‹ Œuvres complètes de M. NeckerChapitre 6 sur 20 · IX · texte numérisé non relu

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toi DE LA. REVOLUTION

cède à ce qui n'est pas encore , et Ton manque ainsi l'occasion de traitCF librement avec les événemehs inévitables.

II fànt le dire , le cler^gé apprécioit bien mieux que la noblesse l'empire des circonstan^ ces y et il n'eut résisté à aucune des démarches propres à ménager l'opinion publique; mais, associé à Tordre de la noblesse par une communauté de privilèges et par une parité de rang, il ne pou voit pas s'en séparer; et ce dernier ordre fut malheureusement guidé, dans les com'mencemens , par quelques hommes très-propres à l'égarer, par des légistes parlant beaucoup des premiers usages et des vieilles traditions; très-peu de l'esprit du temps et des circonstances nouvelles; par des légistes ou des issus de légistes , qui , pour faire oublier leur moderne no{>lesse et se montrer à Tégal des anciens preux , exagéroient tous les droits et lessoutenoient en fanfarons.

II se joignit à eux une autre sorte de guides non moins dangereux peut-être; c'éloient dés hommes de la cour qui , ayant passé leur vie à Versailles et à l'entour des princes, se croyoient placés à l'origine de tous les pouvoirs, et qui, sans distinguer les époques, sans apercevoir la force de l'opinion ^ans un temps de malheur et d'alarme , considéroient le crédit et

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l'intrigne comme un instrument applicable indifféremment à tout dans une monarchie.

Ils se persuadèrent imprudemment qu'avec^ cette aide, on devoit dominer des états-généraux, ou les briser aisément s'ils se montroient indociles.

Quoi qu'il en soit , lesdëpiités de la noblesse ne firent aucune des déclarations que leur conseilloit une saine politique, et ils renfermèrent trop long-temps en eux-mêmes la disposition où ils étoient de renoncer à* leurs privilèges pécuniaires. Jls vouloient malfaabilement en faire un objet d'échange avec les députés du tiers-état; tandis qu'il failoit laisser ces députés à l'écart pour traiter directement avec leur maître^ et ce maître étoit évidemment l'opinion publique. lis pouvoient être tout par elle, et ils n'auroient rien été sans son appui. Aussi V ikiêttie dans I^s mômens où les piuis fameux otàtèurs de i'^assemblée tiationalie ont parti diriger cette opinion , ils n'étoient le plus souvent que ses augures ou ses interprètes, et ils reàsembloient à ces Flugelmans, qui^ Jïkeés en avant des régimens, semMent diirigièr à eux seuls l'exercice et le mouvement des troupes, tandis qu'ils ont toujours les regarda ûjcè& sur le major, et prêtent ToreiUe à ses Ordres.

Enfin , les députés de là noblesâse, eu ^lev.

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de se déterminer grandement aux mesures' qui pouvoient décider leur crédit, prirent une attitude de simples controversistes » en prolongeant à outrance les discussions sur la manière de vérifier les pouvoirs des députés des trois ordres. Ils auroient eu raison et parfaitement raison dahsleurs prétentions à cet égard, qu'en bonne politique ils auroient dû se montrer beaucoup plus fle-xibles ; car ils ne pouvoient jamais seuls , ni avec le clergé réuni, commencer les affaires et prendre des résolutions impératives ou susceptibles d'être converties en loi , sans l'approbation du monarque ; mais il n'en étoit pas de même des délibérations formées dans Tordre du tiers-état : sa massé et son union avec la généralité de la nation favorisoient le système dont nous avons vu le développement, au moment où cet ordre prit le parti de se constituer à lui seul assemblée nationale , et se considéra comme un centrç auquel les députés des autres ordres seroient tôt ou tard obligés de se réunir. Jamais le tiers* état nVût fait un pareil essai de ses forces , et jamais il n eût réussi sans la conduite impolitique de la noblesse et du clergé. Une partie de la nation , fatiguée des controverses qui re-' tardoient la discussion des affaires publiques^ saisit avidement un moyen irrégulier/ mais

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tin moyen pourtant de mettne en activité ses représentans.

La roideur des députés de l'ordre -de la noblesse fut réellement incompréhensible au moment de la vérification des pouvoirs , au moment de cette mesure , la première de toutes dans Tordre des affaires. Le tiers-état de-* mandoit que la validité des élections de tous les députés auxétats-générauxindistinctemeilt fût examinée par les trois ordres réunis. La noblesse et le clergé vouloient au contraire que chaque ordre exerçât privativement cette censure. Les raisons alléguées de part et d'autre exigeroient un développement qui seroît aujourd'hui sans intérêt; mais on est obligé de rappeler, comme une circonstance marquante dans l'histoire de ce temps-là, l'inuti-» lité de tous le» efforts du gouvernement pour adoucir les esprits et pour les concilier (*). Le

