‹ Œuvres complètes de M. NeckerChapitre 5 sur 20 · IX. lO · texte numérisé non relu

IX. lO

l46 DE LA RÉVOLUTION

réservée aux représentans de la France. La nation attendoit des états-généraux le recensement des dépenses, la réforme des abus et le renouvellement des principes d^administration. Enfin , elle ^voit exigé d'eux encore davantage, en leur enjoignant expressément de fixer la constitution avant de s'occuper de Toctroi des subsides : ainsi la plus épineuse 4les entreprises devoit précéder la plus urgente des délibérations. *

Que Ton réfléchisse aux diverses circon** stances dont je viens de retracer le souvenir; que l'on porte un regard attentif sur la multiplicité des obligations imposées aux étatsgénéraux, et par l'attente publique, et par la dangereuse situation des affaires; que l'on observe en. même temps combien la lenteur de leur marche et le retard de leurs décisions eussent été nuisibles aux intérêts de Fétat, et l'on jugera qu'une assemblée politique ré*duite à n'avoir aucune acti6i:\^ à ne transmettre aucun mouvement, sans Taccord préalable . de trois ordres délibérant séparément, sans une rencontre fortuite entre leurs volontés rivales; qu'une telle assemblée ne pouvoit, à cette condition , répondre à l'exigence des temps.

' On apercevra de même, qu'à moins de sup«

poser au gouvernement une parfaite indifférence aux besoins de l'état, à moins de lui supposer une froide résignation à la défaillance universelle de toutes les espérances, il devoit souhaiter, au moment des états-géné* raux, qu'il y eût pour les affaires d'un intérêt général une délibération commune entre les ordres, et un moyen certain de convertir en action y de diriger vers un résultat les idées les plus essentielles au bonheur et à la prospérité de la France.

Ce fut^pour marquer cette opinion et pour la seconder que, le jour de l'ouverture des états-généraux, je m'exprimai de la manière suivante :

« Que seroit-ce, messieurs, si, dès vos prea miers pas, une désunion éclatante venoit à « se manifester? Que deviendroit le bien pu- « blic au milieu de ces divisions où des inté* i« rets d'ordre , d'état et de personnes , occupe- «c roient toutes vos pensées? Ils sont si agissans, « ces intérêts, et leur domination va tellement a en croissant, que la sagesse de S. M., que son « attachement au bien de l'état, ont dû fixer V son attention sur des passions d'une si grande a influence. C'est par ce motif, si digne d'hom- « mage, c'est par ce motif, qui attestes! distincte tejnent le vœu de S. AL pour le succès dgi vos

i48 DE LA. nÉVOLUTION

(c travaux , que le roi est 'inquiet de vos pre-» « mières délibérations. La manière dont les a états-généraux en dirigeront la forme est une ce desgrandes questions qui se sont élevées dans « le royaume, et les avis sur la délibération en ce commun ou par ordre semblent s'être partager gés avec une ardeur qui deviendroit alar- <c mante, si l'amour du bien public ne formoit « entre vous, messieurs, un point de réunion n plus fort et plus puissant que les opinions et a le$ sentimens propres à vous diviser. 'Le roi « connoît toute l'étendue de la liberté qui doit «vous être laissée; mais, sans accord, votre «force s'évanouiroit, et les espérances. de la a nation seroient perdues. S. M. a donc fixé son a attention sur des ^préliminaires dont les con- « séquences peuvent être si grandes; et ce n'esl a pas cependant comme votre souverain, c'est f( comme le premier tuteur des intérêts de la « nation, c'est comme le plus fidèle protecteur (c de la félicité publique , que le roi m'a or-r <x donné de vous présenter un petit nombre de ce réflexions....»

(cCe sera vous, messieurs, qui chercherez (( d'abord à connbitre l'importance ou le dan^* a ger dont il peut être pour l'état que vas déli* o bérations soient prises en commun ou par << ordre, et les lupniières qui. sortiront de votre

FRAIVÇOISE. î49

<c assemblée influeront sans doute sur ropi<- K nion de S. M. ; mais le choix du moment où « cette question doit être traitée, si ce choix «rest fait sagement, suffira pour prévenir les « risques ou les inconvéniens d'une semblable «discussion, et c'est principalement sur ce « point que je vais m'arreter.

ce Tout annonce, messieurs, que si une para tie de cette assemblée demandoit que la pre- « mière de vos déterminations fût un vœu « pour délibérer par tête sur tous les objets « qui seront soumis à votre examen, il résul-* a teroit de cette tentative, si elle étoit obsti- < née, une scission telle, que la marche des flc états-généraux seroit arrêtée ou long- temps* «suspendue, et l'on ne peut prévoir quelle « seroit la suite d'une semblable division.

