‹ Œuvres complètes de M. NeckerChapitre 17 sur 20 · SECTION VIL · texte numérisé non relu

SECTION VIL

anglois n'auroient pas vu rejaillir sur eux

tous les rayons, tout l'éclat dii bonheur; mais

qu'ils eussent paru grands eucoi'e, lorsque re- k

tournant dans leur pays en habits de deuil , et

fiers de l'auguste devoir dont ils venoient de

s'acquitter , ils auroient lu dans les regards du

plus grand nombre des François cette recon-

noissanoe timide et cette admiration secrète, ^

dont la vigilance des tyrans ne peut jamais

contenir l'expression !

Convention nationale. — \ Sa tyrannie et son

asservissement, ^A •

Ijbs nations étrangères et les François euxmêmes n'aperçurent pas sur-le-champ les diverses conséquences du jugement à mort de l'infortuné Louis xvi. L'horreur du sacrifice et le tendre intérêt qu'inspiroit la victime, pénétrèrent d'une telle émotion les âmes sensibles, que tous les calculs de l'esprit forent 7. • suspendus. Les gouvernemens de l'Europe et les homme» de parti liés à leur politique , conservèrent seul leur sang-froid ou le reprirent des premiers; et prévoyant que l'acte solennel

tu. *'

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d'iiijuslice et de barbarie dont len domiiiatears de la France ve noient de se rendre coupables, exciteroit une indignation universelle^ ilsâai* siren t cet événement comme un appel à la vengeance^ et leur long ressentiment en jouit peut-être un instant* Mais tandis qu'ils se li* vroient à ce mouvement irréfléchi, lès hommes clairvoyans présageoient les suites funestes de Tesprit inique et du sentiment indpitDyabU auxquels une assemblée de législateurs venoit de se laisser entraîner. Il est dans la carrière des hommes public«i, comme d^ns la vie des particuliers, des actions éclatantes qui décident de toute leur conduite, et qui la forcent, pour ainsidire, irrévocableraentdans un même sens. Cette idée n'a pas besoin de développement, quand elleyappliqueaux relations ordinaires de la .«Société ; raavi nous avons à la pré» «enter ici sous un plus grand aspect.

Les hommes qui prononcèrent une sentence de mort contre leur roi^ contre tin prince si digne de leur respect, ne restèreiit pius le* maîtres de faire un choht entre lessiver» systèmes d'administration et de politique. H* furent obligés de se conformer au caractère éclatant qu'ils s'étoient donné par nn acte à jamais mémorable de rigueur et ^d'impiété. Ib devinrent les esclaves d'une seule résolutionj

<î*u0e .veille et leiiM volontés, el ils as^uj^tti*ttnt, pour ainsi dire, toiiie leur vie k un jotir et à un moment. Co;Dnd3erit atiroient-iU pu se iléciarèr les soutiens d'une légistalioii sage et d*nn gouvernetnent modéré ? Ils eussent marqué davantage l'usage terrible qu'ils venoient de faire de leur" autorité. Ils avôtent besoin de se continuer dans tous les genres d'exagération , afin de détournai* ks regards de l'Eu^ rope d'une seule de léui^ acjtions, et pour s'ôter à eol^ikiémes le temps d'y pen<ier et d'en frémir. Ils dévoient aussi* oiuitipUer leà alarmes ddn^ riniérieur de là {*rance, érfin de troubler les esprits un de leii attirer fortéfm^ent vei^sles^ idées de péril imminent et de danger pèrsonnet. Alors ah anima, bh petpétua la i^réyânee aux comploté des arfetocrates; on entretint journe)lement lé peuple de préci*pices ouverts sous ses pieds, on le frappa <\e teri^ear; et, pot^r mettre le comble à la combustion, on dédara la guerre à toute l'Europe. Euôn, en marquant par.un horrible saofi* fice le passage de la monarchie à la république, comment pouvoit-on associer la morale aux nouvelles combinaisons politiques? On se trouvoit comme forcé de discréditer toutes les vieilles maximes, el Ton devoit considérer les sentimens de justice et de générosité comme

lit

in

1k Si

44o DE L^ BÉVOLUTIOir

autant d'accusateurs surets. On s'effrayoit bien ^.avantage encore de U religion et de ses avertissemens, et Ton auroit voulu pouvoir a^^aniir en un jour son empire sur les con-»