(*) On a dit dans un ouvrage sur Tes commencement de Ja révolution , que le roi auroit dû attribuer la vériiîcatîon des pouvoirs à des commissaires de son choix. On a même ajouté que le gouvernement s'étoit écarté des anciens usages , en n'adoptant pas cette mesure. Mais dans les procès-verbaux des états oii Ton a parlé de la vérification des pouvoirs , cette vérification paroit constamment avoir été faite par les chambres respectives^ et notamment on lit ces paroles dans le Rapport circon--^

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roi, instruit et inquiet de la persistance opiniâtre des trois ordres dans leurs prétentions respectives, finit par exiger d'eux qu'ils nom-* massent des commissaires pour discuter cette affaire chez le garde des sceaux et en présence de ses ministres. Les trois ordres déférèrent à )a demande du roi ; la conférence eut lieu; les explications, les débats se prolongèrent sans aucun rapprochement, et après plusieurs heu^ res de controverse, lorsqu'on étoit prêt à se séparer, je fis un résumé de I9 difficulté, et je présentai, de là, part du roi, un moyen d'accommodement qu'aucun des ordres ne pouvoit décemment rejeter. (*J

stancië de l'assemblée de i6i4> rédigé par Florimont Rapine : « Ce fait> on avisa H vérifier les députés , pour « savoir qui étoit bien député ou qui ne Té-toit pas. Gha- «c que gouvernement vérifie les pouvoirs de son gouver- «( nement. Au nôtre , qui est celui de Lyon , il n'y en eut « pas un qui ne fût trouvé bon. »

(*) En voici les termes :

« Les trois ordres , par un acte de confiance librp et « volontaire , s'en rapporteroient les uns aux autres pomr « la vérification des pouvoirs sur lesquels aucune diffiu culte ne s'élëveroit , et ils se communiqueroient. leurs « actes de vérification pour en faire un examen rapide.

« Ils conviendroient de plus ,

« Que les contestations, s'il en çurvenoit^ sçroiept

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Aucune objection ne s'éleva d'abord , et les commissaires parurent seulement vouloir se

« portées à l'exameu d'une commission composée des M trois ordres }

M Que ces commissaires se réuniront à \ine opinion ;

M Que cette <^inion seroit portée aux chambres res- H peçtives;

« Que si elle y étoit adoptée ^ tout seroit torçiiné ;

«c Que si au contraire les décisions des ordres étoient M en opposition sur cet objet , que si encore elles ne pa- « roissoient pas susceptibles de conciliation , l'afFaire se- « roit portée au roi , qui rendroit un jugement final*.

« Qu'on ajoute encore 9 si l'on veut, que ces conven- « tions sur la véiification des pouvoirs n'auroi^nt au* « cune U^isçQ avec la grapde question de la dél libération « par tête qu par ordre. Que l'on ajoute encore que la M marche adoptée pour cette tenue d'états , seroit reprise M dans le coui^s de la session , afin de considérer si un « meilleur ordre de choses devroit être adopté pour 4c l'avenir. Qu'on réunisse au fond de cette proposition « les précautions qui paroitroient convenables; mais «c qu'on adopte enfin ce moyen de conciliation pu tou^ « autre y et que le roi ne reste pas seul aii milieu de sa « nation , occupé sans relâche de rétablissement de la « paix et de la concorde. Quels véritables citoyens pour- K roient se refuser à seconder les intentions du meilleur « des rois ? Et qui voudroit charger sa conscience de tous « les malheurs qui pourraient être la suite de là scission « qui se prépare , au premier pas que vous faites dans « une carrière oii le bien <^e l'état vous appelle , ou la tt nation est impatiente de yous voir aller en avant , et oii

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donner le temps de la réflexion et sonder l'opinion de leurs chambres respectives. L'ordre du clergé accepta simplement et en entier la proposition du roi; mais son exemple ne fut pas suivi par l'ordre de la noblesse, qui fit des réserves et des distinction^ équivalentes à un refus , et qui manqua même de prudence, eh devançant la délibération du tiers-état et en se donnant ainsi un démérite que les députés des communes auroient peut-être partagé.

Quoi qu'il en soit, les députés du tiers , profitant habilement de la résistance de l'ordre de la noblesse , dirent au roi : «Noos étions dis- « posés à porter dans l'examen de la proposi- « tion de V. M. , l'esprit de confiance et d'amour <c qu'inspire à tous les François la parfaite con- (c^viction de vos intentions bien faisan te^s; mais ce la noblesse , par son arrêté , vient de rendre* « la proposition de conciliation absolument

« illusoire. Et après son refus »

Enfin , lé tiers-étàt, arguant toujours de là réponse déclinatoiredes députés de la noblesse,

n les plas grande dangers nous environnent? Ah! mes- « sieurs , lors même que vous pourriez arriver à ce bien n par la division des cœurs et des opinions , il seroit trop «acheté. Le roi donc vous invite à prendre en considë- ^ ration sa proposition, et il vous presse de tout son u amour de l'accepter et délai donner ce coutentement. »

et déclarant qu'il étoit devenu absolument inutile de s^ occuper davantage (de la proposition du roi) d'un moyen qid ne pouvoit plus être dit conciliàtoire y du moment quil avoit été re^ jeté par l'une des parties à concilier^ prit le ce-» lèbre arrêté du 10 juin , proposé par M. Tabbé Siéyes, où les députés des communes se constituèrent en assemblée active , expression bientôt <;hangée dans la dénomination A' assemblée nationale.

