‹ Œuvres complètes de M. NeckerChapitre 16 sur 20 · SECTION VL · texte numérisé non relu

SECTION VL

* Côn\>ention nationale. — Jugement et mort

du RoL

I,rt>il:SQu*off s'occupott en France de l'élection des députés à la convention nationale, tout fiéchidsôit sons l'empire des jacobins de Paris et de lents sociétés affiliées. La grande part que cette secte anarchique et furibonde avoit prise aux évënemens du jo août, éleva telle- > ment son crédit, que toutes les autorités reeherchèrent son assistance. Elle eut dès l'abord nwton si menaçant dans les assemblées d'électiofis^ qne les hommes modérés, les hommes d'édtJCUtioh surtout, s'en éloignèrent, et, de prudence, on laissa le champ libre à l'àssôciation foiçmidablé qni vouloit dominer à tout prix.C'étoit aussi Tépoque des massacres du 'x septembre } c*étoit le moment encore où les oOYtimissaires dé la municipalité de Paris alloient de ville en ville exciter le peuple aux mêmes fui^Urs. Quel temps pour la formation

383 DE LA RlévOLUTIODr

d'un aréopage! Quel temps pourvoùlair et pour trouver des hommes dignes dV^cercer les augustes fonctions de législateurs,! On doU s'étonner qu'un nombre de personnes de mœurs doucçs et d'un esprit droit, aient pii obtenir 4ans quelques départemens la majorité des suffrages. Les sentinelles de jacobins s'étoient apparemment un instant endormies.

La convention nationale se rassembla pour la première fois le 21 septembre 1792 ; il s'y introduisit bientôt de$ divisipns, et tes hommes du caractère le plus ardent, le plus pro^ nonce, le plus féroce, s'étant réunis insensiblement aux gradins les plu$ élevés, il$ formèrent le parti désigné dans les querelles du temps sous le nom de la Momàgne. Le cos* tume jacobin en toute sa rigueur, les chevepx droits , sans poudre , collés sur. le visage ou rabattus sur le front; Içs petits hommes comme les grands enfoncés dans.un pantalon , la tête seule et les braç ea dehors, plusieurs eocore les manches retroussées, le collet de la [chemise renversé sur les épaules, le s^abr/ç traînant, les pistolejLs attachés ça et là; enfin, et plus que tout peut-être, leqrs regards farouches , leurs discours audacieux , leurs expressiops de rage et des acclamations par forti^e d^ tonnerre; l'ensemble compospit un specltacle

effrayant et dont les étrangers étoieht épouvantés. C'étoit p\s que les Jacques et les compagnons de Caboche.

I]^'Se^ disoient les patriotes par excellence, et par conséquent les meilleurs amis de la France.' Juste ciel ! quels amis ! Et peut-on seulement aimer quelque chase , avec tant de dureté dans le cœur, avec tant d'âpreté dans le caractère ? Ils vouloient ce que tout le monde veut, ce que tout le monde cherche , la domination ; mais ils la vouloient à tout prix. Ils prononçoient en conjurés le mot d! aristocrate, mais comme une parole dont ils eonnoissoient l'influence, et qui servoit admirablement de prétexte à la haine et à ses fureui^s.

La conveation nationale signala les commencemens de son autorité , en détruisant le trône et en brisfant le sceptre des monarques françôis ; et comme les idées de convenances étoient inconnues à ce monde nouveau, ce fut un roi de théâtre, un histrion couronné (*) qui fut chargé de proposer à la plus illustre nation Tabolition de la royauté réelle, de la royauté déis Clovis, des Charleraagne et des Capet, d'une royauté qu'on ne pou voit dé-

(^ Le camédien.GoUQt d'Hedoisi

Sgo JDE L4 iiiBVotUTiorr

pouiller, même dans sa chute , du caraclèf*e auguste que lui avoieot imprimé quatorze, cents ans de durée.

L'assemblée , après avoir aboli dans un^ustant et par acclamation cette antique institution, ne songea qu'à jouir d'un nouveau. triiRtnphe, en appelant^ en faisant comparoître devant elle le derniet* roi des François. £1 le forma ce vœu avec une impatience farouche; et, toujours indifférente aux bienséances, in*^ différente même en cette occasion aux lois de la décence, elle fixa, par le même décret, le jour où elle entendroit un rapport sur la conduite et les malheurs du dernier roi des Fran* çois, et un rapport sur les délits imputéà à ua infâme écrivain hebdomadaire, devenu trop célèbre sous le nom* de Marat. {i^

La Convention nationale voulut juger elle-< même. Louis xvi, non par un sentiment d'in^ térét et de générosité, mais évidejE|i9^nt pat rhorrible crainte qu'en tout autre tribunal il

^iH"»"»^*»^!*"»*'*-"*^**"""^^^^""^*"

(i) « La convention natioa^^e de€rëte qiùe le nqpport «f sur Marat sera fait séance tenante.

« La convention nationale décrè^tç <]uç le rapport suie u Louis XVI sera fait mercredi prochain , ou que , si 1^ a rapporteur if est pas prêt , tous autres membjrés seront ic entendus sur ce.tte question. »

Journal des Débats, i^ déffâmtro tj^t^

ne trouvât de$ François disposés à respecter son malheur. £n effet > on peut remarquer, en lisant les débats antérieurs à cette résolution, que jamais les orateurs ne parlèrent du jugement futur de l'infortuné monarque , sans y réunir à l'avance le mot de condamnation, et un plus terrible encore* < » é Par quel abus de pouvoir, après s'être ainsi/déclarés, osèrent* ils se placer sur le banc des juges, et enfreindre aussi ouvertement les premiers principes de la jurisprudence? La convention nationale tout entière s'étoit peut-être interdit à ellemême cette faculté, en exprimant à l'avance son opinion dans^la proclamation adresisée, le mois d'octobre 179^ , au corps helvétique.

Elle y réunissoit au nom de Louis xvi les mots de traître et de trahison , et elle imputoit à ce prince la journée du 10 août, cette journée amenée par un complot, dont, au milieu de rassemblée nationale, plusieurs partis et plusieurs individus s'étoient disputé la gloire , et qui , de leur aveu , n'avoit pu être exécuté le 19 juillet, conformément à un premier pi4ljet*

Voilà pourtant l'assemblée (*)i voilà les

{^) Je n'ai pas besoin de prévenir qu'en adoptant le mot d'assemblée ou de convention natioxiale , dans cette

Sga DE LA RÉVOLUTIOK

honfimes qui, engagés par une déclaration publique à trouver le roi coupable, se firent eux-mêmes ses juges , et ne craignirent pas de violer toutes les lois, pour être et pour rester seuls les arbitres de sa destinée.

Combien l'indignation s'açcroîtroit , si Voix rapportoit les discours tenus à Tavance par divers députés ; si Toa rapportoit ces, discours, oir:)*a prévention et la haiiie étoient exprimées de la manière la plus outrageante,! L'un deux, homme-principal, et qui a conduit à lui seul les finances de Tétat, Fun d'eux, le dtoyen^ Cambon ( il ne faut point changer son signa-> lement) fît entendre ces mots , ces horriblesi mots, avant le rapport énonoiatif des accusa* tions à la charge du roi : Je suis d'a^s que Louis xri soit pendu cette nuit. Et le citoyen Çambon fut ensuite un juge de ce prinùe , et son opinion fut appelée, et son suffrage fut compté! Quels détails de honte et de scandale se trouvent à chaque instant sur la route que je parcours! Je les écarterai autant qu'il me sera possible, car je n'ai pas besoin de créer l'opinion de l'Europe. Remarquons seulemfllit que le rapporteur de la çoxQmission chargée

\ Section et dans \es suivantes , ce n'est pas de l'univer-*

t «Mité 4^9 votans , mais dç la majorité c^uç \^ pstrUi

d'examiner les papiers du roi des François , ce rapporteur, auquelun langage grave et décent étoit moralement imposé, avoit pris lui-même le ton de l'insulte : « Tu nous diras, Louis a Capet, pourquoi tu avois promis une pence siou de huit cents livres par tête à deux cice devant curés de Versailles ( les nommés et Jacob) Tu nous le diras ^ Louis Capetn..*. et ainsi de suite. Tel étoit le style impartial et tempéré dont un rapporteur avoit fait choix.

Nous ne pouvons pas être juges y vous dit un de vos collègues (*) , puisque nous avons tous énoncé notre avis , et quelques-uns même avec une férocité scandaleuse,

La conduite de la convention nationale, à l'époque qui fixe en cet instant mes regards , offrit encore l'exemple d'une autre violation de principes. Les conditions élémentaires de la politique sociale ne permèttoient pas de réunir à l'autorité législative l'autorité judiciaire ; elles ne permèttoient pas de cumuler dsyis les mêmes mains le droit de régler, de changer et de modifier les formes de procédures ; elles permèttoient encore moins de les interpréter, en se chargeant exclusivement de leur application à une circonstance choisie.

