^ votre propres « tranquillité à la tranquillité puUique» vous ne vouji «t refuserez pas aux intentions bienfaisantes dfi Sa Majesté « pour ses peuples. Tous les ,momens sont précieux. I^ « nation j son jx>i st ses représentans vous attendent, m
Réponse de M. Necker-à rassemblée n^tiJÊaîe.
Bâle, le aS juillet 1789.
« MESSlEURdy
te Sensiblement ému par de longues agitations , etcon- « sidérant déjà de près le moment 011 il est temps de sonce ger à la retraite du inonde et des affaires , je me pré- M parois à ne suivre plus que de mes vœux ardens le destin « de la France et le bonheur d'une nation à laquelle je « suis attaché par tant de liens , lorsque j'ai fe^u la lettre « dont vous m'avez honoré. Il est hors de mon pouvoir , « il est au'-dessus de mtes foibles moyens de répondre di-^ « gnement à cette marque si précieuse de votre estime et « de votre bienveillance. Mais je dois au moins ^ Mes-
FRiiNçoisE. aSg
tant venoit de rendre encore plus superbe»
JTobéis aux lois du devoir en me rapprochant, comme administrateur public, d'un trésor où il n'y avoit plus d'argent, et d'un pays, d'une capitale surtout , où la disette devenoit chaque jour plus menaçante. Oui, j'obéis au de^ voir en retournant vers le lieu de l'orage, lorsqu'une force majeure , lorsqu'un événement indépendant de moi m'en avoit écarté. Mais pouvoîs*je, il est vrai, me conduire différemment sans m'exposera des remords continuels?
J'eusse imaginé datfts ma retraite que telle ou telle faute auroit été prévenue par mes soins, telle autre par mes conseils, telle autre par ma vigilance , et je me serois ainsi dévoré moimême. Il est des situations où l'on n'a plus^ que le choix des peines, et c'est alors que l'an sent avec force de quelle utilité sont pour le cœuV de l'homme ces principes de morale qui vous guident impérieusement , et qui vous préservent des tourmens de l'incertitude , au mo-
« sieurs , vous aller porter rhonunage de ma respectueuse « reconnoissance. Mon dévouement ne vous est pas në« « cessaire ; mais il importe à mon bonheur de prouver « au roi et à la nation Françoise que rien ne peut ralentir « un zële qui fait depuis si longtemps l'intérêt de ma Tcvie. »
a4o D£ LA RlSvOLITTIOir
ment de la résolution , et des tourmens du re-' pentir après Févénement, tel qu'il soit.
Je vis dans ma route de Baie à Versailles avec quelle rapidité l'esprit de Paris s'étoit étendu dans les provinces. On n'y craignoit plus la cour; et le peuple, en plusieurs endroits, cherchoit à se venger sur les nobles et sur leurs propriétés, des projets adoptés par le monarque. J'eus le bonheur d'arrêter plusieurs excès , et d'employer ainsi le crédit et Fascendant qui me restoient encore. Mais je l'éprouvai, le nom du prihce avoit perdu de son autorité, et je sentis qu'il étoit sage de le prononcer avec discrétion. Remarquable leçon sur les grandeurs humaines! Un seul jour peut détruire les idées qui leiir servent de soutien; un seul jour peut renverser le colosse imposant de l'opinion, à telle hauteur que le temps l'ait élevé !
De retour à Versailles, et regardant, examinant le mouvement et la disposition des esprits; de retour à Versailles, et considérant le bouleversement survenu dans les rapports politiques, je crus véritablement qu'en trois semaines le système social de là France avoit changé de forme et de direction, et j'eus besoin de l'étudier pour m'y reconnoître et pour guider mes pas. Il existoit toujours un mo-
FEAHÇOISE. a/fl
narque, un peuple, une assemblée représentative; mais les degrés respectifs de force et de puissance n'étôieot plus les mêmes.
Le roi, lorsque aucune insurrection éclatante n'avoit encore signalé les sensations du peuple; le roi, dans le temps où Ton étoit incertain de l'usage qu'il pouvoit faire des trou- * pes à son commandement; le roi, quand ses sujets étoient encore sans armes et sans union ; le roi, jusques à l'époque du 1 1 juillet, lenoit encore l'assemblée nationale dans une mesure convenable envers lui. Elle sentoit le besoin de gagner l'opinion par degrés, et n'eût pas ' osé se livrer sans contrainte à des idées spéculatives ou à (les principes exagéré^. Elle diisputoitau monarque la bienveillance publique, mais elle n'eût pas entrepris de la lui ravir et d'attaquer ouvertement l'autorité royale.
Tout changea, tout dut changer, lorsqu'une grande faute, de la part de la cour, divulgua le secret de sa foiblesse et dépouilla le gouvernement de la considération attachée à une puissance inconnue.
