‹ Œuvres complètes de M. NeckerChapitre 13 sur 20 · SECTION III · texte numérisé non relu

SECTION III

Dernières réflexions qui me sont personnelles.

Voici le seul moment où quelques pages sous ce titre me sont encore permises; car bientôt, et en présence de tant de calamités dont nous allons devenir spectateurs, quel homme, même le plus calomnié, oseroit arrêter l'attention sur sa personne et sur les intérêts de sa réputation ?

Ce n'est plus mon administration dontj'iii besoin de parler; les éclaircissemens que je pouvois devoir encore, se trouvent répandus dans le récit des premiers événemens de

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la révolution et dans l'esposition de leurs causes et de leur enchaînement. Mais eu attirant sur moi les regards pour la dernière fois , je me crois obligé de répondre àces insinuations générales dont je vois qu'on se sert artificieusement pour donner un air de vraisemblance à des reproches particuliers ^ à des reproches que si peu de gens entendent, que si peu de gens veulent approfondir. Enfin je dois expliquer aussi par quel intérêt les hommes d'un même parti mettent tant d'obstination dans leurs injustices envers moi. — Il a toujours eu l'esprit novateur et systématique, témoin entre autres , et sous son premier ministère , ces assemblées provinciales , cette publicité de l'état des finances , ce compte rendu à la nation sous le nom du roi; manières inusitées, incompatibles avec la monarchie et le premier germe de la révolution , aux regards des fins observateurs. — Il a vécu dans la société des philosophes de notre temps , et il a dû prendre à leur école ces idées nouvelles qui nous ont fait tant de mal. — Né républicain, il haïssoit les rois et leur autorité. — îîé protestant , il a toujours eu pour vœu secret de perdre le clergé et de discréditer la relif^iori calhoiiqiie. — Né simple citoyen d'un pelic coin (lu monde, il a élé jaloux des ilisiinc-

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tîons introduites dans les pays monarchiques, et il ain^oit voulu pouvoir les anéantir. — En* fin, ambitieux sans mesure , c'est par la popularité qu'il a cherché à s'élever, et il a tout sacrifié pour l'obtenir et pour la conserver; — * Ainsi ses opinioi^s , ses préjugés , son caractère, voilà les premiers mots de la révolution françoise.

Eh! messieurs, vous ne le croyez pas, et vous ririez vous-tnémes de cette forme gigan* tesque donnée à un pygmée, si vous ne trouviez pas de la convenance à placer un fantôme en avant des regards qui vous incommodent Cependant la répétition de ces discours m'o* blige à les parcourir, mais en y opposant seu* lement quelques réflexions jetées au hasard , car une défense méthodique seroit mal adap»

tée à la petitesse du sujet.

J'ai commencé mon premier ministère à l'époque d'un grand discrédit , je l'ai continué pendant la guerre; c'est dans une situation si embarrassante que les idées systématiques en finance auroient pu trouver place, auroient été pardonnées. Mais loin d'y recourir, je cherchai des ressources dans les moyens les plus simples. Je n'en voulus point d'autres, et Tordre et l'économie, la sagesse et la fidélité, toutes ces idées morales furent ma première

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assistance , et Tancienneté de leur réputation ne m'en éloigna point l'éludiai les abus, et je leur fis la guerre ; mais c'est toujours au plus près que je les combattis. J'évitai soigneusement les mouvemens précipités , les convulsions dangereuses, et il n'y eut d'extraordinaire, dans cette partie de mon administration, que son résultat, l'accroissement du crédit et la hausse du prix des fonds publics au milieu de la guerre. Et peut-être eus-je besoin de ce résultat pour ennoblir ma marche terre à terre; car il me souvient qu'en commençant , on ne me trouvoit pas assez ailé dans mes déploiemens. Où étoit donc alors mon esprit inquiet et systématique ? L'institution des assemblées provinciales , la publicité de l'état des finances étoient des nouveautés, mais étrangères aux principes politiques. Le ministre rendoit au roi un compte des revenus , des dépenses , des améliorations provoquées dans leurs différentes branches , et le monarque , pour éclairer la confiance, ordoanoit que ce compte fût répandu par la voie de l'impression. Les assemblées provinciales n'étoient qu'une ad<ministration collective, et destinées à mieux faire que les inlendans et leurs subdélégucs. Les membres dont elles étoient composées dévoient être renouvelés par les iis^tniblt^'^

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elles-mêmes, avec Tapprobation du roi. Ce fut sous M. de Brienne que le choix en fut confié aux trois ordres , et par cette innova* tion on transmit aux assemblées provinciales nn caractère représentatif qu'elles n'avoient point eu jusqu'alors.

II est une vérité certaine , c'est qu'en per* fectionnant l'administration dans un pays, on soutient sa constitution politique. : c'est ainsi que des gouvernemens où les pouvoirs sont mal distribués , se conservent sans altération , et plusieurs états de l'Europe nous en offrent l'exemple. Les peuples, quand ils se trouvent heureux , ne demandent point s'ils le sont régulièrement et par le résultat d'une organisation savante. Ils ont, par le mérite seul d'une administration circonspecte, le gouvernement paternel, ce gouvernement où la sagesse, l'unité d'intérêt et la vraie amitié dispensent de Téquilibre des pouvoirs; du législatif en deux chambres, de l'exécutif en dehors, et même des méditations de la commission des onze.

