‹ Œuvres complètes de M. NeckerChapitre 15 sur 20 · SECTION V · texte numérisé non relu

SECTION V

Journée du 10 août 1 79a. — Captivité du rot — Fin de V assemblée législative.

Ah! qu'elle s'avançoit, qu'elle se précipitoit à grands pas, cette époque désastreuse au l'inno-^ cence devoit être immolée à la plus artificieuse, à la plus cruelle politique! Quel av^it été le dessein des chefs de faction , en prépa-^ rant la journée du ao juin ? Ils n'ont pas divul* gué leur secret, mais il est très-possible qu'il» aient laissé l'événement au hàsapd. Cei?tes, avec la fermentation qu'on avoit. excitée et avec le nombre, avec l'espèce d'hommes qu'on avoit rassemblés , c'étoit une assez belle chance pour le crime, que de les jeter dànsia demeure

Jb^itAirçots£. 57 1

dtt ^ptince et de leur donner pout, centre de réunion les appartemens du roi et It^ appar-t* temeos de la reine. Î^ql plus légère imprudence de la part de leurs officiers ou de leurs dômes?* tiques, la moindre querelle, la moindre pro-^ vocation, et parmi les t)andes armées, un signal, un faux bruit ^ un commencement enfin , auroient inévitablement produit les plus horribles attentats. Et quels étoient les calculs de ce flaire, de ce chef de police, instruit de tout , et ne paroissant dans le château qne trois heures après Pinvasion d'une multi^ tude égarée? Cette circonstance et tant d'autresrendorent naturels el; vraisemblables tous les genres de soupçons. Une partie de la na^ tion parut un moment indignée, et pIusieurÀ autorités premières dans tes départemens osèr> rent s'abandonner à l'expression de leurs sentimens. Hais le concert étoit trop bien formé, l'union trop vigoureusement 'affermie entre les dominateurs du peuple^ pour s'attendre à leur défaite ou à leur découragement. Ëtaprès le 20 juin ils ne gardèrent aucune mesure ; fMreuve marquante 6u nouvel indice de la cbn« fiance qu'ifs avoient mise aux hasards de cette journée. On né dissimula plus le terme auquel on vouloit arriver, et les délibérations publii^ues des jacobins > les "adressas,: dçs sociétés

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affiliées, les pétitions des sections, les pétî« tions de» fédérés, les clameurs des carrefours, toutes eurent une même* fin ; la déchéance du monarque.

La majorité de l'assemblée législative et les vœux secrets de la masse* inerte des bons citoyens ne se réunirent point à Tesprit d'insurrection. Ce toit beaucoup en nombre, rien en action, rien en entraînement. Les amis et les cliens de Ai de La Fayette espérèr^t un moment que son retour subit à Paris pourroU ranimer un foyer qui s'éteignoit : il se rendit à leur invitation; mais il aperçut bientôt que sa popularité n'existoit plus, ou qu'elle n'étoit pas de force à résister au nouveau torrent; ainsi, après quelques tentatives inutiles et après s'être expliqué d'une manière bonorable et courageuse au milieu de l'assemblée nationale, il fut contraint de s'éloigner et dé retourner à son armée. (*)

Cependant le 10 août s'approchoit : c'étoit

(*) M. de La Fajrette ! Puis-}e passer deux fois devant ce nom sans vouer une larme à un infortuné qui gémit dans les fers depuis si longtemps , et qui a trouvé la persécution là oii il cfarerch oit u;gi' refuge! Il a été le disciple chéri de l'illustre Wasliihgtoo } il est le bienaimé d'une femme éminente en vertus , et qui vient de demander^ comme une gràcei^ dé partager sa prison #t

FAAIVÇOISE. 373

le jour que les chefs du parti républicain avoient choisi , pour recourir ouveiftement à la violence et pour attaquer le monarque, pour assaillir sa demeure avec plu^de succès que le 20 juii;i. L'insurrection étoit préparée, les guides nommés, et des hommes ardens et résolus attirés du midi de la France ^ dévoient , en se joignant au bas peuple de Paris, accroi-« tre son audace et décider sa marche. Tout i'ut mis en mouvement dès l'aube du jour , et bientôt les places et les rues adjacentes au château des Tuileries se remplirentjl'homme& arm^s et d'un attirail de guerre. On n'a pu savoir jusqu'oiV Ton s'étoit proposé d'aller,

