‹ uvres complètes de M. OlierChapitre 104 sur 394 · DES CEREMONIES DE LA GRAND'MESSE. — LIV. I · texte numérisé non relu

DES CEREMONIES DE LA GRAND'MESSE. — LIV. I

Cetle eau est répandue dans l'Eglise par le prêtre qui en arrose les fidèles ; à quoi ils aspirent et se présentent avec ardeur, comme nous le voyons par une expérience journalière qui nous surprend ; ce qui ne continuerait pas, si l'esprit de Jésus-Christ n'y appelait les peuples? Et si cela est si fervent, qu'il y a foule à la recevoir, comme il y en avait au baptême de saint Jean, baptisant dans l'eau, et exhortant à la pénitence réelle et véritable, aux larmes et aux soupirs du cœur, les peuples qui voulaient recevoir Jésus-Christ, et obtenir la grâce de croire en lui ; il baptisait en l'eau, et promettait le baptême en l'esprit que Notre-Seigneur venait apporter sur la terre; si bien que cette cérémonie de l'eau bénite est une préparation à la venue de Jésus-Christ, une disposition à son mystère, une disposition de pénitence dont il est lui-même le ministre, comme il l'était intérieurement en saint Jean ; car c'était Jésus-Christ en son esprit qui habitait en son prophète et précurseur, de même qu'il habitait en Elie par avance, quoiqu'il ne fût pas encore habitant en la chair : et c'était toujours lui-même, comme devant un jour s'incarner, qui habitait dans tous les prophètes de l'ancienne Loi : car l'esprit de Dieu, qui était l'esprit de Jésus-Christ, portait les prophètes à disposer les peuples aux mystères. Il regardait en eux la descente future du Verbe, dont il préparait par eux les voies avec force et puissance, à cause de la dureté et de l'aveuglement où était tout le monde, qui avait un voile sur les yeux, et qui portait un cœur de pierre.

C'est donc Jésus-Christ dans le même esprit qui habitait en saint Jean et dans les prophète5, qui arrose les peuples avec force et véhémence en la personne du prêtre, qui pour ctda n'est pas revêtu de la chasuble, mais seulement de la chape, qui le couvre toute fait, et qui est un habit étranger, qui marque la demeure de Jésus-Christ dans les prophètes.

Cethabit terge et magnifique représente la gloire et la magnificence de Dieu; c'estn-dire que Dieu n'avait point encore pris 1 otre habif. d infirmité, lorsqu'il résidait eu tes prop'.ètes; il [.'était point encore couvert des vêtements de sa passion, dont la chasuble porte les marques, il agissait même avec plus de force et de véhémence dans les prophètes, qu'il n'agissait par soi-même ; il faisait des choses plus miraculeuses qu'il n'a fait dans le temps de son infirmité et de son incarnation sur la terre ; Ce qu'on voit en Moïse et en Elie, et même en saint Jean , qui est le portrait et le raccourci de la Loi, et qui avait plus de créance que Notre-Seigneur pendant sa vie, à cause que Jésus- Christ en lui n'assujettissait point son esprit à son état d'infirmité et de victime pour le péché, dans lequel état il devait être patient, confus, inGrme, caché, et même privé des dons de Dieu et de leurs usages : mais au contraire, Jésus-Christ en soi-même usait de son esprit à proportion de son état, pour ne joint faire de montre de son égalité avec

Dieu son Père, étant et paraissant Fils de l'homme ; il usait de son esprit de Dieu selon cette qualité de Fils de l'homme; mais depuis qu'une fois il fut fait Fils de Dieu en sa résurrection, qu'il fut rendu semblable à Dieu sonPère , et rentré d'ans sa clarté première, alors il commença d'user de son esprit en qualité de Fils de Dieu ; il en usa avec puissance et grande autorité; il usa de son esprit comme de l'esprit d'un Dieu. Il en usa après en ses apôtres , pour faire des miracles, et bien plus grands et bien plus éclatants qu'en sa propre personne : il faisait après sa résurrection et dans le temps de sa gloire et de sa retraite en son Père, ce q u'il faisait devant le temps de son infirmité : il agissait en la personne des apôtres, comme en celle des prophètes, où il agissait avec une efficace, avec la force et la vigueur d'un Dieu ; c'est pourquoi saint Jean-Baptiste, en tant que prophète, usait de termes si véhéments, et agissait avec si grande violence contre les*Juifs, et beaucoup plus véhémente que ne faisait Jésus -Christ, à cause qu'il agissait en ce saint, comme il faisait en l'ancienne Loi; et quoiqu'il agît en autrui avec tant de force, il ne diminuait en rien sa qualité d'infirme et de victime : de même qu'il témoignait aussi que sa vertu n'était pas diminuée, pour être revêtue d'infirmité en lui, puisqu'il pouvait aussi bien se servir de sa puissance en sa personne, comme il en usait en ce temps-là même en la personne de son précurseur, qui n'était pas même digne de délier ses souliers. Dieu était la source de la puissance, et la puissance même qui faisait ses effets où il voulait , et dans qui il voulait en sa propre vertu.

