‹ uvres complètes de M. OlierChapitre 106 sur 394 · DES CEREMONIES DE LA GRANDMESSE · texte numérisé non relu

DES CEREMONIES DE LA GRANDMESSE

EIV. î.

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Notre-Seigneur a porlé dans sa vie et dans sa mort ; et comme cette vie du ciel , et ce dessein formé en Dieu son Père de toute éternité a été effectué sur terre, de là vient qu'il doit exprimer dans son Eglise toute sa vie temporelle , et ce dessein accompli icibas , si bien que cette procession exprime la vie du Fils de Dieu sur la terre, conforme aux desseins de Dieu dans le ciel , pendant que le Vieux Testament attendait sa venue , et qu'il s'y préparait, tenant en soi les mystères cachés sous le voile des figures de la Loi. C'est pour cela que la crédence est toujours prête, et que l'autel vide est dans l'attente de l'arrivée de Jésus-Christ.

Or notre Sauveur, pendant sa vie au monde , pendant le cours de trente-t-rois années , nous a voulu faire connaître cette conformité , et le rapport de sa vie dans l'éternité et dans le temps , d'autant que ce nombre mystérieux e^t composé de trois dizaines et de trois unités , qui signifient la vie parfaite et éternelle de la sainte Trinité, qui doit être la mesure de la vie de celui qui porte en soi l'éternité, sous des figures mortelles et passagères. En effet, la vie de Jésus-Christ est une vie éternelle en son fond. Premièrement, en tant qu'il est Dieu; secondement, en tant que son âme bienheureuse est dans la vie d'éternité, louant, bénissant et glorifiant son Père sans relâche et sans fin. De là vient que Jésus-Christ, représenté par le prêtre, marche en rond dans l'église à la procession , d'autant que la figure ronde étant la plus parfaite, et n'ayant ni commencement ni fin , est une ligure de sa vie éternelle; tout ainsi que le dedans de l'église représente sa vie intérieure , et le pluvial , qui est l'habit de sa majesté, représente sa vie divine, par laquelle il bénit le nom de son Père avec telle abondance et plénitude qu'il en répand la dévotion et la religion sur tous les apôtres et sur son Eglise.

Et partant, cette procession représente, premièrement, la vie cachée du Verbe en Dieu, en ses décrets éternels, où le Verbe était une louange perpétuelle de son Père avec son Eglise qui était assemblée avec lui.

Secondement, elle marque la vie intérieure et divine de Jésus-Christ, marchant sur terre avec ses disciples et ses apôtres, priant pour son Eglise qu'il avait présente en son esprit , et pour laquelle il prétendait souffrir la mort.

Troisièmement, elle est aussi une figure de sa vie extérieure de trente-trois années , qui est le temps qu'il a employé sur la terre à marcher , à peiner , à travailler , à veiller, à prier pour le salut du monde. C'est pourquoi il fait le tour de toute l'église, marquant que ses mérites doivent sanctifier tout le monde, et que ses louanges et sa religion doivent se répandre partout, par le moyen de ses disciples et de ses apôtres, qui feront entendre leur voix dans tous les coins de la terre.

La croix marche devant , pour montrer

que Jésus-Christ Notre Seigneur avait toujours son sacrifice devant les yeux, lorsqu'il vivait sur la terre ; il avait toujours présent le sacrifice de la croix: Dolor meus in conspectu meo semper (Psal. xxwn, 18) ; et, de plus , il avait toujours le saint sacrifice de l'autel en l'esprit, qui est représenté par les. deux cierges qui sont portés à côté de la croix , lesquels sont deux en nombre, quoiqu'il n'y ait qu'une croix, à cause qu'il n'y a eu qu'un sacrifice de la croix; et pour celui de l'autel , il est multiplié , quoiqu'il ne soit que le même dans son hostie. Lorsque le clergé sort du chœur, le crucifix doit être tourné vers le peuple qui attend dans la nef, pour témoigner que Jésus-Christ doit mourir pour le salut du monde , et le prêtre ne voit que la croix toute nue , pour témoigner que Jésus-Christ n'envisageait que les seuls tourments de la mort et de la croix pour ta fin de sa vie. Après la procession , on reporte la croix, et le prêtre marche jusqu'au pied de l'autel , où il va faire le sacrifice , pour témoigner qu'on n'a plus que faire de figures là où la vérité paraît.

