SECTION IV
Commehcemens de V assemblée législative. Môuvemens pçpulaires ^ et première irruption dans le palais du roi, le 10 juin 1792.
AvÀiVT de porter nos regards sur l'assemblée qui succéda, sous le nom de Législative^ à l'assemblée constituante, arrêtons un moment notre, attention sur la retraite des premiers législateurs de la France. On la désiroit, cette retraite , avec une impatience presque générale ; et dans le même temps, néanmoins, on applaudissoit à leurs travaux , et l'on en célébroit la beauté. L'enthousiasme pour l'œuvre et l'indifférence pour l'ouvrier présentoient un singulier contraste, et l'un et l'autre de ces sentimens ont fait tort à la chose publique. On ne pouvoit , sans une ignorance profonde dé Tordre politique, encenser une constitution pénétrée en tout sens des vices les plus corrupteurs; et pourtant les hommes qui en avoient été les conlpositeurs , étoient seuls en état d'y apporter des modifications salutaires. Ils avoient épui^ les faveurs de la popularité, et ils auroient alors jeté quelques regards vers
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lin triomphe plus durable , vers ce genre de gloire dont une sagesse de combinaison » un mérite réel , pouvoient seuls les rendre certains. Ils s'étoient prononcés d'une manière solennelle en faveur de rétablissement d'une monarchie tempérée ; ils n'étoient plus libres de s'écarter d*une idée aussi principale ; et l'expérience , qui déjà leur donnoit de fortes leçons, n'eût pas tardé à les convaincre de la nécessité où ils étoient de prêter de l'appui , de donner plus d'action à l'autorité executive ; et pour y parvenir autant qu'on le pouvoit encore , ils auroient fait plier vers ce but la partie mobile ou flexible de letir législation constitutionnelle. Mais tous les moyens d'in- . struction et de repentir leur furent eulevés , lorsque le raotrveinent public les contraignit à terminer leur règne. On en v toit leurs places, et de toutes parts on aspiroit à briller sur cette scène où si loug-temps on les avoit vus paroître. L'idée de rester maître et législateur, de sa propre autorité, et au nom stippos^ de ia volonté générale , cette idée audacieuse n*étoit pas encore venue; et quand l'assemblée constituante en auroit conçu le projet , elle n'auroit pu l'exécuter. Elle n'étoit pas. favorisée , comme ses successeurs, par» une guerre au dehors et au dedans , et par l'état de crise in-
séparable d'une révolution pleine et entière dans le gouvernement et les lois du royaume.
D'ailleurs, et c'est une justice à rendre aux députés de l'assemblée constituante , leur caractère ne se fût point prêté aux actes de violence absolument nécessaires , pour exercer sur tout un peuple un despotisme sans bornes, et pour perpétuer cette usurpation* Ils allèrent trop loin, ils touchèrent aux extrêmes dans leur élan contre l'autorité royale; mais ils eussent frémi de tout ce qui s'est fait après eux, et le lionceau Robespierre , quoique mêlé dans leurs rangs , et dont les griffes commençoient à paroître, n'eût jamais osé manifester ouvertement ses vœux féroces et son inclination sanguinaire. L'assemblée constituante , coupable de tant d'erreurs, devenues si dangereuses , eut même un beau moment de génie et dé caractère , et que j'aime à relever, après avoir si souvent critiqué sa conduite; ce fut à l'époque du retour du roi de Varennes. On la vit alors résister avec courage à une faction qui voulut abuser de la situation du monarque et du mouvement public, pour mettre en jugement ce prince malheureux, et pour renverser en même temps le trône et la royauté. Les hommes les plus remarqués jusque-là dans le parti populaire se signalèrent en cette occa-
sion, et ils réunirent dans leurs discours, dignes d'être relus , des sentimens généreux à de grandes vues»
Cependant cette ihéme assemblée, dans le long cours de son autorité, avoit tellement molesté, tellement offensé et la noblesse, et la cour, et les princes, et les magistrats, et le clergé, et tous les grands propnétaires, qu'aucune classe de l'ordre social ne désiroit la prolongation de son autorité; et ceux-là même qui ont le plus souffert des violences de ses successeurs formoient alors des vœux pour son éloignement. Ils disoient d'elle à tout hasard : J'aime mieux l'autre, j'aime mieux l'inconnue; tant l'espérance avec facilité s'attache à tous ]es changemens. Mais ils ne tardèrent pas à voir qu'ils s'étoient trompés dans leur attente , et ils regrettèrent alors que les députés constituans, dans un moment d'irréflexion, se fussent interdit à eux-mêmes la faculté de représenter le peuple françois à la seconde assemblée législative.
Ils avoient laissé en mourant un manuscrit curieux, plutôt qu'un code politique propre à servir de base durable k un gouvernement régulier ; cependant la première séance tenue par l'assemblée législative, dut persuader aux nombreux assistans que les héritiers et les
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testateurs auroient un même esprit; et cette séance , comparée à la conduite immédiate de» nouveau-venus^ mérite de trouver place daîis rhistoire morale de la révolution.
Jamais recueil de lois ne fut reçu avec plus de pompe; jamais inauguration ne fut i plus solennelle. On eût dit qu'aucun honneur assez éclatant ne pouvoit être rendu à la constitution et à ses auteurs. Soixante vieillards, accompagnés de l'archiviste, avoient été chercher le livre de la constitution; et toute Tassemblée, dans un parfait silence et dans un «profond recueillement, attend respectueuse* ment leur retour. Us reviennent, ils s'avancent à pas lents Mais ici le procès-verbal
de l'assemblée , tel qu'il se trouve dans le Journal des Débats et des Décrets, mérite d'être copié littéralement.
tc Un huissier a crié :• Messieurs , j'annonce c< à l'assemblée nationale l'acte constitutiona nel. Tous les membres se sont levés, et un a profond silence a régné dans toute la salle, oc Messieurs les commissaires sont entrés préce cédés des huissiers , et accompagnés d'un dé- « tachementdes gendarmes nationaux portant « les armes hautes. Us se sont avancés vers le « bureau, et l'archiviste, portant respectueu- 4c sèment l'tcte constitutionnel, est allé vers la IX. aî>
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« tribune. La salle a retenti d'applaudissemens « partis die toas les côliés de la salle et des tric biines. Alors un vieillard, s'adressant à Fas^ « semblée et à tons les citoyens , a dit :
tf Peuple françois, citoyeîis^t citoyennes de m Paris , vous tous qui avea tant fait pour la « révolution , voilà le dépôt sacré de notre « constitution , le gage de la paix qui va réunir ce tous les François. ....