Les recherches des nations sur la con texture des gouvernemens , ne commencent jamais qu'avec leur mécontentement ; et en pensant à cette vérité, en me souvenant de l'attachement que j^ai vu pour le roi et pour la mo? narchie durant mon premier vipinistère , je

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m^absous hardiment du reproche d'avoir concouru, par aucune de mes dispositions administratives , au discrédit de l'ancienne forme du gouverneraient; et je Taurois peut-être étayée de nouveau , et par les mêmes moyens, si de grandes fautes n'avoient pas obligé le roi à promettre la convocation des états-généraux.

Ce n'est pas seulement dans mon premier ministère que j'ai fait preuve de mon attachement aux principes sages et modérés;, voyez dans mon ouvrage sur l'administration des finances, si jamais j'ai couru après les nouveautés systématiques. Je n'ai eu de partialité que pour les vieilles maximes; et ce n'est pas toutefois en adorateur servile que je les ai défendues, car de temps à autre j'ai montré, que j'C pense , la faculté de saisir les idées à leur premiière origine. Seulement en m'y élevant, je ne suis pas resté habituellement dans les airs comme quelques-uns des métaphysiciens politiques de nos jours.

Je ne sais aussi ce qu'on veut dire avec cette accusation de philosophie moderne , qu'on n'entend pas trop soi-même. J'avoue les relations suivies que j^ai eues avec des hommes distingués dans les sciences et dans les lettres, et je me félicite d'avoir pu étendre et fortifier mon esprit dans leur conversation et dans leur IX, ao

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société. Ils pensoient avec moi que la morale et la politique ont une étroite union; et sans fixer sur d'autres points nos rapports ou nos différences de sentiniens, il me suffit d'avoir constaté mes principes de la manière la plus évidente, il me suffit de leur avoir donné de la publicité .dans un ouvrage qu'on lit encore , ce me semble; dans un ouvrage où , avec amour et avec persuasion , j'ai cherché à pénétrer les hommes d'un saint respect pour l'Être suprême, et à placer leurs devoirs sous la sauve-garde des idées et des opinions religieuses. Ah ! si la licence des systèmes et le libertinage des esprits ont contribué , comme je le pense, aux malheurs de la France, ce n'est pas moi sûrement qu'il faut appeler en cause. J'ai souvent combattu les agresseurs des rérités utiles , et jamais on ne m'a vu dans leurs rangs.

Je jette ensuite un coupd'œil sur cet homme ambitieux de popularité, et toujours occupé de l'étendre et de la conserver. La vérité estpo.urtant, que si j'ai eu de la popularité], je l'ai obtenue sans aucun effort particulier et par les mêmes moyens qui m'avoient mérité l'estime publique; mais loin de chercher à faire aucun usage personnel de cette popularité, loin d'ea avoir eu jamais la pensée , loin d'avoir songé

méine à. ta mé^^g^r, à U manière dfs tvares, je Tai liasardée s^iemmeat toutes les fois que j'ai cru pouvoir m,'en servir pour uu avajntage public, o^ pour rendre service aux; oppriioés.; et sans pa^rler de la hardiesse avec laquelle je Tave^turois tout enûèire , daus mou projet du 23 juin , je puis dire que je Tai perdue pour ravoir sans ce^ç risquée, et eu le voulant bien.

C'est ainsi , paç exempt , qu'en revenant de Basle, et au milieu desi villes les plus exaltées , je ne craiguis point de faire entendre un langage eu contraste avec les passions do* minantes , et que souvent, à mon dou3^ sou-^ veuir, j'y devius l'heureux défenseur de l'innocence abandonnée £^ux aveugles fureuirs de Tesprit de parti.

C'est ainsi qu^ , peu de jours après mon re*tour à Versailles jeta la gTsmde' surprise, des nouveau:^;: politi^ques , je. JQua ssins hésiter toute ma part àls^ li^epveillance de$ Parisiens , pour essayer de sauver la yie et la lib^té d'un seul hoipame.

Mais ce fut singulièrement, pu en résistant ouvertement à la marche invasive de l'assemblée n£|tiouale, ou en disputant contre ses erreurs , que j'exposai sans cesse cette popularité, courue atout prix par tant d'auti?es.

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, C'est ainsi que, dans tous mes Mémoires à l'assemblée nationale , et au risque certaia de lui déplaire, je ne cessai de réveiller soa attention sur l'importanice du pouvoir exécutif, et sur le danger où elle exposoit l'ordre public, en négligeant d'investir le monarque des prérogatives nécessaires à son autorité.

> C'est ainsi que je combattis par des observations vigoureuses, et les résolutions précipitées du 4 août , et les décrets de l'assemblée nationale destinés à oter au monarque la faculté de donner, de sa propre autorité, la plus petite gratification, la plus légère récompense pécuniaire.

C'est ainsi qu'invité par mon intérêt personnel à multiplier les jour« sur la régie des finances et à profiter, en ma qualité d'administrateur économe, du mérite des parallèles, je résistai pourtant, et avec une opiniâtreté dangereuse, à mettre l'assemblée nationale dans la confidence inutile du regi$ti% , devenu célèbre sous le nom de Z^Vre rouge , et où se trouvoient inscrites les dépenses secrètes orîlonnées par le roi durant le cours de sou règne.

C'est ainsi que , parlant au nom du prince et défendant une cause abandonnée, je réclamai la justice de l'assemblée nationale en

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faveur des ecclésiastiques dépouillés de leur état, et en faveur des propriétaires de tout ordre devenus les victimes des déprédations et des violences que l'autorité publique n'avait pu réprinler.