« Tout prendroit au contraire une forme «différente, tout se termineroit peut-être par « une conciliation agréable aux partis oppo- «ses, si, les trois ordres commençant par se « séparer, les deux premiers exam inoient d'a- «bord l'importante question de leurs privi- « léges pécuniaires, et si, confirmant des vœux «déjà manifestés dans plusieurs provinces, « ils se déterminoient d'an commun accord à « l'abandon de ces avantages. Personne d'entre « vous, messieurs, ne pourroit, avec justice.

l5o DE LA RÉVOLUTION

« essayer de ravir aux deux premiers ordres le «mérite d'un généreux sacrifice; et ce seroit «cependant les en priver que de soumettre «cette décision à la délibération des trois « ordres réunis. Une possession qui remonte « aux temps les plus reculés de la monarchie , (c est un titre qui dévient encore plus digne de « respect au moment où ceux qui en jouissent « sont disposés à y renoncer....

« Supposons maintenant que cette délibéra* « tion soit prise par la noblesse et par le cler- « gé, qu'elle le soit promptement et de la seula « manière dont on peut l'attendre, par ua « noble sentiment, par un mouvement digne « de l'élévation d'âme qui caractérise les prin- «cipaux membres des deux premiers ordres.

« de l'état; dès ce moment ils recevraient, de € la part des représentans des communes, des « hommages de reconnoissance et de «ensibi- « lité. Ils seroient inVités à s'unir souvent aux « représentans du peuple, pour faire en coina mun le bien de Tétat; et sûrement ce ne sera « pas d'une manière générale ni absolue qu'ils a résisteront à cette avance. Cependant, une. ic première union entre les ordres une fois for- « mée, et les ombrages des un$ dissipés, les «plaintes et les jalousies des autres apaisées , «c'est alors, qu'avec calme, et p^r des comr

PRAPrCOISE. lîl

IX missaires nommés dans les trois ordres, on <c examinera les avantages et les inconvénieus «c de toutes les" formes de délibération; c'est « alors qu'on désignera peut-être les questions « qu'il importe au souverain et à Tétat de sou- « mettre à une discussion séparée, et les objets « qu'il est convenable de rapporter à une déli- «bération commune; c'est alors enfin qu'on «r jugera plus sainement une question qui pré- « sente tant d'aspects différens. Vous verrez ce facilement que pour nlain tenir un ordre étaccbli, pour ralentir le goût des innovations, a les délibérations confiées à deux ou trois « ordres ont un grand avantage, et que dans « les temps, et pour les affaires où la célérité «c des résolutions et l'unité d'action et d'intérêt a deviennent nécessaires, la consultation en a commun mérite la préférence. Vous exami- «nerez ces principes, et bien d'autres, avec <c une impartialité inconnue jusqu'à présent, a du moment que l'abolition des privilèges pét( cuniaires aura rendu vos intérêts égaux eC « parallèles. Enfin , messieurs , vous découvri- « rez sans peine toute la pureté des motifs qui « engagent S. M. à vous avertir de procéder avec « sagesse à ces différens examens....»

C'est ainsi que j'énonçai la pensée et le sentiment du roi. Il en examina très-attentivement

fe.^-

tl

ï 52 DE LA RJÉVOLUTIOIT

l'expression, et il consulta, je le crois, d'au*' très personnes que les membres de son con* seil. Il le put du moins, car il retint l'exemplaire de mon discours après une première lecture. Il m'envoya plusieurs 'notes d'obser- Yations écrites de sa main, et lui ayant pré* «enté les changemens que j'avois < faits pour répondre à ses vues, il m'en témoigna sa sa«tisfaction. (*)

On a dit, au nom de la noblesse et du clergé ^ que le roi, dès l'ouverture des états-généraux, devoit s'opposer à toute espèce de délibération