Que devoit faire alors un ministre principal? El puisque je ncpuis éviter de me nommer, que devoi,*fjë faire en arrivant au milieu de cette révoluliï>p, et'en me trouvant jeté dans ce Nouveau iÇa^iïej ay retour de mon
34» i>P ^A REVOLUTION
exil? Le mécoii lentement universel avoit armé d'une nouvelle force les représenlaos de la nation, sans leur donner eit même temps le degré de sagesse ou de générosité nécessaire pour ne point abuser de cet avantage. Il fal-> loit donc ménager, rechercher cettet ïliêrae opinion dont ils tenoient leur puissance; îl le falloit pour le bien de Tétat, il le falloit pour le soutien de l'autorité royale : une conduite prudente, une conduite sans fautes poiivoit seule atteipdre ce but et rendre au gouvernement la considération qu'il avoit perdue^ Il falloit encore s'appliquer à séparer le roi des mauvais conseils qu'il avoit suivis, et.repren-> dre, au nom de sa personne et de son car^ptère, les sentimens d'amour et d'estime dont il avoit si long- temps composé son bonheur»
Je devois de plus j. et c'étoit mon obligation particulière, je devois servir le roi de toute la popularité qui me restoit encore, et la risquer pour le soutien de son autorité légitime. Enfin, un but plus grand, plus grand selon mon cœur et selon mes principes, se présentoif à ZDoi, c'étoit de chercher à adoucir l'irritation etlesanimosités du peuple, c'étoit de le détourner des mouvemens de vengedlîÎQeT.et de férocité auxquels il venoit de , se; lîvrear, . J'ai remplJL,cei^ devoir$ ,:i!aijrefnpli;ce3 obli^»
:PftAwçoiSÊ. a43
gâtions, et ma conscience au moins me répond que jamais je n'en ai négligié Toccasion. On le sait, dèsjes premiers joors de mon retour à Versailles, convié, sans pouvoir m'en défendre, de me rendre à rHôtel-de-Ville de Paris ^ je profitai de cette circonstance éclatante pour prendre en main la cause des opprkpés, et pour essayer de ramener les esprits aus idées de paix^ de justice et d'humanité. On voulait que je me bornasse à remercier les repi^sen-» tans de là commîune des sentimens animés dont j'avois été l'objet , h l'époque de mon exil ; .et le maire, instruit de l'usage que je voulois faire du mouvement public en ma faveur, pa«»
rut l<ii-même effrayé, et m'avertit que j'aUois aventurer toute ma popurarité. :
Quel prix pourrois-je y mettre, lui r^on-^ dis-je, si elle ne devoir pas me servir à la défense de^ principes de morale et d'ordre 'public? Mais il est tro^ vrai que dès: les comfiùeacetnens de ia révolution française ômétoit devenu ikiéniager de cette popularité comme ;.d'unr trésor personnel; PlursifeurshomTOesiBâr-' .•; qluana, après l'avoir acquise, n'ont sangé qu'à l'étendre jet àVFa^andir,, et se sont constam-» ment ref usés, coBofmé les avates', à la dépenser , â en faire un généreuixempfloi, ou pour le bien de l'étkt \ cm pour aucun office particu-^
a44 ^^ ^^ BiVOLUTIOK
lier. Je n'ai jamais imité cet exemple ; et si j'ai perdu comme un autre la faveur publique, après en avoir long-temps joui , j'ai du moins le souvenir de l'avoir usée volontairement et pour une fin dont je n'ai point à rougir.
Ce fut dans la grande salle de l'Hôtel-de- Ville aue, m'adressant aux officiers municipaux m à une foule innombrable de citoyens, je demandai non- seulement la liberté d'un officier-général dont le peuple de Paris avoit proscrit la tête, mais que j'entrepris encore de rapprocher les esprits, d'amortir les senti-^ mens de haine et de défiance , et d'inspirer un vœu commun de paix et de conciliation. Je réussis, il m'en souvient, au-delà de. toute espérance. La liberté que je sollicitois fut à l'instant accordée, et néanmoins elle regardoit un homme qui avoit eu un commandement principal au nom du roi, pendant les derniers troubles. On fit plus, et d'un mou-< vement universel on' prononça pour tous et au nom de touç, les mots d'oubli, d£ paix et de rapprochement. Ces mots, ou leurs syno-» nymes^ accompagnés jdes plus '^randes^ mar-» >-, ques d'approbatioli; e,t <lè' s^nsilbillté , reten-» tirent à Tinstant dans la place piibliquiçet se propagèrent plârtout* avec le. même lenthoia** siasme. Jamais acclamation ne fut plus géné^
VRANÇOI&E. l4^
raie : c'étolt le peuple entier de Paris qui serabloit exprimer son vœu. Pourquoi lès homraes alors en crédit et en autorité, loin de soutenir, loin de seconder un mouvement si favorable, employèrent-ils leurs soins à l'affoiblir et à le traverser? Ce fut M. de Mirabeau, l'un des personnages du moment le plus en vue par ses rares talens et par son audace^ ce fut M. de Mirabeau, tribun par calcul, patricien par goût, et toujours immoral , toujours homme d'esprit; ce fut lui , qui, ayant destiné le trouble et la division à l'avancement de sa fortune, se crut appelé en défensive à contenir de tous ses moyens le premier retour aux idées d'ordre et aux sentimens pacifiques. On le vit, le soir même de cette heureuse journée, parcourir avec agitation tous les clubs où les hommes les plus violens commençoient à se réunir; il leur peignit la délibération de l'Hôtel-de-Ville et le discours qui l'avoit provoquée, comme une composition avec l'aristocratie ; il décria la clémence, il insulta la bonté; et, jetant de la'défiance sur tous les partisans des voies de conciliation, il rattacha les esprits aux idées de sévérité et de vengeance; et, liant arlificieusement ces idées à l'amour et au triomphe de la liberté, il posa, sans le prévcfir peut-être^ les fondemens du système terrible
S46 ^^ ^^ BiVQLUTION
dont on ne s'est jamais écarté peudant le cours de la révolution francoise.
Quoi qu'il en soit , cet homme et ses acolytes produisirent une sorte d'insurrection contre le voeu des représentans de Paris, contre ce vœu des municipaux îque le peuple avoit reçu ^vec tant d'empressement; et quelques dépU'<> talions des clubs, leur langage animé, leurs discours menaçans , firent changer une délibé* ration dont le maintien eût honoré la France, dont le maintien eût. prévenu ces nombreuses émigrations, la source de tant de malheurs.