<c M. le président est monté à la lribon« ; il « a prêté le serment. On a procédé à l'appel « nominal; tous les membres présens se sont « présentés, et chacun, tenant la main droite* <r sur l'acte constitutionnel, a prononcé indi* « viduellement le serment.
a Après que cette cérémonie a été faite , M. le a président a demandé que les commissaires' « reconduisissent Tacte constitutionnel ; Tas- « semblée s'est levée aussitôt. L'ardtiiviste est a descendu de la tribune; il s'est placé au mite lieu des commissaires qui l'ont reconduit m Leur marche a été accompagnée d'applau- « dissemens généraux. »
Yoilà les égards rendus, voilà les promesses faites à cette constitution dont on a perdu le souvenir en si peu de temps. Il restoit à décerner un tribut de reconnoissance et d'adra^iration aux compositeurs de cet immortel et
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mourant ouvrag!^ ^ et ce tribut , changé ai prompteihent ei!^ saFcasmes et en raillerie, est devcQiîi, sous un pareil rapport, une par-* ticularité curieuse.
« M. Cerutti a obtenu la |>arole, et a parlé à « ^eu près en ces lermes :
« Quatre cent quatre-vingt-douze députés a fmt appuyé leurs mains sun V évangile de la « consèiîution y et ont Juré de la maintenir juS'- « qu'à leur dernier soupir^ Après lui avoir rendu « cet hommage , il seroit sans doute convenable « d'offrir un sentiment bien juste au corps con- « stituant dont nous tenons cet immortel ou- « vrage. Rien n'est plus commun que de jouir (c avec une ingratitude superbe des travaux ce publics : on craint de paroitre idolâtre ou a esclave en adressant des hommages à leurs ce auteurs; maia quand ils ne sont plus en « place , il es4i beau de leur témoigner^ la re- « connoissance qu'inspirent leurs travaux pastf sés^ ( On a vivement applaudi. )
« Le premier jour où cette assemblée a pris (c séance^ j'ai vu que le peuple portoit des re-cc gards remplis de vénération sur ses premiers tf législateurs y et des regards d'espérance sur ce ses législateurs nouveaux.
a Ce partage de sentimejçç est le mouvement ^ général ^e^l^ Option Françoise. Nous ^çyons
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^ donc céder au penchant nation a]( , et voter « des remercimens à l'assemblée nationale conte stituante, qui , avant nous, a sauv^, régénéré a l'empire françois
« Trois années de travaux ont détruit qua- « torze siècles d'abus , et ont préparé des siè* « clés de bouHeur. ^ mesure que ces siècles vont « se projeter sur la constitution françoise , comte bien les noms de ses auteurs vont s'agrandir! <r Précédons la justice des temps. Jevousprotf pose 9 messieurs, de voter des remercîmeils à « l'assemblée nationale constituante qui nous « a précédés. »
A M. Cerutli a lu un projet de décret qui a « reçu les mêmes applaudissemens qui avoient ce fréquemment interrompu son discours.
ce Je propose un amendement, a dit M. Cha- « bot. Nous devons exprimer, sans doute, notre « reconnoi^sance aux législateurs françois à ce qui nous devons la constitution; mais il n'est «peut-être pas sage, pour cette assemblée, «e de dire que la constitution est la plus parte faite possible De très-grands murmures
ce ont empêché M. Chabot de continuer. La te proposition de M. Cerutti a été décrétée ce à l'unanimité et aux applaudissemens de « tous.
« L'assemblée nationale législative, succé-
FRANÇOISE. 34 r
<c (lant à rassemblée nationale constituante, el: « considérant que le plus grand bienfait pos- « siblç étoit une constitution telle que la nôtre j <x a décrété des remercîmens à tous les bons « citoyens qui ont concouru et contribué', dans « l'assemblée nationale, à la confection et IV « cbèvement de la constitution françoise.
(c L'assembléel nationale législative s'em-^ « prease^ dans le même teipps , de rendre un « solennel hommage aux grands exemples de « magnanimité qui ont éclaté daqsile cours d^ a l'assemblée nationale .constituante, et qui « resteront imprimés éternellemehtds^ns la mé- « moire du peuple François.
