CHAPITRE IV
Suite du même sujet du signe de la croix.
C'est donc cet abaissement du Verbe que nous représentons, quand nous portons la main de la tête au bas de l'estomac, en prononçant le nom du Fils, abaissé, avili, néanti en sa propre personne. Et il faut remarquer que ce signe de la croix se fait au commencement de la Messe, et souvent au reste du sacrifice, portant la main du haut de la tête au bas de l'estomac, et d'une extrémité des épaules à l'autre, pour marquer que c'est le sacrifice de la croix que Notre- Seigneur Jésus-Christ va représenter en toute cette action, dans lequel sacrifice notre Sauveur a été abreuvé par tout son corps de fiel et d'amertume, et soûlé de misère et d'affliction : Saturalus afflictione et miseria. [Job x, 15.) Il a porté sa croix sur tout luimême et durant toute sa vie, n'ayant aucun endroit sur lui exempt de mortification et de douleur.
Et comme cette première partie de la Messe, qui se dit au bas de l'autel, est la description de la mort et des souffrances du Fils de Dieu, et de son sacrifice en terre, qui a précédé le sacrifice qu'il offre dans le Paradis à son Père, à savoir lui-même consommé pour sa gloire et pour le salut ùu monde ; de là vient qu'auparavant que de monter, il fait cette description de sa mort par le signe de croix, qui est réiliré plusieurs fois dans le sacriûce, pour nous donner à connaître que la vertu, la grâce et la bénédiction qu'on reçoit viennent des mérites de la croix. Ces signes de croix sont des mémoriaux de la source, et en même temps l'expression de la mort et la vive présentation de la croix de Jésus-Christ; et c'e.st la troisième raison du signe Je la croix au commencement delà Messe.
C'est pour cela même que le prêtre a l'éto!e en croix étendue sur lui depuis la tête jusqu'aux pieds, pour signifier cette grande croix dont Jésus-Christ fut couvert à sa mort, où il n'avait partie en son corps et en son âme qui ne fût affligée et pleine de douleurs. Ainsi même il porte le manipule ue larmes et de douleur : Manipulum fie tus et dvloris, qui signifie le mouchoir dont Dieu doit essuyer les larmes de son Fils dans la gloire ; et en revêtant son aube, il fait mention du sang de l'agneau immolé à la crois. : Ut in sanguine Agni deatbatus ; à cause qu"*
ŒUVRES COMPLETES DE M. OLIEtt.
cet auguste sacrifice est comme le complément du sacrifice pénible et sanglant de la croix, en tant que Jésus-Christ offre en celui de l'autel toutes ses peines et ses souffrances et celles de tous les hommes; qu'il lui offre toutes ses peines et celles de l'Eglise; en un mot, qu'il présente à Dieu son Père tout ce qui peut lui , plaire pour attirer sa miséricorde sur nous.
On représente la mort du Fils de Dieu et son état de pénitence, devant que de monter à l'autel, et d'y offrir le sacrifice du parada, pour enseigner aux peuples, et pour leur représenter au naïf, la voie par laquelle il est parvenu à la gloire de Dieu, n'ayant consommé son sacrifice qu'après avoir souffert, et ne pouvant lui-même, selon l'ordre de la religion et selon les lois du sacrifice établies de Dieu dès l'ancienne Loi, parvenir à la consommation de l'hostie, que par l'immolation; car il fallait autrefois avoir égorgé el immolé l'hostie, il fallait en avoir répandu le sang, devant que de la mettre dans le feu, et devant que Dieu descendît en cette forme de feu, pour dévorer celte victime. Ainsi Jésus-Christ n'est entré dans les flammes de la gloire de son Père en sa résurrection et en son ascension, que par les voies de sa mort, et après avoir répandu son sang sur la terre, et l'avoir arrosée tout entière de ses mérites.
