DES CEREMONIES DE LA CRAND'MESSE. — LIV
donnée après avoir détruit ses ennemis, les rois et les princes du monde, comme il arriva à Melchisédech, qui offrit ce sacrifice après la défaite des rois d'où retournait Abraham. (Gen. xiv, 18-21.)
C'est du milieu de cette mort et de celle de Jésus-Christ que se lève le sacerdoce selon Melchisédech, qui offrait sous le pain et le vin, de même que Notre-Seigneur commençant son sacrifice, l'institua sous le pain et le vin, où il fut consommé en secret par avance en son Père sous les espèces, et d'où il tira des forces pour endurer la mort. D'où vient qu'en celte action se recevant lui-môme immortel et glorieux, sous un corps souffrant et mortel, on voyait la mort jointe à la vie, et cette verge d'Aaron prendre vigueur et vie pour fleurir dans le jour de sa résurrection, et être alors cette parfaite verge tleurie ; à cause qu'il était lui-même de la race d'Aaron par la sainte Vierge, et qu'il devait en accomplir le sacerdoce', offrant la vérité qui répondait à ses sacrifices. 11 était toutefois descendu de la tribu de Juda, à cause qu'il devait encore offrir un sacrifice en sa royauté, établie au jour de sa résurrection : Constitutus sum rex ab eo stiper Sion monlem ( Psal. h, 6), et qu'il avait à être assis pour jamais sur le trône de Juda, qui n'était point d'Aaron. 11 y devait aussi être victime perpétuelle présentée sur un autel, lequel serait un trône et non plus une croix , à cause que son Père est son trône : Thronus tuus JJeus [Hebr. i, 8), et le lieu où il présente son sacrifice dans l'immortalité de la gloire, fondée sur sa mort. Et c'est cette verge d'Aaron fleurie qu'on voit dans l'arche d'or du paradis, qui est Dieu même.
Là enfin on voyait las deux chérubins ,
qui représentaient le Père et le Saint-Esprit, recevant le grand prêtre Jésus-Christ qui y entrait en ses parfums. [Hr.br. is, 5.) Le grand prêtre y entrait une fois l'année, environné d'encens, perdu dans la fumée des parfums, et par là représentait le Fils de Dieu entrant dans le ciel, ou au jour de son ascension accompagné de tous les patriarches et prophètes, ou au jour du jugement qu'il entrera dans sa gloire avec tous les bienheureux, remplissant tout le sein de Dieu des parfums de leurs louanges; ce qui est représenté en la sainte Messe, lorsque le prêtre monte de la terre à l'autel, où entrant, il dit : Ad sancta sanctorum mereamur introire; et même aussitôt il commence de faire des encensements tout autour de l'autel, qui représentent ces grandes et universelles louanges que toute la compagnie des bienheureux rendra à Dieu par Jésus-Christ entrant au ciel; et pour cela, le diacre qui représente toute l'Eglise, et en particulier le Nouveau Testament, duquel la grâce doit être répandue dans l'Ancien, afin qu'il soit associé à l'Eglise, par qui proprement elle est formée, en qui elle est fondée, qui rein! à Dieu '.os louanges en esprit et vérité, et de qui seul Dieu en reçoit agréablement , à cause qu'il est uni à Jésus-Christ, l'unique et véritable louange de Dieu : pour cela , dis-je, le diacre représentant l'Eglise et le Nouveau Testament, tient la navette où est l'encens, pour marquer qu'il donne à Jésiis- Christ toutes les âmes représentées par les grains d'encens, afin qu'il les consomme en lui à la gloire de Dieu, et que par lui l'Eglise le loue. Et c'est pour cela même que le diacre baise la main du prêtre, pour témoigner qu'il adhère à ses louanges, et qu'il n'est qu'un avec lui en ses offrandes.