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de respirer près de lui. I^'est-ce pas là , aux regar4s des hommes de tous les partis , deux témoignages imposans des qualités personnelles de M. de La Fayette ? Ah I sans doute un prince magnanime cédera bient^ot à sou propre sentiment, en écoutant la voix de la pitié. Il importe à sa gloire que M. de La Fayette, appelé à tenir un rang dans les annales du siècle , ne meure pas son captif; îlim* porte à sa gloire qtie la nation Françoise ne prex»ne pas IHnitiative de la générosité en réclamant un de ses citoyens , en désirant la fin de son malheur. Et M. de Puzy, M. de Xa Tour-Maubourg, perdus dans leur pays pour être restés fidèles avec M. de La Fayette à la constitution monarchique qu'ils avoient jurée, et détenus comme lui dans les prisons d'Olmutz , de quelle faute peuVent-ils

être coupables auprès d'un tribuR étranger I

aueij

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eii environnant de tant de forces le palais du monarque, et en méditant, en préparant une si vaste insurrection. On n'a pu le savoir avec certitude, 'parce que le roi, au moment où toute résistance parut inutile, se rendit avec sa famille au sein de rassemblée nationale. Il laissa dans son palais sept à huit cents gardes suisses, et cette petite troupe n*ayant pas reçu assez promptement l'ordre de se retirer, garda Tobéissance à sa première consigne et défendit le château, ^ans. s'informer si dans Fab** sence du roi elle étoit encore tenue de le faire. Ces braves gens se souvenoient que les leurs , à eux seuls y avoient sauvé de Meaux Charles ix poursuivi par une armée formidable, et le lo août de même ils ne calculèrent point leurs forces. Que pouvôient-ils Contre tant d'aS' saillans? Victinaes de leur courage pendant le combat, plusieurs, en s'échappant sans armes, furent encore immolés par un peuple eu fiirie.

On disoil à ce peuple, et il le croyoît, que les mille à douze cents hommes renfermés dans le château des Tuileries dévoient égorger (c'étoit le mot) tous les habitans de Paris, Oa lui disoit de même, et il le crotyoit, que 'l'insurrection contre le château n'avoit été concertée que pdW déjouer ce terrible projet*

* Le succès de cette fable passa tellement Tés-

jpérance des romanciers populaires, qu'on n'a

{)as craint de la répéter dans tous les papiers

du temps. Elle ne pouvoit séduire aucun

homme insftuit, aucun homme de sens, et

l'histoire la rejettera avec tant d'autres men-

ironges de même origine. Cependant on a

osé en former un chef d'accusation contre

* Louis XVI ; on l'a osé , après les aveux échappés

à plusieurs députés, au milieu même d'une asl^embiée nationale. Il est vrai que é^ aveux ne furent 'pas tous inscrits dans le récit des séances, mais la traditi(m en a conservé le souvenir. Ces députés se glorifioient de la part qu'ils avoient eue aux complots formés le 10 août pour la destructïon du trône et de la royauté; ils se la disputoient même , et divers traits, en dépôt dans le Journal des débats, suffis'eirt encore aujourd'hui pour attester cette vérité. Le 25 septembre 1792, M. Batbaroux, l'un des députés de Marseille à la convention nationale, disoit , en parlant de^es amis et de lui : Nous étions à Paris avant et après le 10 août. Le temps viendra oit vous saurez quetteà conspirations nous y avons tramées pour renverser le trône de Louis xri. Un député de Paris, présent à cette même séance, donna des détails circonstanciés sur les rapports des Cor-

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deliers avec les Marseillois, relatifs à Finsur-* rection du |o août: mais ces détails oat été supprimés, et l'on dit simplement dans le journal : P * * * entre dans le détail de tous les. événemens et des préparatifs qui précédèrent la révolution du 10 août^

Le 3o octobre 1 79a, M. Barbaroux .s'explique plus particulièrement, et Ton voit ces paroles dans le Journal des débats du 1^' novembre...» Aucun d'eux n était à Charenton, où fut arrêtée la conjwjation contre la cour ^ qui devoit scçcécu» ter le i^uillet^ et qui neut lieu que4e 10 août^

Le a6 décembre 179a un député s'écria :/o voudrois bien savoir quel est le membre ^ qui prend à injure dêtre appelé conspirateur de la^ sainte journée du 10 août? Et moi aussi^ je suis un conspirateur^

Enifin, après la mort du roi, le ia avril ï 793 , M, Guadet, célèbre député de la Gironde, ne craignit point de dire, pour faire valoir son parti : J^es mesures qui ont renversé le trône h xo aoiîtj c'est nous qui les avons proposées.