« Un membre a reiadu com>pte de la remise fcqui a: été faite aux archives du dépôt sacré « de la cansiitution. Ce dépôt, a- tril ajouté, est «c en sûreté ;4'ailleurs quand ilse perdroit, il « se reti*ouveroit dans 1^ cœur de tous les Frâna çoid!: il est dans vos cœurs,;! et le sehnem umsi^ funimje que^oi^s venez de prêter est Unepréùas ff de ViOfre.ûdéKté à leigarder. .» : j ir
f «Cést tobl£airé que de rappeler âujônrd'htH lefSî pràpres parole^ dù^ prbcès -vjefr bal V elles n'on&befioiUt d'aucun 'Commentaire. Ces' trois années dt^ travaux qui ont préparé deis siècles de bonheur fces mêm e s s iècl es qui vont sepro^ Jeter ^UitJ^'€omtituiion;iil&r\isaidité du hardi
34^ J^^ ^^ R^VOLUTfOJf
Chabot (^)9 lorsqu'il met humblemenl^Q doute si Ton doit dira de cette constitution qu'elle est la plus parfaite posàible ; rimprobiaCion qui Fenipéche de continuer; les rourmuresqui font justice d'une incertitude jH'ofane; tout cela pourtant rappelle le bon temps de rassemblée législative, ces premiers jours où elle n'étoif que ridicule. Comme elle a du changer^ pour arriver par degrés jusques au 10 aoâf ! Elle ne tarda pas à regitetter d'avoir accepté Tbôirie politique de rassemblée coqsâtûantes et se h^ût d'y itienoncer , elle protesta publique* ment contre k haute estimation qu'elte y aV'Oit d'abord dohnée. . ■
Aucun des premiers législateurs n'ayant pu rester dans la seconde assemblée nationale, celle-ci fut entièrement composée d'faoma&es nouveaux , et nouveatiK en toutes ; cbm^fs ^ en amour-propre, en prélenlibifisi'en' déskr de piaroître et de fùre effet ; et en l^ranéë :l«t viàr* site, surtout datis 3oh aurore y €;st Ujn g«ide qui chasse tous. lea a^ très. Ces^^îlëgîslivteurs, saris sel^ diiie^ regardèrent de quel oâté leur yjeiàdroit le plus tôj; dés louanges «tqdes; applaudissemoBS ; et ti^s exaKiin6iiené<BO«inlèrae lempis dans qupi sfiis ils cjevoient agir et pftr«
fc H it .i i^ ' ' ", ■ ! i '.V iV-'«^ ti'.t t 'j ■* lt t <t» .> t»»-»<« i wi» »iTi ' Éi r' i*t*tl
. (^) iC'étoituiL cDi^oalpûciii «d^uiM rave ixiptiddttte.
FAAKÇOISjB. 343
1er pour recueillir une moissoci si précieuse. On doit avouer qu'avec un tel esprit il ne pou* voit leur convenir de travailler en réparation, et de s'astreipdre , à perfectionner ou à faire mouvoir sagemen t une or^aqisation politique , l'ouvrage de leurs devanciers ; une organisa* tion dont le succès se rapporteroit^ toujours au géi^ie des premiers inventeurs. Les plus clairv<>yaos , parmi le^ nouveaux législateurs, aperçurent «ussi que l!a£fecmidsemeQt de IW* dre, ce but essentiel de l'union sociale, étoit cependant une entreprise lente, et dont le succès, dans un règne de deux ans, ne met* troit personne en réputation , nexioaneroit de l'éclat ^ aucun nom.
Ce. sentiment, plus ou moins confus, plus ou moins. général, disposa d'abord les membres de cette assemblée à imiter leurs prédécesseurs 4ans le langage q^ui leur avoit valu constaïQinent. les acclamations des tribunes; et, sans examiner si la majesté royale. n avoit pas été déjà dégradée hors de prudence et de mesure., ils débutèrent par twe nouvelle insulte à }a dignité du trone^et ils*crureni se relever e&^adop tant, cMns leurs relations avec le monarque, un. nouveau protocole et. une Nouvelle étiquette» Le. président, en écrivant au rQi.,^ ne mit plus le mot de sire en vedette f
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l'expression de majesté fut abolie > et une députation, de retour du I.*auvpe^se panada , dans son rapport à rassemblée, de la circonspection avec laquelle^ sori'<>rateur avoit attendu rinclination du monarque pour décider la sienne. Tels furent les 'illustres commencemens du corps législatif de la France. L'on n'y verroit que les 'misères* de l'orgueil ou de la vanité, si l'on n'a voit pas à remsirquer dans ce système rexagératii>i;i de la plus grande érretir politique dont TaSBefiiblée constituante se fut rendue coupable. Elle avoit voulu conserver, au nom du- bien de l'état , le gouvernement monarchique et l'hérédité de la couronné , et elle ne vit pas que l'appui de ces deuxprincipçs., raccompagnèrent de ces déixsi idées, éloitla^^ihàjesté du'Irône. En effet, pat» quel motif une nation > trou veroit-elled^ la' conveliancè à l'éléirationid^Uhrchef suprême, si elle lie vouloitpas'9'aider de la grandeur conventionnelle de cet être politique, dé àon éclat extérieur, de son empire '^ur l'opinion et sur l'imagination même , pour établir une autorité morale propre à faciliter l'action du ^uvérhément, propre à maint^iv l'ordre^ publié; sans un recours continuel à des actes de violenùe et à'des moyens tyranniques ? Et par qtièl autre motif encore cette nation consent(rokt-eHe à
faire un grand sacrifice d'argent pour les dépenses particulières de la royauj^é ? Ce n'est pas la capacité d'un seul homme que l'on' voudroit acheter pour, vingt-cinq miiliions par année; c'est encore moins la capacité d'ui^ seul kdmme.âvec tous les hasards qui. résultent de la transmission du^pouvoir royal par le droit de naissance. L'hérédité , ou , pour in'exprimer encore phi^s exactenrent, la continuité, véri^ tâblement utile à l'étal; , c'est la succession perpétuelle d'un même respect pour la dignité r6yàlè et pour l'autorité dont cette digjx^té devient la sauve-garde. Que penser donc, en ap« préciant ces réflexions, d'une législation , d'un système politique où, après avoir consacré la royauté , après l'avoir mise à très^hatit prix , on s'appliqueroit à là dégrader dans l'opinion ? On détruiroit alors d'une main ce qu'on édifieroit de l'autre, et nulle contrariété ne seroit pliis bizarre. Ainsi a voit-elle de l'esprit cette second^ assemblée, nationale, qui, sans vouloir encore lu républiqiievet eh faisant profession de respect pour la constitution monarchique làont elie avoit été Tiendae gardienne^. s'amuÂoit. à déchirer tous les ornemehs royaux ?