L'assemblée nationale , à qui 1% discussion fut portée, pouvoit tout réparer^ et ne le vou* lut pas. Quel sujet de regret ! Elle commit une grande faute en refusant de s'associer au mouyement général qui avoit électrisé tout un peuple ; mais elle aussi commençoit k croire que dans Içs révolutions la frayeur avoit son usage. Elle n'aimoit pas d'ailleurs im enthousiasme dont elle n'a voit pas dirigé l'action , et déjà peut-être elle aspiroit à être à la fois le principe et l'unique but des sentimens de ce genre. On l'accusa d'ailleurs d'être jalouse du succèsképU tant qu'un ministre dii roi yenoit d'obtenir; et de bonne heure ambitieuse d'appkudissemens dont elle fut ensuite insatiable, elle d.evint, par le même esprit , l'ennemie se-
erètede toiTte espèce de popularité qui pouvoit croiser un moment la sienne. '
Un décret de rassemblée nationale détruisit la délibération de rHôtel-de-Ville ; et ce décret, en affoiblissant, en dispersant, pour ainsi dire, les mouvemens généreux et les élans de vertu dont j'avois été llieureux témoin , fit évanouir les belles espérances auxquelles je m'étois abandonné. Je devois peutêtre à l'instant remettre ma démission , et le faire entre les mains de celte Wme assemblée qui s'éloignoit de moi dans une occasion si mémorable, et qui sembloit vouloir la guerre, quand je préchois la paix ; la sévérité, quand je parlois d'indulgence, et le ressentiment, la vengeance, quand je croyois avoir obtenu la réconciliation et Tou^bli. Sans doute, ma démission, dans une pareille circonstance et pour un motifsi imposant, auroit eu de Téclat, et plusieurs personnes m'ont blâmé de n'avoir pas écouté le sentiment qui devoit m'entraînér à cette déhiarcfae ; mais la vertu dans Sa simplicité Tauroit-elle aVouée? Je venoi^ d'éprouver ime grande traverse et peut-être tme mortification pénible , mais il ne m'étoit pas encore permis de désespérer. L'état d'ailleurs étoit meixacé de' plusieurs sortes de maux; les
^ns appartenoient à la division des esprits j
a 48 DE LA R^VOLUTIOir
les autres à la détresse des finance^) et le plus imminent à la disette des grains; ainsi de puissantés considérations m'obligeoient à persévérer dans la carrière d'épines où je ra'étois re« placé. Ah! qu'on s'en fie à moi, il ne falloit pas moins que des raisons supérieures, il ne falloit pas moins que la loi du devoir, pour m'engager à Négliger une occasion d'agir noblement et fièrement. Je n'ai eu toute ^a vie que trop d'entraînemjent vers ce genre d'esprit et de caractère; et à travers les justes motifs qui décidèrentTna retraite , à l'époque de mon premier ministère , je n'ai pas été sans crainte d'avoir donné trop de part, dans cette détermination , à un premier mouvement d'élévation que j'aurois dû réprimer.
C'est à la journée de l'Hôtel-de-Ville , c'est à une circonstance invariablement présente à mon esprit, que je dois encore rapporter le commencement des intrigues et des hostilités dont j'ai eu tant à souffrir et dont je suis resté la victime. Les chefs du parti populaire, les mêmes qu'on a vus cégner long-temps à l'as^ semblée nationale, ne me pardonnèrent point les marques éclatantes de faveur que j'avoLs reçues au milieu de la capitale*; ils me pardonnèrent encore moins d'avoir voulu m'en servir pour essayer d'amortir les sentimens de haine
FRAirçotsÉ. a49
et de xléûance , et d'avoii» risqué par là d^altérer les él^émens de le]ur autorité naissante.
Elle s'accrut avec une accélération incalculable, ce tfe autorité,. lorsque les évérieraens du mois de.juîllet eurent déplacé tous les pouvoirs ; et de la' même époque aussi , les fautes * du parti populaire devinrent plus importantes et plus remarquables. Le^deux premiers ordres en commirent encore, mais tout s'efface au milieu du.malhbur; et si l'on ne pardonne rien aux tyrans ^ on ne sait comment compter avec les viclimes. Relevons seulement , et pour Tinstruction de l'histoire, cette époque marquante de séparation entre les fautes des deux partis.
* Je dirai donc qu'avant Ja révolution du mois de juillet, la sagesse des deux premiers ordres eût pu fixer la destinée de la France et de son roi ; et qu'après cette époque , la sagesse des hommes accrédités dans le tiers-état eût pu tout réparer. Mais ni les uns ni les autres n'ont voulu se contraindre, et ils ont failli^ comme tous les hommes, par l'attrait des passions et par leur triomphe sur les conseils de la raison. L'histoire, quand elle élèvera sa -voix libremen^t, demandera compte aux deux premiers ordres, à la noblesse surtout, d'une inflexibilité qui a fait passer le sceptre de
sSo 1>T. LA BjtVOLITTIOir
Fopinion eqtr« les mains du tiers -état. Elle leur reprochera tfaToir voula tout obtenir par vaUlance et par opiniâtreté, au lieu de £àh^ f en temps opportun , les sacrifices exigés p^r Tautorité des circonstanees et par l'impé* rieuse loi de la nécessité. Elle leur reprochera d^ n'avoir pas aperçu que le passé ne resaem* bloit en aucune n^nière au présent , et que le clergé, la noblesse, le tiers-état, la cour, les grands, l'autorité royale, la répartition deé richesses, la distribution des lumières, enfin le caractère national et l'opinioit ]^ubliqué, tout étoit changé depuis deux cents ans. Oui , l'histoire leur reprochera d^avoir vu les mêmes choses où il n'existôit que les ményes noms, et, particularisant peut-être leurs actions, elle examinera sévèrement leur résistance à toute espèce de conciliation , et quand on cherchoit un moyen de terminer les combats relatifs à la vérification desk pouvoirs, et quand on proposoit une délibération commune , au moins en (Certaines circonstances, au moinçr danp les questions d'un intérêt égal entre les trois états; enfin elle examinera surtout avec rigueur la conduite de leurs guides, aux épo-^ ques célèbres du 28 juin et du 1 1 juillet 1789; et peut-^tre encore elle jugera , comme moi , qu'ils dévoient politiquement squtenir un mt^
FAANÇ018S. â5l
nisîre sage et Faider dans sa lutte contré i'esjSrit du temps , au lieu de chercher ob&tîné* ment à le décourager et à le perdre.