(^) Lanjuioais^

394 ^£ ^^ RirOLDTIOlf

Enfin, toutes les idées d'ordre sont ^idem-ment détruites, Jorsquon admet les mêmes hommes à être à la fois les accusateurs d'une personne, les inquisiteurs de ses actions et de sa conduite, les rapporteurs du procès, les jurés destinés à pronohcer sur la réalité du délit, et les arbitres souverains de la peine.

Tel est pourtant le tableau de la tyrannie exercée envers le roi dés François. On a rejeté pour lui seul les lois protectrices de Finnocence; on a rejeté pour lui seul toutes les pensées généreuses que les Hâtions civilisées, que les générations sociales ont consacrées, pour servir de défense à l'isolement et à la foîblesse, et pour rendre encore fort contre les puissans, l'homme que tous les préjugés acca^ bien t.

Et ce prince pourtant, attaqué, mis eo jugement avec tant d'irrégularités, ce prince qu'on dépouilloit , par exception , des sûretés accordées au plus obscur des citoyens, ce prince étoit le roi , le chef d'une igrande nation ; et I«*i dernière loi constitutionnelle de l'état l'avoit déclaré solennellement inviolable ; elle avoit limité ses risques à la déchéance du trône , et garanti sa personne de toute espèce d'atteinte* Et comment l'auroit-en refusée, cette sauve* garde, à Fbomme foible, imparlait, à TÊtre

de notre nature , entre Les mains lïuquel on

déposoît le gouivernementau sein d'un peuple

immense? Il falloit,ou lui donner des facultés

célestes, ouje mettre à Fabri de répondre sur

sa tête des erreurs et des fautes inévitables

dans une positicoii sans pareille. Est* ce à un

homme devenu le centre d'une multitude in«

nombrable d'intérêts; est^-ce à un homme qui

se trouve en affinité avee toutes les passions ,

que Ton peut demander une responsabilité ri-*

goureuse? Il touche, il aboutit à tous lesévé*

nemens, à tous les amours-propres /à toutes

les idées ; et souvent emporté par ce tourbillon

extérieur, vous voudriez qu'au premier signal

il vînt rendre compte , «t capitalement, de jf*

tout ce qu'il a dit y de tout ce qu'il a fait , de

tout ce qu'il a pensé; et ce compte , il le ren*

droit à des hommes étrangers par leurs habi-»

tudes |i une situation suprême, et qui en caU

culeroient les effets sur des proportions er*

ronées!

Et comment un prince auroit-il le coarage du gouvernement, le courage qui oblige à être seul contre tous et à se faire journelle* ment des ennemis conntus et inconnus; comment auroit-il ce courage, si $a personne au moins n'étoit pas inviolable? Cette idée est d'une éviden<^ parfaite, elle tx)tuche à tous

SgS DE La idùVOLxyrioJX

les princi{ies de morale et de saitle raison, et nulle conceplion philosophique* ne peut ser- Tir à la détruire.

Vous donc qui u^auriez'pas assez d'esprit pour apercevoir qu'un monarque est un être singulier, utile. même essentiellement, par cette propriété et par toute la majesté qui en résulte, n'eu désirez, n'en acceptez jamais un; mais quand vous l'avez, vous ùe pouvez, saos une aveugle démence ou sans une sorte d'imbécillité, le Considérer en aucun temps comme un simple particulier, le juger votre pair et le soumettre à. des règles communes.

Mais en laissant là tous les raisonnemeos qui exigent un peu de réflexion , et en se présentant seulement devant des juges interprètes des lois de la morale, je demanderai s'il ne falloit pas être possédé d'un esprit farouche pour rester les persécuteurs à Louis XVI, pour demander, pour conjurer sa perte, lorsqu'il n'étoit plus roi, et lorsque 1» royauté étoit abolie? Il falloit, disoît-on, un grand exeinple à la terre; il falloit en imposer à tous les princes pour l'utilité des nations. Tel étoit le langage que tenoient les orateurs de ce moment-là. Dieux! quels chevaliers de J'espèce humaine! et l'horrible pensée à n^* députés de la France, de vouloir immoler l«

FRAKÇOrSJB. 397

dernier de leurs rots à rinstniclion dn reste du inonde ! .

Mais larésolution étoit prise. Là convention nationale appelle, entraîne à sa barre le monarque qu'elle venait de- détMnèr/ Il avoît perdusa couronne ; il étoif prisonnier; il avoit déjà subi tontes les hiamiliations dont un homme, au faite des grandeurs huniaines, ressent si lohgaenàent et si profondément Tamertume :. cependant on ne le croit pas en^ core assez malheureux , et IW veut qu'on é^hafaud, ses. douleurs et ses infamies devien* Q^nt le priX'd'une vie toute pure et toute mo-^ raie, Âh ! de. quoi serviront auit juges et -^mt ppp.iresseuirs de^ Louis xvi, de quoi leur £pervi-^ ronti devant le tribunal de la ' postérité, Tés frivoles prétextes dont ils ont cbloi*é4etir^ac» cosatiou:? Ils ôntr.suocesisiveniefit * employé r^^^iress^ :et la violence ipour ohereher, ^our f ^^ir .jpsque dans* iles . pAos: mystérieuses • te-^ traites les écsrits solitaires et lespèhséés-frtgi» tiv^s de. leur roi. Ils ont foiiillé^ pour ainsi dife, jusque dans les: arrière -secrets de sa pensée , et cependant ils n'ont rien appris'à rSurope atteuflive <j[ui pût jeter le Wôindt^ dc^te sur la droiture > de caractère ét«stir la simplicité de coeur du plus malheureuxr prince. Quel particulier,* après une Inquisition si ri«

398 DE hk afroLOTioN

gour€use , Mroit assuré de p«n9Ître aui: yeui des hommes avec toute la splendeur de Yinnoceoce! £t id^ c'est un roi qui sort d'une telle épreuve, sans laisse^ à s«& enKwmis le.plus léger sujet de triomphe. Tout fut de rigueur, tout fut d^artifi^ie dans- la marche de laf procédure. Yiogt et un commissaires y bien choisis pour leur œuvre ^ formèrent un plan, d'agrès* sion , et après de longues tt nombreuses conférences, ils présentèrent à la convenfioti tia* tionale une liégende . de griefe , composée de ireutequatre articles; A Ifinstaht on Ïe9 réduit en acte d'aceuaalioo » à l'instant on eatoie çhereher le rcH prisonnier^ et à rifiM;ântoa l'interroge. On.ne lui accèordece jour-là niun cons^^il tii.ufi guide (. on veut qU'il sVngage seul dans, le dédale dbnt on a tracé les toutes 6rot»^eSf'et:S!a0â lui eommilniquer ^rénlable^ ment l'acte d'aceusaticm eii son^ entier, dan) lu^ ménageip des nunoena deréflexionyo'^ '^^ adresse à. 1^ n«ènM séisnbev nâii-'sei»l«tti€»)t

une qtuestÎQn directe sac chacun des arth' qle» d'acu^a4ion au nombre dé trente-qwtf^^^f maîs^ eQjcoriâ lefi qu^at&ona incidente aïoefléf^ par ses jéponâes- Ainsi les fôfrmes adiop^ée^ pour obtenir à riinpravistè d'un voleur ^^' d'un assassin quelques noDiond positives, <{tt^'' ques aveux spontasiés sur lui fast umq^^ ^^

fsiAirçoTss. ' 399

féceiit , ces formes ont été employées à Tég^ard d'un roi , recherché dans ses actions et dans ses projets pendant un e&pacede plus de quatre années. C'est encore an milieu d'un tribunal composé d^septà huitcents ju^es, et environné d'un nombre inconnu de spectateurs, que l'oKiTeut saisir a^u dépourvu les pensées d'un prince , transporté tout à coup dans une S¥tua« tiott inouïe pour lui^ et déjà courbé sous le hiist d'uae longue captivité. Rien u'est plus étonnant que la manière calme et précise avec laquelle le roi se défend. Il rompt tous les arti-* fices, uniquement par sa simplicité, et ses perséquteurs sont dtéconcertés en ne trouvant 4aqs .3ie& réponses auicun aliment à leur ma^ lice. Aussi est-il remarquable que les orateurs de l'assemblé^ , les plus experts en controverse astu<:ieuse, n'essayèrent pas même de tirer avantage d'aucune des parples du monafitque.