Ils en savoieni' davantage 9 ceux dont il est •temps de parlèryietqui se proposèrent, dans leur conciliabule, de. travailler ohà(|ue>jourj,
des lois ou des systèmes, pour des éloges du moment! c'est l'illusion des illusions , c^est le yéritable moyen de s'égarer et de nuire au bien publia ;
L'espèce de clameur qui s'éleva à Todcasion
du décret que je viens de rappeler , fut peutêtre le dernier signe éclatant de rattachement du peuple pour la majesté royale. Bientôt on le travailla de main de maître ; et , après avoir nourri son esprit de défiances^ on le disposa à toutes les hardiesses auxquelles on auroit le dessein de recourir. Le roi , dénué de moyens d'ascendant, de moyens d'autorité, ne songeoit qu'à se teniir en défensive et à garder la ligne de la constitution , espérant à ce prix obtenir l'assistance' des amis de l'ordre et de la paix.
La grande partie de l'assemblée législative se trou voit composée d'hommes de ce genres mais leur caractère tempéré ne promettoit qu'un fbible soutien dans les temps de crise. La minorité savoit bien ce qu'elle pouvoit faire avec
l'appui des jacobins, avec le secours d*ùn maire
dé Paris à sa dévotion , et à Faide dei clameurs et des àttrbupemèiis de la populace. Les chefs de celte minorité, où l'on distinguoit des bonimes osé» et d'un grand talent oratoire , projetèrent d^ bonne ; heure la destruction ' de la
royauté. C'étoît le seul pas en avant dont l'assemblée constituanteleur avoi t laissé la faculté , tant elle avoit serré près de la démocratie sa prétendue institution monarchique ; elle avoit tellement dénué \e roi de toute espèce de prérogatives, qu'aucun pillage éclatant n'étoit resté possible. Mais, far cette raison aussi, on n'avoit plus le moyen de remuer le peuple avec les mots d'esclavage et de tyrannie. Il falloit donc, pour l'intéresser à une nouvelle révolution, défigurer le prince à ses yeux; il falloit lui cacher le bon , le paisible Louis xvi , n'aspirant qu'au repos et à faire le bien sans trouble et sans combat , et présenter en place un roi dévoré de regrets et cherchant jour et nuit à regagner son ancien pouvoir.
Ces sentimens étoient si vraisemblables en règle générale, qu'avec peu de soin et peu d'habileté, on pouvoit en composer un article de foi pour la multitude. Les circonstances d'ailleurs favorisoient tous les genres de soupçon. Les princes, frères du roi, n'étoient point restés en France. Beaucoup de gentilshommes se rendirent auprès d'eux avec le dessein de partager leur fortune ; et leur nombre , ton-* jours croissant , forma ces rassemblemens sur la rive du Rhin, dont les vues et les préparatifs hostiles jetèrent un premier ferment
35o DE LA RéTOXUTIOK
d'aniniosité an iliHien de rassemblée lëgisla*^ tire. EHeavott ouvert ses séantes au eammeR-^ cernent d'octobre f/g^t et dès les- premiers jours de novembre elle rendît un décret qui séqaestroit les biens des princes françois ^ et qui condamnoit à la mort les émigrés rassemblés au-delà des frontières, s'ils n'étoient pas rentrés avant le i*^' janvier.
Le roi , selon le droit que la constitution lui avoit attribué , refusa de sanctionner immédiatement ce décret. Il vouloit essayer auparavant d'un moyen plus doux pour rappeler auprès de lui les princes et la noblesse émigrée , et il rendit sa démarc^he publique par une proclamation très-forte et très-persuasive. Mais sans examiner ses intentions , sans ap^ profondir ses vues , on présenta le délai qu'il apportoit à là sanction d'un décret rigoureux comme une preuve aulbentique d'une partiale indulgence.
Cependant^ à l'aspeetde la conduite du roi et de la conduite de l'assemblée , tout homme atfeutif auroit jvkgé que le roi vouloit réussir et que l'assemblée ne le vouloit pas. Supp«>sons en effet que les promoteurs du décret eussent eu véritablement Tintention de décider les princes et tes gentilshommes émigrés à rentrer en Franee , ils n'auroient eu garde
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d'ouvrir une première relation avec eux, de consacrer une première démarche par une menace sèche et impérieuse. Ils dévoient avoir appris , en lisant Thistoire , qu'il est une sorte de hauteur ou d'élévation de caractère dont l'engagement se prend par le rang et par la naissance , et qu'il étoit impossible aux princes de céder , sous les regards de l'Europe, à deux lignes pénales, où le dédain de tout égard envers eux étoit si manifestement exprimé.