(^) J'ai un billet de la main du roi qui contient ces paroles : « Je vous renvoie , monsieur , votre discours* « Je ' vous dirai sans compliment qu'il m'a £ait le plus « gran4 plaisir à relire. J'ai fait seulement quelques pe- «c tites remarques d'après celles que je vous avois déjà c( faites au commencement; j'ai ajouté à la demande ce des états, parce que comme Us ne peuvent pas faire \c de lois seiils , il faut mettre que c'est à leur demande , « après leur vœu , ou autre chose pareille. Au second u cahier je tiens toujours à changer la phrase de Yauto^ 4t ri té législative comparée aux engagemens que le roi et a pris.

« Je ne sais pas si le petit compliment pour les minis- <( très ne pourroit pas porter à la plaisanterie ; je crois « qu'il devroit être supprimé. Le reste n'est guère que ce des observations de mots. »

.. > . , Si§^néJj)Vis»

FRANÇOISE. ^ « l53

commune entre les ordres, et ne laisser à cet égard aucune liberté.

On a dit, au nom du tiers-état, que le rot devoit au contraire ordonner ouvertement cette réunion, et n'admettre aucune exception , ne supporter aucun retard.

C'est ainsi que la sagesse a besoin de se défendre contre tout le monde. Prenons ici son parti, comme nous avons été si souvent obligé de le faire, et ne quittons point sa cause abandonnée, malgré toutes les disgrâces qui attendent ses amis et ses sectateurs.

Ce n*est pas sérieusement qu'on peut reprocher au roi de n'avoir pas interdit toute délibération commune entre les ordres; car en supposant leur consentement mutuel, ils avoient évidemment le droit de se réunir, et plus évidemment, encore le gouvernement ji'auroit eu aucun moyen de s'opposer à leur vœu.

On conçoit mieux comment le roi, dès l'ouverture des états-généraux, auroit pu commander aux trois ordres de renoncer à leur séparation, pour ne former entr'eux qu'une seule chambre, une seule assemblée délibérante. Le prince, par cette injonction, eut abusé sans doute de son autorité; mais il ne l'auroit pas compromise, pai'jgg^^u'il auroit eu

l54 DB LA RiVOLUTIOlSr

derrière lui l'opinion publique, et qu'avec cette aide formidable il auroit vaincu, un peu plus tôt^ un peu plus tard, tous les genres de résistance*

Mais le roi eût agi durement envers le clergé et envers la noblesse, s-il leur avoit enlevé le mérite de céder librement à Tempire des cir« constances; et il eût manqué de politique, s'il se fût permis une manière hautaine ou légère avec deux ordres respectables , et dont la considération importoit au soutien de la majesté royale.

Les paroles de mon discours aux états-généraux se concilioient avec ces réflexions. Nul sentiment impérieux ne s'y trouvoit exprimé.

Tout étoit en invitation , et aucune part n'étoit prise à l'avance sur le tribut d'opinion que dévoient recueillir les deux premiers ordres, en répondant aux vœux de la nation. Quelle fatalité les en a détournés? Étoitceune déférence rigoureuse à d'anciens usages ? mais ces usages eux-mêmes ne les obligeoient pas à se tenir constamment isolés, ne les obligeoient pas surtout à faire profession ouverte d'une telle intention. Le clergé, la noblesse et le tiers-état se mêlèrent auk états de Tours, en se divisant par nations : ce fut le nom qu'ils donnèrent à leurs différentes sections. Et M. le comte de BoulainviUiers , accusé d'un attache-

fRANÇO(S£. l55

ment partial aux droits de la noblesse, fait pourtant la remarque suivante, en parlant des états généraux tenus en j4ia sous le règne de Charles vi :

«•;••« D*où on doit inférer que les députe tations se faisoient alors par provinces, et « non dans les trois chambres distinctives, pour « les trois ordres représentatifs du clergé, de (c la noblesse et du tiers-état; usage beaucoup « plus convenable à la discussion des affaires, « à la formation des résolutions les plus utiles, (c et plus convenable au bien général et parti- « culier, et qui comme tel s'est conservé longce temps, puisqu'il duroit encore et fut pra^ « tiqué hautement dans l'assemblée tenue à a Tours en 1 483. »