Toutefois ils ne se détournèrent point d^ leur voûte ; ca^ c^ n'étoit pas dé Finnocence de Louis XVI qu'il étoit question pour eux , mais de sa perle. On se pressa donc d'arriver ^:ce but; et après avoir permis au roi de choi» sir deux conseils^ on ne leur donna que huit j^ours pour préparer une défense solennelle; espace de temps à peine suffisant pour lire et pour mettre en ordre une masse énorme dé'

4oO DE LA RévOLCTlOBT

papiers relatifs à trente-tjuatre griefs , presque tous l'ouvrage de l'art;.

Le plus honorable zèle doubla les forces des défepseurs de Louis; et M. de Sèze, qui parla seul en leur nom, le a6 décembre 1792 , fit ressortir avec autant de netteté que dç précision Tabsurdité des reproches dont on avôit osé former une accusation criminelle. Il montra d'abord que ces reproches se rapportoient en grande partie aux années 1788-89-90 et 91 , à uil temps où le roi n'avoit pas accepté la cou<> stitution, où il n'étoit pas encore roi de par elle* M. de Sèjse fit remarquer ensuite que d'autres censures, en les supposant fondées, regardoient des actes d'administration, dont, aux termes de la constitution^ les ministres seuls étoient responsables. Cependant l'orateur ne se prévalut point des raisons qui le dispensoient , en droit et en loi, de discuter les deux genres d'accusations dont je viens de parler; il les parcourut avec détail; et, traitant de même quelques objections relatives aux actes personnels du prince) il ne laissa rien subsister de l'échafaudage qu'il avoit à renverser, et l'œuvre de l'imposture ne put tenir un moment contre les armes de la véritç. Tel; fut le jugement de l'Europe , tel fut le jugement de la France impartiale.

Cependant^ et quelque jour on ne pourra le croire ) rassemblée, après avoir entendu lé mémoire des défenseurs de Louis , ce mémoire où rien n*étoit en phrases^, rien même en pathétique^ maïs tout en discussion et en faits positifs, ne le prit pas un instant en considé* ration , et cet oubli , ce silence, devinrent une iniquité de plus de la part de l'assemblée, et Fnne des pliis texlraordinaires de toutes. Oii eût dit qu'elle étott pressée d'aller à son but, que ce but étdit irrévocablement déterminé j* et que la. vérité, la persuasion , n'entroient pour rien dans' -l'af faire: .

On continua dé reprocher au roi qu*il avoât excité la guerre, et M. deSèie venoit'de rappeler tous les soins que le rôi s'étoit donnés pour la prévenir» -

On continua de reprocher au roi qu'il avoît soudoyé ses gardielà du corps à Coblentz, et M. de Sè^é'Ve'hoit de prouver, par une pièce irréprochable, qtie: lé roiavoit expressément défenc(u de rien payer aux absens. "* '

On continua de reprocher au roi le skng versé au Champ-de-Msèrs, et M. de Sèze avoltî* rappelé que le roi, à cette époque peu distante du retour tléVareii ries; étoit encore prisonnier aux Tuileries et ri'avoit aucune autorité' dans le gouvernement

Tx» a6

401 OE LA niVOLVTlOTS

On coj^ttinua de reproc^r au roi lt$ événeoiens de Nanci, et M. de Sè^ie veucit de répéter que rassemblée constituante avoit approuvé formellement les mesures prises, alors pour rétablir Tordre dans cette yille et toutes la conduite d,a général.

. On continua de i^ptocher au roi la journée du 10. août., etM.de Sèze, apc^s avoir prouvé Vétat de simple défensive où le roi s'étoit mis, avoi t ^ni par ces paroles remarquables, qu.e personne ne releva,, que pjçrsQpne uj3 contredit:

<c £t qui donc ignore a.ujom^d'hui qii^e , long- « temps avant la journée, du» i^août, on prén pajcoit cette journée, qu.'onlan)iéditpit, qu'on «. la nourrissait en, silep/ce , qu'oi^ avoit cru sen- « tir la qéçeçsifé dune iiism^i^e^tian. conlre <c Louis; que cette insurrection ayqit ses agens, «c ses nip^urs, sqn^ cabinet, $oi|; directoire ?

ce Qui. est-ce qi^i. ivoire) qu'il a été con^biné ^ d^s, pl^ns , £brfn.édps ligues , signé d^. traités?

(c Qui est-ce qui JgRpre. .q^e tout a éM con- «duir, arrang^^ eixépi^jté. pour, l'apcQmplis^ieT « ment du, grand dessein qui dei^oijll.aifnener « pour la France les^d^stinées dontelle jouit ?

« Ge.pe sont pas là, législalpi^rsi , des faits n qu'on puisse désavouer,; ijs sont publics , ils « ont retenti dans la EranccenUèi^ç, ils se sont « passés au milieu de vous^; da^s, çeUe salle

FRÀNÇOISB. '\o%

«c même où je patrie , on s'est disputé la ghrire de

« la j.oui?née du i o aoèt. Je me viena point con-'

a tester eetïe gloire à ceux qui se la soât dé-*-*

a cernée ; je n'attaque point les raotife de rin-* ^ jjj

« surrectioD, }e n'attaque point ses effets; je

«r dis seulement que, puisque rinsurreetiom a

a existé, et bien antérieu'Fement au xo août^

a qu'elle est certaine , qu'elle est avouée, il est ] ^

<( impossible que L.ouis soit Tagresseur. 3>

Qu'ot> se rappelle ici les détails que j'ai don« nés ,. dans la section précédie^u te, sur lesayeux' remarquables de phisteurs députés, relatifs à) la préparation secrète àJt la journée du lO' août. Et le croira^t>K)n , ce n'est pas seule-»* ment cette journée dont on a revendiqué 1» s j^*:;

gloire : voyez comment M. Brissot, lemeimbre^ le plus accrédité du comité diplomatique, dan» l'assemblée législative, l'homme alors^ en pou^ voir absolu se vante à deux reprises d'avoir j.(^*

amené, d'avoir décidé la guerre. Et par quels «••

motifs , juste ciel !

a Robespieri^e , dit-'il, m'accuse d'avoir coo-^ (( péré avec Dumouriez à la déclaration de la' a guerre à l'Autriche^ Mais cette opinion étoir « à moi seul, je l'avois long-temps avant de conrc naître Dumouriez ; je l'aisoutenue, parce que ;.^

« je voyois la république naître de cette décla- ^«l-^,

a ration de guerre, parce que j'avois la certi-

4o4 1>B ^^ RliVOLlTTIOir

« tudè qu'elle mettroit à découvert la trahison « du tyran ; et révénement m'a justifié. — Si « c'est un crime que cette déclaration de « guerre , je le partage avec toute l'assemblée « législative qui l'a décrétée à l'unanimité. »

Et dans une adresse du même Brissot aux jacobins , il s'exprime ainsi :

« C'étoit l'abolition de la royauté que j'avois « en vue, en faisant déclarer la guerre.... Les « hommes éclairés m'entendirent le 3o décem- « bre 37919 quand, vépondant à Robespierre « qui me parloit toujours de trahisons à craina dre, je lui disois : Je n'ai qu'une crainte^ c'est « que nous ne soyons point trahis. Nous avons « besoin de trahisons; notre salut est là; car il « existe encore de fortes doses de poison dans « le sein de la France, et il faut de fortes expie- < sions pour l'expulser.... »

Enfin Barbaroux, un autre législateur, osa prononcer ces paroles le 25 septembre 17912 :

a Voyez avec quelle rage calomniatrice on a cherche à poursuivre les citoyens qui ont diecc mandé la guerre. La guerre , elle étoit néces- « saire à notre liberté ; la guerre , elle a tué « Louis XVI,,.* V

Je le demande, comment un malheureux prince pouvoit-il échapper aux perfides embûches qu'on lui dressoit au sein même de la re*

FRANÇOISE. 4o5

présentation nationale? Comment pouvoit-il i

échapper aux machinations astucieuses et au système suivi de trahison dont on vouloit le rendre victime ?