Je le croîs donc, et sans aucun doute, san% Aucune incertitude : toutes les grandes fautes politiques , depuis l'ouverture des ^tats^généraux jusques à la révolution du mois de juil«let 17B9, appartiennent aux deux preiii^ier^ prdres ; mais après cette seconde époque , le parti populaire , le parti triomphant dans rassemblée nationale , est devenu comptable , à lui seul , de toutes les délibérations politiques qui ont amené ia destruction de la monarchie et préparé le triomphe des principes subver*^ sifs de l'ordre public et de la liberté réelle.
Je développerai bientôt cette seconde vé*riti; mais je dois offrir auparavant une ré-* flexion intéressante^ et pour le repos des nations, et pour Tinstruetion de tous les dépositaires de Fautoriié suprême. Les hommes qui excitent aujourd'hui ks gouvernemens de l'Europe à déployer hâtivement les moyens de sévérité et de rigueur, citent; ^ontinuellem«n,l la révolution de France à l'appui de leur système et de leurs conseils. J'invite ces gouvernemens à étudier eux-mêmes l'exemple dont on veut se servir pour guider leur opinion. Ils verront alors que ia révoliiliou franç^Épe est
a 5a DE LA R]éVOLUTIOir
essentiellement due à des actes inconsidérés d'autorité.
En effet, je Tai montré, la demande énergique des états-généraux et la nécessité où se trouva Louis XVI de céder à cette sollicitation, ces deux grandes circonstances doivent être essentiellement rapportées à la fermentation progressive occasionnée par Texil du parlement de Paris, Tenlèvement de plusiears de ses membres, l'emprisonnement des gentilshommes de Bretagne, l'envoi d'une multitude de lettres de cachet dans les provinces , et l'établissement d'une cour plénière qui devoit réunir tous les pouvoirs entre les mains du roi.
Or aucun de ces actes violens d'autorité n'auroit paru nécessaire au gouvernement; et l'occasion n'en eût pas existé , si d'abord M. de Brienne eût cherché à se concilier avec les premiers notables, sur le choix des ressources applicables aux besoins de l'état, au lieu de. dissoudre brusquement leur assemblée , et de les punir ainsi de la résistance qu'ils avoient opposée aux systèmes de Tad-* ministratipn. Enfin, après le. renvoi. des notables, on eût encore évité toutes les querelles avec les cours souveraines et leurs.dangereuses suites , si , dans une circonstance infiniment critiqpe , le gouverpement n'avoit pas refusé
FRANÇOISE. a53
hautement les états de finance qne demandoit le parlement dé Paris, comme une condition préalable de son assentiment à de nouveaux impôts : voilà pour la convocation des étatsgénéraux; et de même dans leur tenue, ce n'est point la modération qui a compromis l'autorité royale ; c'est au contraire et manifestement 9 d'abord la roideur inflexible des deux premiers ordres , puis la fausse combinaison de la déclaration du roi du 23 juin 1789; mais par dessus tout, la téméraire entreprise du mois dé juillet de la même année. Après cette dernière époque^ il étoit devenu moralement et physiquement impossible de recourir à aucun acte de vigueur ; et sur ce point de toute évidence, il n'y a jamais eu d'opinion différente entre les partis les plus opposés. L^équilibre des forces avoit été totalement rompu du 1 1 au i4 juillet : ce fut une bataille perdue, une déroute complète avec armes et bagages; et si le monarque, tout à coup dénué de moyens militaires et de ressources d'argent, paroissoit encore assis sur le trône , la puissance royale n'existbit plus.
Qu'on se garde donc de porter les rois de l'Europe à des résolutions extrêmes, à des actes inconsidérés d'autorité , en leur parlant de la révolution françoise ; ce seroit abuser de quel^
à $4 ^^ ^^ ftivoLirrioBr
qué$ apparences pour détourner leilra regards de la vérité. li faut laisser ce i*aidonnement aux hocoraes îgQorans ou Superficiels, qui véiqnt tout dans une circonstanée dont leur souTenir s^est chargé ; et il faut le pardonner aux nobles de France, à euk qui oiit lin si grand intérêt à relever le mérite de la hardiesse, après avoir tailt pééhé contre )â prudence.