Qn ne s'est jamais mis en peine de ces aveux; on ne s'est jamais embarrassé de l'invraisem, bUnce évidente des desseins hostiles dont oq vouloit que le roi parut coupable, et l'on n'^ pas été plus gêné en çonnoissant intimement

la fî^usseté d'une pareille siipposition. Qn est

allé de Tâvant avec une intrépide confiance; et, de sottise ou de peur, les Parisiens reçurent alors avec soumission tous les bruits que des vainqueurs impérieux jugèrent à propos de répandre-

L'assemblée législative n'osa pas même exprimer le moindre doute sur cette insigne calomnie; elle n'en eut le courage, ni le 10 août, Tii les jours suivans, ni pendant le reste de 3on règne* Le sentiment intérieur de la majo- ^'ité n'étoit pas changé ; mais contrainte par la violence du mouvement public à se ranger $ans résistance sous les bannières de la mino^ rite, elle ne voulut pas rejeter le seul prétexte qui pût colorer une évolution si subite. Et qui ne sait avec quelle facilité on admet les torts de l'ami qu'on n'ose plus défendre? C'est ainsi que Louis XVI, assailli dans son palais, chassé de sa demeure , ne trouva que des accusa* teurs au milieu de cette assemblée où il s'étoit réfugié dans sa détresse , et où la veille encore il auroit eu pour sa cause le plus grand nombre» des suffrages. Mais le tumulte des armes, le soulèvement d'une multitude égarée, firent trembler tous les législateurs, et ils furent contens d'être admis encore à décréter ce qu'ils ne pouvoient plus refuser. L'autorité du monarque fut brisée; les fonctions de la royauté

SyS DE LA RiVOLUTION

fuMtit saspendues , et Louis xvi , ^paré dé ses amis et de ses serviteurs, fut confiné dans une prison avec sa malheureuse famille. Suivez-le dans ce séjour, âmes sensibles. Yojez-Ie dans son abandon, au milieu d'un pays dont naguère il étoit le maître et l'idole. Mesurez la grandeur de sa chute , et pleurez à l'avance les nouveaux malheurs qui l'attendent. Oui, que votre pensée reste auprès de lui , car vous n'aVez pas besoin de l'arrêter sur les artisans de sa perte. C'est une obligation pour moi , et je la sens tristement ; c'est une des tâches que je me suis imposées, en entreprenant d'écrire sur la révolution françoise.

Je dois donc me rapprocher de ces hommes qui triomphoient avec tant d'éclat après la déchéance du monarque ; je dois les considérer un moment au milieu de leur gloire. Ils a voient délivré la France de l'autorité d'un tyran; ils avoient conquis la liberté, ils avpient sauvé la patrie. Tel étoit leur langage, et ils croy oient tjplus ou moins fermement que les meilleures jplaees ait temple de mémoire leur étoient à jamais dévolues. Héros trop confians, attendez le jugement de l'hisloire : c'est elle qui décidera si Louis XVI, dont vous avez achevé de renverser le trône, étoit un tyran ou un prince d-une modération sans pareille. C'est elle qui

décidera si votis avez conquis la liberté , en détruisant une monarchie tempérée, pour y substituer une république assujettie au plus terrible deispotisme. C'est elle enfin , c'est l'histoire qui décidera si vous avez sauvé la patrie, ou si vous l'avez abreuvée de calamités. Les moyens enct)re dont vous aurez- fait usage pour change!» je gouvernement, et pour atteindre au but que vous vous proposiez, ces moyens que vous ne comptez point , en demandant de la gloire, seront examinés au tribunal de la postérité; et jamais il n'y aura de l'honneur à égarer, à soulever le peuple par des mensonges et par des écrits insidieux; jamais il n'y aura de rhofâneur à s'emparer âes esprits sans défense , à les pénétrer de 8onpiçon« , à les former pour la haine , à les rendre ingrats et cruels. Les propagateurs^de la révolution du 10 août se croyoient descendus des anciens Romains; et, pour constater leiar affiliation^ ils achetèrent tous un buste de Brutus; mais l'dpimon pu^blique n'a pas voulu consacrer ce pai^entage, et déjà le temps couvre de son ombre les notns de nos modernes conspirateurs.