Louis xvi, pendant le cours de son règne , avoit été loué avec plus ou moins de volonté, avec plus ou moins d'affection ; mais jamais il n'avoit connu la calomnie jusques à Tépoque où des hommes sans frein et habiles à toutes sortes d'outrages, se sont approchés des affaires publiques. Il dédaigna long-temps les coups qui partoient de semblables mains ; mais il ne put, en aucun moment, supporter aveC'Calme les insinuations, mensongères par lesquelles on cherchoit à le présenter comme un homme dur et presque indifférent à l'effusion du sang. Je l'ai tu dans un état de douleur inexprimable, en lisant un écrit fort répandu , et où l'on disoit de lui qu'au mois de juillet 1789 il avoit donné des ordres pour le saccagement de Paris ou pour quelque autre 'H

violence de ce genre. Hélas! il s'est mieux *'^'

peint que personne^ ne l'a fait, dans les paroles fx)uchantes prononcées au moment où M. de Sèze eut achevé son discours. "''•

;^;^-^Oa^ vient de voiïs exposer mes moyens de <c défense; je ne le/5 renouv^^erai point.' En- * yous en parlant, pei;:têtype pour la dernière

4o6 DE L4 IUàVOj:.UTlON

« fois , je vous déclare que ma conscience ne « me reproche rien , et que mes défenseurs ne « vous ont dit que la vérité.

a Je n'ai jamais craint que ma conduite fôt «examinée publiquement, mais mon cœur if est déchiré de trouver dans l'acte d'accusafi tion l'imputation d'avoir voulu faire répan- « dre le sang du peuple, et surtout que les mal- « heurs du lo août me soient attribués.

« J'avoue que les preuves multipliées que a j'avois données dans tous les temps de mon ^ amour pour le peuple , et la mauière dont je «e m'élois toujours conduit, me paroissoieol « devoir prouver que je craignois peu de m'ex- « poser pour épargner son sang , et éloigner à c jamais de moi une pareille imputation.

« Sigisèé Louis. »

Remarquez ces paroles où le monarque ne paroit inquiet que des calomnies répandues contre ses sentimens d'humanité. Le discours du roi est d'ailleurs si calme, que, sans ces tristes mots, ces mots pénétraus : £n vous parlant peut^êire pour la dernière foisy on ne seroit pas averti de la situation où il »e trouvoit. O dureté que l'on ne peut comprendre! i» fut écouté avec indifférence, et le la-ngi»g^^^ le vérité , les accents du malheur ng; produise- \ Keat aucune impression.

Cfepetîdatit Tassembléie ëélibère, entre ea dispute sur le choix et la série des décisions criminelles qu'elle avait à donner, et fintt par adopter l'ordre suivant :

I®. Louis est-il ou'toon convaincu de crimes de conspiration et defeau^e trahison?

2°. Le jugement qui sera tendu, soit qu'il condamne ^ soit qu'il absolve, sera-t-il ou non soumis à la sanction du peuple?

3^ Quelle pein« infligera-ton à Louis Capet?

A la première question 696 députés sur 720 votèrent pour l'affirmative; et le présidentdebout prononça ces paroles :

(fLa convention nationale déclare Louis « Capet coupable d'attentats contre la liberté, « et de conspiration contre la sûreté générale « de l'état. »

Coupable! mais qu'auroit importé cette sentence, si elle n'eût pas été un premier pas vers la mort? Le tribunal qui la dictoit, esclave de ses propres passions, pouvoit-il commandei^ l'opinion de l'Europe et delà postérité? Coupable, disiez-vous dans votre terrible politique ou dans votre timide imitation ! Coupable ! ah ! c'est vous qui l'avez été , c'est vous qui N Fêtes , pour avoir osé sans mission , sans mandats, sans autorité formelle, vous ériger en juges du roi des François, et le condamner à

4o8 DE LA REVOLUTION

la mort; c'est vous qui Fêtes, pour avoir o^é fouler à vos pieds le caractère sacré d'inviola-* hilité qui lui avoit été imprimé par la nature de ses fonctions, et par Texpression positive de la loi constitutionnelle dont vous et la France entière aviez juré l'observation ; c'est vous qui êtes coupables, pour avoir osé vous déclarer juges après vous être montrés parties, après avoir manifesté de toutes les manières, et par vos déclamations et par vos insultes, la guerre que vous vouliez faire à Louis; c'est vous qui êtes coupables, pour avoir osé réunir en vous despotiquement et contre tous les principesdejurisprudenceet d'équité, les fonctions incompatibles d'accusateurs et de jurés, de législateurs et de juges ; c'est vous qui l'êtes encore , pour avoir rejeté dans votre procédure toutes les formes protectrices de la foiblesse et de l'innocence; c'est vous qui êtes coupables, pour avoir fait rompre «les portefeuilles du Toi, ses armoires et ses secrétaires, pour en avoir enlevé les papiers dans son absence, et vous être ainsi ménagé la faculté de trouver dans ces dépôts tout ce qui pouvoit nuire à l'accusé , et rien de ce qui pouvoit le servir ; c'est vous qui êtes coupables, pour avoir de«i mandé compte au roi de ses actions, de ses projets et de ses pensées, en vous plaçant

comme inquisiteurs au-delà du temps où les nouvelles lois politiques avoien t. commencé, au-delà du temps où le mouarque avoit accepté la constitution, et même avant cette époque mémorable, où d'autres représentaus de la nation, avouant ses bienfaits, l'avoient proclamé solennellement le restaurateur de la li' berté française ; c'est vous qui êtes coupables, pour avoir imputé au roi les événemens dont vous vous étiez disputé la gloire, et pour en avoir audacieusement composé des chefs d'accusation contre lui. C'est vous surtout qui ne pourrez jamais vous justifier d'avoir été tellement aveuglés par votre passion , qu'un petit nombre d'entre vous seulement aient élevé leur voix pour demander l'examen des réponses faites au nom de Louis xvi , l'examen du plaidoyer de ses défenseurs , et qu'aucune attention n'ait été donnée à une réclamation M simple, si juste et si naturelle. Enfin, en vous instituant les juges de ce prince, et ses juges sévères; en parcourant ses actions, en cherchant dans le passé ses erreurs ou ses foiblesses, vos regards ne se sont jamais arrêtés sur la situation d'un prince au sortir de ses anciennes grandeurs, obligé de changer ses opinions et seJà habitudes, et jeté tout à coup par la fortune au milieu d'une révolution où

4lO DE LA RivOllJTlOR

tout était nouveau, où nulle expérience ne pouvoit servir de guide, et où vous-mêmes, juges à mort d'un être sans appui , vous ^vez fait des fautes innombrables. Mais un ^enti-ment d'indulgence ne vous est jamais venu , et les cœurs généreux ne pourront vous pardonner cette dureté de caractère, cette longue impiété dont les annales de la nation françotse ne fournissent aucun exemple. (^)

{^) Qu'on trouve ici sur le même sujet les éloquente» paroles de M. Bresson , député de la Haute- Vienne.

« Non , citoyens , vous disoit-il , nous ne sommes pas « juges ; car les )uges sont prosternés devant une loi « égale pour tous , et nous , nous avoiis violé Tégalité « pour faire une exc<^tion contre un^seul.

« Nous ne sommes pas juges , car les ju|[es ont un ban- « deau glacé sur le front, et la haine de Louis nous M brûle et nous dévore.

« Nous ne sommes pas jages , car les juges se défen-

« dent des opinions sévères; ils les ensevelissent au fond

« de leut* cœur, «t ce n'est qu'avec une tardive et sainte

I «t honte qu'ils les laissent échapper; et nous, presque

f « réduits à nous excuser de la modéra tîoo , nous pùUions

« avec orgudil la rigueur de nos jugemens, et nma nous « efforçons de la faire adopter.

n Nous ne sommes pas juges enfin , car on voit les L « juges s'attendrir sur le scélérat qu'ils viennent de con-

I « damner , et adoucir l'horreur qui l'environne par l'ex-

% « pression de la pitié. Notre aversion pQin*suit Lonis jus-

C'est votre grand e^pril , si l'on doit vous en croire ^ qui vous a toujours détournés de la compassion ; qui vous a toujours empêchés d'élre doux et bons. Yous pensiez à la patrie , tandis que nous, chétifs morteis, nous nous occupions d'un roi. Vous embrassiee de vos conceptioios la postérité , de vos méditations les races futures, lorsque nous pleurions sur le sort d'une seule famille. C'est beau ; mais pourquoi dans vos hautes distractions ne vous étes-vous jamais oubliés vous-mêmes? et pour* quoi , livrés en entier aux intérêts de la suite éternelle des générations , étiez-vous pourtant si vigilans et si passionnés à la poursuite d'un pouvoir éphémère, à la recherche encore de toutes les louanges d'un moment ?