Quelle marche auroient suivi, dans l'assemblée nationale, des hommes véritablement amis' de la paix intérieure, et sérieusement occupés du rapprochement des différens partis? Ils auroient commencé par inviter, avec douceur et méfde avec onction , les princes et la noblesse é m igrée à revenir au sein de leur patrie. Et comme il étoit connu, parfaitement connu, que la plupart des gentilshoramessortisdeFranceavoientété contraints à cette mesure pour s'affranchir d'insultes , et pour échapperaux violences personnelles dont l'incendie de leurs châteaux , le pillage de leurs propriétés, et tant d'autres excès étoient devenus les avant-coureurs, on devoit, en songeant à eux , au nom de la nation , ne pas tenir à dessein dans l'oubli l'oppression qu'ils avoient éprouvée. On devoit, avant d'imputer
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dçnte de sa résistance aux projets qai décsdèrent lerassemblem-ent des émigrés à Cobletitz. Il remercioit alors la viile de Framcfort du refus qu'elle SLVcit fait de vendre anx'éfiMjgrés des armes et des munitions. Et oombieiiL d'autres démarches n'a uroit-on |>as àTCÎter., toutes dans une même intention i Maïs ces paroles du 'testament de Louis : Je pardoiine aux persdunies -qui^ par un j^èieùiconsidérép ta ont fait beaucoup de mal; oes parles remarquables, quel sens n'on t-elles pas ? Je me garderai bieû ^cependant de le fixer avec assurance ; maïs on ne peut <x>ntester que l'idée prenière du système d'émigrations , que les iai<>yens employés pour sa réussite, et les projets plus ou/iboins V'agues auxquels elle par^t unie , n'aient faiit au roi beaucoup de mal. Et quelle différence peut- ^jtre, si tant d'hom^iues attachés au >n;iouarqiie et à la monarchie étodent n&stés eh {"pauce 4 si tant d'officiers riCim plis du même esprit n'avoient pas ^qii^itté les armées ! Mais à ce reprodije., alors si géi^éral <ie )|t jpapjt^ dô9 ^mis de la,Fta«ice'etide son rai,, <U est fuae réponse victorieuse^ içt .ce ^pnl: les ^rijqaef^ 4e la révolu*lion qui la foi:tf}m«s€^at. il^ farouche. Robespierre, et ses abominables cdipp liées «uroiontils jiSpar^né les j^iMS,^pde}n$;^!2(teurs de la .royauté, eux q<Uri,tOnti choisi, leilxis victimes
fEANÇOISC. 355
IMirmi les hotnip^^» les p)u^ roo4éré8, parroi les premiers défens^iju^s d^^ principes libjéraux doot on 4 ta^t »h^»é» Q^'pppoçer k un pareil 9rgunien{ ? pi^a-^t^^n q^oi^ les préparatifs hos^ tileis des porix^oe^ Ati^e^ 4iQigrés onftdéteripainé le cours de la r^v^nlutioçi? Qui p^t J'assure;r ? qui peut /eii réppudjre?
Un parti qi|i devieApit^h^qq^ jour plus pui#sanDjn^ eessa^ pendant h çoyr^ de l'asseinbji^^ législative, <ie <)herfih«r yau xoi 4cs torts, et tout ji^iii sier^oit 4^ préte|;te pour perdre c^ prince jd^aiïs rppiiïiM^.
Les jçabinets die j'£upope s'^tlarmpi&nt des priaicipe^ frai^^is^ ijis s^ r^éunissoient pour surveiller leur eixplosioni et la coujp de Vienne parotsM2it favoriser tacitemcint les. rasstamlilemens sur le .Rhin , ou devoit chercher à counokre ses intentions ; ;9^ devoit chercher à prévenir une rupture avec un ancien allié, et le mifitistère de Frpjice y donna tousses soin;5. Mars iu«e négocàat^n de ce genr<e offroit , pa^ «a nature, .et pour ainsi dire , à ch-oix et à vo« lonlé, "tous les sujets de censure. C'étoit tanlot le langage au gouvernement qui n'étoit pas assez digne, qui n étoit pa^ assez prononcé ; ,et quelquefois sa marche, ou n'étoit pas assez prudente , ou n'étoit pas assez accélérée. On ne cacboitxien au Gomiité diplomatique forint
356 DE LA RÉVOLÙTlOJf
dans le sein même du corps législatif'; ùtt obéissoità ses directions, et le gouvernement ne restoit pas moins comptable de Tissue des négociations. L'assemblée nationale rappeloit^ dans ses relations avec le ministre des affaires étrangères, la fable du Loup et de l'Agneau.
La dénonciation du malicieux Brissot <rontne M. de Lessart prou veroit à elle seule la justesse parfaite ^de cette analogie; et le décret d'àccusation lancé contré ce ministre , contre cet infortuné, massacré depuis avec tous les prisonniers d'Orléans , est un témoignage eÀtre tant d'autres , du degré d'injustice auquel une grande assemblée peut aveuglement reporter,
quand elle est tyrannisée par la peur.
^ Il est remarquable quê^ dans le cours des négociations avec l'empereur, le roi fut d'abord accusé d'avoir* suivi trop long-temps ua système d'égards et de ménagemens envers ce prince; et lorsqu'il fut forcé par le vœu de l'assemblée nationale, par le mouvement "public, par Tavis unanime de son conseil , de demandet* à la cour dé Vienne une réponse décisive 9 les mêmes gens qui accueillirent cette réponse d'un cri de guerre, entreprirent, au premier revers, de faire oublier leur conduite, et en peu de temps le peuple crut, sur leur parole, que Louis ivi, dirigé par des vues
personnelles 9 avoit npiis l'Europe en feu. Que peut faire un malheureux pi:ince , laissé sans amis, sans cliens,, sans armée, ^u milieu d'un temps de faction? Il est seul; il n'a qu'une voix; ejt* gêné. dans toutes» les conlrovei»ses par sa propre dignité, le plus hardi parleur, le plus vil champion dans les écritures polémi^ ques le défasse en autorité.
On ne peut fixer son. attention sur les traverses de Louisxvipendantlecours.de l'assemblée législative, pendant les huit àdix mois qui précédèrent sa déchéance , sans ressentir nn mouvement d'indignation contre les hom« mes occupés alors «ans cesse à soulever le peupie et la nation contre lui. Tous les moyens étoient admis. On s'allioit les habitans de Paris, les uns avec des fables sur un prétendu comité autrichien, les autres avec des exagérations sur les conséquences du f^éto suspensif dont le monarque étoit resté dépositaire ; et par des dictions, par des expressions de tabagies, on avait rendu familières à la multitude les idées auxquelles soti esprit ne pouvoit atteindre.