L'assemblée législative , en suspendant Tau*torité royale , avoit convoqué pour le ao septembre une nouvelle assemblée qui , sous le nom de convention nationale ^ devoit décider

O DC LA RiVOLUTIOir

<lu sort de la France et de son roi. L'assemblée législative ne subsista donc que six semaines après la révolution du lo août ; mais dans ce court intervalle elle eut une grande humiliation à supporter , car elle se vit primée par une autorité inférieure à la sienne dans l'ordre des pouvoirs. La municipalité de Paris , composée d'hommes accrédités au club des jacobins , au club des cordeliers , d'hommes d'un caractère ardent et prononcé , et qui avoient acquis un grand empire sur le bas peuple après la journée du lo août, cette municipalité connut toute sa force, et dédaigna les commandemens de l'assemblée nationale. Une minorité dans cette assemblée venoit d'y subjuguer la majorité , et la forcer d'applaudir à la révolution ; elle fut subjuguée à son tour par la municipalité de Paris. Elle avoit voulu régner, elle eut son maître ; elle avoit jeté feu et flamme , au nom de la liberté , contre le f^éto suspensif du monarque , contre l'usage que deux fois il en avoit fait ea tremblant, contre l'usage qu'il en avoit fait par un sentiment de bonté; et cette même minorité, rassemblée enfin tout entière , virent emprisonner , assassiner sous leurs yeux une multitude de citoyen^, sans opposer aucun obsta*cle efficace aux plus horribles attentats. I<e4

discoureurs contre le pouvoir exécutif du mo** narque, ces discoureurs, assaillans continuels, mais sans péril , de l'autorité royale aux abois, n'osèrent pas seulement importuner d'une simple question les députés de la commune de Paris , dans une circonstance où l'intérêt de l'humanité leur en imposoit le dévoie Rappelons cette particularité si lugubrement mémorable. L'orateur de la députa tion municipale , dans une harangue prononcée d'un ton de maître à la barre de l'assemblée législative , articula distinctement les paroles suivantes , conservées dans le journal de la séance : JVous ayons fait arrêter les prêtres perturbateurs , et sous peu de jours le sol de la liberté sera purgé de leur présence. L'assemblée nationale, l'assemblée des législateurs de la France , entendit ces terribles paroles , et elle ne se leva point en masse pour en demander l'explication , et son président ne le fit point, et aucun des membres de cette assemblée ne rompit un si cruel , un si lâche silence !

Le 3i août fut le jour de la harangue , et le 2 septembre tous les ecclésiastiques enfermées au cQuvent des Carmes et à Saint-Firmin, périrent sous le fer des assassins gagés pour cette infernale exécution. Les victimes furent comptées ; il y en avoit deux cent cinquante-

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deux, £t dans le nombre , un archevêque d* Arles renommé dès long^temps par la sainteté de sa vie. Le même jour, cet horrible a septembre, tous les prisonniers de labbaye Saint-Oermaia furent également massacrés. La prison de la Force et plusieurs autres, devinrent le théâtre des mêmes fureurs « et les mahouvriers employés dans ces exécrables boucheries, allèrent demander leui^ salaire à rHôtel>de-Yille ; il fut de douze francs par journée , comme un ré-« gistre l'atteste. J'ignore si c'est du vertueux maire ou d'un autre officier munitipal^que les monstres touchèrent leur solde, et s'ils en donnèrent la quittance de leurs mains eucore fumantes de sang , ou le lendemain seulement de leurs abominables travaux. Que faut*-il pour aller au-delà des sentimens d'horreur que ces crimes inspirent? Il faut lire les feuilles périodiques dévouées k la faction dominante , ces feuilles où des écrivains, tranquillement et librement infâmes , s'adonnoient à faire ressortir la bonté , la justice d'un tribunal assas^ sin, occupé, dans sa haute indulgence, à mettre à part , à excepter de ses propres f tireurs^ ' les femmes et les maris détenus dans les pri«* sons, pour des dettes contractées envers les nourrices de leurs enfans.

L'assemblée législative , la minorité elle-*

FAANÇOTSC. 383

même , ÎDJuste et barbare envers le roi , gé-> missoit cependant des atrocités exercées au nom on sous la protectiop de la commune de Paris. Et comment des législateurs , parmi lesquels il n'y avoit encore ni des Marat ni des Robespierre, n^auroient-ils pas senti la honte, et la honte poi^r eux de rester sans vengeance les spectateurs des meurtres du a septembre ! Ils ne purent encore empêcher ni punir les massacres des prisonniers d'Or-^ léans à Versailles , et les autres fureurs que des commissaires de la municipalité de Paris allèrent exciter de ville en ville , et ^malheureusement avec tant de succès.