Seroit-ce une particularité mi^^utieuse à re-* lever que le sang-froid dont on se par oit , en entremêlant les questions les pi us in différentes aux lugubres discussions sur la destinée du roi des François? Le 1 9 janvier 1 793, et au moment où Ton alloit détermioer si la sentence de mort rendue contre le monarque seroit exécutée

«t que sous la hache des bourreaux , et même j'ai quelle qnefbis entendu prononcer son arrêt de mort ave€ « l'accent de la colère , et des signes approbateurs r^pon-» 4 dotent à C9 cri funèbre. »

sans délai , ou s'il y auroit un sursis ; à ce moment qui devoit pénétrer toutes les âmes d une sombre affection , de quoi s'occupe-t-on longuement et préliminairement? d'un débat sur une partie du vêtement des garder nationales, que les uns vouloient de drap et les autres de panne. Je ne sais pourquoi cette tranquillité, cette abstraction, m'ont fait une impression particulière* N'accusons pas néanmoins tons les députés , puisque^ selon les termes du procès-verbal , l'assemblée n'étoit pas complète. Sans doute un grand nombre ont retenu, par crainte bu par prudence, l'expression de leurs combats intérieurs. Un grand nombre encore ont versé des larmes en secret sur la cruelle destinée d'un malheureux prince et sur l'insuffisance de leur zèle. Plusieurs peutêtre, se sont échappés précipitamment du milieu de ces effrayantes controverses , pour aller

déposer leur douleur dans le sein d'un ami fidèleou d'une épouse sensible. Quelquesnoms, dignes d'une exception honorable, sont même venus j usques à moi ; mais il ne m'est pas permis

• de violer To^scurité dont ils se sont environnés.

i * Joignons-nous seulement à une opinion com-

î yniine et vraisemblable , c'est que beaucoup

T dç membres de la convention, eu déclarant *e

i roi coupable, vouloient ménager tetù'-^^"^^

FRANÇOISE. 4l3

et leurs forces pour obtenir Fappel au peuple, et pour triompher du parti jacobin à cette seconde question. Mais leurs soins et leur exemple ne purent entraîner que ^83 suffrages sur un nombre de 707.

Enfin la troisième question fut mise en délibération. Quelle peine infligera-t-on à Louis Capet ?

Le nombre des votans fut de 721 ; et le président, après avoir expliqué que, sur un tel nombre, *36i fori|^it la majorité absolue, et qu'il y avoit eu 366 voix pour la mort , articula ces paroles (^) ;

ce Je déclare au nom de la convention natio* «nale, que la peine qu'elle prononce contre 4 Louis Gapet , est celle de mort. »

Vous frémissez.... On cirut un moment que le maintien, je n'ose dire encore l'exécution d'une horrible sentence, décidée par cinq voix dans une assemblée appelée nationale, paroitroit, sous ce rapport seul, une idée si monstrueuse et si révoltante, qu'on reviendroit au* moins à l'appel au peuple (**). Les défenseurs

(*) Séance du mercredi 16 janvier 179S.

(**) Une si petite majorité parut inquiéter les triomphateurs ; ils provoquèrent une révision des scrutins , et à Taide d'une distinction sur les votes conditionnels , à

4f4 DF LA B^onyTrorr

du roi demandèrent cet appel d'une maniâre foi*inelte , et il& remirent de pins à rassemblée une protestation écrite de la main du roi , et Gon^çuie en ces termes :

« Je dois à mon honneur, je dois à ma fa* « mille ^ de ne pQÎnt souscFire à un jugement (c qui m'inculpe d*un erime que je ne puis me a reprocher ; en conséquence , je déclare qiw « j'interjette appel? k k natioifi elle-même du ce jugemeat de sesr représenians!; je donne par ce ces. présentes poufrmr spécial i me» dé£e»^ ic sietaira officieux, et charge expressément leur (c fidélité de faire connoitre à la cooveulion <v nationale cet appel partons les mojrfenfif qui te serontenleiH) poiivoifr, et de^demander qu'il « en soit fait, mention dans le procèB- verbal «t. de la. séance de la convention; S%né IiO^is. 3^

Cette protestation du roi ne fut point reçue, et Ton rejeta la demande de ses défenseurs.

Une grande agitation cependant régnoitda^s l'assemblée ; mais Robespierre , qui vit lea opinions disposées^ à s'ébranler, prononça le

l'aide d'interprétations occultes données par quelques députés dans un moment où leurs suffrages nepouvoient plus sauver le i^oi, il se trouva 387 voix pourra mort , au lieu -de 366. La première déclaration solennelle du président est crue de préférence , et c'est) la seule probiUe«* ment qu'admettra<la<postërftétf

{*) Encore Ls^njumais,

VRANÇOrSE. 4l^

discours d'un, tribun sur de sa puissance, et où chacun put apercevoir qu'il n'était plus, temps de cliangev le sort de Lows.,^ et que. la plus légère atteinte au j.uge,a)?nt rendu seroit, Lç signal d'une insurrection populaire.

Déjà le très-g^aud nombre des d/àputés> en opinant sur l'une ou l'axi^tre des: cpj^estiojis re-*. iatives au procès de l^ouis.x^vi, a voient manifesté dçs3Cr^iu4;es^ et plusieurs, a voient accora* pag4^ié leurs suffrages de cette formule ou, de toute autre équivalente : «Dussé-je m'exposeï: <c a^ix poignards; des assassinSx, je dirai^.... » £t, un. député de liretagne (^) avoit o&é prononcer ces paroles : <^ On parjolt délibérer i/si dans une . fc convention., libre, mais c'est soua les poi- <c gnards et les catfpnsdi^^ factieux.. »

Hélas! n'impoi:te les hommes, n^'lmporte.

Igïijr caractère, il fept bien recourir à la peur et à ses influences., pour expliquer le résultat des, suffrages à cette. horrible discussion où la mort du roi fut prononcée, et pour expliquer encore comment une supériorité de cinq voix, iV**

sur un nombre de 721 délibérans, a pu être ^'.:

admise par les législateurs eux- mêmes comme une autorité décisive; tandis que, selon leurs propres décrets, une condamnation capitale

VM

4i6 DE LK HiVOLUTIOJf

exigeoil une majorité formée par leâ trois quarts des jurés.

Les sentîmens qui avoient dicté cette con« dition étoient d^une obligation plus grande encore pour une assemblée nationale, pour une assemblée représentative de tous les droits et interprète de tous les devoirs*

Le corps législatif à suivi, dit-on, Fusage adopté dans' son sein pour les décrets de police et d^administrajiion ; mais quel rapport j avoit-il entre les délibérations de ce genre et une instruction criminelle? Chose remarquable! l'assemblée nationale sort de ses règles^ •sort de ses habitudes pour se faire juge^ et elle les reprend pour l'elre avec rigueur.

L'approche du souverain dans tous les pays du monde avoit constamment annoncé la miséricorde. Ici ce fut tout le contraire, et l'apparition de l'autorité législative dans un procès criminel y a introduit des condilions sévères et rejelées par les tribunaux ordinaires. ^Ce n'est pas tout. L'attribution illégale d'un jugement criminel au corps législatif, priva Louis xvi du droit de récusation, àe cette sauvegarde tutélaire accordée aux accusés dans toutes les cours de justice. Cependant il voyoit parmi ses juges des hommes qo* avoient conjuré sa perte et qui s'éloient Je-

clarés avant de Tentendre ; il voyoit parmi ses juges des hommes qui l'avoient insullé de la manière la plus outrageante , etquidésiroient en secret de voir disparoître du monde ua prince dont ils croyoient avoir lassé la généreuse patience.

. Enfin, et par une dernière exception aux lois protectrices de l'innocence, Louis xvi eut à comparoîtye devant un tribunal où les suffrages se donnoient à haute voix, et en présence d'un nombreux concours de spectateurs; en présfenced'un peuplealorsencoredansTivresse *

de la férocité, et qui, choisi de la main des nouveaux tyrans, encourageoit les juges de sang et faisoit trembler tous les autres.

Qu'on imagine, si Ton peut, une cumulation plus grande de rigueurs et d'iniquités.

Et c'est après avoir ainsi violé tous les principes de justice, toutes les règles et tous les * usages, qu'une majorité de cinq voix paroît suffisante pour décider. de la vie d'un roi; hélas! de la vie d'un homme, de tel état, de tel rang qu'il pût être. Et pourtant vingt-cinq siiffrages manquoient, vingt -cinq suffrages n'avoient pas été donnés. On eut pu les vou- 1 loir, on eût pu les demander. Ne l'aurbit-on -: pas fait, si la même majorité se fût prononcée * différemment ? Et. parmi les suffrages de mort IX. 27

4l8 DE LA. R^VOLUTIOir

qu'on avoit comptés, Tun ne deToIt-il psis être rayé , et pour une cause plus décisive que la démence, pour une transformation de nattire?

J'explique cette pensée ^ en transcrivant ici littéralement un article du Journal des débats et des décrets, du 1 6 janvier 1793.