Les véritables ainis des rois ne peuvent pas avoir d'autre langage que lés véritables amis des nations; et les tins comhie les autres di* root aux dépositaires de ràutdrité Suprême , qu'und fermeté inébraitlablé doit être unie à une pairfaite raison; qu'il fatit gouverner sage^ ment, pour ne rien risquer au développement ii^éfini de l'autorité. MaLâ si l'on a bouleversé les financés, ai l'on a dissipé les revenus publiesr à l'avance, si Ton se trouve dans la fu<- B)eS[te alterna tité ou de faire perdre atix créa»* ei«rs de Tétait une portion de leur fortune ^ ou d'accroître encore urie masse d'impôts dont le peuplé -scippor te déjà le poids avec murnniTe; enfin sî l'alarme e^t répandue, si ée toutes parte de justes plaintes se font entendre, on d^it alors usci^ avec ménageaient du droit de commaùder, on doit condescendre avec pru-« dénce aux mécontentemèns dont on est soimême fa cause , et se donner le teihps de ren-
FRAirÇOfS£. Sl55
dre à Tautorité Tappui de la confiance, Yoilà la marche de la raison ; el si l'on s'en écarte t si les gouvernemens , après des forts ^ après de grandes fautes, déploient leur autorité aveè le même despotisme, avec la même inflexible' lité que dans le tetnpà où leur puissance paroissoit la garantie de l'ordre public, ils j6ue« ront gros jeu, ils s'engageront dans dè9 com*' bats dont on ne sauj^oit présager l'issue.
SECTJOJS IL
Assemblée nationale ^rdèsignée soUs le nom de
Coti statuante
Qrr ne doit pas juger avec rigueur la conduite des f eprésentans des communes dans les oorti* mencemens des états-^généraux. Ils conçurent sitôt de la défiance du systèime des deux pre« miers ordres, des démarches des princes et des in teintions de la cour, qu'ils se crurent "de bonne heure appelés au combat, ou en pré^ sence du moins de leurs ennemis, et d'ennemi» encore dont ils s^exagéroient les forces* Les hommes, dans une telle position, sont aisé«« ment entraînés à faire usage de tous leurs moyens, et l'on ne peut attendre d'eux qu'ils / observent en y recourant tme sage mesure;
a 56 DE LA ït^voLtrrioJT
mais cette sorte de mesure n'est pas recevable, lorsque les sujets d'inquiétude se sont évanouis et lorsque la fortune a permis aux victorieux de penser avec calme et d'agir avec circonspection.
Âiilsi, lorsqu'au mois de juillet 1789 l'assemblée nationale et ses dominateurs eurent éprouvé l'impuissance de leurs adversaires, lorsqu'ils furent les ténroins de la défaite de la cour, de la dispersion des princes et de l'abattement du monarque, lorsqu'ils virent surtout la nation entière sous les armes et l%dhésion successive de la plus, grande partie des troupes de ligne au voeu général de la France; lorsqu'ils apprirent enfin de toutes manières, que rien ne pouvoit plus s'opposer à leur empire ; c'étoit ajors le temps de Bien faire ^ et cette époque marquante doit fixer le commencement^e leur responsabilité. Ils furent alors les maîtres de fonder un gouvernement heureux; ils furent alors les maîtres. et les maîtres absolus de donner à la France une constitution régulière, une constitution propre à garantir, avec la même sûreté, l'ordre public, la justice, et la liberté civile et politique. Tout semblait les favoriser. Les esprits, attachés à la royauté par une longue habitude et entraînés en même temps vers des idées de
HRAHÇOISB. '257
liberté, par les élans d'un sentiment nouveau , se trouvoient dans ce balancement qui assut-e aux systèmes modérés lamajoritédessufïrage!). Le prince élevé sur le trône étoit doué des qualités et des vertus les plus appropriées à une monarchie tempérée, et il m'est démontré que si le destin t'eût fait naître roi d'Angleterre, il se seroit trouvé sans effort, et parle seul mérite de son caractère, dans une parfaite harmonie avec l'esprit de la constitution britannique.il n'eût jamais enfreint d'une ligne les droits que la charte fondamentale de l'état lui auroit assurés , et jamais il n'eût été tourmenté par un désir inquiet d'accroître son autorité. Il eût été content de se voir affranchi de toutes les grandes responsabilités; il eût aimé à se sentir en force derrière la loi, et il auroit éprouvé comme nn soulagement, s'il avoit pu opposer un vœu national, une règle authentique, à tous les opprraseurs de sa propre volonté , à tous lés ennemis de l'ordre public. Oui, tout eût favorisé le succès des idées sages et modérées, si l'assemblée nationale en eût connu le prix, et si les chefs populaires , devenus les maîtres absolus après les événemens du mois de juillet, avoient eu celte force d'esprit el celle Iiîiuteur de caractère cpii empêchent il'ahuaerdc^ ..^^
Client iiai>uâer de ..^^^^.
a58 DE LA RiVÛLUTION
la victoire. Mais ils sortoient d'un combat, el Fimpulsion d'un premier mouvement les entrainoit encore. Les uns croyaient à la puis- ,sanci$ de la cour, lorsque cette puissance étoit abattue; les autres en jugeoient mieux , mais il leur convenoit d'entretenir un sentiment de frayeur, et ils prétoient au fantôme de Tautorité royale toute la consistance 5 toute la réputation de réalité qui pouvoit servir leurs vues. Ils étoient merveilleusement secondés dans cette politique parles nombreux partisans d'une vaine gloire et d'un succès fa«cile ; car ceux-là ne se lassoient point d'atta*quer les ministres et de les présenter comme terribles, afin de se ménager sans péril les honneurs du courage, et plusieurs aussi , afin
^de faire oublier et d'oublier eux-mêmes que nia guère ils étoient sur les pas de ces mêmes ministres, pour leur prodiguer des hommages et pour 1^$ entretenir à la dérobée de tous les
. sentimens d'admiration dont ils étoient pénétrés pour eux.