C'est ainsi enfin que, dansun momentoù le peuple lui-même, entraîné par des illusions, se prononçoit avec éclat en faveur d'une création illimitée de papier-monnoie, j'osai m'élever le premier contre une idée dévastatrice des principes d'ordre et de justice.

Mais jamais toutefois je ne renonçai plus ouvertement à la faveur populaire , qu'en re-^ fusant d'admirer le décret destructif de la gradation des rangs et en résistant, selon mes moyens, à l'établissement d'un système dont je présageai de bonne heure les dangereuses suites et pour le monarque et pour la monarchie.

J'oserai donc le dire, en jetant im dernier coup d'œil sur mon second ministère, je ne me suis compté, au milieu des affaires, que dans une petite proportion et pour une part inséparable de la foiblesse humaine. Jîemeuré Jibre par ce moyen , et susceptible même de toute la fierté qui appartient k l'inilepondancë, ma condTiite s'est ressentie d'une position si favorable, et d'abord eaTeni.le&deM^

e, ei a nbora eavCTf'ie&aeiiS/ ^

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premiers ordres , qui, embarrassés dans leur» préjugés, restoient trop en arrière du temps présent; ensuite envers l'assemblée nationale, qui, dans sa course impétueuse, adiressoit à un avenir d'imagination ses compositions ou ses pensées; et encore envers la cour, qui , agitée entre ses souvenirs et ses craintes , devoit être incertaine et vacillante. Tai rempli dans ces divers rapports, sinon habilement, sinon avec succès , du moins en honhéte homme, un devoir difficile. Mais toujours au centre des événemens etparoissant y toucher, on a pu facilement mHmputer les erreurs et les fautes contre lesquelles j'ai ie plus combattu ; et , comme je l'ai dit au commencement de cet ouvrage : « La foule des spectateurs , a en me regardant de la plaine, â dû me voir (f sans cesse autour d'un char qui descendoit, ff rouloit avec vitesse du haut d'un mont élevé; i( et elle a pu croire que je le poussois , que a j'accélérois du moins son mouvement, tan- « dis qu'au contraire je retenors les roues de « toutes mes forces, ietj'appelois continuelle— « ment aii secours. »

£t si par hasard on m'avoit observé depuis que j'ai quitté la France, ou si Ton daigiloit accorder un moment d'attention aux écrits dépositaires de mes sélntimec^s'eidetaiespen*

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sées , on y trouveroit peut-être une sorte de prolongation de mes actions comme homme public ; on verroit que , sous le règne encore de la première assemblée nationale , j'ai osé développer ses fautes et les vices de son ouvrage ; on verroit que , sous l'empire menaçant d'un aveugle fanatisme, j'ai osé combattre le système chéri de l'égalité, et marquer de nouveau les sacrifices que la raison et la morale demandoient à la liberté; on verroit enfin (triste souvenir!) on verroit qu'au moment où toutes les autorités, d'accord avec toutes les passions, sembloient avoir conjuré la perte du plus infortuné des princes , je parus le premier au rang de ses défenseurs. Ah ! je ne me place point sur la ligne du vertueux Malesherbes et de ses généreux compagnons ; mais qu'on ne cherche point à dégrader mon zèle, en le présentant comme un dévouement sans péril. J'avois alors entre les mains de ceux dont j'attaquois de front les principes funestes et les cruels desseins , j^avois alors sous leur puissance fa plus grande partie de ma fortune, le fruit de quarante ans de travaux et d'économie , et ils ne tardèrent pas à s'en emparer. Un mot artificieux qu'ils insérèrent dans la loi sur les émigrés , leur servit de prétexte pour saisir tout moifc Mta , mes mai-

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sons, mes rentes viagères et mon dépôt de deux, millions au trésor royal ^ dépôt presque sacré par tant de circonstances. Tel a été le prix de sept années de service public , sans aucun appointement , sans aucune espèce de rétribution ; tel a été le prix des travaux et des travaux heureux à l'aide desquels , au temps de ma première administration , je portai l'ordre et l'économie dans toutes les parties des finances ; je relevai le crédit d'une manière éclatante; je soutins la guerre sans impôt, et je multipliai cependant les secours en faveur de ^la classe indigente et malheureuse du peuple. Tel a été le prix des soins que je me suis donnés, pendant mon second ministère, pour soutenir, au milieu des circonstances les plus inouïes , l'édifice chancelant de la fortune publique. Tel a été surtout le prix de mes veilles , de mes inquiétudes, et des risques personnels que j'ai courus pour garantir Paris et plusieurs provinces de toutes lès horreurs de la famine (*). Enfin tel a été le prix du dévoue-

(^} Je dis les risques personnels, non pas seulement parce que révënement portoit en entier sur moi , maïs aussi parce que j'ai donné ma garantie et ùion engagenient privé, dans un moment pii la confiftuce envers le trésor public étoit épuisée.

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ment qui m'a fait revenir au milieu des périls, lorsque j'en étois écarté. (*)

Voilà la conduite des uns : les autres , répandus dans toute l'Europe, abusent de leur malheur et de l'intérêt qu'ils inspirent pour i^— I III 1 1 1 1 I II II I I i ■ ■ I ii^

(*) Qu'on lise encore si Ton veut , et toujours par forme de contraste avec l'injustice dont je me plains en ce moment, le Discours suivant de M. le duc de La Rochçfoucault-Liancourt. Il' me l'adressa comme président de l'assemblée nationale, à mon retour de Basle, au mois de juillet 1789.