On Toit encore dans les mémoires du quatorzième siècle, qu'à une tenue d'états sous le roi Jean, les ordres demandèrent qu'il leur fût permis de délibérer séparément

Enfin , si l'on s'en rapportoit au témoignage d'un écrivain célèbre , l'alternative d'une délibération tantôt commune et tantôt séparée entre les trois ordres , auroit dû être considérée comme une disposition parfaitement con* forme aux plus anciennes coutupaes. Je tra^« cris ici les paroles mêmes de M. l'abbé de Mably, dans son excellent ouvrage sur le gouverne*

]56 DE LA RlÊVOLUTIOir

ment fraliçois. L*auteur, en parlant des assem* blées nationales de mai sous Charlemâgue, s'exprime ainsi : « Quelquefois les trois chambres ce séparées, du clergé, de la noblesse et du peu- « pie, se réunissoient, soit pour se communi-* « quer les règlemens que chaque ordre avoit (c faits par rapport à sa police ou à ses intérêts « particuliers, soit pour discuter les affaires « mixtes , c'est-à-dire qui tenoient à la fois au «spirituel et au temporel, ou qui, par leur^ « nature, étoient relatives à deux ou à touslea « ordres de l'état. »

On contestera peut-être ici l'exactitude da résultat des recherches de M. l'abbé de Mably, et je n'entrerai point dans cette controverse. Je laisse là les vieilles traditions et toutes les autorités que le temps à la fois obscurcit et consacre; et, fixant mes regards sur la route qu'indiquoient aux deux premiers ordres la raison, la politique, et, plus que tput peut-être, une juste appréciation des lois de la nécessité, je leur reproche amèrement de ne l'avoir pas suivie. Une seule démarche de leur part sage-t ment entendue, une seule démarche en rap-»

port avec les invitations du gouvernement,, eût décidé la direction des esprits, eût fi^^é leur incertitufie , et rien de tout ce que nous avons vu ne seroit îjrrivé. . . t

FRANÇOIS*. ' iSy

Expliquons distincternent une assertion d'une si grande conséquence.

Les deux premiers ordres réunissoient tous les moyens nécessaires pour découvrir et pour saisir fortement les vérités que j'ai développées dans le cours de cet ouvrage. La différence, des temps nouveaux aux temps, anciens ne pouvoit échapper à leur attention, et il leur étoit aisé d'apercevoir qu'après tant de changemens et au milieu des circonstances les plus extraordinaires , la supériorité dans les étatsgénéraux ne pouvoit appartenir à aucune fédération particulière; qu'elle pouvoit encore, moins être décernée par la cour et par son autorité; et qu'il falloit nécessairement, pour l'obtenir, rechercher le soutien de Topinioix publique, d'un allié devenu chaque jour plus puissant , et dont le monarque lui-même avoit été forcé de ménager la faveur. Cette opinion publique, alors encore dans sa pureté, et formée d'idées et de sentimens dont le bien général étoit le centre , exerçoit depuis long-temps un empire salutaire. Elle avoit réprimé les tentatives du despotisme; elle avoit prêté du courage aux autorités médiatrices entre le monarque et le peuple ; elle avoit souvent servi de bouclier à l'innocence opprimée ; elle environnoic dé son éclat les beaux sacrifices ^

]58 DE LA. Rl^VOLUTIOir

les hautes vertus, elle consoloit les grands hommes des persécutions de l'envie et des disgrâces de la fortune; et, rude dans ses châtitimens , autant que généreuse dans ses récoin« penses , elle avoit signsf lé de la manière la plus redoutable les ministres indignes de la confiance du prince, et les avoit perdus par le mé" pris, au fort de leur crédit et de leurs triomphes. Enfin, l'opinion publique, fatiguée de tant de jugemens particuliers qu'elle avoit exercés inutilement, et désespérant de l'avenir sur la foi du passé, rassembla toutes ses forces pour déterminer la convocation d'une assemblée des députés de la nation; elle ob« tint par son influence une parité de représentation entre les communes et les ordres privi-^ légiés, et la jp'rance entière, formant un dernier vœu, mais le plus décidé de tous, demandoit que tant d'espérances attachées aux états-généraux ne périssent pas en leurs mains et ne fussent pas combattues , ne fussent pas ren* dues vaines par des prétentions ennemies du bien public. Là s'arrétoient encore les désirs inquiets de tous les citoyens , et la nation paroissoit disposée à recevoir, avec gratitude, les sacrifices que l'on voudrôit faire à l'établis-* sèment d'une harmonie désignée alors unanimement comme la condition première de la