sciences^ Ainsi Ton n'osa plus invoqua Tas^is* tance d'aucune vertu; l'on n'osa plus <:roireà l'estime et au respect, et l'on n'osa plus se fier à aucun des liens qui avoient enceiut dans tous les temps FédiScp de&lois sociales , et qui en avoient garanti la solidité. Que restoit-il donc, sinon pour gouverner, du ^loinSipour réunir ou pour entraîner une masse de vingtcinq rniHions d'hidm/jt^es? Il restoit le fenatisiae, I9 guepj*e etla^tyrapiiie; le fanatisme, qui spum^l; ayeugl^oi^^^t leS) hommes à. une seule idée ^ 1^ guerre.|/q^i. les attire, wrs un ,seul intérêt M^ tyran i^ie.; qui le^ress^rre^ans une seule émotion en ,les pén^lr^nt.d'^pPP'' vante, ,: .i « ^ • 'jî '.«•..; :'-) • *? '•

Nous avons tous' vu l'usagetqu'on asu.feire de ces grands et vastes mpyejas,. et comtoent ik ont remplacé Tempire des lois, et l'action régulière du gouvernement. Étoit-çe là ce qu'avoi( espéré la France? étoit-ce là ce qu'on deyoit attendre d'une assemblée de législateurs ? Suivons , mais à grands pas, les sillons tracés par quelques hommes dont la célébrité

4 a coûté tant de larmes, et qui, dépositaires

infidèles d'une, portion 4ie^a^^,P^^^^ n^tianaliç^ seront in&crits des pTemîe;r&.4^ai& la* nomenr clalpre (Jesjyir^n^. tC^.soi^t dçs fâches^ (le s^ng qui nous servir<?At dq uvide^; Çt les trqph.ées du crime, les. autel? déy^^y^^.^ux; furies, se^ fput les pierres nijiméraires qui marqutqront

notre route : . ,> ......

Le procès du roi ^yoit donné ujçie. couleur décidée aux deux partis, qui diyis.oifeut d^jà 1^ convention nationale : l'un se composa des membres de cette assem^blée, qui, avec une férocité vébémenJte ou avec un calme encore plus terrible , s'éloiiçnt prpnonjcés,pour la mort aux différens tours, de suffrages. L'autre parti rassembla les députés qui, ^p;:ès aypir déclaré le roi coupable, parurent vouloir sauver sa vie en demandant l'appel au peuple. Ils furent considérés par leurs adversaires commç.des l^ommes suspects, de moralii^.et. de mauvais compagnons. C'étoit une condamnation cependant dont ils auroiçnt pu se croire à l'abri, lorsque la plupart d'entre eux, membres de l'assemblée législative, provoqiioient la journée du ao juin, la journée du lo août et la déchéance du roi; lorsqu'ils cherchoient à tromper le peuple, lorsqu'ils préparoient son aveugle fureur, lorsqu'ils pôursuivoient à outrance les émigrés et les prêtres, et lorsqu'ils

ni

Êtr

443 DE hk HliVÛLOTION

montrèrent tant d'indulgence pour les i^ventcurt de là glacière d'Avignon et pour !e célèbre Sourdan, le plus grand scélérat de ce temps-là. Qu'on lise les débats de rassemblée I^islative; qu'on Irs^ les feuilles périodiques composées par deux des principauic députés, Brirssot et Condorcet , et l'on jugera si leur parti pottvoit alors s*altendre à être un jour persécuté pour ses délicatesses de isentiment Mais Téchelle montante des forfaits et des crimes émanés de îa révolution, a établi des reproches graduels qui se sont métamorphosés en mérites de Côfxnparaison, et la plupart de ces mérites, s'ils eussent été seuls et sans parallèle, n'auroient pu recueillir aucune louange , bien moins entx)re aucun tribut d'estime.