* « Monsieur, vous aviez, en vous éloignant des affaires, « emporté l'estime et les regrets de l'assemblée natio- « nale : elle l'a consigné dans ses arrêtés; et en expri- «c mant ainsi les sentimens dont elle étoit pénétrée, elle « n'a été que l'interprète de la nation.

M Le moment de votre retraite a été celui d'un deuil M général dans le royaume.

u Le roi , dont le cœur généreux et bon vous est connu c( plus qu'à qui que ce soit , est venu dans cette assemblée « s'unir à nous^ il a daigné nous demander nos conseils : « nos conseils dévoient être ceux de la nation^ ils étoient « de rappeler à lui le ministre qui l'avoit servi avec tant « 4e dévouement, de fidélité et de patriotisme. Mais u déjà le cœur du roi avoit pris de lui-même ce conseil «c salutaire ; et quand nous pensions à lui exprimer nos u vœux, il nous remettoit la lettre qui vous invitoit à « reprendre vos travaux : il désiroit que l'assemblée na- « tionale y joignit ses instances^ et il vouloit , pour gage «c de son amour^ se confondre encore avec la nation pour

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m'attaqucr dans l'opinion publique, et pour m'appeler en cause à chaque événement désas--

tt rendre à la France celni qui en causoit les regrets , et «c qui en faisoit l'espérance.

ce Vous vous étiez , en partant » dérobé aux hommages « du peuple ; vous aviez employé , pour éviter l'exprès— « sion de son estiiïie , les mêilies soins qu'un autre eût tt pris pour fuir les dangers de son mécontentement et de « sa haine. Vous touchiez au moment oii , après une lon- « gue et pénible agitation , vous alliez trouver le calme tt et le repos : vous avez connu les troubles qui agitoient « ce royaume; vous avez connu les vœux ardëns du roi « et de la nation , et, sans vous aveugler sur l'incertitude « des succès dans la carrière qui de nouveau s'ouvroit à M vous , vous n'avez pensé qu'à nos malheurs ; vous vous « êtes rappelé ce que vous deviez à la France pour l'atta- « chement et la confiance qu'elle vous donne ; vous « n'avez plus pensé à votre repos, et , d'après vos pro— u près expressions , vous avez , sans hésiter , préféré le « péril au remords»

tt L'empressement des peuples qui se portoient en « foule sur votre route , la joie pure et sincère qu'a reçue <c le roi de votre retour, les mouvemens que fait naître « votre présence dans cette salle , où votre éloge éloit , M il y a quelques jours , prononcé avec tant d'éloquence tt et entendu avec tant d'émotion , tout vous est garant tt des sentimens de la France entière. La première nation «c du mondé voit en vous celui qui, ayant patticulîèrett ment contribué à la réunion de ses représentans , a le n plus efficacement préparé son salut , et peut seul , dans tt ces momens d'embarras , Faire disparoitre les obstacle»

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treux, à chaque acte de tyrannie ou de despotisme populaire dont les amis de l'humanité

«( qui 8\>pp09erôiént encore à sa rëgënération. Quel « bomme avoit droit de prëtândre à une si haute desti* « nëe? Et quel titre plus puissant pouvoit assurer la « France de votre dévouement le plus absolu ?

t< Peut-il donc être offert à la nation un présage plus t< certain de bonheur, que la réunion des volontés d'un « toi prêt h tout sacrifier pour l'avantage de son peuple ; « d'une assemblée nationale qui fait , à l'espoir de la fé- « licite publique , l'hommage des intérêts privés de tous « les membres qui la composent , et d'un ministre éclairé u qui^ aux sentimens d'honneur qui lui rendent le bien « nécessaire , joint encore la circonstance particulière ce d'une position qui le lui rend indispensable?

« Et quelle époque plus heureuse , monsieur , pour n établir la responsabilité des tninistres , cette précieuse M sauvegarde de la liberté , ce rempart certain contre « le despotisme , que celle oii le premier qui s'y soumet^- « tra n'aura de compte à rendre à la nation que celui de ic ses talens et de ses vertus?

« C'est après ce salutaire établissement , que vous avec « sollicité vous-même , dont vous aurez été le premier « exemple, que Thomme portant un cœur droit , des in««- « tentions pures, un carractète ferme , une conscience à et l'abri de tout reproche , pourra , s'il est doué de quelle que talent, aspirer ouvertement au ministère. Glorieux: ce alors de l'idée qu'aucune action mauvaise , qu'aucune u complaisance funeste, qu'aucune in tngue sourde, ne a pourront être dérobées an jugement de la nation , il i M bravera lesiatetitibns obA^ures de là haine et de l'envie;

ont si souvent à gémir. Quelle dure injustice! Et c est toujours le nombre des députés des

« et portera dans son cœur llieureiise confiance que la

« vérité est toujours plus forte et plus convaincante que

ft la calomnie , quand Tune et l'autre ne peuvent élever

(c la voix que devant une nation généreuse et éclairée.

« C'est en vous soumettant aujourd'hui , n^onsieur, à

M cette honorable épreuve ; c*est en reprenant la place

n que vous avez consenti d'accepter, que l'exercice de

« vos talens , que votre fidélité inviolable aux intérêts de

« la nation et du roi, désormais indissolublement lies,

«c sauront prouver à l'Europe, sans l'étonner, combien

• tt étoient justes et les regrets publics et l'allégresse um-

« verselle dont il appartenoit à vous seul d'être l'objet.