Heeonnoissons aussi combien une passion pre$que nouvelle pour les François , l'ambition de la popularité,étoit propre àégarer les esprits. Cette passion , après une longue épreuve, après une vieille habitude , agile encore de nos jours, et constamment avec la même force » la nation
angloise, nation véûéçhie et la moins susceptible d'être entraînée par des illusions.- On ne peut donc s'étonner de l'effervescerice et de l'explosion qu'a produites cette même passion de la popularité, sur une nation ardente, li-^ yree de tout temps aux jouissances de l'ima- ^[ination et plus éprise qu'aucune autre des délices de la louange. D'ailleurs, après la ré-* volution du mois de juillet, il fut aisé de juger qtie la faveur publique deviendroit le meilleur et le plus sur appui dans la carrière de Tambition , et l'on vit de même que pour cul-tiver cette faveur, il falloit encenser les idées de liberté et d'égalité. Ainsi , par une singularité remarquable, l'esprit de flatterie, cet esprit le plus bas et le plus vil de tt)us, aborda le premier les plus hautes questions de la mé-* taphysique. Bientôt cependant on n'observa plus de mesure, ni dans ses discours , ni danf^ ses démarches ; car la rivalité dans la recherche des applaudissemeus , le désir de passer les autres en popularité , n'en permettent aucune; et l'égalité, la liberté, sont des idées tellement susceptibles de toutes sortes d'extension , tellement souples et flexibles, s'il est permis de s'exprimer ainsi, qu'elles offrirent une ressource inépuisable aux législateurs courtisans , comme aux discoureurs politiques.
a6o DE LA lUÎVOLUTIOlf
J'indique ici succinctement les vues person* nelles et les entraves secrètes qui ont empêché l'assemblée nationale de marcher au grand , , au majestueux terme offert à ses regards, à rétablissement d'une constitution fondée sur les lois immuables de la raison et de la sagesse.
Cependant elle eût franchi peut-être ces divers obstacles, si elle ne s'étoit pas elle-même trompée dans sescombinaisons politiques, si elle n'avoit pas faussement imaginé qu'il resteroit toujours assez de puissance à l'autorité royale; et , si constamment égarée par des préjugés, elle ne s'étoit pas contentée de consact^er en paroles cette autorité^ sans prendre aucun soin de l'investir des prérogatives et des attributs essentiellement nécessaires à sa consis-< tance.
C'est une faute à jamais mémorable , de la |>art d'une assemblée de législateurs, d'aVoir « voulu maintenir en France le gouvernement monarchique, de l'avoir jugé le plus convenable à une nation de vingt -cinq millions d'hommes, et d'avoir cru remplir cette idée en plaçant un roi à la tête d'une constitution démocratique.
C'est une faute à jamais mémorable , de la part d'une assemblée de législateurs , d'avoir voulu unjoi et d'avoir constamment perdu de
FRANÇoisc. a6r
'▼ue les propriétés élémentaires qui dévoient servir à constituer cet être singulier; qui de* voient servir à rendre utiles ses fonctions dans l'ordre social.
C'est une faute à jamais mémorable, de la part d'une assemblée de législateurs^ de s'être occupée pendant trois ans d'une nouvelle constitution politique , et d'avoir négligé de traiter, d'avoir mis à l'écart la question la plus difficile dans la formation d'un gouvernement, l'institution du pouvoir exécutif; l'institution du pouvoir, qui, par une habile combinaison, par une savante contexture , doit assurer Yov^ drepublic sans offenser la liberté , sans y por>ter aucune atteinte.
C'est une faute à jamais mémorable, de la part d'une assemblée de législateurs^ de s'être bornée à considérer ce pouvoir dans se&différen tes applications , et d'avoir oublié que su composition et son affermissement , sa création et sa vie, dévoient être le premier objet de leur méditation^
C'est une faute enfin à> jamais mémorable, de la part d'une assemblée dfe législateurs, d'avoir associé le système de l'égalité universelle à la conception d'un gouvernement. monarchique, et d'avoir supposé qu'un roi pouvoil siïbsister,' sans aucune des gradatieais de
962 DE LA R]éVOLt7Tfoir
rang qtii entretiennent les hommes dans Vh^ bitude du respect , sans aucune des pompes qui relèvent la majesté du trône et qui pré^ tent à Tautorité cette assistance morale, si nécessaire au gouvernement dans un grand état
'On avoît jeté la première semence de ces idées d'égalité, en. adoptant pour ie royaume de France la déclaration des droits de quelques républiques américaines ; mais le principe métaphysique destiné à favoriser ces idées eût été facilement oublié, si l'assemblée nationale, Âu mois de juin 1790, ne l'avoit pas mis en action par Fâbolition de tous les rangs, de tous les titres, de toutes les distinctions honorifiques, et par la destruction nominale d^la noblesse et de ses différentes prérogatives.
J'aperçus les conséquences d'une pareille disposition, et je mis tout en usage peur déterminer le roi à exiger de l'assemblée nationale qu'elle prit en nouvelle considération une si importante affaire. Je proposai même au conseil , et par écrit, les observations svceinctes qui pou voient être réunies à cette déiparche ; elles étoient rédigées avec tant de mesure, qu'il n'y avoit évidemment aucun risque à en attendre au moins l'effet; avant de nâvé'tir de la sanction royale un décret subversif du goif-
vernement monarchique. J'étois certain qu'ua grand nombre de députés appuieroient cette démarche; plusieurs méme^ et des plus marquans par leur crédit , paroissoient la désirer; et l'on dut regretter encore plus d'avoir précipité là sanction du roi, lorsque l'assemblée, après l'avoir reçue, nomma des commissaires pour examiner une seconde fois un décret dont elle commençoit à présager les suites.
