DES CEREMONIES DE LA GRANDMESSE. — LIV. II
Notre religion consiste à rendre grâces à Dieu le Père par son Fils en son Saint- Esprit. C'est pourquoi ce sacrifice est en partie institué en action de grâces, et pour cela nommé Eucharistique, comme même la Préface le dit tous les jours hautement : Grattas agamus Domino Deo nostro, etc. Per Christum Dominum nostrum : « Rendonsgrâces à Dieu le Père notre souverain maître, par Notre-Seigneur Jésus-Christ, » en l'esprit duquel les hommes et les anges louent et glori lient la majesté de Dieu, « et disentd'une seule voix,» c'est-à-dire animés du même esprit: «Saint, Saint, Saint: » Unu voce (licences: Sanctus, Sanctus, Sanctus. Le même esprit est répandu dans le ciel, et ici-bas dans tous les fidèles, à savoir, l'esprit de Dieu donné à Jésus-Christ; car nous avons en nous le même esprit qu'il avait, non pas en telle abondance et effusion, mais néanmoins la même en sa substance. C'est pour cela que quand le prêtre on les autres font le signe de la croix, disant ces paroles: et du Saint-Esprit, ils tirent la main d'une extrémité du corps à l'autre, c'est-à-dire de J'épaul» gauche à la droite, en passant par la poitrine, pour dire que le Saint-Esprit est répandu dans les cœurs de toute l'Eglise, où il prie pour nous et nous élève à Dieu en sa vertu. Charitas Dci diffusa est in cordibus nostris per Spiritum sanctum, qui datas est nobis (Hom.\, 5); l'Esprit de Dieu est répandu dans nos cœurs et nos poitrines, qui nous fait soupirer et gémir avec des soupirs inénarrables : Jpsc Spiritus postulat pro nobis gemitibus inenurrabilibus. (Rom. vm, 26.)
Or cet esprit est répandu en nous et en toute l'Eglise (comme il paraît par l'union des deux extrémités du corps du prêtre, et par celle des deux épaule» et de la poitrine qu'il joint en un dans le signe de la croix); il habite semblablement dans le cœur de l'Eglise, à savoir, dans Jésus-Christ au trèssaint Sacrement: c'est là le vrai cœur et la vraie source de vie dans l'Eglise; c'est le premier vivant; c'est celui qui repose au milieu de nous, pour nous vivifier d'une vie ardente et abondante : Ut vitam habeant, et abundantius habeant. (Joan. x, 10.) C'est donc lui, c'est-à-dire Jésus-Christ, en ce sacrement, animé du Saint-Esprit, qui offre à Dieu des louanges et des prières, qui offre sa pénitence, et qui demande pardon pour nous I c'est lui en ce Saint-Esprit qui fait toutes ses prières, et rend tous ses devoirs, répandant en nous ce même esprit qui est en lui, et qui fait prier et louer Dieu dans toutes l'Eglise en union à lui. C'est pourquoi à la tin des oraisons, on dit : In unitate Spiritus sancti. C'est en l'unité de cet Esprit qu'on a commencé la prière, en disant : Oremus , c'est-à-dire prions ensemble ; et en joignjnt les mains, qui marque les deux extrémités du corps de Jésus-Christ; et les mains se joignent sur la poitrine ou sur le cœur, pour témoigner qu'en vertu du Saint- Esprit, toute l'Eglise est unie à Jésus-Christ, et qu'elle entre en unité de prières par la
personne du Saint-Esprit, qui prie en tous, et aussi bien dans les fidèles qu'en Jésus- Christ, aussi réellement en nous tous comme en lui.