Voici , dit Focquedey, à la séance du ^5 septembre l 'jg^ , ce que préchoient ces commissaires au peil^le de Douai : Dressez des échafauds et des potences sur vos remparts , et que celui qui ne sera pas de notre OA^isjr soit attaché. Enfin, c'est par écrit, et dans une lettre signée de plusieurs officiers municipaux, qu'ils osent inviter les diverses communes du royaume à imiter les massacres du % septembre. Lisez , si vous le pouve? , leurs propres paroles : « La a commune de Paris se hâte d'informer ses Il frères de tous les départemens qu'une partie a des conspirateurs féroces, détenus dans ses <K prisons, %. été mise ^ n^i^rt par le peuple ,1

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a actes de justice qui lui ont paru incUspena sables pour retenir, par la terreur, les légions « de traîtres renfermés dans ses raurs, au moa ment où il alloit marchera Tennemi; et sans a doute la nation , après la longue suite de et trahisons qui la Conduite sur les bords de tf l'abîme , s'empressera d'adopter ce moyen si (it utile et si nécessaire. »

C'est la captivité du roi, ce sont les grandes atrocités exercées après cet événement, qui ont signalé le règne éphémère de l'assemblée législative ; car elle ne se fit remarquer, ni par aucune loi de sagesse , ni par aucune ins' titution mémorable ; seulement elle donna son coup de pied , comme une autre , aux formes etauxpratiquesreligieuses,etelleenjoignitaux ecclésiastiques de prendre l'habif des laïques, et de renoncer au costume qui fixoit l'attention et le respect du peuple. Enfin, se jetant à cprps perdu sur les prêtres insermentés ^ elle finit par leur commander de sortir de France dans quinze jours , sous peine d'être transportés au-delà de la ligne et sur les terres brûlantes de la Guyane. On ne fit aucune distinction en faveur des infirmes et des vieil-' lards, et tous immédiatement (furent quitter leur terre natale ; tous,. sans aucun secours, sans aucune pension alimentaire, durent aller

rRAî^coisK.' ' 385

implorer la 'cpmTOisération des éli^angers. lU se sont contentés de la plus étroite assistance ; mais^ au milieu des nations attachées au culte calviniste , anglican , luthérien , on ne leur à point demandé de renoncer âiix opin ions qu'ils avoient professées toute leur vie ^ on n*a point exigé cet infâme prix de l'hospitalité qui leuf étoit accordée*

L'assemblée législative eut beaucoup moin^ d'oÉiteurs que l'assemblée constituante. Il ne s'y forn\a deux partis que par degrés. Long* temps même ils furent en observation , et c'est la guerre, et la guerre ouverte, qui crée lé langage des passions^ L'opinion publique aussi paroissait fatiguée > elle auroit voulu quelque repos^ et ses encouragemens n'avoient plus là même force qu'au temps de la première assem'^ blée natioinale. Là suspension de Tautoritë royale^ cet immense sujet, auroit peut-être électrisé Ifcs esprits et les caractères , s'il avoit été traitédaBsl'as&eihblée législative; mais il ne fut jamais introduit dans les débats , il ne fut jamais mis en question que le jour et à l'instant où. les clameurs du peuple et le bruit du canon, le décidèrent. Les uns, dans l'assem-* blée, ne voulurent point à Favance attirer les regards de la nation sur leurs vues et sur leurs? projets, et c'eût été l'effet inévitable d'une IX. a5

386 DE ta. R6V0l!.OTrON

discussion solennelle. Les autres craignoient^ en provoquant cette discussion, de hâter, de fixer le moment de Texplosian* Je ne sais ce qu'eût produit, dans la situation des esprits, la hardiesse d'un homme de génie et reutrainemept d'une grande éloquence; car déjà le mouvement de Paris étoit déterminé , et Ton ne pouvoit plus le diriger. Quelle espérance d'ailleurs reste-t-il à im orateur, lorsque la pçqr a comprimé , lorsque la peur a fai^isparoître les hommes accessibles à des seniimens géaéreu^ ? il n'a deifant lui qoe des sau« vages, des êtres iodifférens à toute autre parole que le cri de la guei^re et le chant de mort^ he malheur seul petit les înstrttireet les ramener aux idées sociales. C'est ce qu'il » fait ; on en conçoit du moina l'espérance. Mais, avant de traiter cette question qui tient à l'avenir , arrêtons^ nos regards sur les funestes progrès de la perversit4^ après rexplvatkm de l'assena* blée législative. Il semble, en y pe«isant, que la révolution fraiixçoise ait parcouvu dans son rapide cours le cercle entier du monde moral ; car ayant eu pour point de d^part-Fétat de civilisation dans, tous ses raffinem^^s e£ d^ns tous ses abu5, ayant ensuite iraVersé'siMs Rassemblée constittiante le pays des chimères, et 4es absiractîojn&^ elle est arrivée, sous lea

fiiAîrçoiSE. 387

tyrans déta convention nationale, à Textrême, au dernier période des idées brutales et des èonceptions féroces.

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