Mais il n'étoit plus temps; le public de Paris , enchanté du premier signal de nivellement, se prononça fortement; et les commissaires^ rendus craintifs par ce mouvement, laissèrent oublier leur mission et n'en rendirent aucun compte. J'osai seul déclarer mon opinion , en faisant imprimer avec la permission du roi mon avis au conseil et les observations que î'avois proposées. Je contribuai de plus au dé«* cret de révision de l'assemblée; mais je me fis un grand tort auprès du parti populaire. Il n'est rien de si séduisant que Tégalité au moment où elle commence, au moment surtout où elle suit l'inégalité; mais en supposant qu'elle fut applicable à aucun ordre social , ce n'étoit pas autour d'un roi , ce n'étoit pas dans un gouvernement déclaré monarchique que Ton devoit en faire l'expérience.
On. s'étonnera sans doute de la détermina-
^64 i>b: Là RivoLUTioir
tian du roi dans cette circonsfance , et Ton demandera par quels motifs, résistant à un avis soutenu vigoureusement dans son conseil, il sanctionna sans délai ^ sans aucune observation préalable, un décret si contraire aux intérêts de sa couronne et si fort en contraste avec ses propres opinions ? Je ne puis rendre copnpte des suggestions secrètes auxquelles il déféra dans cette occasion, mais plusieurs aperçus m'ont instruit de la politique qui dominoit alors parmi les hommes admis à son intimité. Ils croyoient que les fautes de Tas** semblée nationale serviroient dans Topinion Pautorité suprême; et, considérant alors comme une des plus essentielles et des plus marquantes la destruction^e la noblesse et le nivellement des conditions, ils souhaitoient que le roi n'y opposât aucune résistance. Ils attachoient de plus une grande importance à constater publiquement Tétat de contrainte où Je monarque se trou voit réduit; et ilsr pen* soient que cette vérité deviendroit manifeste aux yeux de TEurope, si le roi, sans aucun délai, donnoitson acquiescement à un décret évidemment contraire à ses plus précieux intérêts, évidemment en opposition avec les sentimens communs à tous les princes.
Une telle politique eût été bonne entre de»
FBANÇOISE. 265
particuliers, qui, soumis les uns et les autres à lautorité d'un tribunal supérieur, peuvent se faire relever de leurs engagemens , en administrant des preuves de violence ou d'esclavage ; mais entre un monarque et les représentans d'une nation, il n'y a point de juges, il n'y a point d'arbitres; et dans leurs rivalités, c'est toujours de puissance qu'ils ont à lutter ensemble. C'étoit donc, je le crois, et je l'ai dit souvent, c'étoit un faux calcul de sacrifier un seul moyen de crédit, un seul ^loyen d'influence, au désir de donner un degré d'authenticité de plus à l'état de gène et d'alarme où le roi se Irouvoit réduit. Pou- ;yoil-on douter que près d'un tribunal , ou en reprenant un jour son autorité, Louis xvi eût manqué d'élémens pour composer un mémoire de griefs ? Pouvoit-on supposer que sa situsMon fût inconnue aux princes de l'Europe et aux nations étrangères ? Il eût donc été plus sage de s'opposer , selon l'étendue de ses moyens, à l'établissement d'une disposition législative qui enlevoit au trône son lustre, et qui introduisoit un système incompatible avec les principes constitutifs du gouvernement monarchique.
On se trompoit de même, quand on imaginoit servir la royauté, en laissant, pour ainsi
Îfe66 DE LA HÉVOLtTION
dire , un champ libre aux écarts de l'assemblée nationale et à son esprit de destruction. On a pu remarquer que ses entreprises les plus hardies, ses fautes mêmes , quand elles n'étoient pas combattues, ajoutoient à sa force réelle , en donnant une nouvelle idée de sa puissance.
Une pensée m'est souvent venue, en remar- ' quant la facilité , ou plutôt la résignation avec laquelle le roi donna son consentement à plusieurs décrets dont il désapprouvoit le Lut et les principes. Il vouloit, je le crois, ménager et rassembler toutes ses forces, pour obéir à sa conscience , en s'opposant à la loi destructive des instituts ecclésiastiques , lesquels, dans son opinion, étoient étroitement liés à la conservation pure du culte religieux et de la foi catholique; et l'on a vu sa longue résistance et toute l'expression de sa doéHeur, quand il fut contraint de céder.