Le roi, la reine ne pouvoient respirer l'air à leur fenêtre sans en être repoussés par des clameurjs iosultantes , ou par des chansons où la majesté. dqjr ône étoit offerte en risée à la plus vile pop
clu^c
35S i>E LA RivoLirrioir
L^roi, dans une situation presque désespérée , changeoit continuellement de minis-* très', et il tendott les bras auitdifférenspafrtis; il eherchoit partout un dernier appui : rien ne lui réussissoit et rien ne pouvoit plus réussir. Enfin il essayai d^âppelef dans son conseil trois hommes attachés à la faction dominante, et il ne craignit point de se montret de près aux amis et aux alliés de ses plus ctuels persécuteurs; mais ils ne furent point touchés de cet ad>andon , et calculant la chute prochaine de la royauté, ils ne cherchèrent, dans leur nouvelle position , que les moyens de se faire valoir auprès des chefs populaireis, dont le règne absolu s'avançoit à grands pas.
L'un d'eux, sans l'aveu, sans la cdnnoissance du monarque , et pourtant en sa qualité de ministre de la guerre^ osa propoâier à rassemblée Tappei et le rassemblement, dans la capitale, de vingt mille hommes extraits des départemens, et dont l'inscription , libre en apparence, auroit été dirigée*par tous lesclubs de jacobins. L'assemblée accueillit l'ouverture du ministre, et l'autorisa tout de suite par un décret Une partie des députés la crut émanée de l'autorité royale; une autre connoissoit son origine, et, par ce double molif, il lùteut point
d'opposition. Le roi refusa sa sancflH; mais les
iinxei
am^nentégatemctnl; à Pam» e<t dece nombre litirent le$ MaiTs^illoî», qui einrenli tiinl dts part ib la journée du loaout.
M. Eolao^d», un autres loâ^stre eMw 1^ troU auiQquels le i^[M>Darque avoît eu recours dana aa détre^Sie , se dis4iÎQgnar de Q»énie ^r xm a^te de perfidie. Il avoit. adre^Sié au roi une lei^Ue , fanfaronne en eontseila ei rem plie de repretches durs et injusl^; elle auroit conservé, niannioins , ayee une ineonaitd^alion parfaite ^ un dehors de franchise , si , eonformément à l'as* sertio<», de. l'éctivain ,. cette lettre fut restée se-i crête entre le ministre et le roi ; mais lorsque M. Roland^ peu de jowa aprè^en doi^na communication à l'assemblée nationale^ la franchise apparente reprit son véritable caractère» el on la jugea ce quelle étoit > une trahison raffinée.
C'est, ainsi que des hommes , appelés par leur place et par la confiance du prince à être ses défenseurs ,. ne se servoient de leur position que pour se parer, un peu mieux que dWtres y à la manière populaire. M. Dumouriez, Fun des ministrespassagers de cette époque, le plus en état d'être utile au roi, et qui parut vouloir le servir de franc jeu, blâme ce prince^ dans aes Mémoires , de la persistance
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dVec laquelle il refusa 5on asseiiHm«btJa^:dé-> CFet sur le rassemblement desviiigt m:iUe hommes et au décret sur les prêtres, dont je n'ai pas encore parlé; mais daus la situation où se trou voit Louis xvi , en) butte à tarit d'ennemis, assailli de taiit de manières , ce n'étoit plus rien qu'un prétexte. Chaque jour on en aupoit trouvé de nouveaux , avec les mille et une arguties d'une faction, alors si remplie de parleurs astucieux et de jésuites populaires.
Le trône pe pouvoit plus être garanti d'une chute prochaine. On avoît porté le peuple ît ce d€gré de fermentation- où, d'un dernier signal, on l'entraîne à tous les genres d'excès ; mais ses chefs désiroient que la déchéance du monarque fût prononcée par l'assemblée lé* gislative; ils désiroient qu'uue révolution, préparée par des manœuvres iniques et des moyens criminels , parut , à son dernier terme et aux regards de l'Europe , *le résultat d'une volonté réfléchie et d'une délibération régu-* lière.Ils vouloient bien intimider l'aissemblée, parce que la peur ne s'enregistre pdint, mais ils différoient encore de recourir à des actes éclatacls de violence, ils aperçurent pourtant eju'il le falloit. Un grand^iombr^ de députés estimables retenoient la. majorité de l'assem^ )ilée dans les liens de son ferment envers la
constitution , et ih ne se laissoient point abu* ser par toutes les dénonciations calomnieuses que Ton renouveloit sans cesse, et contre Louis %vï et contre les âge n s de son autorité défaillaiite. Le plus souvent elles étaient ano* nymes; mais habilement' entrelacées dans lé discours d'un orateur membre de l'assemblée, on étoit forcé de les entendre. « Ces* dénoncia- « lions (disoit un honnête député) nous repla- « cent au temps des Séjans et des Tibères , à « ce temps que vous me rappelez souvent. Je « vous parle avec franchise, etc. ». >^ l'ordre I s'écria-t*on aussitôt dans le côté formidable de rassemblée; à i' ordre! à F Abbaye l on veut décourager les bons citoyens qui dénoncent
Un des grands artifices de ce^ moment-là étoit de faire répéter dans les lettrés et les adresses des sociétés populaires, que les prêtres insermentés avoientdes menées sourdes, fomentoient la division , convoient de grands projets. Et pourquoi tous ces propos vagues , tous ces avis alarmans ? afin de faire ressortir d'une manière tragique un refus timoré du malheureux Louis xvi. Il n'avoit pas voulu donner sa sanction à un derûiqr décret de tyrannie, envers ce grand nombre d'eèclésiastiques qui avoieut déjà sacrifié leur état et leurs pensions à la crainte de faire un serment
3âb DE i;,^ B^IFQIWTION
coatriire aux lois teligieusea. Ce décret, rejeté par Louis xvi ^ or4<^noic qu'ils fussent urtacbés de leur foyer au môme»! où vingt per^ sonnes, di&pen^s de fai?^ a;uciirne preuve , les dénoQceroifint comme ausif>e.cl»,. ou au nooment que le plus léger Iroobl^» «'élèveroit dans le lieu de leur domiciles Hélas! lacépu^ gnance d'un cœur sensible pour une dLspoai*»
tion ^i rigoureiise n'étoit-elle pas naturelle ? On savoit de plus que la résistance du prince n avoit pas arrêté l'exécution du décret ; car telle étoit déjà l'indépendance des aulcorités secondaires , telle étoit leiir indiff^ei¥;e pour la signature et le sceau du monurque, qu'elles n'attendoient pas ce dernier complément de la loi pour la reconnoitre et pour y obtempérer. Pourquoi donc Louis xvi pieraîiskoit-*il dans un refus qui n'étoit d'aucune aide aux opprimés? pourquoi cette obstination, lorsqu'il avoit déjà donné sa sanction , dans un autre temps ) au serment exigé par l'assemblée constituante , et lorsque après de Ipngs combats il avoit accédé à un décret pénal de l'assemblée législative, à uu décret digne certainement de sa répif^obation , et qui enlevoit aux prêtres insermetités leurs pensions alimentaires ? Qu'on donne , dira-t-on , une explication de cette contradiction dans la conduite
FRAircoisEï ^^ 363
de Louis xVi ? Cherchez'-la dans notre nature morale, et vous la trouverez. I^ repentir sans doute étoit venu fortifier les scrupules du monarque; il ne voulut pas s'associer à un nouvel acte derigiteur et de barbarie , et l'on verra bientôt qu'il défendit , au milieu d'un grand danger et avec une inébranlable fermeté , le dernier retranchement ée sa conscience.