«Louis-PhilippC'-Joseph Égalité monte à son « tour^ la tribune. L'assemblée semble éton**- <c née , inquiète ; il se fait un gra^d silence. Il « dit : Fidèle à mes devoirs, et convaincu que « tous ceux qui ont attenté ou attenteront par « la suite à la souveraineté du peuple méritent « la mort, je prononce la mort. —Une grande « partie de l'assemblée frémit. Louis-Pfaitippe- « Joseph Égalité retourne tranquillement à sa « place. »

Enfin l'instant du sacrifice approcbe, et je ne puis en éloigner plus long-temps mes regards. Hélas ! en prolongeant quelques discussions, je me faisois illusion à moi-même. Il me sembloit que j'appeloi^ encore d'une injuste ' condamnation.

La fatale sentence étoit rendue. Elle Tétoit..., Les ministres de ce temps furent chargés d'en donner connoissance au roi , et ils remplirent cet office.

Louis les écouta avec sétiénité. Il demanda trois jours pour se préparer au grand passage

dont la fureur des horaiines accéléroît pour lui le moment. La convention nationale lerefnse, et il partage les heures qu'on lui laisse entre ses devoirs religieux et les touchantes émo- '^

lions, les derniers épanchemens d'une âme avertie que tout va finir. Il avoit vu son sceptre brisé , il avoit vu tomber en éclats le» colonnes de son trône; il avoit vu défaillir ces gi^ndeiirs auxquelles on avoit préparé son enfonce ; il atvoit vu périr cet héritage que dix siècles de substitution sembloient avoir garanti ; enfin, il avoit connu , il avoit éprouvé les plus grands revers de la fortune , et son courage y avoit suffi. Mais c'est lui qui doit annoncer k sa f

femme, à sa sœur, à ses enfans^ à tous lèn objets de son affection le coup qui va le frapper ; c'est lui qui doit les instruire d'une horrible sentence ; c'est lui qui doit leur apprendre qu'un supplice, un échafaud, toutes les appa* renées de la honte doivent terminer la carrière du roi des François ; mais plus que tout cela , c'est lui qui doit leur parler de cette nuit, de cette ombre éternelle qui s'aviance à grands pas ' rji

pour les séparer. Il emprunte un moment une force surnaturelle; il va chez la reine; il entre ^ a-t«-on dit, avec une sorte de calme; et comme il est seul , et que depuis long-temps de rigide?) surveillans accompaguoienl ses pas , l'épouse.

lf. ':

4aO DE. LA BÉVOLTJTIOir

la $œur ,les enfans, espèrent un instantqa'tm jour plus serein luit peut-être pour eux: leurs yeux se fixent sur le roi, leurs regards se prolongent Bientôt le doute, l'inquiétude, se peignent sur tous leurs traits ; et le silience du roi, ses embrassemens, les larmes que ses efforts ne peuvent retenir, deviennent le signal des cris de désespoir, des cris épouvantables dont les acCNens, dit-on, furent entendus loin du Temple. Ou n'a pu savoir, on ne saura jamais les paroles entrecoupées que les infortunés s'adressèrent. Ils ont tous péri. Vous les préjugerez ces paroles , vous les ferez vous-mêmes, vouis qui avez aimé, vous qui avez existé dans uYi autre et par lui , vous, qui avez vu briser ce lien , vous qui avez éprouvé les déchiremens. d'une séparation. C'est un ami , jeune encore et daps tout l'éclat de la vip ; c'est un ami, la source d& votre gloire, le soutien de votre considération ; c'est pl^is que tout encore, le premier, l'uniqueobjet de vos affections. Vous aviez connu la pureté de ses intentians, vous aviez pénétré ses se/itimens , tous afviez suivi 3es pensées , vous rendiez chaque jour un culte à ses vertus, et c'est lui qu'on injurie, cest lui qu'on veut avilir , c'est lui que des furieux ont choisi pour victime, et c'est hii y c'est Jui qu'on va sacrifier à la plus horrible politique.

Chacun dLe ses regards semble invoquer votre témoignage et appeler à votre estime de Tin- "

justice des hommes ; il cherche votipe intérêt , et il s'efforce de vous calmer ; il veut de votre souvenir, et il redoute votre désespoir; il auroit besoin d'oublier la terre , et à 1 aspect •*

de vos tendres regrets, jamais de plus doux sentimens ne l'y ont attaché. Voilà par quelles **

réflexions on peut se former une image, une |

bien foible image de la sit^tion de Louis xvi au milieu des siens. Hélas! il va les quitter, et ce sera pour toujours. Il eut besoin de quel-» ques efforts pour échapper à des embrassemens passionnés y à des étreintes convulsives- Il ''i;^^

donna l'espérance , il promit de revenir ; mais 'K -

son dernier regard fut trop expressif : sa femme \l P'

et sa sœur tombèrent sans cçnnoissance; sa fille étoit mourante,' et son fils coiu'ut après *'^'

- lui la poitrinç étouffée par ses sanglots ; il traverse rapidement les premières pièces de l'appartement ; il descend l'es&alier sans que rien puisse l'arrêter, et se trouvant dans la f-'

cour au milieu des gardes , il leur crie , les mains jointes , et en se jetant quelquefois à: genoux: Laissez*moi passer, messicui^s! Jais* sez-moi passer ! — Où voulez-vous aller? — Je ^

veux parler au peuple. — Et pourquoi ? — Je

veux le supplier de ne pas faire mourir papî^ ^! ;

Ai

^i'is

in..,:

4aa DE LA REVOLVTrOir ^

roi. Ah ! laissez - moi passer , messieurs ; au nom de Dieu, ne m*en empêchez pas!...

Inutiles prières! Retourne jeune enfant. Ta auras aussi ta coupe de douleur, ta coupe parliculi^re : les tyrans ont Tœil sur toi , et tu ne connoitras la vie que par tes larmes et par tes solitaires complaintes.

Louis, retiré dans son appartement, se ré* fugia par la méditation dans le sein de l'Etre suprême ; il y chercha la force et respérance, et ce ne fut point en vain , car touf^es les codsoiations de la piété lui servirent d'assistance jusqu'à son dernier moment.

'Il se jeta sur son lit après avoir prié, et dormit quelques heures. Le matin , deux de ses serviteurs entrèrent dans sa chambre, et leffusion de leurs larmes exprima tout. Le roi leur tendit la main , et se leva. Déjà les précurseurs de sa marche funèbre étoieiit arrivés. Le roi les voit , il lèveies yeux au ciel ; il jette un regard sur Tappartement de ses fidèles amies , il leur adresse au dedans de son cœur un dernier adieu , et d'un ton fier encore ild'* au commandant de la garde : Partons. Un carrosse Tattendûit. Dieux! quels spuvenirs se seroient présentés à lui s'il eût pu songera /a terre! Ce n'éloit plus ce tambour, cesinstru* mens de fête qui annonçoient autrefois sa sor-

tîe ; ce n'étoient plus ces couriisans attentifs aux regards qu'il jetteroit sur eux , ni cette foule eucore aimante qui couroit à sa suite, ^n £iisant retentir les airs des cris de wi^e le roi! Tout ayoit disparu. Un double et triple rang d'hommes armés, au cœur d'airain , au regard farouche , et Si.rrés les uns contre les autres, environnoient sa voiture. tJn prêtre renjégat , nommé Jacques Roux , en qualité d'officier municipal, y avoit pris place en face du roi ; et lorsqu'il rendit compte à la commune de cette affreuse journée, il dit que pendant la route ses yeux avoient été continuellement fixés sur Çapet. C'étoit Favantcoureur du dernier des affronts. La marche dura deux heures ; toutes les rues étoient bor- , dées de soldats , et un morne silence régnoit dans la ville. Les portes de la plupart des maisons étoient fermées, et l^a police avoit sévé- '^r rement défendu que personng ne parût aux fe- '*.: nétres. Tous les actes de l'autorité , ce jour-là , " curent le sceau du crin^e, la peur avec la !*:j violence. 1^ •

hp roi touchoit à ce moment terrible que notre nature ne peut concevoir, et pour lequel nous n'avons rien d'appris. Il contemple sans foiblesse l'autel ignominieux destiné à son •%- ,.

sacrifice; il détache, il écarte lui-même la '*'

4'i4 I^E Là RiVOLUTlOir

partie de ses vétemens qui pou voit géoer Faction du fer assassin. Hélas ! il faut tout dire, il faul en avoir le courage; car c'est ici pour Louis le moment du chrétien , le moment où le triomphe se compose des humiliations....

Un infâme exécuteur voulut lier ses mains ; il s'approcha du roi , et un regard d'indignation le force à reculer; mais bientôt Louis le rappelle : il avoit levé ses yeux vers le ciel, et il a voit dit à voix basse : Oui, mon Dieu, encore cet oiitrage.... vous l'avez ordonné. Enfin ,• il se place lui-même sur la planche fatale.