"Les deux cierges qui accompagnent la croix ne disparaissent pas comme elle, à cause qu'ils représentent le sacrifice qui subsiste toujours, et qui ne disparait pas comme a t'ait celui de la croix ; mais ils sont portés sur la crédence avec les autres instruments du sacrifice, pour exprimer la lumière que le Vieux Testament avait du mystère sacré du très-saint Sacrement de l'aufel. II n'y a là que deux flambeaux, et sur l'autel il y en a six , pour témoigner la différence qu'il y a entre les lumières du Vieux Testament et celles du nouveau, sur nos mystères, et particulièrement sur celui de l'autel.

Ces cierges allumés sont les figures de Jésus-Christ consommé dans la gloire de son Père en cet auguste sacrifice , où il es.t un flambeau toujours ardent et éclairant devant la majesté de Dieu : Lucerna ardens et lucens. (Joan. xv, 35.) Lucerna ejus est agnus (Apoc. xxi ,21) : La lumière du paradis , disait saint Jean qui l'avait vue , c'est l'agneau de Dieu; la cire vierge de l'humanité de Jésus-Christ est consommée en Dieu, et allumée par le feu de la divinité , qui en fait un flambeau toujours ardent et éclairant devant la majesté de Dieu. Et une des figures que Dieu avait donnée de ce mystère à l'ancienne loi, c'était le buisson ardent qui brûlait et ne se consommait pas, représentant l'humanité de Jésus-Christau très-saint Sacrement, qui brûle toujours sans être consommé.

L'Eglise , qui emploie les mêmes moyens dont Dieu s'est servi autrefois pour le soulagement des peuples et des esprits grossiers, met devant les yeux de ses enfants des ligures qui représentent la vérité cachée dans les mystères. La Loi première avait des figures qui montraient les vérités futures et lès mystères à venir, ne donnant [.oint ce qu'elle montrait et figurait; mais notre loi a des figures significatives des vérités qu'elle

contient , et nous découvre les mystères qu'elle possède. Ainsi donc elle ordonne des cierges sur les autels , pour montrer ce qui se passe dans le mystère auguste du Sacrement; à savoir, que Jésus-Christ est un flambeau ardent en la présence de son Père.

On y chante des oraisons, pour montrer que Jésus-Christ est là dans l'oraison vivante de l'Eglise, et qu'il présente incessamment au Pèie des oraisons et des prières.

On y présente des encens et des parfums, pour témoigner que Jésus-Christ est une oraison très-suave et agréable à Dieu le Père , pour témoigner encore qu'il est offert à Dieu en odeur de suavité.

On y fait des génuflexions, non-seulement pour témoigner nos adorations intérieures et le culte de notre esprit, mais encore pour témoigner que Jésus-Christ est là adorant la majesté de Dieu son Père.

Si on chante à hante vois , c'est pour exprimer que là dedans le Fils de Dieu est une hostie de vocifération, comme dit David : Hostiam vociferationis (Psal. xxvi, 6 ; He.br. ii, 14), qui parle à haute voix devant son Père, et que son sang crie plus haut que celui de l'innocent Abel. En un mot, tout ce qui est d'extérieur n'est qu'une expression de- ce qui se passe dans l'intérieur du mystère, qui ne peut pas s'exprimer par une seule ligure extérieure.

C'est ainsi qu'en l'ancienne Loi, Dieu avait donné tant de figures d'une même vérité. Par exemple , dans le temple de Jérusalem , au Jieu qu'on appelait le Saint des prêtres , et même dans le Saint des saints, il y avait plusieurs figures qui ne représentaient autre chose que notre' auguste sacrifice.

