SECTION IV
Séance royale du a3 juin 1789.
Lie monarque, au milieu des circonstances que je Tiens de retracer, devoit absolument se montrer et marquer une volonté; il le devoit, et pour sa propre dignité, et pour arrêter les suites funestes de la discorde établie entre les trois ordres , et pour mettre obstacle à la résolution prise par le tiers-état de former à lui seul , s*il étoit nécessaire , une assemblée lé« g^siative.
Le roi ne pouvoit pas ordonner aux trois ordres de délibérer séparéAient dans toutes les affaire ; c'eût été commander le cbaos , si Tuu des trois eût persisté à n*avofr de rapport avec les deux autres que dans une assemblée commune.
Le roi ne pouvoit pas non plus ordonner^
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qu'en délibérant séparément, il y eût néao-' moins un concert entre les trois ordres. Cornnienl faire observer une pareille disposition, quand l'une des parties s'y refuse?
Le roi ne pouvoit pas déclarer que les deux ordres, disposés à délibérer séparément et à se tenir en même temps unis par des communications habituelles , formeroient à eux seuls les états-généraux. Il ne fût entré dans l'esprit de personne que le roi pût faire des lois et des lois respeclées, avecla noblesse et le clergé, et en ne tenant nirl compte des dires et des faits du tiers-état. Le temps de ces idées éloit passé, cinq siècles les avoient proscrites d'une manière irrévocable , et jamais , depuis l'existence de la monarchie, il n'y avoit eu de moment moins convenable pour essayer de les remettre en crédit..
Cependant les contestations entre les ordres
pour et contre une délibération commuue,
n'auroient pu justifier aux yeux de la nation
la dissolution inopinée des états-généraux. i|
Qu'on essaie du moins, auroit-on dit de toutes
pEtrts, qu'on essaie de cette .union sî naturel-
Il lement indiquée , comme le moyen le plus
^ prompt de mettre les finances en ordre, et de
1* convenir d'un plan général d'administration.
Le roi n'est-it pas là avec toute sa puissance
FRANÇOISE. l'y «7
pour résister aux idées dangereuses, et pour arrêter les tentatives évidemment contraires au repos de Fétat ? Il sera temps alors d'exercer un acte éclatant d'autorité; mais ce nfest pas à des craintes incertaines qu'il faut sacrifier le bien dont une espér^pce universelle semble être le garant. Voilà ,ce qu'on eût dit, voilà ce qu'on eût répété avec une force terri* bl.e, si le gouvernement avoit donné pour motif de la dissolution des états*généraux , les vœux absolus d'un des trois ordres en faveur d'une délibération commune.
Il falloitdonc continuer les états^généraux , il le falloit au nom de la nécessité; et l'époque du i4 juillet, à si peu de distance du 23 juin, peut être ici rappelée à ceux qui, dans la re* cherche de la vérité , préfèrent la lumière des événemens à toute autre clarté.
Cependant, s'il étoit moralement impos* sible de dissoudre les états-généraux ; si trois assemblées, traitant des affaires publiques sans concert et sans communication, eussent été, comme je l'^i dit, une source de confusion ; et si l'on eût évîdemmeiït compromis l'autorité royale , en ordonnant à la fois au tiers -état d'entretenir des rappQrts de confiance avec les autres ordres^ et de renoncer k son vœu si fortement prononcé en faveur.