«t Si , dans cette circonstance , il pouvoit m'être permis « de laisser échapper l'expression d'un sentiment qui ne « m'est que personnel , je dirois combien il m'est doni « de lier l'époque glorieuse pour moi d'une fonction ho- <« norable, que je ne dois qu'à l'extrême indulgence de M cette auguste assemblée ^t que je ne puis justifier que « par mou zële , à l'époque tant désirée de votre retour a « un ministère que vous signalerez par votre attachement « pour une constitution qui va bientôt assurer le bonheur « de l'empire. »

L'assemblée a vivemexit applaudi le Discours de M. le président 5 elle y a trouvé ses sentimens et ses principes exprimés avec tant de noblesse, de justesse, d'éloquence et d'énergie , qu'elje en a ordonné l'impression et son insertion dans le proces-verbal.

Procès-verbal de rassemblée nationale du mercredi 29 juillet 1789.

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Communes aux états-généraux , c'est toujours ce nombre rappelé sous le nom de doublement du tiers qui forme le sujet de leurs reproches. Les premiers chefs politiques d'une caste persécutée se sont servis contre moi de ce mot proverbial , de la même manière que les chefs populaires ont employé contre eux le mot ^aristocrates. Et , en effet, c'est une arme de choix en inimitié quelles expressions vagues ou les phrases confuses ; car , sans rien per* dre de l'impression qu'on veut faire, on s'affranchit encore des objections. Les hommes du peuple débitent communément des absurdités, quand on s'avise de leur demander l'exacte définition du mot aristocrate; et les nobles de France, lorsqu'ils s'élèvent en écho contre le doublement du tiers , et lorsqu'ils veulent engager les étrangeris à recevoir cette parole , comme l'explication tout entière de la révolution françoi^e, ne savent la plupart résoudre aucun des 'doutes que les gens capables de réflexion se permettent de leur présenter. Il ne tient pas d'abord à eul qu'on n'entende par l'ordre de la noblesse de France, la réu« nion pure et sans tache de ces anciens chevaliers dont les noms sont épars dans l'histoire; et par le tiers-état, des hommes de l'espèce de ceux qu'on entend jurer et vociférer dans

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les cabarets ou dans les labagies dén)Qçi?^ti^ ques; tandis qu'en 1789 Tordre de la noblesse était composé, en très*grande partie, d^ {a^ railles séparée& du tiers-élat par ue pelitnoncibre de générations ; et que le tiers-état, non pas en masse sans doute, puisque alors il formoit à peu près toute la nation , mais j>ar ses élus ou par seséligibles, présentoit un^ collection nombreuse d'homme$ d'esprit , d'bonnmes éclairés , et particulièr^in^nt insti'uits de l'agriculture , du commerce , de6 lois et des intérêts de leur pays.

Que si l'on écoute encore, et toujours siiç le doublement du iiersj ces interprètes de la révolution française, discourant sans contrainte au milieu des étrangers > et si Ton se fie à leurs enseignemens ou aux opinions qu'ils ont euxmêmes acquises par la foi , l'on sera jeté d'erreurs en erreurs ; on croira que l'autorité morale des trois ordres, cette autqrité attachée à leur considération respective, n'avoit éprouvé par l'effet du temps aucun changement, aucune altération, Oa croira de plus , et toujours en prêtant l'oreille aux mêmes institu^teuirs, que le nombre des députés des trois ordres aux états-généraux étoit fixé par les lois du royaume; qu'il l'étoît, dans la proportion de deux à un , en faveur des ordres privilégiés^

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et que jamsiis on u'avoit connu d'autre propor-* tiop. On ignorera que le tiers-état envoyoit; plus ou inoins de députés aux assemblées nationales» selon qu'il y étoit déterminé par des vues générales et par des circonstances particulières. On ne sera pas averti du moins de fixer son attention sur Tusage qu'il en auroit fait, à une époque où toute la nation désiroit d'avoir entrée aux états-généraux; on ne sera point averti de fixer son attention sur la na-* ture des affaires qui dévoient être traitées dans cette assemblée mémorable, et sur Timpossi* bilité de soumettre à la décision suprême de deux ordres privilégiés les plus grands intérêts dont le France se fût jamais occupée* On ne sera point averti surtout de fixer son attention sur l'éclatante renonciation des parlemens à la législation des impots et des emprunts, sur cette nouveauté si importante, et sur toutes les conséquences qui dévoient en dériver^dans un temps ou cinq cents millions de revenus ne suffisoient pas aux besoins de l'état. Mais je m'arrête ; car en essayant de me former une idée des. divers degrés d'ignorance qui servent d'échelon à de certaines perçua-* sions, je serois prêt à rentrer dans un siijet dont j'ai déjà parcouru tout l'espace. Je ne puis omettre cependant une dernière réflexion sur