Quoi qu'il en soit, les hommes dont le cruel stiffrage avoît conduit Louis xvt à Téchafaud , ne purent supporter les regards et les* discours de cette partie de leurs collègues qui avoïent montré de la justice, quelquefois même delà bonté, ou qm simplement s'étoient arrêtés devant un dernier attentat, ils ne songèrent plus qu'à les perdre dans Topinion du peuple, et ils avoient de grands moyens pour y parvenir, à cause de leur alliance avec les jacobins et avec les chefs de là municipalité de Paris. Ils donnèrent à leurs antagonistes le

lïovd de tnodérés, h nota dlit^inmes d'état, et ils leur it^prochèreut de marcher en bîai«» sant dans la révolutîofi « et d'être dépourvus de cette énergie qui sacrifie tout à ta patrie. Ils firent toniier fontre eux Les jojtiraalistes les plus hardis; ils les mirent aux prises aveé un Marat^ avec un Hébert, devenus les idoles de quelques fanatiques oa d!une multitude igoo-^ rante ; et , se atervant eneore à propos delà dér fection du généi'al Du-mouriee poui' leur im«puter des relations 'subpectes^ ils ameutèrent les se€tîo!0s 4e Pari$^ tU les firent parler^ et après avoir manié dans tous les sens l'arme dâ .mebsonge et de la calomnie, ils ourdirent une dernière intrigue, et préparèrent cette fameuse journée dti 3 1 mai 1 793 , oùle peuple en armes vint demander l'ari^station et k jugement dç .vtngt-sîx membres: de la convention nation ^\

nale 1 et en obtint le sacrifice. Ils étoient présf que tous distingués par leurs talena, et iis 9è tronvoient alors à la tête du partiie plus sagê^ le plus éloigné des mesures violentes et tyrans niques; mais en grande partie ils étoient ceâ mêmes députés, qui 5 dans l'assemblée législative, en possession du crédit populaire, avoient renversé la constitution monarchique de 1791^ Ils avoient préparé, décidé la journée du 10 août et les précédentes. Chose remarquable,

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^rès-remarqiiable dans Tordre moral , ils suc-* <x>inbèreDt en 1793 sous les mêmes coups et par les mêmes manoouvres, les mêmes armes bCfeiisivep dont ils avoient fait usage en 1792 pour, perdre Louis- xvi, et pour déterminer sa déchéance.

Ces vingt-six députés, désignés pour victimes, ne furent pas tous arrêtés, plusieurs «'enfuirent; mais poursuivis dans leurs retraites , ils n'échappèrent qu'eu petit nombre à le»'r malheureuse destinée, et les autres périrent ensemble sur l'échafaud le 3i octobre 1793.

. Ce. parti , vainqueur en 1 79a et vaincu Tannée'&uivaute, fut long-temps désigné soUs le nom de la Gironde, parce qu'il avoit à sa tête plusieurs hpmmes:d:'esprit élus députés pour ce déj^artement. Les proscriptions s'étendirent pliis loin, et. soixante et treize députés ayant bofi^rableiliient ^otesté contre la violence aasercée e^ivers la convention nationale à cette époque du 3^c.mai, ua décret d'arrestation fut lancé. contre eux, et ils sont restés en prison jusqu'à la révolution de 179/i; heureux d'avoir échappé au fer assassin qui s'est promené pendant leur captivité sur tant d'innocentes victimeîs! 1

Les principaux chefs du parti modéré, une

fois écartés de la convention nationale, les hommes violens n'eurent plus aucune opposi* tion à craindre. Ils crurent cependant, avant de se livrer sans réserve à leur despotisme , devoir présenter à la nation un simulacre de liberté, et ils se hâtèrent de consacrer, par leur assentiment, une constitution républicaine où le peuple sembloit appelé à la légis*lation et où l'on flattoit en paroles toutes ses passions. Le projet avôit été composé précipitamment ; il fut approuvé de même par une convention déjà docile à ses maîtres. On convoqua le^ différentes assemblées primaires de la France, pour leur en donner connoissance et pour obtenir leur sanction. Elles n'eureùt garde de la refuser : une seule lecture leur sufQt à toutes n et malheur à celui qui n'auroit pas trouvé l'ouvrage admirable. Vdilà- votre liberté assurée, dit-on à ce peuple enfant et crédule qui vit de contes et d'espérances. Otii ! oui! s'écria-t-il , vive la convention! et sur-' le- champ, toujours pour son bien et pour son avantage , les mêmes législateurs substituèrent à cette constitution républicaine, 1^ gouvernement le plus arbitraire et le plustyranique dont jamais les annales de l'Afrique et de l'Asie aient transmis le modèle ou présenté l'exemple , et Ton revêtit ce gou-