Il faut donc considérer dans le corps de l'Eglise le Saint-Esprit répandu dans le cœur de tous, priant le Père : Clamantem : Abba, Pater (Galat. iv, 6), et soupirant après le Père incessamment. Et pource sujet, nous mettons la main au front, qui est un lieu de maiesté, en prononçant le nom de Père pour donner à connaître que c'est au Père à qui on s'adresse, et qu'on regarde en ce sacrifice comme celui dans lequel la majesté divine repose comme en son trône, pour recevoir tous les devoirs de la religion. Cette auguste et adorable personne du Père est ainsi considérée en ce saint sacrifice, comme celle à laquelle particulièrement et nommémenton offre la victime, quoique réellement on l'offre aux trois personnes de la trèssainte Trinité, qui sont toutes également possédant la majesté de Dieu, lequel reçoit le sacrifice en soi et par conséquent en ses personnes, où il habite inséparablement; niais parce que le Père n'est jamais descendu du trône de grandeur et de majesté où il habite, pour se venir rendre parmi nous religieux, comme son Fils et son Saint- Esprit; de là vient qu'on le regarde en sa majesté, et les autres personnes comme avant part au sacrifice, elle rendant à Dieu elles-mêmes, puisqu'elles se sont mêlées parmi nous, pour y présenter et offrir au Père le divin sacrifice que nous n'oserions pas, ni ne pourrions jamais lui offrir par nous-mêmes.
Le Père est donc personnellement celui auquel on offre le sacrifice, comme nous l'avons déjà remarqué dans l'avant-propos, et comme même le témoignent ces paroles : Te igitur , clementissime Pater, per ipsum Christum : « Nous vous prions, Père éternel, par votre Fils Jésus-Christ.» Cela se dit après avoir levé les yeux et les mains au ciel, comme y regardant le Père, dans le lieu do sa gloire et dans le trône de sa majesté, ùq on doit le contempler en sa dignité, pour lui rendre les souVerains hommages et les* devoirs de la religion. Et pour cela même, Notre-Seigneur instruit et excite son peuple en la prière, à le considérer en cet état, lorsqu'il dit: Pater noster, qui es in cœlis (Matth. v, 9) : « Notre Père qui êtes es deux. » Ce n'est pas que Dieu le Père ne soit partout, mais il est dans le ciel, d'où il n'est jamais descendu; il est là dans sa majesté, et y paraît dans l'éclat et la pompe de sa dignité divine, pour y recevoir les hommages dus à. sa grandeur. Et c'est en ce lieu où il nous le faut contempler, pour lui rendre avec respect nos adorations, et pour otfrir ce sacrifice comme le dernier devoir de notre religion auguste, dans la révérence qu'on lui doit.
On met donc la main au front pour représenter la dignité du Père habitant dans les
OEUVRAS COMPLETES DE M. OLIKK.
lieux liants : Gloria in allissimis Dca. (Luc. u, 14.) Nous mettons la main au front, pour montrer que c'est du haut du ciel que le Père éternel a envoyé en terre son Fils, qu'il avait engendré de toute éternité, et qu'il portait dans son sein.
Nous représentons encore la voie de génération du Verbe, qui est l'intelligence, à cause que le Père, se contemplant, exprime ce qu'il est, et produit en lui-même sa vive image, qui se nomme le Verbe; c'est-à-dire une parole qui exprime et qui fait entendre ce qui est caché en Dieu même dans un profond secret. Le Fils de Dieu est une expression de ce que Dieu est en lui-même ; il est reposant dans le Père, la première personne: c'est une figure et un caractère naïf, qui comprend et qui exprime en soi tout ce qu'il y a en Dieu ; le Verbe divin est une personne qui contient l'original et la copie : il comprend Dieu comme le Père, et il est encore sa ligure.
C'est en cette représentation que consiste la personne du Fils, qui est ainsi la parfaite expression et la gloire immense de Dieu : c'est lui qui en un mot dit et raconte tout ce qui est Dieu : et c'est ce Verbe qui est venu en terre représenter aux hommes ce que Dieu est, pour le leur faire adorer, et pour leur donner l'amour de sa beauté et de sa splendeur; c'est ce Verbe fait chair, qui faisait paraître les rayons de sa majesté divine en sa nature humaine, et faisait voir au travers des rideaux de sa chair quelle était la beauté cachée de son Père : Philippe, gui vidit me, vide', et Patrem. « Qui me voit, il voit mon Père (Joan.xiv,9.);» celui qui peut voir ce miroir, il voit en même temps la personne qu'il représente. Ce que le miroir contient, c'est la personne comme reproduite en son extérieur, qui est montrée et manifestée telle qu'elle est au dehors; où au contraire le Verbe n'est pas un miroir représentant l'extérieur de Dieu qui n'en a point; mais étant le miroir de tout l'être divin, et du plus intime de sa substance, il exprime tout l'être de Dieu ; et, dans le Verbe, Dieu est comme reproduit; c'est luimême se représentant en cette seconde personne, et cette seconde personne prend chair humaine, et nous vient imprimer une idée et un caractère nouveau de Dieu son Père : elle nous vient remplir l'esprit de la lumière de son Père : Illuminât omnem hominem venientem in liuncmundum. t Elle vient illuminer tout homme qui vient au monde (Joan. i, 9), » pour lui montrer la beauté de Dieu son Père, et renouveler cette lumière etfacée dans noire première origine par la malice du péché, et par la soustraction de la grâce, de laquelle nous avons été privés justement, comme du plus grand bien qui nous pût être ôté.