L'oraison que le prêtre dit, après avoir donné l'eau bénite, est encore une marque de ce que j'ai dit, qu'il parle dans l'esprit delà Loi, et qu'il prie en la manière des prophètes, (jui s'adressaient au Père, lequel se montrait à eux, et leur révélait le mystèrecaché dans son sein depuis le commencement des siècles : Sacramenti absconditi a sœculis in Deo [b'phes. m, 9), qui est le grand mystère de l'Incarnation de son Fils; ce qui les fanait soupirer incessamment, s'adressant à celui qui pouvait l'envoyer, et qui seul avait l'ordre de la mission sur lui, à savoir, le Père éternel ; car il n'y a que lui qui puisse envoyer le Fils, comme il n'y a que le Fils et le Père qui puissent envoyer le Saint-Esprit, à cause que la mission suppose la production, avec laquelleelle est une même chose : et comme le Père éternel est Punique qui engendre le Fils, il n'y a que lui seul qui le puisse envoyer. C'est pourquoi les prophètes s'adressaient au Père éternel, disant : Envoyez-nous celui que vous devez envoyer dans le monde, pour le besoin que nous avons de lui : Obsecro, Domine, mitte quem missurns es. [Exod. iv, 13.) C'était ce beau spectacle que Dieu le Père tenait toujours présent aux yeux des saints prophètes, ce qui faisait qu'ils mouraient d'amour et de désir de le voir sur la terre : c'était le sujet de leurs soupirs, c'était l'unique objet da

leurs pensées, c'était ce qu'ils aimaient et dédiraient uniquement. Quel bonheur de voir ce Verbe incarné en toute son étendue dans le dessein de Dieu ; de voir ce Verbe en lui et en tous ses membres dans le sein du Père, en sa beauté et en sa splendeur 1

C'était une chose admirable et magnifique de voir cet auguste dessein de Dieu représentant le Verbe, comme il doit être au jour de l'éternité en Dieu, quand Jésus-Christ et tous les saints seront rentrés en lui. Alors ils voyaient tout le Christ dans le dessein de Dieu/dans son projet, qui est le Verbe même ; et ainsi Dieu était le Verbe, et le Verbe était en Dieu dès le commencement; et il était la vie, comme il sera de toute éternité en Dieu; et ce Verbe qui était Dieu, etdéjà danslaclartédeDieu,faitdire àNotre- Seigneur sorti du sein de Dieu, c'est-à-dire, sorti de ses idées, et bien dilférent du bel état qu'il possédait dans le ciel, et en l'idée de son Père : Clarifîca me, tu Pater, apud temetipsum, elaritate quant habui, priusquam mundus esset, apud te. (Joan. xvn, 1.) 11 lui demande de retourner en la clarté dont il jouissait devant que le monde fût fait, et qu'il fut descendu dans cette maison qui lui .avait été préparée. Clarifiez-moi de la clarté que vous m'avez préparée dans vos desseins; c'était la gloire de Dieu même, dont il voulait que sa nature humaine fût faite participante, après avoir satisfait à sa vocation.

C'est une étrange récompense que celle de la créature, qui va rentrer en Dieu, remplissant toute l'idée que Dieu en a formée de toute éternité pour se perdre en elle, et devenir par elle une chose avec Dieu, où le Verbe est retourné en rentrant dans son Père, et où avec lui tous les élus et tous les membres de Jésus-Christ retourneront se perdre et s'abîmer dans l'étendue des desseins que Dieu le Père avait formés de tout son Christ en son Esprit. C'est ce Verbe que les prophètes appelaient sur la terre. C'était pour l'obtenir qu'ils s'adressaient au Père, afin que leur vacuité fût remplie, et qu'il fût suppléé à leur indigence, dans laquelle ils étaient très-éloignés de la sagesse et de l'esprit divin, dont leurs sacrements étaient vides. C'était le but de toutes leurs prières et oraisons : Mit te quem missurus es : lùivovez-nous votre missionnaire , votre apôtre et votre ange (tous ces trois mots ne signifient qu'une même chose), c'est-à-dire envoyez, donnez-nous celui que vous nous voulez envoyer, qui nous apporte les nouvelles de la paix, et nous nourrisse de votre grâce-, envoyez-nous votre ange, qui nous dirige, qui nous garde, qui nous défende, qui nous fortifie et qui protège tous les enfants de votre chère famille : Exaudi nos, Domine sancte, Pater omnipotens , œterne Deus, et mittere ditjneris sanctum angelum tuum de cœlis, qui custodiut, foveat, protegat, risiiet, atque defendat omnes habitantes in

■ habitacuh. Per Chris tum Dominum no-

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Notre-Seigneur est là priant en esprit de prophète; il prie dans le même désir que faisait toute la loi ; il demande à Dieu que le Verbe descende dans l'Eglise, non-seulement pour la conduire, mais aussi pour la défendre, la nourrir et la mettre à couvert sous sa protection : faisant allusion à l'ancienne Loi où l'ange paraissait souvent comme le conducteur du peu-pie. Et pour cela Dieu a voulu que, dans la Loi, les anges y parussent comme ses protecteurs et ses défenseurs; parce qu'un jour le grand ange de Dieu, l'ange du grand conseil, qui est notre Sauveur, devait être envoyé dans l'Eglise, pour la conduire et la protéger. Et pour ce sujet-là, saint Jean qui est l'abrégé de la Loi, et qui comprend en soi tout son esprit, est appelé l'ange de Dieu (Marc, i, 2), en quoi il représente Notre-Seigneur, et figure celui qu'il devait montrer au peuple juif.

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