Les pains de proposition représentaient l'extérieur de notre sacrifice , qui se fait sous les symboles du pain. Ils étaient douze en nombre, pour exprimer l'institution du sacrifice au milieu des douze apôtres ; ces douze pains, six d'un côté et six de l'autre, montraient que les apôtres seraient divisés dans le monde. Ils étaient auprès de l'autel du Thvmiame, où il n'y avait qu'un seul sacrifice, et un parfum très-délicat et très-délicieux , ce qui figurait l'unité de Jésus- Christ consommé en son Père et sacrifié à sa gloire, sous la diversité des espèces du pain, une seule victime au milieu de tout , qui est tout anéantie et consommée en oraisons très-douces et agréables aux sentiments de Dieu.

Le chandelier à sept branches et à sept lumières représentait encore Notre-Seigneur comme piètre en son sacrifice, à cause qu'il est au très-auguste sacrement de l'autel , et l'autel , et le sacrifice , et l'hostie , et le prêtre. (Hebr. ix, 2.) Et dans l'Eglise de Dieu , le prêtre est constitué prêire par sept ordres divers, quatre moindres et trois grands, qui tous ne font qu'un prêtre. C'étaient sept lumières ordonnées, pour faire une pleine lumière ; comme on dit que ces sept caractères et ces seot ordres ne sont qu'un seul

caractère parfait , et un seul sacrement accompli.

Ces sept lumières représentaient Jésus- Christ prêtre , remplissant de clarté tout le monde, signifié par ce nombre de sept; parce que Notre-Seigneur étant dans la personne des prêtres, les soutient et vivifie par sa vertu , et les éclaire par sa lumière , et tous ensemble ne font qu'un prêtre en Jésus- Christ vivant en eux selon la dignité de prêtre. Il est donc représenté comme prêtre en ces sept branches et lumières; comme tel. il est rempli des dons du Saint-Esprit. Il répand dans l'Eglise ses grâces par les sept sacrements; il éclaire tout le monde de Dieu , et tout luit par sa lumière. Ainsi, par l'ordre de Dieu , l'Eglise de l'Ancien Testament recevait jour de nos mystères , et voyait dans l'extérieur de ses " signes ce qu'un jour nous devions posséder dans la vérité. (Hebr. ix , h.)

C'était encore dans le Saint des saints où on voyait la manne, le pain des anges et du ciel, qui représentait bien plus nettement l'état de Jésus-Christ dans le ciel que les pains de proposition; car les espèces du pain sont les voiles de Jésus-Christ sur terre, qui était représenté par ce que I ou voyait dans le Saint des prêtres.

Il y avait encore dans le Saint des saints les tables de Moïse qui étaient toutes ouvertes, à cause que Jésus-Christ, notre loi, sera tout -découvert et manifesté dans le ciel. (Hebr. ix, 4.)

On y voyait la verge d'Aaron fleurie, qui expliquait l'état du sacerdoce de Jésus- Christ dans le ciel, qui est un sacerdoce éternel et une fleur de bonne odeur qui ne flétrira jamais. Sacerdos in œternum, secundum ordinem Melchisedech. (Psal. cix, k.) Jésus -Christ s'offrira continuellement a Dieu dans le ciel, et tous les saints avec lui, dont il fera une hostie immortelle et un sacrifice perpétuel, différent du sacrifice d'Aaron, qui a péri et qui a été accompli sur l'arbre de la croix, laquelle est cette verge d'Aaron; verge morte en effet, mais de laquelle le Fils de Dieu ressuscite, et où il refleurit pour être fait prêtre selon l'ordre de Melchisedech, comme le marque David ; et au jour de son ascension, il est déclaré grand pontife avec serment, pour s'être fait victime selon ce même ordre, à savoir : pour s'être non-seulement immolé sur la croix, comme les prêtres d'Aaron immolaient les animaux en les égorgeant, mais aussi pour s'être jeté en son Père et s'être consommé en lui, afin d y achever le sacrifice qu'il avait commencé sur la croix , de même que ces prêtres laissaient au feu à consommer les victimes qu'ils avaient immolées. Si bien que, comme il a paru pontife selon l'ordre d'Aaron sur la croix, en récompense de s'être ofl'ert pour y être victime à la gloire de son Père, ainsi il est déclaré pontife selon l'ordre de Melchisedech, pour avoir achevé le sacrifice et s'être consommé dans le. feu de son Père, comme victime à sa gloire ; et cette dignité lui est

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