Cependant une scène épouvantable se prépare : on agite, on ameute les dernières clas* ses du peuple dans les deux principaux faubourgs de Paris ; on leur parle de f^éto y de comité autrichien, d'aristocrates « de chevaliers du poignard , de trahison, de mines sou-^ terraines; et il en faut bien moins pour soulever une populace en fermentation, quand aucune autorité n'est là pour contenir les ora* leurs et les chefs de faction ; or il n'y en avoit point. Les ministres et le département avoieni excité l'attention et la vigilance de la municipalité j chargée eu ce temps4à de la police de Paris; elle promit beaucoup, et ne fit rien. Le maire alors étoit M. Péthion, un avocat de Chartres, et dont le nom sera peut-être conservé dans les annales de la révolution. Nommé, jeune encore , un des députés de son bailliage à l'assemblée constituante, et destiné parla nature
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à être un phrasier populaire, il devint, sous la main de ses amis , un bomme de circonstance. On l'avoit envojré à Varennes avec M.Barnave, et il ne pardonna jahnais ni au roi ni à la reine de s'être occupés de son collègue plus que^delui. Son concurrent à la mairie, M. de La Fayette, auroit réuni sûrement la majorité des suffrages, si les sept huitièmes des habitans de Paris , et des meilleurs en in* tention, n'avoient pas dédaigné d'assister aux assemblées d'élection/Nonchalantes ou belles manières, avec lesquelles on a tout perdu.
L'armée des fauxbourgs, qu'aucune autorité ne retient, et que des chefs audacieux animent et conduisent, se met en mouvement et dirige sa marche vers la demeure du monarque.
C'étoit le ao juin , jour de honte pour une ville où la famille des Capets , la race des rois et des ducs de France fut si long-temps honorée! IjCS premières pierres de leur palais avoient été consumées par le temps ; d'autres leur avoient été substituées, à celles-ci d'autrès encore; et leur dernier descendant habitoit le château des Tuileries. Il y étoitsans gardes. Les dix-huit-cents hommes que la constitution lui avoit accordés venoient d'être licenciés par un décret de l'assemblée. Louis xvi entend les clameurs et les imprécations d'une
tl^oupe de forcenés , d'uite première bande qui veut enfoncer la porte ^de sfes appi^eteniens ; et, au grand, ^toiinenïèlit d'un. pje|it nombre .de serviteurs; prêts, à se^sacrifiei^inutil^^eni pour . en . défendre l'entrée ^ il jq^rdonne • ;qi|e cette porte aoit ouverte etqu'oQ n'Qjî|)0s^ç^^ifrf cune r^esistanee. Il s'avance en même tf iBps au-devant des furie^>^; et s'il cèdi^à un n^ojiJH veulent de prudence, c'est uMquern^r^t^poUli se placer dans l'embrasure- d'uiieien^tre» aQçi de n'être pas renversé ^par l^ foule du,p«t;;plfQ tt les flots de brigands qui se précipitent. dans la 'salle ^ au moment où) la porte ^ déjà bri^Q par des coups de bâche , est ouverte à gf^nç^s. battans par -sp ordres. Un petit no^brerd'of-r ficiers de la garde iiation^ale ^ quelques doinies^ tiques de l'intérieur et deu?^ puf tppis vieillards de sa cour ^ les jeunes gens n'^^yant pas eu, la permission de rester, forment ^ eux seuls une enceinte autour du prince, et.ne peuvent songer qu'à péri^ avant lui.;M. Lajarre, ministre de la guerre, voit la grandeur du danger; et après avoir crié d'une petite porte dérobée ; P^ingt grenadiers à moi ! camarades ! saurez le roi ; faites 'lui un rempart, de votre corps ^ il parvient à leur faire percer la foule; et les place auprès du rqi- Qu'étoit-ce en opposition d'une multitude innombrable , armée de
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piqjieSi <ié bâcher, <de faux el dé<x)ulelas ! IffaU le» premières co4iorte&'pf'e$sées par les secondes, et oétleti-^i par les troisièmes , ne poa» voieiit* héWéimefnent s'arrêter devant le roi , et f?lleà n'avbient <qiie k temps de le braver^ ilc*s'^cxh«lçr en m0naces, e« gestes et eu regHrdii/dë lut^eâ^r. Cependant pluisieurs antres portes du pAlars avaient ^té forcées; la reine foyoitd'appàrietnens en appartemens avec son sis ed'tfèSes bras; elle Touloit se réunir an rôi^'M;ai^ les passages étant fermés, elle s'arrêta dans le cabinet du conseil ; et après avoir placé M; lé daupl^in debont sur ^ne table, die ^^îés^it près ^de lui, et sans en détourner nh momeiit sa vue , e4le laissa passer et <:irculerauWiir- d'elle tine partie de la troupe infernalè, de cette troupe étoAnée encore de sa propre iijsolence, et qni sembloit ehercher tin exemple, «n commencement, pour se livrer aux flemiers excès. La reine aperçoit des Soldats fidèles ;<)ui viennent à elle ; elle leur crie : François! grenadiers! mes amis , sauvez votre roi! Mais c'était le roi lui-même quiies àvoit détachés de sa personne , pour les envoyer va la reine ; ou plutôt cetoît Louis qui partàgeoit sa foible garde aveclaeompagne de Ses përils; car alors, et dans cette aiit^uste demeure , il n'y avoit plus de roi , plus de reine,