O trônes ! ô couronnes ! ô grandeurs de la terre! mais votre image même va disparoître.

Il n'y a plus qu'une minute, qu'uiie seconde à franchir, et jusqu'à votte ombre elle s'évaliouira dans la nuit du néant. 11 n'y a plus.... Mais, encore auparavant, un ministre de laref Itgion et qui n'apoint quitté l'auguste victime ,

lin respectableeq|^ésiastique,leconfidehtsacré de ses pensées , se précipite à genoux , et s'écrie : Fils de Saint-Louis ^ montez' au àielî... ji Puissentces belles paroles, quiontretenti dans

f toute l'Europe , ces belles paroles adressées

j au plus infortuné des rois, avoir adouci , avoir

r calmé le dernier instant de son niartyre!

^ — Arrêtons-nous un moment; c'est assez

pour nos forces.

iJ

mK

,- |ji>

Habitans de Paris , vous avez été les témoins et les témoins paisibles du plus horrible sacrifice ; mais^e ne vous juge point, car vos tyrans eux-mêmes vous suspectèrent. En. défiance avec raison de tous les sentimens secrets-, ils eurent peur que Louis , en parlant au peuple , ne fut* écouté avec intérêt , et par un ordre barbare ils s'affranchirent de toute inquiétude. On le sait , lorsque, du haut de son échafaud, le roi parutdemander un moment de silence, et dès qu'il eut prononcé avec émotion : François!... je meurs innocent.... je pardonne à mes persécuteurs.... puisse ma >'

mort être utile à la France.... Dès qu'il eut L;

ajouté : Et toi, peuple infortuné.... le chef de la garde, observateur exact de sa consigne, commande aux tambours de rouler à grand */^

bruit , et le roi ne fut plus entendu. 4-

Vains efforts cependant ! car les dernières *

pensées de Louis restent gravées dans un tes- " '

tament, où la plus douce piété semble former un lien entre les sentimens qui rattachaient à la terre et les espérances qu'il conçoit d'une nouvelle patrie. Il est prêt à succomber sous l'injustice des hommes , et il dit , il écrit d'une main ferme: «Je recommande à mon fils,

« s'il avoit le malheurde devenir roi , de songer '';;w

« qu'il se doit tout entier au bonheur de tous i^« •

4a6 DE I^ UÉYOhVTîQV

« ses concitoyens; qu'il doit oublier toute a haine et tout resséntioient , et nommément « tout ce qui a rapport aux malheurs et aux « chagrins que j'éprouve, y

C'est un oubli qu'il demande à son fils , s'il avoit le malheur de deveuir roi. La religion , la morale évangélique, dévoient inspirer à Louis ce sentiment généreux; mais il dit, ses coud'toyens : cette expression , qui n'étoit pas né* cessaire, son cœur seul a pu la dicter. Ses^on* citoyens l et c'est un mot d'affection dont il se sert 4 c'est un root d'affection qui lui échappe , dans un moment où la France entière semble l'abandonner.

Hélas! tout est bonté, tout est indulgence dans les derniers épanchemens de Louis. Sou-- 9ent^ dit cet excellent prince , en parlant des hommes dout il croit avoir droit de se plaindre, joi^ç^e/z/, dans les momens de ttouble et d'effervescence j on nestpcis maître de soU Quelles paroles, au moment où l'on voit un fer meurtrier suspendu sur sa tête ! Non, ses mânes, s'ils errent parmi nous, n'appellait personne , à la vengeance* £t la victime, l'innocctote victime élève encore sa voix pour recommander aux François la modération et pour les inviter à la paix. Comment lire sans attendrissement ces do^c^s et sereines expressions d'un prince

an comble du malheur et naguère assis sur le premier trône du monde ? « Je prie tous ceux « que je pourrois avoir offensés par inadver*> « tance (car je ne me rappelle pas d'avoir fait tf sciemment aucune offense k personne) de me « pardonner lemai qu'ils croient que jepuis leur « avoir fait. » Est-il un discours animé, pathétique, qui put égaler en persuasion cette phrase placée entre deux parenthèses : car je ne me rappelle pas d'avoir fait sciemment aucune cf* fense à personne ? Quelle simplicité ! L'observation de l'infortuné prince ne s'adresse point aux autres ; il pense, il parle en lui , et il ne songe pas à se peindre. O vérité, céleste vérité , que ton empreinte est inimitable! Le voilà pour** XSLJiH ce tyran qui ne se rappelle pas , à sa der« nière heure, d'avoir offensé personne; ce tyran , c'est le nom qu'il tient de vous et de vous seuls sur la terre. Vous avez su tromper une aveugle multitude; mais le jour du repen* tir arrivera, et déjà vos voiles et vos doubles voiles commencent à se déchirer. £t comment pourriez-vous encore anéantir l'impression dès dernières paroles du Testament de Louis xvi^ de ces paroles mémorables par leur caractère religieux et solennel? « Je finis, dit le prince, a je finis en déclarant devant Dieu, et prêt à « paraître devant lui, que je ne me reproche

it

428 DE LA ViiyOLVTlOlf

a aucun des crimes qui sont avances contre ic moi. » Que tous les échafaudages du mensonge et de Tarlifice tombent et s'écroulent devant cette déclaration sainte, devant cette * déclaration irrécusable. Elle vaut mieux à elle seule pour la cause du roi des François , que tous nos discours, que Téloquence même de ses généreux défenseurs. C'est un homme pénétré de la religion et de ses devoirs, c^estlui qui , dans la solitude, en présence uniquement de l'Être suprême, et prêt à paroitre devant lui, se déclare innocent des crimes qu'on luireproche. Ah ! l'on vous croira , Louis , on vous croira bien mieux que vos juges et vos oppresseurs. Déjà deux fois on a célébré sur votre tombe la commémoration de la mort du tyran; mais l'Europe détourne ses regards de cette indigne fête, et bientôt, on n'en peut douter, de nouveaux députés de la nation françoisc refuseront d'accéder, par leur aveugle suffrage, aux cinq voix de majorité qui ont dé-

» cid^ de la plus injuste des condamnations, a

ces èinq voix que la convention nationale ellemême a tacitement annulées, quand elle a rejetée de son sein des homn^es devenus fameux par leurs crimes, des hommes en hor-

■f reur a toute la nature.

• Louis XVI un tyran ! Oui , comme Louis x«J

FRAI^ÇOISE. 4^9

en aimant les François , et en désirant conti^

nuellement d'acquérir des droils à leur recon- .. ^

noissance. Hélas! l'éloit-il, un tyran ,lorslju'il r .

pardonnoit sans cesse, lorsqu'il ne pauvoit j^j

résister à une larme, lorsqu'il craignoit de V:^,

répandre le sang, même pour s'affranchir

d'une injuste oppression? Et comme roi,

comme prince, rétoit-il,.un tyran, quand il ^''

détruisoit la servitude et les droits de main- :^'

morte dans ses domaines , et qu'il invitoit tous V

les propriétaires féodaux à suivre son exem- \

pie; qi^ind il àboMssbit dans toute la France

la vieille institution des corvées , quand il met*

toit un obstacle invincible à l'accroissement

arbitraire de la taille, et lorsque, instituant les

administrations provinciales, il • donnoit des

amis au peuple des campagnes, et des protec**

leurs éclairés à tous les tributaires ? L'étoit-il ,

un tyranfqiiand il faisoit briser les instrumens

de la question préparatoire, quand il faiseit

combler les cachots souterrains , et <ju'il s'oc- • •-

cupoit efficacement de l'amélioration des pri«

sons? L'éloit-il, un tyran, lorsqu'au milieu de

la guerre il multiplioit les secours destinés à

l'infortune, il adoucissoit le sort de^ malades^ ■^.\

le sort des enfans- trouvés, le sort de tous les ^

malheureux confiés à la tptèle publique ? ^^,^

L'étoit-il enfin , un tyran , lors^qu'il appeloit

4*^0 DE LA. RévoLUTroir

autour du trône les représentans dt la nation , lorsqu'il devançoit leurs vœux en abandon** nant lui-méroe une partie des prérogatives de }a royauté, et lorsque les députés des jtrois états lui décernèrent en comnnin le titre de restaurateur de la liberté françoise ?

Sans doute on rï'a rien épargné pour effacer les souvenirs qui pourvoient attacher au prince dontonavoil résolu le sacrifice; mais Tbeure étoit fixée^quon se défioit encore des senti* mens du peuple;. Autrement, pourquoi tant de surveillance sur les dernièires paroles d'uo infortuné monarque ? pourquoi tantd'inqiiisi^ lions contre les distributeurs de son testament de mort? Yous.rappellerez beaucoupd'adresses souscrites ou par des sociétés populaires , oa par d'autres réunions, et qui toutes ont applaudi à votre cruelle sentence; mais vous BOUS avez appris voua-^mémes le secret de ces divers écrits ; vous nous l'avez dit, quand il vous a convenu de discréditer les tnanœuvres des ^ jacobins et les attaques de vosennemis.