Ce Verbe s'est fait chair, et s'est revêtu de notre infirmité; il a pris un corps en ressemblance du péché, lui qui était la ressemblance de son Père, pour s'anéantir davantage, et pour nous mériter de jouir de cette ressemblance et de la lumière de son
Père : il se met au-dessous de tous, pour attirer sur tous sa grâce. Et ainsi dans lesigne de la croix, en portant la main du front au ventre, on dit : Au nom du Fils, pour montrer que le Fils s'est fait homme, qu'il s'est anéanti, et qu'il est descendu dans le ventre de la très-sainte Vierge où il a pris le corps d'un serviteur : Servile corpus induit, se menant au-dessous de tous les hommes : Semetipsum exinanivit, et prenant la forme d'un serviteur : Formant servi accipiens [Philip, n, 7), pour rendre à Dieu tous les devoirs que les hommes étaient obligés de lui rendre en qualité de serviteurs, et qu'ils ne lui avaient rendus non plus que les démons ; à quoi il venait satisfaire, réparant ainsi envers Dieu les manquements des uns et des autres; toutefois avec celle dill'érence, qu'il rend les hommes participants de ses méiites, et en prive les démons, réparant néanmoins également les torts de tous les deux, et satisfaisant pleinement pour tous les deux à ce que Dieu avait dû recevoir de leur part, dont il eût. été privé pour jamais, si Jésus-Christ n'eût entrepris leur satisfaction, et s'il n'eût rendu à Dieu ce qu'ils lui avaient dérobé, à cause que les dénions en toute l'éternité ne sont point suffisants de satisfaire à Dieu, et ne faisant que pâtir dans leur géhenne, ils entrent tous les jours en des dettes nouvelles, bien loin de pouvoir réparer en leur petitesse, vilelé et misère, aucune injure ni blasphème qu'ils aient jamais vomis contre la majesté de Dieu.
Pour cela donc, Nôtre-Seigneur s anéantit pour nous et pour eux envers Dieu; il se met en esprit aux pieds et au-dessous de tous; il descend ainsi enterre en s'anéantissant, semetipsum exinanivit (Philip, a, 7), et c'est à ce sujet que l'on porte en bas la main, en descendant du chef, qui est ce lieu de majesté, disant : Au nom du Fils, c'est-à-dire le Fils est sorti du sein du Père, du lieu de sa grandeur et de se majesté, et s'est anéanti en descendant sur terre, prenant la forme de serviteur, et voulant mourir à la croix. Il ne paraît rien de sa majesté, de sa pompe, de sa splendeur, de son empire sur toutes choses; il s'anéantit en tout son être divin, par lequel il est égal à Dieu le Père, et ne lui fait point de tort quand il se dit égal à lui ; il ne lui dèrn' »■ rien de sa splendeur, et se disant semblame a son Père, il ne fait pas comme le démon, qui use de rapine, de larcin et de sacrilège, se voulant faire égal à Dieu, et disant qu'il sera semblable au Très-Haut: malheureux qu'il est, aveugle en sa superbe, il dit qu'il montera pour être égal à Dieu, et ne voit-il pas qu'il se contredit? S'il doit monter, il esl .donc moindre que son Dieu, qui est au-dessus où il veut s'élever; s'il veut monter, il ne peut être Dieu : car Dieu étant le Très-Haut, il ne saurait monter, il ne saurait aller au-dessus de ce qu'il est ; et, s'il le pouvait, il ne serait plus le Très-Haut.
Et Jésus-Christ Notre-Seigneur, ou plutôt le Verbe, lequel est semblable au Très-
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