plas «deidaupliiD ; iliatâ une épouse, un époux, des enfans, u ne f a mil le éplorée. L'in<:oniparabYé sœarde Louis xm^ plu» beuMuse que la refne , avoitpfi siiivre de roi au tn^oment ouil àlioît au-devant des furieux;- et s|itstôsaiit 9es pan^ de soii habit, rienn'avovl pu T^en détacher; eUe vouloit se jeter au-devant d<es assaSfsins*, ou n'être séparée que par un moment de la destinée de son fixnre; «nais le chef 1?igre, le seqli^î pou^roit insiul^er à une^ie sa^i^ tache,, le seul qui pouvoit ordminer 4e plus ahoniii*nable sacrifice , ce dtief tigre ii'éto>it pas là, H madanne Elisabeth fut sautée. IjC ciel, à'qtii elle appartenoit , avoit marqué le terme de âà carrière; et avant deqiritter une terre soUiHée de ta^ntde 'Cri mes , avMit de quitlet une 'terre à laquelle ses vertus la rendoient^ratrgèrev elle devoit être encore la consolatrice • d'ut^ frère chéri, et ia tendre confidente de éesagft''tations, de ses peines et «de «es dermers. r€M> grets. : ^
Elle finit, cette longue journée do ao juin:: la foule se dissipe insensiblement; et'k>rsque iionis, excédé de fatigne, se^ette dans un fau*teuit, ilvoit sa famille à 'ses pieds versant un torrent de larmes, et tiyiis, ils crurent s'être retrouvés. Maisi'orage n'a«vdit fait que s'éloi-
gner. Bientôt il devoit gronder^ dé nénivean ,
368 DE Lk hiVOtOTïOV
et devenir cette fois ravant«coureur de la fou** dre e^ de. ses. éplats meurtriers. O grandeurs htumaines! qui pourra désormais se fier à vous? qui pçurra vous aimer assez pour ne jchej:cher rien de plus , et pour dédaigner, «a a^pua temps, d'unir àd'autres intérêts, à d'autrès e^.péiiranCes , le passage de notre existence et Tapp^rition de la vie ?
. Je. jettie encore un regard en arrière. Je me place encore un motnent au milieu de ce palais investi par des sauvages. Âh! ne croyez p^s , ;vpus qui connûtes les vertusde Louis xvr, |70u$ qui.Teiide;&i:^n' culte a sa mémoire , ne croyez, pas que je veuille oubli^ër un des pliis be^Hl^) traita "de .^acondui te. :
. Le ï8 juip, liet lorsqu'on, annonçoit d'une xnanière vague t mais terrible, le hardi ce m« plot ti^roé dans les fauxbourgs , le roi refusa de nouveau d'aoeorder sa sanction au décret de* persécution ccohtre les prêtres, et le ministre de la justice se rendit à l'assemblée lé* gislative pOur annoncer cette détermination.
Le no juin, lorsqu?: d^s furieux en armes lui demandèrent cette sanction , il leur répondit que cenétoit ^i l^ moment de la solliciter ^
ni le moment ^ç l'obtenir. . ' * ,
Enfin le >.à juin,; et lorsqu'il' venoit d'écbapper aux dangers les plus énçûnens, à des
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dahgêt*s encore prêts à se renouveler, il fait connoitre , pat une proclaiiiation , sa persistance dans une résoliltion qui lui est imposée par le devoir ou par le sentiment de sa conscience. Le toif est-il dit dans cette proclama* tion, le roi se dévoue à tout ce que pourront faire les furieux; mais il ne changera point de principes , et il restera fidèle à ses objiga-^ tions.
Que Ton ]blâme cette constance, quW en î^cherciie les motifs, qu'on les livre au dédain de la philosophie^ Je demanderai simple^* ment pourquoi nous admirons depuis cinq siècles une action de Louis ix , que tous les historiens se sont complus à nous transmettre. Prisonnier avec son arn|ee entre les mains des Sarrasins^ et impatient de recouvrer sa liberté, impatient de retourner en Europe , il signe un traité dé paix : on lui demande d'en jurer l'observation; il est prêt à le faire, et tout semble fini. On lui propose une formule de serment dont les expressions chrétiennes , mais grossières, offensent la délicate piété du monarque. Il rejette cette formule , et c'est en Tain que le chef des infidèles le presse et le menace. Le prince résiste avec plus de peine aux instances de seB propres officiers, mais il résiste encore. On le charge de fers , on fait
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avancer des brasiers ardeas, et il demeure, inébranlable. Tant de fermeté attire enfin rhommage et le respect de, ses ennemis, et ils cèdent à Fenapire d'un grand courage et d'uQf^ grande vertu. C'étoieqt des Sarrasins.
Louis XVI, par ses mœurs, par son esprit de justice et par Sies sentimens timorés, vappelle souvent à notre mémoire ce Louis ix , ce Saidl- Louis , un de ses plus illustres ancêtres.