La noblesse voulut alors revenir sur ses pas; mais il n'étoit plus temps. Sa première démarche avoit été sévèrement interprétée, et Ton commènçoit à lui attribuer le désir secret d'arrêter, s'il étoit possible, la marche des états-généraui.

Plusieurs députés fortifièrent ce soupçon par leurs discours et par leur conduite , et Ton put de bonne heure leur supposer le projet d'amener le roi, par lassitude, à dissoudre une assemblée où le tiers-état se prononçoit avec tant de vigueur. L'aveuglement étoit extrême. Comment le roi, qui venoit d'obéir à la toutepuissance de l'opinion publique , en convoquant une assemblée nationale , eût-il acquis si promptement une autorité suffisante pour résister à cette même puissance , au moment de sa plus grande énergie , au motneut où elle

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Chaque jour cependant le vœu national se prononçoit davantage. Les raisons qui empéclioient les deux premiers ordres de se réunir aux représentans des communes; les raisons, qui les enipéchoient de souscrire à la vérification des pouvoirs dans ta forme proposée par le tiers-état; les raisons qui les empêcboient d'adopter aucune exception, aucun terme de conciliation: toutes ces raisons, eussent-elles été aussi bonnes qu'ils les sapposoient, ne pouvoient être appréciées par le public. Le grand' nombre des hommes ne saisit jamais qiieles idées simples, et l'on ne pouvoit éviter qiiela roideur ou la marche difficultueuse du clergé et de la noblesse ne -fût attribuée an désir de conserver des privilèges pécuniaires contre lesquels on s'élevoit uni,versellement. Grande faut^ à eux , on peut le redire , de olavoir pas écarté, par une déclaration prompte et explicite, un sujet de défiance à la portée de tous les entendemens, et que l'intérêt personnel aide si bien à retenir.

Rien n'étoit plus intelligible en même temps que les mots et les idées dont le tiers-état se servoit pour attacher la grande masse des hommes à ses premières démarches; car cet habile système en politique et en révolution , il l'a eu de très-bonne heure : ainsi la réunioa

des trois ordres et' la formation d'une seule assemblée délibérante, n'étoient, selon ses discours , qu'une simple représentation de Tégalité des droits et de Tunité d'intérêt.

La division cependant croissoit entre les trois ordres; le tiers^état menaçoit d'aller seul , et développoit ouvertement ses vues. Le clergé, la noblesse , se tenoient en arrière, invoquant à l'appui de leur système inactif, les lois ou les usages du royaume. Ainsi tout étoit en stagnation par les uns , tout étoit près d'un^ mouvement irrégulier par les autres.

Le gouvernement, témoin de cette opposition , en voy oit les dangers avec toute la France. Il avoit épuisé les invitations, les conseils , les idées et les moyens de conciliation ; il étoit temps de recourir de quelque manière à l'autorité royale, et le monarque ne pouvoit différer d'intervenir avec éclat dans une si grande querelle , sans se montrer indifférent à la majesté du trône, à la réputation du' rang suprême et à sa considération personnelle.

C'étoit l'avis unanime dea ministres, c'étoit l'opinion de tous les hommes éclairés ; mais on ne s'accordoit point sur la nature de la démarche que l'on devoit conseiller au roi; et en effet rien n'étoit plus difficile à résoudre. La

jjâl

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connoîssance du mieux abstrait ne suffit qu'à la toute-puissance, et l'autorité royale étoit bien loin alors d*ayoir ce caractère. Il falloit donc, avant de la déployer, apprécier retendue de ses moyens et la force des résistances/ Il étoit aisé d'aperceVoir que, pour être sage et pour éviter de diminuer encore cette auto* rite en la mettant aux prises avec des difficultés invincibles, on ne pouvoit se dispenser d'étudier la dispositibh des esprits , de mena-* ger Tempire des circonstances , et de proportionner le langage du commandement aux règles de là prudence et aux conseils d'une politique avisée.

Mais au milieu de ces idées générales , il y avoit, cbmtae toujours, de l'espace assez pour s'égaret et pour être embarrassé dans le choix de sa route : atrssi toutes lés opinions étoient errantes , et Toti rtfe savôità quel parti s*arrêter. J'eus pat'eill^meiittties incertitudes, mais elles se fixèt^iit ; et après avoir considéré mûrement toutes les dépendances d'unegrande difficulté, qu'il falloit pourtant dénouer d'une ou d'autre manière, Je fôrrtfiai le projet d^une séabce royale, noh pa^ lîel qu'on à pu le supposer après la journée dû a3 juin 1789 ,*mais tel que je l'avois J^rêsenté au roi dans son conseil, tel qu'il y fut approuvé d'abord universellement.

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et tel qne je Fanrois soutenu par txnis les moyens en mon poniroir.

Je rendrai compte , ea traitant ce sujet , de quelques particularités peu connues, mais je dois auparavant eiqKKser la marche de mes réflexions.

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