‹ uvres complètes de M. OlierChapitre 112 sur 394 · DES CEREMONIES DE LA GRAND'MESSE. — LIV · texte numérisé non relu

DES CEREMONIES DE LA GRAND'MESSE. — LIV

Haut, a voulu descendre pour réparer celle insolence du démon, de vouloir entreprendre de monter au trône de Dieu ; et cette offense sacrilège lui est si odieuse, qu'il veut lui-même satisfaire à Dieu son l'ère, et lui rendre l'honneur que le démon n'a pu réparer même par sa condamnation ; car quoiqu'il soit tombé dans les enfers, et qu'il ait été précipité dans le fond des abîmes, par un trait de la colère et de la vengeance de Dieu, il ne lui a pas néanmoins satisfait •pour l'insolence énorme de son crime : c'est pourquoi le Fils, par un trait impétueux d'amour, par un excès ardent de charité, descend sur la terre, il se met au-dessous des ministres de l'enfer qui l'ont crucifié, il porte en sa personne le jugement de Dieu son Père contre le péché du monde, et contre celui même des démons ; et ainsi il lui satisfait pour tous les crimes imaginables.

Après cela il ne faut pas s'étonner s'il monte au ciel, non-seulement au-dessus des hommes, dont il s'était fait le serviteur, pour leur administrer la grâce et le salut de l'Evangile, mais encore au-dessus des anges, après s'être fait victime pour rendre à Dieu la gloire que le péché des démons lui avait ôtée, quoique pourtant il leur en ait laissé la peine et la rage, se chargeant de l'honneur et du plaisir de satisfaire à Dieu son Père, qui l'a élevé au-dessus de tous les esprits célestes, pour la nature desquels il s'était anéanti : et c'est de quoi les anges lui sont si redevables, qu'ils lui rendent dans sa gloire de continuelles actions de grâces, d'avoir satisfait au péché que leur nature avait commis, et qu'ils étaient honteux de ne pouvoir réparer en leur personne, par leurs hommages et soumissions a Dieu, parce que tout ce qu'ils pouvaient offrir, ils le devaient à Dieu pour eux-mêmes, et n'étaient pas en pouvoir de payer pour autrui.

Le seul Fils de Dieu, qui ne devait rien à son Père, a dû se charger des dettes des hommes et des anges, et lui seul, qui avait en soi infiniment de quoi payer, a pu être la' caution des hommes et le supplément des anges, satisfaisant pour la superbe des démons, par son anéantissement; d'où après il s'est élevé en gloire au-dessus de toutes choses, et est entré dans l'autel de Dieu : Introibo ud altare Dei : montant par-dessus tous les anges représentés par les trois degrés du pied de l'autel, qui sont figures des trois hiérarchies, au-dessous desquelles Jésus-Christ s'était anéanti : Nusquam angelos apprchendit, sed semen Abrahœ apprchendit {Uebr. il, 16) : car il est non-seulement descendu au-dessous des anges se faisant homme, et des hommes en sa passion; mais encore il est descendu jusqu'aux enfers. Quod autem ascendit, quid est nisi quia et descendit primum in inferiores partes terrœ '! {Ephes. i v, y.) Qu'est celui qui est monté aux cieux, sinon celui qui est premièrement descendu dans les parties plus basses de la terre, où il est descendu réellement après sa mort.

Durant sa vie il a toujours habi'é en esprit dans le plus bas lieu, parce qu'il £ tait chargé des crimes de tout le monde, et en la sainte Cène il a voulu se mettre même aux pieds de Judas, la plus criminelle des créatures; ce qu'il faisait plus d'esprit que de corps, disant qu'il était chargé des péchés de ce misérable, aussi bien que des autres, et de ceux de l'Antéchrist même, et qu'il voyait sur soi bien plus de crimes que sur Judas et sur chacun des démons, portant sur soi ceux des démons et des hommes qui ont jamais vécu, qui vivent, et qui vivront jusqu'à la fin du monde.

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