3ao DE LA hevolutioit

le doublement du tiers^ ou plutôt sur remploi continuel de ce mot de ralliement. On demandera par quel motif, par quel intérêt les nobles de France, à l'imitation de leurs principaux guides, répètent toujours cette phrase, reconduisent toujours à la même idée, quand on s'adresse à eux pour recevoir des instructions sur les commencemens ou sur les premières causes de la révolution. C'est, il faut l'avouer, il faut le dire, c'est qu'ils veulent écarter toute autre explication , c'est qu'ils évitent ainsi de ramener l'attention vers les fautes dont ils sont devenus responsables et dont ils se font peut-être un reproche secret. Je l'ai montré avec les ménagemens dus à l'infortune et à l'oppression, mais je l'ai^ montré pourtant : les députés des deux premiers ordres aux états-généraux , les députés de la noblesse surtout, en regardant toujours le passé, jamais le présent, jamais l'avenir; en n'appréciant, en n'apercevant peut-être aucun des changemens survenus daiis tous les grands rapports, qui composent au milieu des états le système des forces morales ; ces députés encore, en demandant sans cesse l'assistance d'un pouvoir qui lui-même avoit besoin d'aide^ et dont il eût fallu déguiser la foiblesse; ces députés enfin , en confondant dans leur im-

prudente conduite la roideur avec la fermeté^ et l'opiniâtreté avec le courage , ont été les promoteurs d'une révolution qui s'est exécutée par l'autorité de l'opinion publique. Ils pourvoient la gagner, cette opinion, ils pouvoient la disputer aux représentans du tiers-état; et, dédaignant son alliance, ils ont cru témé*' rairement qu'ils pouvoient la maîtriser avec l'autorité de la cour, avec le crédit des princes, avec un langage superbe, avec des moyens usés , et qui , dans leur ancieiwe vigueur, eus* sent été peut-être insuffisai^Pje l'ai dit , les deux premiers ordres ou leurs représentans, les deux ordres enviés autant que favorisés, n'ont pas voulu , n'ont pas su faire à temps et sans restriction aucun des sacrifices qu'imposoit à leur politique une circonstance sans modèle; ils ont paru croire que leurs nombreuses prérogatives n'avoient de force qu'en faisceau, tandis qu'une seule peut-être, habilement ou généreusement abandonnée , auroit sauvé les autres. Jamais, dans un si court intervalle, on ne commit tant de fautes; et toutes se rapportent à la conduite oa à l'influence des hommes lés plus marquans dans les deux premier» ordres. Ils ont donc quelque intérêt à distraire l'attention des observateurs et à leur faire prendre le change; ils. ont quelque in té-* IX. ai

322 DE LA RÉVOLUTIOir

rét à mettre en vogue le mot ou le dicton du doublement du tiersj et à ne rien négliger pour faire recevoir l'idée qn'iis y attachent, comme la meilleure explication des premières causes de la révolution Françoise.

Que me reste-il à dire encore , avant de porter plus loin mes regards et mes réflexions, avant de diriger l'attention vers les événeroens qui ont suivi la dissolution de l'assemblée constituante? Je suis plus impatient de finir de moi que je j^puis l'exprimer; et cependant je ne me f^Pente que sous lés rapports où ma conduite publique se trouve étroitement unie à des intérêts généraux, et je laisse à l'écart, avec le plus profond mépris, les calomnies de détail dont les écrits du motnent; sont encore si souvent remplis.

Une réflexion triste cependant ne peut m'éçhapper. Je fus et je suis encore un exemple remarquable des persécutions auxquelles un esprit de tempérance expose les hommes publics, dans les temps de trouble et d'agitation, lis se trouvent au miliefi de toutes les passions, sans être en faveur auprès d'aucune , et ils n'ont pour eux que la clyince incertaine des- jugemens à venir , ou la voix sourde et tremblante des honnêtes gens de leur siècle.

Tous les traits, en se croisant, les ont frappés;

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et comme on les voit dépassés par le mouvement accéléré des passions y comme on les voit en arrière aussi des idées nouvelles et systé^ matiques, on dédaigne la marche de leur es-* prit, et leur caractère même est accusé de foiblesse. Cependant il faut du courage aussi ^ pour rester fidèle aux opinions modérées , et pour se résoudre à ne jamais quitter ce poste abandonné, et dont la garde est si difficile.

Tel fut autrefois le mérite du sage L'Hospi tal, également odieux de son temps et aux catholiques et aux protestans^ et aux parlementaires et aux amis du despotisme. J'ai éprouvé la même disgrâce sans ressembler à ce grand homme. La postérité la vengé; me sera-t-elle aussi favorable? *

Je ne suis pas à Tabri, datifs ma retraite, du contre-coup de toutes les inimitiés que j'ai encourues dans la carrière de l'administration ; et les écrits dont je fais de temps à autre la lecture , lés propos , les discours qui me reviennent, tout m'apprend chaque jour que j'eusse mieux soigné maiortune morale en me jetant dans l'un ou l'autre extrême. Grand Dieu, ce n'est pas un regret! Que vaut l'opinion des autres près des consolations de sa propre conscience? Comment d'ailleurs ne seyois-je pas rësté\Pobjet d'un nombre infini dQ

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ressentimeus ? Ah ! de ma part , sans aucun retour et sans aucun commencement , sans au* cune indifférence à la bienveillance des autres, sans aucune sécheresse de cœur, sa«ns aucune humeur hostile, sans aucune idée surtout étrangère à mes devoirs, mais par un attachement inébranlable aux principes de la raison. J'avois défendu le trésor royal contre les demandes des princes et des grands seigneurs. J avois contrarié sans cesse l'avidité des courtisans. J'avois circonscrit rigidement les bénéûceû des financiers. J'avois multiplié les réformes dans toutes les parties de l'administration. Voilà pour mon premier ministère; et au milieu de tant d'abus , mes réformes, mon économie et mes nonftreux refus se sont tracés dans un si grand espace, qu'encore aujourd'hui je pourrois dire de tel écrivain amer, de tel discoureur ardent contre moi : voilà pourquoi cet homme se fâche, voilà pourquoi ses expressions sont dures ou inciviles. Ensuite, et depuis mon second ministère, je me suis trouvé si rarement en ligne avec les diverses exagérations dont j'étois spectateur, que je n'ai dû plaire à personne. J'ai contrarié les deux premiers ordres, lorsque j'ai voulu les amener aux condescendances dont urip polîtique bien entendue leur eût donné le conseil ^