FRANÇOISE. iSg

réparation des maux de la France. Oui , la nation libre aloris dans ses opinions , la nation encore sans engagement, étoit prête à se ranger du côté de ceux qui auroient les premiers aplani les voies à ce concert de volontés si nécessaire et si demandé; elle étoit prête à se ranger du côté de ceux qui auroient les premiers assuré le mouvement, .et le mouvement régulier, d'un corps politique formé de tant de parties et divisé par tant d'intérêts. Tout invitoit donc les deux premiers ordres à s'emparer de ce mérite, et, descendus comme ils l'étbient du haut degré de considération dont ils avoient joui dans les anciens temps f il leur importoit, plus que jamais, de s'associer à l'opinion publique, et d'emprunter d'elle une force que l'on eût pu confondre avec la leur* Telle étoit la marche qu'ils dévoient suivre, telle étoit la politique de leur situation; et ils eussent été sages, ils eussent été prévoyans, s'ils avoient combattu les députés du tiersétat , non pas à la cour, non pas chez les prin* ces , non pas auprès du roi , qui lui-même ayoit besoin d'aide , mais en avant de l'opinion publique et pardevers elle ; ils eussent été sages ^ ils eussent été prévoyans , s'ils avoient cherché à la captiver, cette opinion , au lieu de la don* ner, pour ainsi dire^ aux députés du tiers-état ^

l6o DE LA RÉVOLUTIOir

par une succession de mespres inconsidérées.

Que devoienl-ils donc faire? Ce que leur conseilioient les véritables juges des circonstances. Ils dévoient , en devançant la loi de la nécessité, annoncer de leur part deux résolutions également souhaitées. Ils dévoient, en se montrant attentifs à la détresse du trésor royal, à ^écroulement des finances, à l'inquiétude universelle, déclarer qu'ils étoient prêts à se réunir aux députés du tiers-état , pour dé* libérer en commun sur les affaires générales de la nation. Ils dévoient dé plus, en semon«> trant pénétrés de la misère du peuple et de rétendue des charges publiques , déclarer promptement et sans restriction , qu'ils renonçoient à toute espèce de privilège pécuniaire, et qu'ils vouloien t désormais contribuer aux besoins de l'état en proportion de leurs facultés, et de la même manière que tous les autres citoyens françois. La noblesse et le clergé auroient accompagné ces deux déclarations de toutes les réserves qu'ils auroient jugées nécessaires au maintien de leurs autres prérogatives, au maintien des droits honorifiques fixés par leur état ou par leur naissance, et consacrés par le temps ; et s'ils avoient distingué nommément ces questions du nombre des affaires susceptibles d'être traitées dans

FRANÇOISK. l€l

une assemblée commune des trois ordres, le tiers-état et toute la France aupoient trouvé lexception parfaitement raisonnable.

On ne peut dire, on ne peut se représenter assez vivement aujourd'hui le degré de sensation qu'eût produit sur tous les esprits la dé^ marche dont je viens dje tracer l'idée; elle auroit mis sur-le-champ les deux premiers ordres en autorité dans la nation, et leur eût donné le. moyen de captiver, de rassembler autour d'eux ce grand nombre de députés du tiers- . état qui désiroient de concourir au bien pu-blic par les voies les plus simples et les plus tranquilles. Cependant, ainsi que je l'ai dit, la noblesseeC le clergé auroient uniquement' devancé la loi de la nécessité ; car il étoit évident que leurs privilèges pécuniaires seroient sacrifiés à la clameur publique , et il l'étoit de même que les affaires nationales, dans l'état de crise où elles se trouvoient, ne pouvaient pas être traitées par trois assemblées s.éparées» Il est des choses tellement prdonnées par le^ circonstances, que Fhàbileté ne consisteras à les combattre, mais à faire usage d'un esprit de prévoyance pour se placer à temps dan$ une meilleure position. Rien n'est plus rare à la vérité que cette sagesse; on croit toujours faire un sacrifice quand on obéit, quand oa

Page 1