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vernement d'un nom pris dans la languenonvelle, du mot inconuii de révolutionnaire. On fut content encore, du moins on le parut; car au milieu des emprisonnemens, des espionnages, des jugemens sans forme, au milieu de tous les capHces d'une autorité absolue , on célébroit encore les charmes de la liberté. C'étoît toujours pour i^i poser aux ennemis de la république que Ton adoptoit les mesures les plus violentes; et parmi les

hommes en pouvoir, jamais il ne vint à l'e^pril

de personne d'examiner sî ce n'étoit pas aussi un moyen de consolider un gouTernement que d'en faire aimer les lois et d'y répandre un esprit de moralité; si ce n'étoit pas encore un moyen d'atteindre ce but, que d'inspirer, non pas toujours de la crainte, mais aussi de l'estime et du respect pour les dépositaires de l'autorité. Mais quand on est upe fois jeté dans une route, souvent les premiers pas décident des seconds et forcent impérieusement votre marche. Le moment arrive ensuite ou l'on se trouve engagé à^us uoe opinion et dans un caractère par tous les liens de i'amouf' propre et de la vanité, et l'on ne sait plo^ comment ri^irograder.

C'est ainsi que j'essaierois d'cxcoser 1^* grandes fautes des hommes publics, si j'y étoi^

obligé ; mais quand ils renversent jusques ans barrières de la morale et de la religion, quand ils foulent aux pieds les lois de la nature et d« l'humanité; quand ils font servir leur puissance à la violation des plus saints devoirs et leur politique à en effaoerla trace, ils deviennent alors étrangers à nos conceptions , et Ton ne peut plus se servir des notions acquises par l'expérience pour les expliquer et pour les définir.

C'est parmi des êtres d'une semblable trempa qu'on a vu s'élever au-dessus de tous, dir^i-je rhomme ou le monstre , qui, par l'atrocité de son âme et de ses forfaits , a presque fait à lui seul une des époques de la révolution.

Il se crut appelé à gouverner la France, parce qu'il avoit le génie du crime, parce qu'il avoit la fixité de vue que donne un s.eul intérêt, et la liberté d'action qui naît d'un caractère inaccessible à toute espèce d'affection et de pitié. Il avoit divisé le monde vivant en deux parts, lui et l'espèce humaine; et dévoré d'orgueil, tout entier à son ambition, pour avancer d'un degré sa puissance, il auroit frappé du même coup ses ennemis et ses amis, et il m'eût épargné que ses admirateurs.

«Louis XII, lorsqu'il monta sur le trône, se fit présenter la liste de toutes leç personnes

44^ ^^ ^A. niroïAPriov

attachées à la ôour, et il marqua d*tine croix les noms de ses ennemis : on trembla; mais il dit que ce sigrre des chrétiens annonçoit son J3at'don et l'entier oubli des injures qu'il avoit reçues étant duc d'Orléans. Le praticien d'Arras, mahre ^bèolù 'de la France pendant quinze mois, se servit du même symbole, mais pour indiquer la veille ^les victimes du lendemain. '

Il lui arrivoit aussi d'effacer d'un léger trait le nom des personnes dont la mort ne lui convenoit pas encore. Ainsi, tranquillement et d'un coup de èrayon^ildésignbitles rangs dans ses abominables sacrifices.

Il avoil été riiivenleur de l'exécrable et fameuse journée du a septembre; mais là les bourreaux étoient juges etles juges bourreaux ; ainsi les arrêts de mort pduvoient être suspendus par l'ennui de tuer et par la lassitude. Il perfectionna son art sanguinaire , lorsqu'il sépara les deux fonctions , lorsqti'il affranchit les juges et les jurés de la nécessité d'exécuter éux-mém es leurs sentences, et lorsqu'il restreignit leur tâche à l'obligation de condamner les prisonniers saris les ienténdre, à l'obligation de les vouer à la mort par appel nominal et* sur la simple lecture d'une liste scellée par le roi-tigre et par ses ministres.

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