et lorsqu'il m'a paru sage <le prévenir, au nom du gouvernement, l'abaissement inséparable d'une soumission contrainte à la force impérieuse des circonstances. Je n'ai pas irrité moins vivement les chefs populaires, en retenant de toutes mes forces leur marche impétueuse. J'ai blessé, par de justes critiques, les inventeurs de la constitution de 1791. J'ai censuré la conduite des ministres qui avoient amené , par leur administration , la nécessité des états-généraux. J'ai blâmé les parlemens d'avoir interdit l'action du gouvernement, en se déclarant tout à coup sans pouvoir pour enregistrer aucun empruntet aucun impôt.

Enfin , je ne sais trop avec quel ordre de la société je ne me suis pas mis en guerre ou en opposition : j'ai trouvé des torts à tout le monde; comment ne m'en auroit-on pas cherché? comment ne se seroit-on pas armé contre moi d'une sévérité rigoureuse? Ce n'est pas tout encore; car au milieu d'une discussion naturellement compliquée, il a dû s'élever, parmi les hommes attachés aux mêmes principes, des différences accidentelles de sentiment, et j'ai vu qu'elles suffisoient pour exciter des brouilleries. J'ai vu qu'on étoit au^i disposé à J)lâmer et à haïr pour une discordance sur un seul point, que pour une sépa-

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ration pleine et entière d'esprit et d'intérêt. Il en est peut-être des controverses politiques comme des controverses religieuses , où les sectaires les plus rapprochés d'opinion ont. le moins d'égards les uns pour les autres. Sont-ce les amours^propres qui se heurtent alors davantage , ou les distances en général seroient-elles bonnes pour la paix et bonnes pour le respect, dans toutes les parties de l'ordre moral? Enfin , car le ridicule se mêle quelquefois aux sentie mens les plus sérieux, un grand nombre de personnes , dans tous les pays , sans rien en-^ tendre aux premières discussions politiques de la France, sans avoir voulu les étudier, sans le pouvoir peut-être , se prononcent à tout hasard contre le prétendu doublement du tiersj et contre le nom propre auquel on attache cette disposition. Ils se marquent ainsi, le croiroit-on , pour signaler leur union , leur affiliation, vieille ou nouvelle , à l'ordre de la noblesse. Le mal qu'ils disent de moi témoigne ainsi de leur état ou de leurs prétentions ; il sert de plumet à leur vanité ou de couleur à leur gloriole. Honneur leur en soit, je le veux bien. Pauvre humanité! quel spectacle de déi« rision vous offrez encore aux observateurs, au milieu même des crimes dont la terre est déshonorée !

Que penser encore de ces protecteurs , toujours prêts à répiéler : Ne lui voulez pas de mal ; tout son tort eçt de n'avoir pas connu les hommes? Hélas! je voudrotô bien ne les avoir pas connus ! Mais à quoi s'applique votre sentence ? à rie« , absolument à rien. £t vous en jugeriez de ifnéroe si vous recherchiezi l'origine <]e la révolution, si vous vouliez étudier son mou\ementy sa marche et ses progrès^

Un mot aussi de ces oJbservateurs , qni se disent défians et se font soupçon ixeux, pour avoir une réputation de perspicacité. Ilsexpli-* quent un bouleversement général^ à U ma-" niére privée de leur esprit et de leur caractère, et ils supposent partout des traniies secrètes, afin d'assigner la première place à Tartde l'intrigue. Il faut ranger cq& politiques à côté de ceux qui aui^ient, disent^ils, éloir gné la révolution par un seul acte d'autorité. Il n'est si petit aide>Hi;)jor qui ne tînt aujour*^ d'hui ce langage , s'il lui étoit arrivé d'imposer par sou ton au milieu d'une caserne ou d'une chambrée. On augmente du petit au grand avec une iacilité parfaite, lorsqu'on reste toujours le héros de la fable.

J'oubliois presque de répondre aux mots de protestant, de simple citoyen d'une républîque, à ces. mots qui présentent la solution

lumineuse de toute ma conduite. Mais auroisje montré si peu d'esprit, si peu de caractère, que je dusse être jugé dans l'âge viri| sur les particularités de mon enfance? Ou est- ce ici de Tinstinct qu'on doit à sa nature et à soa éducation que l'on veut parler? de cet instinct, il est vrai , souvent plus fort que la réflexion. Alors m'examihant bien , je dirai avec la plus grande vérité que j'ai toujours aimé dans les autres tous les genres de grandeurs conventionnelles ; cai^ ne m'étant jamais senti imposé par aucune, et n'ayant pas la faculté de relever les hommes , à ma volonté, par des qualités morales, j'aurois voulu , pour le charme de mon imagination , et peut--étre aussi pour ma plus grande aisance , leur donner une stature d'apparence , et leur prêter à tous , faute de mieux , des panaches ou des échasses. Je ne sais pourquoi je m'explique ain^i ; car , rigoureusement parlant, c'est presque une impertinence; mais je suis seul avec moi-même, et si je viens à publier mes pensées, j'effacerai ce paragraphe ou je ne l'effacerai pas.