. Non , vous essaierez en vain de vous présenter commede simples mandataires delanatton; la postérité n'imputera qu'à vous un affreux sacrifice , et entre beaucoup de reproches ce sera le plus éclatant, le plus mémdrable de tous. Vous tie changerez pas la^ nature de l'homme ; vous

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n^^mpécherez pas qu'en tout temps les idée^ et les sentimens ne 6e rétinisilèDt en foyer sur un être unique, s'il traee un ^and sillon dans rhistotre. Et quand votre ^rction atteindra dans son jet et vos enfans , et ks enians de vos 'en^ fans peut-être , votre métaphysique sur l'éga*

li té leur sera d'une foible défense.

Malheur aux gouvernemens qui: mettent leur gloire à dédaigner ou à vaincre toute coramîsérat ion particulière! Ils peuvent s^égarer par des généralités de sentimenà autant que pflfr des généralités de prînqipes. Tout devient vague alors autour d'eux ; tout est frappé d'abstraction , et rien de brillant, rien défiguré ne marque et ne fixe leur route.

Toujours occupés, s'il faut les en croire, de la patrie et de la postérité, ils imagineront ^^

donner une preuve de leurs affections unï verselles, en n'aimant aucun homme enparticu- ^

lier; et de degrés en degrés ils seront prêts à l ^

sacrifier un à un tous les individus à l'espèce; et plus leurs victimes seront distinguées , plus , ensè jugeant eux-mêmes, ils se trouveront admirables. Le conçoit-on , c'est en grande partie par vaine gloire que les derniers maîtres ^ Hi' de la France ont dédaigné la compassioil , ont )t abjuré la bonté; c'est pour marcher âiprès les Romains qu'ils ont exagéré leur nature; mais

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^ ils n'oDtpu faire la route,et, poursuivis parle remords , ils pnt^chancelé dès les premiers pas. La grande masse des hommes différera con* V st^mment du caractère emprunté dont je viens

de citer quelques traits; et, dans cette confiance , j'ose encore fixer un moment l'atten* tion sur la mort de Louis xvi et sur son jugement. On a mis en question , on s'est démandé avec inquiétude si les puissances. étrËngères avoient pu servir le monarque français, et si filles ont mis autant de soins à éloigner les périls dont iljétoît fnenacé, que d'empressement et de zèle à le plaindre eC»à le venger. Je ne sais, mais j'ai toujours.regretté^uela belle proposition de M. Fox au milieu du parlement d'A^ngleterre ait été rejetée. L'ambassade solennelle à laquelle il invitoit sa nation eut pu seule être en secours à un infortuné momarque ; et si elle avoit encore prévenu cfi tumulte univer&el, dont une injustice éclatante est devenue l'occasion et le signal > quel service n'eût-elle pas rerïdue à l'Europe et à Thumanité entière! L'intervention des.arobassadeurs de la Grande-Bretagne ,eût produit, je le crois, une impression incalculable ; et trop sages, on peut le présumer, pour empl^y^^

f imprudemment le langage de la menace, "

n'appar tenoi t pour tan t qtik eux de parler avec

courage; i\ n'appartedcfit qu'à eux de fixer l'at- *;

tention de toute la France et de faire retentir avec autorité les plus hautes vét^ités dé la mo- k

raie et de la politique. Quelle grandeur, quelle magnificence il y aûroit eu dans cette»^démar- 'iy.

che et dans cette action généreuse ! Une nation tout entière, par Torgané de ses s^rabassadetirs, auroit paru piour la ptemière fois sur la scène du monde, afin de prendre en mains la défense du malheur et de l'innocence; et le ménne peuple qui avoit combattu tant de siècles contre les princes de la maison de France , seroit venu plaider là cause du dernier roi de cet auguste race. Quel éclat n'aurait pas donné à toutes les idées de morale cette pensée si pure et cette résolution si touchante ! 11 e^t des actions qui se présentent à l'esprit comme un rassemblement de toutes les beautés ; et celle-ci, placée près d^ forfaits dontrEurope est épouvantée , auroit presque sauvé la gloire de ce siècle^ - '

Les ambassadeurs auroient garanti ces pa^ Idoles remarquables d'une lettre confidentielle écrite par Louis xvi au monarque angldis, au mois de janvier 1792.

it Monsieur mon frère, je remets èetté lettre «c à M. Chauvelin , que j'ai nommé moi) minis*' a tre plénipotentiaire auprès de votre majestés Tx, a8

« Je saisis cetU occasion. pour tous exprimer « combien je suis touché de toutes les mar- « ques publiques d'affection que irous m'avez « données. Je vous remercie de ce qu'à l'épott que du concert qu€ quelques puissances ont « formé^ contre la France 9 vous ne vous êtes <c poii^kt lié avec elles ; je vois par là que vous « avez mieux apprécié mes véritables intérêts y a et mieuic jugé la position de la Frasce , etc.... »

Et c'étoit là le prince qu'on accusait d'avoir voulu la guerre! Mais il falloit bien, pour le perdre , épuiser contre lui tons les genres de calomnies, et abuser ^n tou3 les sens de la crédulité de la multitude.

On peut le dire abstraitement; les chefs suprêmes des grands états , s'ils cessoient d'être inviolables , devpoient être jugés par les oa* tions étrangères. Les rois, dans l'ordre moral, ne sont pas des êtres de grandeur naturelle* 01^ ne les apprécie bien qu'à distancer

Les ambassadeurs d'Angleterre , en présence du sénat frao^is, auroient pu relever eette vérité et la montrer dans son jour. MaJA quel usage sortout il lemr appartenoit de faire des regrets et des repentirs <le lewir natii«»9 ^^ moment oy ils anroient rappelé le jugetaent prononcé contre un de leurs ^rois!

Ils ayro^iewt fSiicore invoqué l'expéri^ii^î*»

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pour montrer qu'il est une morale naturelle^ qu'il est des opinions impérissables, et dont le fanatisme avec toute sa force ne triomphe jamais que par intervalles. jj

Enfin , les députés d'une nation où la faveur rf>.

publique est essentieUement nécessaire au monarque, à ses ministres et à tous les hommes d'état, auroienteu le droit d'indiquer les meilleurs titres à cette faveur, les titres certains, les titres durables; et ils auroient inspiré peut-être une défiance salutaire aux hommes assez abusés, pour se contenter des applaudissemehs instantanés de la multitude et des louanges flottantes d'un peuple en effer- Tescence.

Je n'entreprendrai point d'indiquer la manière dont les ambassadeurs britanniques au* roicrit traité de plus près la cause d'un infortuné monarque, la manière dont ils auroient pu remplir cette tâche avec mesure et avec '-.,

eonvenancei ••«

Essayez , autois^je aimé à dire en terminant, ^ ':

et dans un langage, il est vrai, peu diplotita-^ -'

tique, essayez du gouvernement républicain, ^/

si le vœu de la nation françoise vous y convie; ïioais ne scellez pas ses commencemens du t

sang du dernier de vos rois, du sang d'un prince environné de l'intérêt universel; et si

"Ht.

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VOUS craignez que sa présence au milieu ie vous ne traverse votre nouvelle constitution, nous vous offrons , au nom de la nation angloise, de le garder prisonnier dans notre île; et après avoir reçu sa parole , nous vous serons cautions de sa renonciation absolue à toute connexion politique; nous vous serons cautions , en présence de TEurope, qu'il vivra dans la retraite, qu'il vivra parmi nous simple particulier « aussi heureux seulement que nous le pourrons.

Je laisse aller, on le voit, librement mapen^ sée , car il s'agit ici d'une vaine hypothèse, et pour un temps, hélas! qui n'est plus. Cette manière est permise. Je finis. On ne peut assurer, il s'en faut bien , qu'une intervention imposante, une ambassade solennelle, eussent écarté les poignards déjà levés.sur le sein d'une innocente victime : on ne peut être certain que les vœux de la terre, exprimés par la voix d'uue illustre nation, eussent adouci des coeurs déjà trop endurcis ; mais ces vœux auroient été entendus d'une famille infortunée, et ils eussent formé sa dernière consolation. Enfin , lors même qu'une si noble entreprise n'eùtpfisélé couronnée par le succès, la gloire de cette pensée et Thonneur de la tentative fussent restés en leur entier. Les députés du peuple

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