Après que l'animal avait été immolé, et que son sang avait été répandu tout autour de l'autel, ce qui signifiait les mérites de Jésus-Christ, qui abreuvent toute, la terre, et qui sont aussi exprimés par ces encensements qui se font autour de l'autel, dessus, à côté et au-devant, deux choses se faisaient dans la consommation de l'hostie : premièrement, le feu descendu du ciel consommait cette hostie portée et arrangée par pièces sur l'autel des holocaustes, ce qui nous faisait connaître que Dieu le Père, qui est ce feu dévorant : Deus noster ignis consumais est {Veut. îv, 24), descendrait dans le tombeau de son Fils, figuré par l'autel des holocaustes, qui à ce sujet était creux, pour le dévorer et consommer en lui; car le jour de la résurrection, le Père le changea totalement, et le consomma pleinement en sa
gloire. . • ' , t a
En second lieu, cette victime changée dans le feu s'élevait dans ses flammes vers le ciel, pour figurer que Jésus-Christ une fois consommé dans son Père en sa résurrection, s'élèverait après lui en son ascension ; et c'est pourquoi le prêtre, après avoir dit au pied de l'autel les prières qui signifient l'esprit et les dispositions de Jésus-Christ pénitent et souffrant sur la terre, après avoir exprimé les sentiments de sa croix et de sa mort, comme nous Talions voir, il dit à Dieu le Père : Deus tu conversus vivificabis nos. Ostende nobis, Domine, miscricordiam tuam. Domine, exaudi orationcm meam. Donunus vobiscum.
Tous ces sentiments, toutes ces prières, font les sentiments et dispositions de Jésus- Christ en sa mort, et après sa mort, app.e-
huit son Père pour le venir ressusciter et consommer en lui.
Le prêtre est au bas de l'autel, et disant : Deus lu conversus vivificobis nos, il baisse la tête, pour exprimer le sentiment du *ils de Dieu en terre, invoquant son Père en toute humilité, et lui disant: Mon Père, maintenant que j'ai satisfait à votre colère par ma mort, maintenant que vous êtes apaisé et que vous avez les yeux de votre complaisance ouverts sur nous, et la lace de vot.e miséricorde tournée vers nous, vous descendrez à nous pour nous redonner la vie • Vivificabis nos. A quoi le clerc répond : El plcbs tua lœlabitur in te : Mon Dieu, si vous venez retirer votre Fils de la mort, vous donnerez la joie à toute votre Eglise.
Premièrement, vous la réjouirez de redonner la vie à celui qu'elle aime plus que sa
propre vie.
Secondement, vous la réjouirez parce qu'elle se verra réconciliée avec vous ; car l'Eglise est réconciliée à Dieu avec Jésus- Christ, au jour de sa résurrection, après avoir souffert avec lui en esprit sur la croix : Si unus pro omnibus mortuus est, ergo omnes morlui sunl. (Il Cor. v, 14.) Après avoir porte la pénitence de nos péchés avec lui, et avoir condamné notre chair à une mort continuelle avec lui, y étant obligés après lui ; aines même avoir accepté la mort avec lui, comme un supplice du péché; il s ensuit que Dieu nous réconcilie en lui et avec lui par sa résurrection.
Autrefois le peuple juif voyant descendre le feu du ciel pour consommer l'hostie : Cecidit ignis Domini, et voravit holocaustum, etc. Quod cum vidisset omnis populus, cecidit in faciem suam, était, il se réjouissait, et s'écriait tout haut : Dominusipse est Deus, Dominus inse est Deus (III Rcg. 18, 7) : Notre Dieu a dévoré le sacrifice, notre Dieu a goûté de notre viande, il a communié à l'hostie, il est venu à notre table, il a été de notre festin; c'est un témoignage bien authentique de son amour et de notre réconciliation avec lui : ainsi le peuple était content, il était satisfait; de même le peuple de l'Eglise sera en joie et en jubilation : Et plcbs tua lœlabitur in te, quand il verra que Dieu sera venu pour manger notre hostie, pour dévorer l'holocauste, et prendre part à ce festin admirable et divin; ce, qu'il a fait au jour de la résurrection, en venant dévorer Jésus- Christ, la meilleure partie de l'Eglise, unique hostie de Dieu le Père.
La troisième raison de la joie du peuple en la sainte résurrection, est qu'il doit être fait participant de cette résurrection : Si credimus quod Jésus mortuus est, et resurrexit ita, et Deus eos qui dormierunt per Jesum adducet cum eo (I Thess. îv, 13) : Si Jésus- Christ notre chef est ressuscité, nous ressusciterons aussi, non-seulement en l'autre vie, mais même en celle-ci, en tant que nous serons faits participants par sa résurrection de
la nouvelle vie
et de sa sainte grâce : Quo-
modo Chrislus surrexit a mortuis, ita et nos in novitate vitœ ambulemus. (Rom. vi, k.)