La qualité de protestant , qui a dû nécessairement me rendre ennemi de la religion catholique, n'offre pas seulement à mes adversaires le secours d'une présomption ; car , en me faisant si bon calviniste, ils devroient au moins

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s'entendre avec eux-mêmes , et ne pas oublier qu'ils m'ont le plus souvent présenté comme un sectateur de la philosophie moderne, d'une philosophie dont les disciples n'ont pas la réputation de prendre feu entre les différentes sectes. Mais laissons là toutes ces absurdes contrariétés. J'ai professé plus authentiquement que personne, en ce siècle, mon respect pour les opinions religieuses ; mais j'ai fait voir aussi que je les honorois, que je jes considérois dans un cercle assez haut pour n'être pas accusé légèrement d'avoir jamais eu la pensée de déranger, eh aucun lieu, la marche usuelle et pratique de la piété. Ah ! qu'elle soit vraie, cette piété , qu'elle soit touchante et sensible, et le Dieu de l'umvers saura bien tendre la main à ceux qui le cherchent!

Les idées, les insinuations générales, ont été de tout temps l'arme d'élite des agresseurs habiles ; elles sont à la portée de tous les entendemens^ et n'exigent aucune preuve. N'est-* ce pas là la perfection ! Le vraisemblable, toujours débarrassé des intermédiaires , se saisit à l'instant, tandis que la connoissance, la recherche du vrai , exigent un examen.

Aussi , c'est à des hommes choisis que la société confie l'étude et l'inquisition des vérités essentielles à l'honneur et à la fortune des citoyens;

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au lieu que la multitude, la foule ignorante et légère , s'érige sans scrupule en tribunal des vraisemblances.

Ici je finis de moi, de ma cause et de ma défense , et j'en finis pour toujours. J'ai mêlé ce sujet à de grandes discussions, et ôe^pen** dant j'ai toujours eu la crainte de me montrer, et de paroitre importun. Il y a d'ailleurs à parler de soi je ne sais quel attachement au monde et à son approbation , qui ne va plus à l'état de mon âme. Et qu'aurois-je à recueillir aujourd'hui dont la moisson me fut chère ? Il n'est rien de précieux pour l'hon^me isolé ; il n'est rien qui le touche , même dans la renommée , et le temps des partages est passé pour moi. Il n'est plus là, cet ami qui s'associoit à ma vie; il n'est plus là , cet ami que j^invoquois, et contre les attaques de mes censeurs, et contre mes propres défiances. J'ai perdu mon garant, j'ai perdu mon soutien ; et si l'obscurité, inséparable d'un temps déjà loin (le fnoi, me jette en quelque doute, en quelque incertitude, il faut que seul je cherche la trace de mes intentions çt de mes travaux; il faut que seul je me réfugie dans la retraite de ma conscience. Mais qu'il est encore tremblant , cet asile , quand la main d'un ami ne le rassure pas , et quand les tendres soins d'un confident intime n'y veillent

Françoise/ 33 i

pa^ «UT notre repos ! Ah! je le dis aux ennemis que je n'ai pas mérités, je le dis pour leur faire plaisir, c'est en vain que j'ai défendu, que je défends encore, et toujours de bonne foi , les diverses parties de ma conduite pu* blique ; c'est en vain que mes souvenirs me retracent le zèle et l'esprit p^r dont je fus animé ; il me suffit d'avoir été placé, par la fortune, au milieu des antécédeus de tant de fureurs et de tan t de crimes , pour être à jamais malheureux. Je me reproche en ce moment jusques aux sentimens d'espérance que je par-* tageois avec toute la France, à la première aurore des élats-généraux ; et, comblant par mes regrets la distance de cette époque au temfis présent, les difficultés de la prévoyance s'effacent insensiblement à mes yeux, et il m'arrive de me demander compte de toutes les pensées que je n'ai pas eues , de tous les présages qui m'ont échappé. O faiblesse de l'homme ! vain dans ses entreprises , et plus vain encore dans ses prétentions , il vit un instant , et il croit que tous les temps lui apr partiennent : il passe sur la terre avec la rapidité de l'éclair, ne sachant avec certitude ni d'où il vient, ni où il va, et il imagine que toutes les combinaisons^ tous les calculs, sont du domaine de son esprit. Cependant, au sein

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même de notre prudence et dans les momens d'orgueil qu'elle nous inspire , un seul obstacle nous arrête et vient déjouer notre altière espérance. Ah ! ne le voyons-nous pas? une destinée inconnue roule tous les grands événemens sur nos têtes ; elle nous y donne la part qu'il lui plait ; et dans sa marche à pas de géant , elle brise ces légères trames avec lesquelles nous essayons de maîtriser et le sort des empires et notre propre fortune. Vivons donc d'indulgence : c'est là notre devoir, c'est là notre sagesse. Un seul sillon nous est tracé d'une manière évidente, et la lumière du ciel semble l'éclairer ; c'est la morale et ses saintes leçons: marchons-y, suivons-le, ne le quittons jamais; aimons dans cette voie nos compagnons de route, et ne soumettons pas les mouvemens de notre cœur aux agitations de notre esprit Ah! si l'on se hait, si l'on doit se haïr pour des différences d'opinions, quels sentimens réservera-t-on aux hommes volontairement injustes, aux oppresseurs, aux tyrans , et à tous ces hommes de sang qui se disent de notre race ? Ces dernières paroles , comme le son d'une cloche funèbre , me rappellent à la continuation de mon sujet. Ah! puissai-je avoir la force et le courage nécessaires pour le suivre et pour le franchir !

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