Le roi, cependant, avant l'époque du décret sur la destruction des rangs, dont je viens de parler, mais lorsqu'il étoit encore à Versailles, s'étoit opposé avec fermeté à un système de désorganisation dont les progrès ont ; été si rapides. Il tempéra le zèle inconsidéré
» des deux premiers ordres , lorsque , la nuit cé-
ï lèbre du 4 ^tout 1769, et dans l'ivrtsse d'une
générosité fastueuse, ils prodiguèrent à l'envi leurs sacrifices, et consacrèrent le noviciat d'un parfait désintéressement, par un entier oubli de la chose publique. Les observations du conseil, adressées à rassemblée nationale, et qui dévoient k ramener à une marche plus prudente, produisirent une grande sensation; et le public impartial, si l'on n'avoit pas étouffé sa voix, auroit approuvé de même le langage du roi, le jour où on lui proposa de donner son assentiment aux premiers principes constitutionnels, et à la déclaration des droits qu'on y avoit réunie. La réponse du roi à l'assemblée nationale est remarquable par son époque 9 la veille du 5 octobre; elU l'est aussi par le rapprochement de ses expressions sages et mesurées avec les mouvemens tumultueux auxquels elle servit de prétexte. Je la transcris
ici: ,
« Messieurs , de nouvelles lois constitutives « ne peuvent être bien jugées que dans leur a ensemble; tout se tient dans un si grand et « si important ouvrage. Cependant je trouve a naturel que dans un moment où nous in- « vitons la nation à venir au secours de Tétat, (c par un acte signalé de confiance et de pa- «c triotisme, nous la rassurions sur le princifc pal objet de son intérêt. Ainsi, dans la con-
a68 OE LA RIÉVOLUTION
« fiance que les premiers articles constitution* « nels que vous m*avez fait présenter, unis à «c la suite de votre travail , rempliront le vœu ce de mes peuples et assureront le bonheur « et la prospérité du royaume , j'accorde , se- « Ion votre désir, mon accession à ces artia des, mais à une condition positive , et dont « je ne me départirai jamais, c'est que parle <c résultat général de vos délibérations, le pouce voir exécutif ait son entier effet entre les a mains du monarque. Une suite de faits et «( d'observations , dont le tableau sera rais a sous vos yeux, vous fera connoîtreque dans ce l'ordre actuel des choses , je ne puis protécr ger effics^cement ni le recouvrement des ff impositions légales, ni la libre circulation ce des subsistances, ni la sûreté individuelle « des citoyens. Je veux cependant jemplir ces « devoirs essentiels de la royauté. Le bonheur ce de mes sujets , la tranquillité publique et le «c maintien de Tordre social en dépendent; <c ainsi je demande que nous levions en coro- 9 mun tous les obstacles qui pourroient con- «r trarier une fin si désirable et si nécessaire. « yous aurez sûrement pensé que les insticc tutionset les formes judiciaires actuelles ne « pouvoient éprouver de changemeiis , qu'au « moment où un nouvel ordre de choses y
FRANÇOISE. Syi
les sjratèjnes dangereux de l'assemblée nationale.
Cependant unç idée aussi composée n'auroit pu suffire pour animer le peuple et pour le mettre en mouvement , si la rareté des grains ne l'avoit pas entretenu dans un état d'inquiétude; si des hommes occupés à saisir tous les moyens de trouble et de fermeutalion, ne lui iivoient pas inspiré l'idée d'aller porter ses plaintes au roi même; en&n, si l'on n'avoit pas répandu le bruit absurde d'une ligue forniée par les aristocrates pour enlever le monarque et le conduire à Metz; et si quelques imprudences, commises dans un dîner donné par les gardes-du-corps aux officiers du régiment de Flandre, n'avoient pas fourni des prétextes à la malveillance.
C'est au milieu de ces différentes circonstances que plusieurs chefs de parti, divisés d'intérêts et de vues, crurent trouver, une occasion favorable à leur politique; et, guidés par des motifs opposés, ils fomentèrent en commun l'exasfiération de Paris, le rassemblement des faubourgs et le grand entraînement d'une nombreuse partie du peuple vers la demeure du prince.
Le 5 octobre 1789 fut le jour mémorable de cette insurrection. Le projet avoit été formé
ajU DE Lk R^VOLUTIOlf
OÙ décidé rapidement , et le ministre de Paris , observateur attentif et vigilant, n'en fut in«> struit que le matin du jour où les habitans des faubourgs de Paris et une populace immense, mêlés à un attroupement de gardes nationales, se mirent en marche pour Versailles.
Le conseil municipal de la capitale enjoignit à M. de La Fayette de prendre le commandement de ces tumultueuses cohortes.
Cet ordre, donné au milieu des clameurs d'un peuple en effervescence, n'eut aucun caractère de liberté ; et cependant ce fut un acte de sagesse de mettre à la tête d'un mouvement qu'on ne pouvoit arrêter, le général de la force armée, et Fhomme de cette époque le plus en crédit parmi le peuple.
Le roi étoit à la chasse. On l'informe avec diligence des avis qu'on venoit de recevoir; et de relQur à Versailles , il eut à réfléchir sur le parti qu'il devoit prendre dans une situation pénible. Son sentiment personnel ne le portoit point à s'éloigner ; et si l'on avoit eu de bonne heure le dessein de cacher cette vé« rite, on auroit dû défendre aux officiers de { service chez le roi de dire et redire qu'ils l'a-
^ voient entendu , se promenant à grands pas
dans son appartement, répéter plusieurs fois
avec un sentiment de répugnance ètd^ndignation : Un roi fugitif l un roi fugitif!
Il se détermina cependant à ordonner se& voitures; mais les lirait s en ayant été coupés ou détachés par le peuple d^ Versailles ^ qui vouloit, disoit^l, à tout risque s'opposer au départ de la cour ^ il y eut de nouveaux doutes et une seconde délibération. L'agitation étoit générale dans l'intérieur du château; et la reine, à peu d'heures de distance^ eut AtuX avis absolument différens* Le monarque envi-^ ronné, précédé de ses gardes^ eût vaincu^ je le crois, la résistance du peuple; mais l'ex^ cellente bonté du prince lui faisoit redouter d'être l'occasion et le témoin d'un tumulte où l'effusion du sang eût été peut-être inévitable^ Cependant au moment et dans une circon-^ stance où la personne même du roi pouvoit être exposée, il est évident que lui âeul devoit prendre un parti définitif; et il résolut de tes* ter à Versailles.
« La question politique étoit la seule que ses ministres et les autres personnes dont il prit conseil fussent appelés à traiter, et cette ques^ tion alors étoit la seconde en rangé Je n'enten* dis que les avis donnés dans le cabinet du roi, ainsi je. n'ai pas connu l'opinion des princes; mais entre un grand nombre de personnes/